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Full text of "Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin"

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BULLETIN 

DE LA SOCIÉTÉ 

ARCHEOLOGIQUE 

ET HISTORIQUE 

DU LIMOUSIN 



TOME XXXVII. 

(tome XV DE LA DEUXIÈME SÉRIE) 







LIMOGES 
£Aj:i=»«rM:Eï^^E et librairie limousine 
V« H. DUGOURTIEUX 

UJ^TBxre de la Société archéologique et historique du Limousin 
7, RUE DES ARÈNES, 7 

1800 



AVIS 

à MM. les Membres de la Société 



Les réunions de la Société ont lieu invariablement le 
dernier mardi de chaque mois. — L'ordre du jour de la 
réunion est publié dans les journaux de Limoges, mais 
il n*est pas envoyé de lettres de convocation. 



Nous ne saurions trop engager ceux de nos confrères 
qui changeraient de domicile ou dont l'adresse n'est pas 
exactement indiquée à la Liste des Membres de la Société, 
à faire connaître leur adresse actuelle soit au Secrétaire 
général (M. Louis Guibert, rue Sainte-Catherine, 8), soit 
au Trésorier (M. Louis Bourdery, rue Pétiniaud-Beau- 
peyrat, 28), de façon à éviter toute erreur dans la présen- 
tation des reçus de cotisation et tout retard dans l'envoi 
du Bulletin. 

MM. les Membres de la Société sont instamment invités 
à adresser ou à faire verser au Trésorier chaque année, 
avant le 31 mars, le montant de la cotisation de l'année en 
cours (15 fr. pour les Membres résidants, et 7 fr. pour les 
correspondants). — Passé ce délai, le Trésorier fera 
encaisser par la poste les cotisations non payées, en ajou- 
tant au montant de la cotisation 50 centimes pour frais. 



Ceux des Membres de la Société qui n'ont pas encore 
retiré leur diplôme voudront bien le réclamer à M. L. 
Bourdery, Trésorier, rue Pétiniaud-Beaupeyrat, 28, en 
lui envoyant, s'ils ne l'ont déjà fait, le montant du droit 
d'entrée fixé à 10 fr. — Ce droit n'est exigible que des 
Sociétaires résidant dans le département. 



Les démissions doivent être adressées par écrit au Président 

A moins qu'ils n'en témoignent le désir, il ne sera pas 
envoyé de quittance aux Sociétaires qui auront adressé 
leur cotisation par mandat ou lettre chargée au Trésorier, 
le reçu de la poste pouvant en tenir lieu. 



BXJI-.I-.BXIlSr 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE 

DU LIMOUSIN 



BULLETIN 

DE LA SOCIÉTÉ 

ARCHÉOLOGIQUE 

ET HISTORIQUK 

DU LIMOUSIN 




TOME XXXVII. 

(tome XV DE LA DEUXIÈME SÉRIE) 




LIMOGES 

imprimerie: et libra.irie limousine 

V» H. DUGOURTIEUX 

Libraire de la Société archéologique et historique du Limousin 
7. RUE D ES ARÈNES. 7 

1690 




-<0 



.'r^taWiv.. -'i-i r J '" ■■■■ 




Y. 31-38 



LA 



COMMUNE DE SAINT-LÉONARD DE NOBLAT 

AU XIIl'' SIÈCLE. 



TiBs personnes qui étudient avec attention et sur documents 
de première main l'histoire de nos communes limousines, 
de la fin du xii' siècle aux premières années du xiv*, se 
trouvent en présence de contradictions incessantes dans les 
témoignages et dans les faits. Les affirmations les plus graves, 
les i^écits les moins suspects et les plus précis ont tous leur 
contre-partie. L'embarras est parfois grand, et on hésite entre 
ces deux courants opposés, entre ces affirmations et ces négations 
qui semblent se détruire réciproquement et ne rien laisser debout 
des thèses émises dans quelques ouvrages par les meilleurs 
historiens de noire province. 

Ijes communes du Limousin — et nous entendons parler ici 
tout particulièrement des agglomérations bourgeoises échelonnées 
le long du cours supérieur de la Vienne : Saint-Léonard, la 
Cité de Limoges, le Château de Limoges, Saint-Junien — ont 
à cette époque une existence de fait qu'on ne saurait mettre en 
doute. De nombreux documents nous montrent la population de 
ces villes dotée, au début du xm® siècle, d'une organisation plus 
ou moins développée, mais forte déjà et vivace. Tous ces 
groupes sont reconnus et protégés par le pouvoir royal; ils 
jouissent dès lors d'une autonomie que pourrait envier la com- 
mune française de notre temps, possèdent une sphère d'action 
quelquefois mal définie, mais assez large, et font sentir autour 
d'eux leur influence dans un rayon souvent fort étendu. 
T, xxxvu, i 



33 



O 



s SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGiaUE ET HlSTOBIQUE DU LIMOUSIN. 

Et cependant les seigneurs des villes où se sont fondées ces 
communes ne se bornent pas à revendiquer la plénitude, ou peu 
s'en faut, de leurs prérogatives féodales sur les personnes et 
les biens des membres du groupe bourgeois : ils nient, d'une 
façon catégorique et absolue, non-seulement le droit de la com- 
mune, mais son existence même. Leurs revendications ne sont 
pas de vains appels à un passé reculé : ils réussissent â prouver 
qu'à cette môme époque où des documents incontestables éta- 
blissent le fonctionnement régulier et libre de l'organisation 
municipale, ils ont eux-mêmes, dans ces villes où les consuls 
nous apparaissent comme les chefs presque souverains d'une 
petite république indépendante, exercé les droits qu'ils affirment 
tenir de leurs aïeux et n'avoir jamais ni cédés ni abandonnés. 
Ils montrent que leur possession, si elle a pu élre troublée, n'a pour 
ainsi dire jamais été interrompue. Et des témoignages nombreux, 
concordants, considérables, attestent qu'au sein de populations 
liées par le serment de la commune, ces personnages ont, en effet, 
sinon d'une façon permanente, du moins à des intervalles très 
rapprochés et à des dates récentes, exercé les droits les plus 
caractéristiques du seigneur sur l'homme lige, du propriétaire 
noble sur le manant. 

Comment expliquer cette contradiction, dont on ne peut pas ne 
pas être frappé? Comment concilier ces témoignages et ces récits 
énonçant des situations, des faits qui devraient s'exclure les uns 
les autres, récits et témoignages dont l'exactitude respective 
semble pourtant, dans une certaine mesure au moins, être bien 
démontrée? Les vicissitudes qu'a éprouvées la province durant 
cette période tourmentée, et les événements politiques dont elle 
a été le théâtre, peuvent seuls jeter quelque lumière sur un état 
de choses aussi confus et fournir des éléments pour la solution 
du problème. 



L — LES PLANTAGENBTS ET LES COMMUNES LIMOUSINES. 



A l'époque où l'héritière d'Aquitaine porta au comte d'Anjou, 
élevé peu après au trône d'Angleterre, les vaste? domaines des 
comtes de Poitiers, les agglomérations bourgeoises du cours de la 
Vienne étaient, on n'en peut douter, déjà constituées. Les habi- 
tants avaient des intérêts communs et des affaires communes, des 
assemblées, des magistrats; mais ils vivaient sous l'autorité de 
leurs seigneurs directs : l'évêque, l'abbé de Saint-Martial, le 



LA COMMUNS DE SAlNT-LÉONÂRD DE NOBLAT AU XIII^ SIÈCLE. 3 

vicomte de Limoges. Leurs libertés, nées de la force des choses, 
de la coutume, de rimpossibillté où se trouvait un seigneur 
féodal de rang secondaire de pourvoir à tous les besoins d'une 
nombreuse population et de veiller à tous ses intérêts, étaient 
limitées, précaires, sans autre garantie que le bon vouloir, 
la modération et la prudence du seigneur. On ne connaît de 
charte octroyée ou acceptée par celui-ci pour aucune des com- 
munes dont nous nous occupons ici. C'est là, nous semble-t-il, 
une preuve de l'ancienneté de leur existence. 

Le mariage d'Âliénor avec Henri d'Anjou implantait dans la 
contrée une famille étrangère, puissante, remuante, à passions 
fougueuses, gui justifiait, peu d'années après, en bouleversant 
tout le pays, les appréheusions et la défiance dont elle avait été 
l'objet dès le premier jour. Henri II et ses fils maniifestèrent, en 
toute occasion, un esprit de caprice et une violence qui leur 
valurent de nombreuses inimitiés. Ils eurent leurs candidats 
attitrés aux prélatures importantes, aux riches abbayes, et les 
prétentions de ces candidats portèrent plus d'une fois le trouble 
dans TEglise. Les entraves que suscita le roi d'Angleterre à 
l'élection de Sébrand Chabot à l'évêché de Limoges, puis à la 
prise de possession de son siège par le nouveau prélat, l'hostilité 
constante qu'il témoigna à celui-ci par la suite, eurent pour con- 
séquence de rattacher plus étroitement Sébrand au parti français, 
auquel appartenait déjà sa famille. Lors de la guerre entre Henri II 
et ses enfants, la noblesse de la province suivit avec une sympa- 
thie marquée Henri-le-Jeune. Richard, à qui sa mère avait 
donné le duché d'Aquitaine, s'était en peu de temps, par son 
caractère altier, sa brutalité et sa cruauté, aliéné le cœur de ses 
vassaux. Les routiers appelés dans la contrée par les princes 
commirent des excès de toute sorte. Il fallut prêcher contre eux 
de véritables croisades. Écrasés à Malemort, en 1177, par une 
petite armée, au milieu de laquelle on voyait chevaucher l'évêque 
Gérald du Cher, vieux et aveugle, et qui marchait sous les ordres 
d'Adémar de Limoges, d'Archambaud de Comborn, d'Olivier de 
Lastours et d'Eschivat de Ghabanais, les Brabançons furent de 
nouveau battus et dispersés près d'Ahun, par quelques troupes 
réunies à la hâte par Sébrand Chabot. Celui-ci, comme le vicomte 
de Limoges et plusieurs autres seigneurs du pays, entretint 
constamment des intelligences avec Philippe-Auguste. Son suc- 
cesseur, Jean de Veyrac, suivit la Ligne de conduite des deux 
prélats qui avaient avant lui occupé le siège de saint Martial. 
On le vit, comme eux, adresser de chaleureux appels à la noblesse 
limousine pour la décider à réunir 9ÇS forces contre le? baudes 



4 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT HtSTOniQUR DU LIHOOSIN^ 

qui, après la mort de Richard, s'étaient répandues dans le 
pays et le parcouraient en tous sens, pillant, saccageant et brû- 
lant tout sur leur passage. 

Lesévéques et les vicomtes de Limoges avaient été presque 
constamment les adversaires des Plantagenets en Limousin. La 
politique commandait à ces derniers de leur susciter des em- 
barras dans leurs propres domaines et de chercher des appuis 
parmi leurs vassaux. En favorisant le développement des libertés 
de nos communes, déjà importantes, et dont les aspirations gran- 
dissaient avec le nombre de leurs membres et la prospérité de 
leur commerce, les héritiers des anciens ducs d'Aquitaine 
s'assuraient un concours précieux sans rien abandonner qui leur 
appartînt. C'étaient leurs adversaires qui payaient les frais de ce 
concours, et les princes affaiblissaient ainsi leurs ennemis en 
augmentant leurs propres forces. 

Lescommunesde la Vienne avaient vuautour d'elles s'accentuer 
le grand mouvement d'émancipation qui marque la première 
moitié du xii® siècle. Les lents progrès qu'elles avaient réalisés 
les laissaient bien eu arrière de leurs jeunes sœurs. Nos com- 
munes auraient pu sans doute acquérir, à prix d'argent, de leurs 
seigneurs, une charle fixant, augmentant et assurant leurs 
libertés ; mais il ne paraît pas qu'aucune ait tenté d'arriver par 
cette voie à la possession tranquille d'un ensemble d'institutions 
et de garanties analogues à celles dont jouissaient déjà beaucoup 
de villes du nord et du midi de la France. Les chartes coûtaient 
le plus souvent très cher. Le moment sembla favorable aux chefs 
de nos groupes bourgeois pour obtenir, sans bourse délier, les 
plus larges libertés avec les garanties les plus solennelles. 

Les troubles, les guerres, les divisions entre les princes, avaient 
relâché tous les liens féodaux. Il est permis de penser que les juges 
seigneuriaux, les baillis et les autres officiers ne remplissaient pas 
très exactement les devoirs de leur charge. Des obstacles, parfois 
insurmontables, les empêchaient de les exercer. Les communes, 
par des usurpations successives, et à la faveur souvent de l'absence 
du seigneur ou de l'impuissance où il se trouvait réduit par ses 
démêlés avec le duc d'Aquitaine (i), s'arrogèrent peu à peu la 

{i) Il y eut toutefois, en Limousin même, des révoltes, et une chro- 
nique contemporaine nous a conservé le souvenir de celle des bourgeois 
de La Souterraine contre Tabbé de Saint-Martial, leur seigneur, en 4181 : 
liurgcnses de Sublerranca ad inviccm juraverunt ut nullum omnino mo- 
nachis darent explelum quod vocatur taillada. Agcbant vero isla consensu 
comitis Audebcrli, qui pro lucro deputabat dissidium taie... Expetunt 



LA COMMUNE DE SAIMT-LÉONABD DE MOBLAT AU XIll^* SlàCLB. 5 

plupart des prérogatives jusque là exercées par lui. Leur organi- 
sation se compléta : la vie municipale acquit plus d*indépendance, 
d'ampleur et de régularité. Insensiblement, malgré les revendi- 
cations des seigneurs et les retours ofiensifs de Taulorilé féodale, 
retours fréquents et plus d'une fois violents, de nouvelles cou- 
tumes municipales se substituèrent aux anciennes traditions; 
au profit de ces conquêtes récentes, les bourgeois invoquèrent 
bientôt l'antique possession de leurs premières coutumes : ainsi 
s'établit une confusion qui ne pouvait être que favorable aux 
progrès de la commune. Les princes anglais encouragèrent ces 
progrès et y aidèrent de tout leur pouvoir. Ils entretenaient avec 
les magistrats municipaux une correspondance cordiale, leur 
envoyaient des personues de confiance pour les assurer des 
bonnes dispositions de leurs suzerains et leur promettre un 
puissant patronage. Ils les traitaient en alliés, et Jean-sans-Terre, 
écrivant aux bourgeois du Gbâteau de Limoges, se servait, pour 
désigner le vicomte, de ces termes significatifs : « Votre ennemi 
et le mien ». Les communes, de leur côté, ne ménageaient pas 
au duc d'Aquitaine les témoignages de leur obéissance et de leur 
dévouement. Dans les conjonctures graves, elles députaient auprès 
de lui un de leurs notables, pour entendre de sa bouche même 
ses instructions ; et l'envoyé ne quittait pas la Cour sans recevoir 
quelque marque de la libéralité du prince. 

A plusieurs reprises, les ducs d'Aquitaine reçurent directe- 
ment le serment de fidélité des communes (1). Ils profitèrent de 
ces occasions pour confirmer solennellement les libertés des 
bourgeois. Ceux-ci paraissent n'avoir sollicité des princes anglais 
aucun octroi nouveau. Le seigneur se bornait à reconnaître et à 
homologuer la coutume en vigueur, sans distinguer, bien 
entendu, entre l'organisation traditionnelle, séculaire, et les usur- 
pations progressives, qui, elles aussi, devenaient insensiblement 
la coutume. 

Tel fut, croyons-nous, le caractère du mouvement communal 
eu Limousin, de 1180 à 1250, et celui de la protection accordée ' 

regem burgenses perterriti. Glocarium mnnierunt.,. Âbbas expetit regeni, 
qui eos valde oppressit, sicque coacti servitia monachis soiita reddunt : 
bomicidœ vero fugati sunt, domusquc illorum anathemati tradiia est. » 
(Labbe, Bibliotheea nooa manuacriptorum librorum, t. U, p. 318). 

(I) Cette prestation de serment, signalée par les chroniqueurs, est 
altestée par un acte du Parlement de la Chandeleur (<369) : o Cum.,. 
Regea quondam Angliœ^ Henricua et Richardus, unua post alium, aucces- 
aioe, jure suo languam ducea Aquita/Uœ, hujuamodC kabuerint fura^ 
mentum. (Olirriy t. 1, p. 38â>. 



6 SOCIÉTÂ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

à nos communes par les Plantagenets : on ne saurait affirmer 
qu'ils en aient créé une seule (1); mais ils encouragèrent les 
usurpations et leur donnèrent une consécration solennelle. 

Quand Philippe-Auguste, en 1204, confisqua les états conti- 
nentaux de Jean-sans-Terre, et quand, en 1224, Louis VIII, après 
la prise de Niort et celle de La Rochelle, reçut l'obéissance des 
communes limousines, celles-ci étaient en possession de larges 
libertés. Les princes français durent accepter la situation telle 
qu'ils la trouvaient, et, pour ne pas exciter de mécontentements et 
peut-être de révoltes dans des villes comblées par les princes 
anglais, le dernier surtout, de marques de sollicitude et de pro- 
tection, ils reconnurent à ces villes, en termes généraux, les pri- 
vilèges, libertés et coutumes dont elles jouissaient à ce moment et 
dont elles avaient joui sous Henri Plantagenet et ses fils. Ainsi 
s'expliquent et la confirmation donnée par les rois de France à 
ces nouvelles institutions, et les expressions vagues qu'on ren- 
contre aux chartes de 1212 et de 1224. 

Ce n'est pas que les seigneurs dépouillés n'eussent protesté. 
Le départ de Richard pour la Croisade leur avait laissé le champ 
libre. Ils en profitèrent pour travailler à rétablir leur autorité. 
Y réussirent-ils complètement? On peut en douter. Les com- 
munes avaient grandi : il fallait compter avec ces magistrats de 
bourgeoisie qui pouvaient, en quelques heures, mettre des 
centaines, des milliers d'hommes sous les armes, et qui avaient 
fortifié leurs remparts sous la protection du roi d'Angleterre, 
parfois môme, comme un peu plus tard, sous Jean-sans-Terre, 
les consuls de la Cité de Limoges, avec son argent. 

Richard, à son retour, trouva une partie de sa noblesse sou- 
levée contre lui et ouvertement alliée à Philippe-Auguste, qui 
avait su mettre à profit le temps de la captivité de son ennemi. 
Il est vraisemblable que la délivrance du roi d'Angleterre et sa 
rentrée dans ses étals rendirent courage aux communes. Nous 
le voyons faire construire ou réparer les fortifications de certaines 
villes, de Saint-Léonard entre autres. Ce n'était point contre 
le roi de France qu'il prenait ces mesures de défense, c'était 
contre les seigneurs de ces villes, alliés de son adversaire. 

La mort de Richard sous les murs de Châlus, place apparte- 
nant au vicomte de Limoges, que sou seigneur avait voulu 

(0 Nous verrons toutefois qu'il est parlé de lettres de Henri 11 relatives 
à la commune de Sainl-Léonïrd; mais nous n'en possédons pas le texte 
et nous avons tout lieu de croire qu'il s'agissait d'une confirmation. 



LA COMMUNS DB SAINT-LÉONARD DB NOBLAT AU Xlll^ SIÈCLK. 7 

châtier de sa félonie, laissa un moment les communes sans appui ; 
mais Jean-sans-Terre renoua presque aussitôt avec les corps de 
bourgeoisie les rapports directs qu'avait entretenus avec eux 
son frère, et sut resserrer encore les liens qui attachaient ces 
groupes à leur suzerain : les nombreux documents conservés aux 
riches archives de la Tour Je Londres en témoignent. Le nouveau 
duc d'Aquitaine ne s'en tint pas à des paroles et à des écrits. On 
le vit souvent intervenir dans les démêlés entre les seigneurs et les 
Communes, et travailler sans relâche à affaiblir les premiers. Les 
bourgeois purent souvent s'imaginer que le roi d'Angleterre était 
mû par le désir de venger leurs querelles, alors que Jean songeait 
tout simplement à satisfaire ses propres rancunes. Le vicomte 
de Limoges Gui Y avait, en 1300, fait hommage pour sa vicomte 
au duc d'Aquitaine et lui avait prêté le serment de fidélité. Il n'eu 
continuait pas moins la politique de son père et demeurait Tallié 
fidèle de Philippe- Auguste, qui entretenait avec soin ces disposi- 
tions. Il essayait sans doute en même temps de ressaisir son autorité 
dans le Château de Limoges ; mais les Malemort et les Lastours, 
qui tenaient pour le duc d'Aquitaine, réussirent à s'emparer de 
lui. Jean se fit remettre le prisonnier et le garda près de trois 
ans dans une étroite captivité. Quant à révéque*Jean de Yeyrac, 
il le persécuta sans cesse, malgré les sévères avertissements du 
pape Innocent III (i); le prélat était du reste un des champions 
les plus actifs du parti français, et il organisait, en 1204, au 
profit de ce parti et au sien propre, et aussi, il faut le dire, dans 
l'intérêt générsJl de la province, une expédition pour enlever la 
ville et le fort de Noblat à une bande de mercenaires à la solde 
du roi d'Angleterre. La prise des deux places et la dispersion de 
ces aventuriers produisirent un grand effet dans la contrée, qui 
dès lors recouvra une certaine tranquillité. 

L'année 1205 marque le triomphe du parti français dans toute 
l'Aquitaine. Le vicomte de Limoges, délivré de captivité par les 
troupes de Philippe-Auguste, revient dans le pays et on constate 
aussitôt une réaction féodale dans les villes. Dans le Château 
de Limoges surtout, Gui V réussit, par la terreur des emprison- 
nements et des supplices, à soumettre la population à sa puissance, 
et la tient quelque temps sous un joug de fer. L'évêque parait 
en avoir usé plus doucement vis-à-vis de la Cité de Limoges, dont 
les habitants le choisissent en 1210 pour arbitre, à l'effet de 



(I) Voir une lettre d'Innocent lil de Tannée noî, au tome XIX des 
Historiens de France^ p. 41 6. 



8 SOGlÉTi ARCHÉOIOGIQUâ Et filSTdRlQUB DU LIHOUSm. 

régler plusieurs questions litigieuses pendantes entré la commulae 
et le chapitre de Saint-Etienne. 

La sentence de confiscation des états français du roi d'Angle- 
terre, prononcée par le parlement en 1204, avait été, par le fait, 
mise à exécution en Limousin. La trêve conclue dès 1206 entre 
Philippe-Auguste et Jean-sans-Terre, paraît avoir laissé à ce 
dernier l'exercice d'une partie au moins de ses droits en Aqui- 
taine. Le parti français demeura toutefois prédominant dans le 
pays. 

Six années s'écoulent : une grande guerre est sur le point 
d'éclater. Le roi de France prépare une expédition pour arracher 
à son ennemi le royaume d'Angleterre, comme il lui a déjà 
enlevé ses états sur le continent. Jean est abandonné d'une partie 
des siens, excommunié, presque sans troupes. Toutefois Philippe- 
Auguste, avec sa prudence ordinaire, commence par assurer 
son autorité dans les domaines qu'il occupe déjà. Son fîls Louis 
vient en Aquitaine et reçoit lui-même le serment de fidélité des 
seigneurs et des communes (1). Le roi de France prend vis-à-vis 
des uns et des autres l'engagement de les protéger et de les dé- 
fendre^ et déclare -aux villes « qu'elles sont dans sa main, comme 
les autres villes de son royaume ». Il faut noter qu'à cette année 
1212 remonte la plus ancienne rédaction connue des coutumes 
du Château de Limoges. 

Le Souverain Pontife, auprès duquel Jean a réussi a rentrer 
en grâce, oblige le roi de France à renoncer à ses projets. Philippe 
doit bientôt faire face à son tour à une redoutable coalition. 
Pendant que l'empereur d'Allemagne marche vers la frontière 
française, le roi d'Angleterre, réconcilié pour un instant avec 
ses barons, a réuni une armée et débarque à La Rochelle. Il 
traverse TAngoumois, le Limousin et une partie de la Marche. 
Il est à Angoulême le 15 mars 1214, le 17 à Saint-Junien; les 21, 
22 et 23 à Aixe; le 23 ou le trouve aussi à Saint-Léonard ; il est 
à Saint-Vaury le 25; à La Souterraine les 28, 29, 30 et 31; 
à Grandmont les l*'et 2 avril; à Limoges le 3. Ce jour-là ou le 
lendemain matin il regagne l'Angoumois, car le 4 il fait expé- 
dier des lettres datées de Moutbron, et le 5 il est de retour à 
Angoulême (2). 

(1) Annales manuacrites de Limoges. Limoges, V* Ducourlîeux, <873, 
in-8, p. 189. — BoNAYENTURB OE Saint-Amable, Histoire de Saint -Martial, 
t. m, p. 539. 

{%) Pour quelques détails de cette expédition en ce qui a trait au Li- 
mousin, voir les Chroniques de Saint- Martial^ publ. par Duplès-Âgier, 



LA GOMMUIflt DE SAINT^LéONARD DE NOBLAT AU XIII^ firrèCLE. 9 

Le roi est venu dans le pays pour recevoir la soumidsion du 
comte de la Marche et des seigneurs de la contrée. Aucune résis- 
tance ne semble lui avoir été opposée. Son apparition a relevé 
partout le courage de ses partisans. Il établit un sénéchal pour 
gouverner en son nom la province et commander les troupes 
dont il prescrit la levée; il fait saisir le château d'Eymoutiers (1) 
et diverses possessions de Tôvôque, et contraint celui-ci à quitter 
son siège épiscopal et à s'exiler du pays. Quant au vicomte de 
Limoges, — à qui Jean a, dès le mois de février, envoyé l'évéque 
de Périgueux, chargé d'entrer en négociations avec les principaux 
seigneurs de la province, Gui V et le vicomte de Turenne, entre 
autres, — il est contraint, par la force, de prêter de nouveau 
au duc d'Aquitaine l'hommage pour sa vicomte, et de lui renou- 
veler le serment de fidélité qu'il a depuis quatorze ans tant de fois 
violé, — « Sachez, écrivait Gui V au roi de France, que malgré 
l'hommage que je vous ai fait de mes domaines pour leur assurer 
votre protection, l'arrivée dans ma terre du roi d'Angleterre, 
mon seigneur naturel, avec des forces défiant toute résistance, 
m'a forcé, sans attendre votre secours, à aller trouver mondit 
seigneur, à lui rendre hommage et à lui prêter serment de fidé- 
lité et ligeance contre tout homme. Je vous en informe pour que 
vous soyez au courant de ce qui s'est passé et pour que vous ne 
comptiez plus sur moi à l'avenir » (2). 

LéS communes se fortifiaient et se mettaient en défense. Elles 
avaient repris possession des privilèges et libertés dont elles 
jouissaient vers 1200. Peut-être même Jean avait-il confirmé 
quelques bourgeoisies nouvelles; car nous le voyons, le f 
mai 1214, écrire aux prud'hommes d'Aixe en môme temps 

p. 89 et 99. Consulter surtout les précieux recueils publiés en Angleterre 
et reproduisant les milliers de lettres que contiennent les rouleaux con- 
servés aux archives de la Tour de Londres, cl en particulier le tome l 
des RotuU lUterarum patentlum in turre Londinensl asseroati. Londres, 
1835. 

(1) Nous ne pouvons pas traduire autrement Castrum de Ahento : 
Ayen n'appartenait pas à révoque. 

(2) Philippe, régi Francorum, G. vicecomes Lymovic. hec subscripla : 
Sciatis quod, licet homagium vobis fecero pro defensione terrarum 
mearum, tamen adveniente rege Anglie Johanne, naturali domino meo, 
in terra mea, cum tantis viribus quod ei indempnis rcsislere non potui, 
Dec auxilium vestrum expectare, ad eundem, ut naturalem dominum 
meum, accessi, faciens ei fidelitatem et homagium et liganciam contra 
omnes mortales. Hec autcm vobis significo ut ea sciatis, et de cetero de 
me non confidatis. (RotuU Utterarum patentium in turre Londinensi 
ciaseroati, Londres, 1835, 1. 1, p. il 5. 



10 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

qu*à ceux du Château de Limoges, de la Cité et de SainlJunieu, 
pour leur annoncer Tarrivée de son envoyé Gui de Senziliac, 
et leur promettre de les secourir si le roi de France ou ses troupes 
envahissent la province (1). 

Le château d'Aixe avait été enlevé, peut-être de vive force, au 
vicomte de Limoges (2). Nous avons vu plus haui le roi Jean et 
ses troupes séjourner à Aixe du 21 au 23 mars 1214. 

Dans le Château de Limoges, l'autorité du vicomte semble 
avoir été réduite à néant. A cet égai*d nos Annales manuscrites 
s'expriment en termes significatifs. La justice fut enlevée à 
Gui V pour être remise aux magistrats municipaux. Les officiers 
qu'il avait établis dans la ville pour exercer en son nom ses droits 
et maintenir les habitants dans l'obéissance furent chassés. 
L'auteur des Annales raconte même que le duc d'Aquitaine leur 
« fil fiuir leurs jours misérablement ». La commune rentra en pos- 
session de toutes ses libertés (3). On conçoit dès lors le dévouement 
des bourgeois pour le roi d'Angleterre, et on ne s'étonne pas de 
les voir se préparer à défendre la ville contre une attaque de 
Philippe-Auguste et élever des machines de guerre sur leurs 
remparts (4). 

Jean revient en Limousin dans les premiers jours du mois 
d'aoïlt. Le 2 il est à Limoges : il en part probablement le 3 ; on le 
trouve aussi ce jour-là à Magnac (5). Mais cette fois il n'apparaît 
plus aux populations en triomphateur. Il vient d'être défait hon- 
teusement, sous les mui's de la Koche-au-Moine, par Louis, fils 
du roi de France, et il se prépare à regagner l'Angleterre. 

Ce départ, qui n'était rien moins que glorieux, le peu de succès 
des alliés de Jean, ses nouveaux démêlés avec ses vassaux d'An- 
gleterre, ne ruinèrent pas sur-le-champ son autorité dans notre 
province. L'expédition de 1214 avait rendu les seigneurs du Li- 
mousin circonspects. Les communes s'appuyaient encore sur le 

(0 Si Rex Francie venlurus sil ad partes vcstras vel genlem missurus 
ut malum vobis inférai, nos continue succursum vobis mitlemus, vel nos 
in propria persona, si opus fucrit, in succursum vobis veniemus... 

Eodem modo scribilur hominibus de Castro Lemovicensi, el probis 
hominibus Sancli Juvioni (sic) et probis hominibus de Eys. 

(2) Castrum de Axia rex cepil ctsibi relinuit {Chron. de Saint -Marlial, 
p. 0«). 

(3) Annales manuscrites de Limoges, p. 181, <82. 

(4) Populus Lemovicensis erexit x peireiras melu Philippi Régis, et 
muros machinis ligneis munivit {Chron. de Saint-Martial, p. 9â). 

(5) RotuU lUterarum patentium, l. 1, p. 1 i9 et 120. 



LA COMMUNE DB SAlNT-LéONAUD DE NOBLAT AU XIII^ SIÈCLE. 44 

duc d'Aquitaine; celui-ci continuait d'entretenir des relations 
avec elles, et on le voit, dans une lettre des plus curieuses, datée 
du Temple neuf de Londres, le 19 avril 1215, déclarer à Tarche- 
vôque de Bordeaux, au prieur de Grandmont, au comte de la 
Marche et aux bourgeois de la Cité de Limoges, qu'il ne consen- 
tira à accorder la paix à Tévêque Jean de Veyrac, qu'après que 
celui-ci lui aura juré fidélité et se sera engagé à lui rendre les 
devoirs et services auxquels les évêques se sont soumis sous ses 
prédécesseurs. Et le roi exige que l'accomplissement de ces con- 
ditions lui soit attesté par les communes des domaines du 
prélat (1). Cette condition n'est-elle pas bien caractérisque et ne 
mérite-t-elle pas d'être notée ? 

Le débarquement du fils de Philippe-Auguste en Angle- 
terre, l'année suivante, fut le signal d'un nouveau soulèvement 
des seigneurs de l'Aquitaine. En Limousin, les châteaux qu'oc- 
cupaient les ofKciers ou les partisans du roi d'Angleterre furent 
repris par le vicomte de Limoges et ses amis. La Porcherie 
est détruit, Royère enlevé; Châlucet se rend au vicomte, et 
celui-ci recouvre le château d'Aixe après un siège de neuf se- 
maines (2). 

L'influence anglaise n'est cependant pas détruite; les con- 
seillers du jeune Henri III n'abandonnent pas la politique 
traditionnelle des Plantagenels sur le continent. Le duc d'Aqui- 
taine demeure le patron des communes. Celles-ci lui expédient 
des députés. En 1218 Nicolas, en 1220 Pierre de Limoges sont 
envoyés en Angleterre par les bourgeois des deux villes. Les 
consuls de Saint-Junien écrivent, en 1219, au nouveau duc 
d'Aquitaine pour protester contre la construction d'une tour 
édifiée par l'évêque, et se recommandent des chefs de la commune 
de la Cité (3). En 1220, c'est cette dernière ville qui est l'objet 
d'une entreprise de la part du prélat : Bernard de Savène essaie 
d'établir ou plus vraisemblablement de rétablir un prévôt pour 
l'exercice de sa juridiction. Il demande à Henri III d'intervenir 
pour que les bourgeois reçoivent sans difficulté cet officier. Le 
duc d'Aquitaine avise aussitôt les habitants de la communication 
du prélat, et ne donne aux consuls d'autres ordres que ceux-ci : 



(I) Et de hoc nos securos faciel per cives Limovicarum et per homines 
aliarum villarum suarum (RotuU Utterarum clausai^um, etc.. t. I). 

(î) Chron. de Saint- Martial, p. 98, 99. 

(3) Shirlet : Royal and otker historical letiers illuatratioe of the reign 
of Henry III, t. 1, p. 62 : The consulale and commonally of S. Junien lo 
Henry IIL 



H SOGlÉTi ARCflÂOLOGIQUE BT BIBTORIQUB DU LIMOUBIN. 

« Failes ce qoi a été fait du temps de moa aïeul, de mon oncle 
et de mon père » (l). A. celle même époque et un peu plus tard, 
eu 1222 et 1224, les documents des Archives anglaises font men- 
tion d'envoyés de l'évêque de Limoges et du vicomte Gui V (2), 
lequel du reste avait d'importants intérêts en Angleterre à cause 
de son mariage avec la tante du roi, Sara de Cornouailles (3). 

Mais la puissance des ducs d'Aquitaine dans notre province 
touchait à sa fin. A l'expiration de la trêve conclue lors de l'avè- 
nement d'Henri III, Louis VIII, qui venait de monter sur le 
trône et qui avait été trop étroitement associé à la politique 
de son père pour ne pas la continuer au moins dans ses lignes 
principales, assembla des troupes et entra en Aquitaine. Niort 
et Saint- Jean-d'Angély se rendirent; La Rochelle, assiégée, fut 
forcée de capituler; en une année (1224-1225), le pays fut soumis 
jusqu'à la Garonne et tous les seigneurs jurèrent fidélité au roi 
de France (4). Nos communes limousines envoyèrent à La Ro- 
chelle des députés chargés de présenter à Louis VIII les clés de 
leurs villes et de prêter serment au vainqueur. I^s lettres 
royales qui constatent l'accomplissement solennel de cette for- 
malité, confirment les corps de bourgeoisie dans la jouissance 
des coutumes et privilèges dont elles étaient en possession sous 
les ducs d^Aquitaine de la famille Plantagenet. Ce sont les 
chartes les plus anciennes ayant trait à la confirmation de nos 
libertés communales dont le texte ait été conservé. 

Ces chartes donnaient aux corps de bourgeoisie quelques 
garanties pour le présent. Les seigneurs se trouvaient du reste 
occupés d'un autre côté. Tous les regards se tournaient vers le 

(<) Facialls sicul lemporibus Henrlci régis, avi nos tri ; Richardi régis, 
avunculi noslri, et Johannis régis, pairis noslri, fieri consuevit (RotuU 
litterarum clausarum^ t. I, p. 4(8). 

Ci) RotuU litterarum clausarum^ t. I, p. 403, i\S, etc. 

(3) RotuU litterarum patentium, t. I, p. 499, 437, 4£i6, 508, etc. 

(4) LemoviceQscs et Petragoricenses et omnes Aquitaniae principes, 
exceptis Gasconibus qui ultra Garonnam fluvium eranl, fidelitatem Régi 
promiserunt (Guillaume de Nangis, ap. Historiens de France^ t. XVill, 
p. 763). 

LudovicuB rex, anno h^ regni sui, ccpit ad se trahere tolum ducalum 
Âquitanie, et habuit secum comitem d*Engoleime e de la Marcha et vice- 
comilem Lemovicensem e de Torena. Major querela de Henrico rege fuit 
quia Johana^s, paler ipsiiis, Arlurum... occiderat in occulio. Prima obsessio 
fuit a Niort, sed die septima se dederunt. Secunda La Rochela sese 
dédit. S. J. simiiiter (C/iron. de Saint- Martial^ p. H9). 



LA COlIltÙflK BK SA1MlHLiK)llARD Dfi KOBLAt AU XHt^ SlèCLE. 13 

midi, où une naLioiialité vivace résistait à une guerre d'extermina- 
tion et où la lutte recommençait, plus acharnée, plus impitoyable 
que jamais. Louis YIII, alors qu'il n'était encore que le général 
des armées de son père, avait traversé le Limousin à la tête de 
troupes nombreuses pour aller à Toulouse recueillir les fruits de 
la politique paternelle et avait séjourné, à la Pentecôte 1219, dans 
la Cité de Limoges. Devenu roi à son tour, il marchait avec de 
nouvellos forces contre le Midi où l'attendait une mort préma- 
turée. Un certain nombre de seigneurs limousins l'accompa- 
gnaient; révêque Bernard de Savène suivait l'expédition. Le 
prélat fut atteint de l'épidémie qui sévissait et succomba sous les 
murs d'Avignon, au mois de juillet 1226. Son prédécesseur, Jean 
de Veyrac, qui n'avait pu rentrer en grâce auprès du roi d'Angle- 
terre et dont le temporel avait été séquestré durant cinq ans 
par ordre de ce prince (1), était allé mourir en Palestine. Nous 
avons vu plus haut Bernard essayer de rétablir dans la Cité ses 
officiers, mais avec une certaine timidité. Il ne paraît pas qu'à 
ce moment ce projet ait abouti. Les évoques de Limoges, con- 
tenus par la crainte du duc d'Aquitaine, distraits d'un autre côté 
par des préoccupations de diverse nature, laissèrent les com- 
munes jouir de leurs libertés, tout en maintenant, semble-t-il, 
pour la forme leurs officiers. Nous entendrons un témoin, aux 
enquêtes du procès entre Gilbert de Malemort et les bourgeois 
de Saint-Léonard, déclarer que Tévêque avait bien dans cette 
ville un prévôt, mais que le déposant, ancien bourgeois de Saint- 
Léonard, mêlé aux afifaires de la commune, ignorait absolument 
à quoi cet agent pouvait être employé. 

Quant aux vicomtes, ils étaient sans cesse en guerre avec leurs 
vassaux ou leurs voisins, et leur intérêt leur commandait de ne 
pas se brouiller avec les bourgeois. 

Au surplus, les alternatives de la politique, l'incertitude qui 
régnait encore sur l'issue déûnilive de la lutte engagée depuis 
si longtemps déjà entre le roi de France et le roi d'Angleterre, 
préservaient les communes d'une réaction violente. Elles jouirent 
donc, durant un quart de siècle après là conquête française, des 
libertés qu'elles avaient usurpées à la faveur des événements, 
libertés dont on perdait peu à peu de vue Torigine et qui se fon- 
daient de plus eu plus dans ces anciennes coutumes x^'issédées 

(4) Huic enim Johanni episcopo rex Angliae Johannes omnia jurarcgalia 
episcopatus Lcmoviccnsis abstulit, et idcirco ipse episcopus, quasi exherc- 
datus, ultra mare ivit {Chron. de Maleu, publ. par M« Tabbé Arbeiioi, 
p. 63). 



i4 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

déjà par les populations agglomérées de la province à l'avènement 
des Plantagenets. 

Entre 1225 et 1250, les relations des bourgeoisies limousines 
avec le roi d'Angleterre s'éteignirent complètement : le roi de 
France, sans doute, ne les eût pas tolérées; mais elles étaient 
devenues inutiles. Les communes, qui s'habituaient du reste à 
la domination française, n'avaient pas à se plaindre des seigneurs. 
Ceux-ci leur laissaient, par une tolérance tacite, la jouissance de 
leurs libertés et entretenaient avec elles des rapports empreints 
de part et d'autre de bienveillance. C'est ainsi qu'à diverses 
reprises le vicomte de Limoges demanda l'aide des bourgeois 
dans ses expéditions contre ses vassaux ou les seigneurs voisins. 
Nous voyons Gui VI, au mois d'octobre 1240, déclarer et recon- 
naître que les troupes de la commune du Château l'ont suivi 
volontairement, à titre d'alliés et non à titre de vassaux, dans 
son expédition contre la forteresse de Bré (1). 

Vers le milieu du siècle, cette entente est troublée. Deux com- 
munes au moins entrent en lutte avec leur seigneur : celle du 
Château de Limoges en 1252; celle de Saint-Junien un peu avant 
1250. De quel incident naît la querelle et à qui remonte la res- 
ponsabilité de la rupture? Il est difficile de le dire. Toutefois il 
ne semble point que les bourgeois aient entamé la lutte. Con- 
trairement à l'opinion émise par l'auteur du livre le plus solide 
et le plus remarquable qui ait été écrit depuis le commencement 
de ce siècle sur l'histoire limousine (2), nous ne croyons pas que 
« le milieu du XIII® siècle ait été une époque de soulèvement géné- 
ral des communes limousines contre les seigneurs ». Nous 
estimons, au contraire, qu'il s'est produit alors un mouvement 
de réaction contre les usurpations successives et déjà anciennes 
des corps de bourgeoisie, un retour offensif de l'autcirité féodale 
personnifiée dans l'évéque et le vicomte de Limoges, et qu'à la 
date où nous sommes arrivé, les communes, loin d'attaquer, sont 
toutes en état de défense. Il nous paraît que les libertés qu'on 
leur conteste ne sont pas de conquête récente, mais que les bour- 
geois en jouissent depuis longtemps déjà. Cette thèse nous semble 
vraie pour toutes les villes limousines du cours de la Vienne (à 
l'exception d'Ey mou tiers, qui ne paraît pas avoir pris beaucoup de 



(1) Archives des Basses-Pyrénées, E, 738. 

(5) Achille Lkyuarie, Histoire du Limousin^ Bourgeoisie. Paris, Du- 
moulin, et Limoges, Ardillier fils, 2 voL 



LA COllUUNR DE SAINT-LÉONARD DE NOBLAT AU XllI' SIÂCLG. 45 

développement avant le xiv® siècle), et la plupart des documents 
qui nous ont passé sous les yeux la confirment. 

Le roi d'Angleterre, il faut le rappeler pour compléter ce rapide 
aperçu, chercha à intervenir dans les luttes qui éclatèrentaprès 1250 
entre les communes et leurs seigneurs : le traité de Paris et de 
Londres (sou vent aussi appelé traité d'Amiens), en lui rendant, en 
1259, l'exercice de ses droits dans les diocèses de Limoges, de Péri- 
gueux, d'Agen et de Cahors, semblait autoriser son intervention. 
Toutefois Saint Louis avait excepté de cette restitution, outre les 
états d'Alphonse son frère, les terres que lui et ses prédécesseurs 
s^élaient interdit de mettre hors de leurs mains, et elles formaient 
une bonne partie des trois diocèses. Malgré Tassurance du con- 
traire que le sénéchal anglais donnait à son maître, dans une 
curieuse lettre du 29 novembre 1262 (I), Philippe-Auguste avait 
pris un engagement formel dans ce sens vis-à-vis de Tévêque de 
Limoges, et le Parlement le proclama à plusieurs reprises. 

Ainsi se trouvèrent soustraites à l'autorité d'Henri III toutes 
les communes des bords de la Vienne, sauf le Château de Limoges 
et Aixe. Cette dernière ville n'a pas d'histoire municipale. Les 
consuls du Château, dans leur lutte désespérée contre le vicomte, 
qui eut dans une certaine mesure l'appui de Louis IX, et surtout 
celui de son successeur, firent les plus grands efiorts pour inté- 
resser Henri III et son fils Edouard I à leur cause. Deux 
sénéchaux du roi d'Angleterre vinrent successivement à Limoges 
pour essayer de réconcilier Gui VI et la commune, sans pouvoir 
poser les bases d'une entente acceptée par les deux parties. 
Le dernier, Jean de Lalinde, réussit à grand peine, au mois de 

(1) De cpiscopo isto, sum certus [quod] ipse non habet privilcgium 
Domini Pegis Francie, et quod in regislris Régis Francie non poteril 
inveniri quod iste episcopus prlvilegium habeat vel babuerit tempore 
retroacto. Et hoc intellexi per quandam magnam et bonam pcrsonam 
islarum parlium qui bcne novit super hoc veritatcm (Rymer : Royal and 
olher, etc., t. II, p. 2Î4). 

Un autre document, cité par Baluze {Armoire /, t. XVII, p. 92), affirme 
le contraire : « Item sunt privilegiati in Lcmoviccnsi ab antique, et antc 
tempns dicte pacis, episcopus Lemovicensis et ejus capitulum, et consu- 
lalus civitalis ejusdem, et abbatissa de Régula, in eadem civilate, abbas 
de Soimynhaco prope Lemovicas, et consulatus sancti Geminiani {aie), et 
consulatus Brivas.i» 

(2j Dominus Johannes de Lalinda in castre Lemovicensi perdiesaliquos 
presens fuit et pro vestris juribus et pro pacc inler nos et dictum vicc- 
comilem ... fideliter laboravit; sed tandem non potuit aliud oblinere, nisi 



16 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE. BT &I6T0R1QDE DU LIMOUSTN. 

septembre 1261, à obtenir la prolongation des trêves jusqu'à 
l'Epiphanie de Tannée suivante. Le jour môme où expirait le délai 
fixé par le vicomte, celui-ci tentait une attaque de vive force 
contre la ville ; mais elle était repoussée avec une énergie qui ôta 
au seigneur l'envie d'en essayer une seconde. Pendant plus 
de dix ans, les bourgeois eurent à subir une sorte de blocus dont 
leur commerce et leurs intérêts de tout genre eurent beaucoup 
à soufirir. Us se défendirent avec un courage indomptable, 
tantôt les armes à la main, tantôt devant la cour du Parlement. 
Edouard, touché de leurs maux, se décida i intervenir en leur 
faveur. Voyant ses ordres méprisés par -la veuve de Gui VI, il 
envoya quelques troupes pour aider les bourgeois et reçut 
solennellement de la commune le serment de fidélité. Mais le 
Parlement déclara qu'il n'avait pas le droit de prendre ce serment, 
celui-ci appartenant au seul vicomte. Le roi de France prescrivit 
au duc d'Aquitaine de délier les habitants de la fidélité qu'ils lui 
avaient jurée. Les consuls envoyèrent un député à Edouard pour 
le supplier de ne pas les abandonner. Le roi d'Angleterre vint en 
mai 1 274 à Limoges. Les chefs de la commune et les notables se pré- 
sentèrent devant lui, se prosternèrent à ses genoux et jetèrent à ses 
pieds les clés de la ville. — « Seigneur, s'écrièrent-ils, nous avons 
éié vôtres dès longtemps; vôtres nous sommes encore et nous 
voulons à toujours rester à vous et à vos successeurs » (1)! lueurs 
supplications ar.»'achèrenr des larmes à Edouard et à sa suite ; mais 
le prince leur déclara qu'il ne violerait pas la défense de son suze- 
)-ain et il leur rendit leur serment. Néanmoins il revint sur sa 
détermination peu de jours. après et envoya son oncle à la tête 
d'une petite armée mettre le siège devant Âixe, où la vicomtesse 
tenait garnison ; mais un héraut du roi de France se présenta, 
somma les gens du duc d'Aquitaine de cesser toute hostilité et 
cita Edouard à comparaître au plus prochain Parlement. Le roi 
d'Angleterre se décida à abandonner les bourgeois, et dut payer 
plus de vingt-deux mille livres en réparation des dommages 
causés par ses troupes. 



quod quaedam secaritas, de qua non multum confidimus, fuent inter nos 
et dictum vicecomitem usque ad festum Epiphaniae (Rtmer : Royal and 
other hlatorical letters, t. 11, p. 484). 

(1) Burgenscs attulerunt claves villœ, §upplicanles quod villam defen- 
deret, claves coram ipso projicientes (Pierre Coral : Hist, de FrancCy 
t. XXI, p. 783). — Domine, ab antique vestri eramus, et adhuc sunius, et 
esse in perpetuum volumus et vestrorum {Armoires de Baluse, arm. I, 
t. XVII, p. 91 et 92. 



LA COHMUNK DE SALNT-LÉONARD DE NOBLAT AU XIII® SIÈCLE. 17 

Telle est l'issue de la dernière intervention du roi d'Angleterre 
eu faveur des communes limousines. A dater de ce jour, le duc 
d'Aquitaine perd toute action en Limousin, et le Parlement setil 
et les sénéchaux des rois de France, dont Tinfluence et Tautorité 
grandissent de jour en jour, tranchent les débats qui s'élèvent 
entre les corps de bourgeoisie et leurs seigneurs. Ces faits inau- 
gurent une nouvelle phase de notre histoire municipale. 

Il nous a paru indispensable de placer cet aperçu sommaire 
de l'histoire de nos communes au début de notre étude sur les 
institutions municipales de Saint-Léonard au xiii^* siècle. Les 
annales d'aucune de nos bourgeoisies limousines n'offrent plus 
de confusion et d'obscurité : Nulle part on ne se trouve en pré- 
sence de témoignages aussi contradictoires, aussi inconciliaJ)les 
à première vue. Le lecteur pourra en juger en parcourant les 
pièces servant de preuves â notre travail. Nous nous flattons 
pourtant qu'après un examen attentif des choses, il n'hésitera pas 
à se ranger à notre opinion : à savoir que le milieu du xiii^ siècle 
a été marqué non par une poussée de l'esprit d'émancipation 
communale, mais au contraire par une réaction bien caractérisée 
du pouvoir féodal contre les libertés des bourgeoisies. 



II. - LE CHATEAU DE NOBLAT ET LA VILLE DE SAINT-LÉONARD. 



A vingt-trois kilomètres de Limoges, dans un site pittoresque 
et charmant, la petite ville de Saint-Léonard, jadis Noblat, 
montre avec quelque fierté, auprès de ses tanneries et de ses 
fabriques de porcelaines, ses curieuses maisons à tourelles et sa 
belle église romane, par malheur bien délabrée aujourd'hui. 
A ses pieds, la vallée de la Vienne, jusque là presque toujours 
étroite et profondément encaissée, s'élargit un peu sur la droite 
et dessine une sorte d'anse verdoyante; de riantes prairies, 
rayées de quelques files de peupliers, en tapissent tous les 
contours. Le regard, en suivant les gracieuses ondulations du 
terrain, s'élève peu à peu sans fatigue, sans efiort, de la rivière 
aux faubourgs, puis à la ville, qui couronne la hauteur. Sur un 
ressaut de terrain, l'ancienne route, appelée encore de son vieux 
nom, le Pavé, gravit hardiment la déclivité en prenant par le plus 
court. Elle traverse la rivière sur un pont du xni* siècle, dont 
les piles à contre-forts divisent le courant et fendent les eaux 
T. xxxvn. t 



18 SOCIÉTÉ ARCnÉOLOGIQUR KT BIBTOnTQUE DU LÎMOCSIfr. 

rapide^ dô leurs avàiïi-becs aiguS, semblables à autant ië ptovtes 
de navires. 

Sur Taulre rive, le site a gardé Taspect sauvage qu'il offre au- 
dessus de Saint-Léonard. tJn énorme rocher se dresse presqu'en 
face de la ville. Sa masse abrupte, hérissée de saillies, semée de 
pierres et de broussailles, domine la vallée et s'avance jusqu'au 
bord de Teau. Le sommet de ce roc supï>ortait autrefois ùri 
château, pins ancien peut-être que la ville même, et qui, 
d'après les traditions du pays, aurait servi de maison de chasse 
aux rois de la première race. Ces récits n'ont rien d'invraisem- 
blable : quinze ou seize kilomètres à peine séparent Saint-Léonard 
du bourg du Palais, où Ton s'accorde aujourd'hui à placer le 
Jocundiacum ou Jogenciacum de Louis-le-Débonnaire. 

La plus ancienne mention que nous connaissions du Château 
de Noblat nous est fournie par un accord conclu vers 1045, entre 
le comte de Poitiers etl'évêque Jourdain de Laron (I), accord sur 
lequel nous aurons plus loin à revenir. Une charte du Carlu- 
hiire d'Aureil nous montre, dans les premières années du 
xii' siècle, Audoin de Noblat faisant, « à la porte de la salle de 
de sa tour ;>, en présence de Bernard de Royère et de Gérald (2), 
une libéralité au monastère fondé par saint Gaucher. 

Ce Château, dès 1045, relevait, comme celui de Nieul, du siège 
épiscopal de Limoges. L'intervention, à cette époque, des che- 
valiers qui tenaient ces deux tours, dans le choix du successeur 
de Jourdain de Laron, serait inexplicable si cette mouvance 
n'était pas admise. Noblat avait une certaine importance à cause 
de sa position, qui commandait tout le haut cours de la Vienne; 
mais cette importance diminua à mesure que la ville de Saint- 
Léonard prit de l'accroissement. 

Au centre du château, dans la partie haute, s'élevait une grosse 
tour carrée, dont il ne reste plus depuis longtemps aucun 
vestige. Ce donjon avait primitivement constitué le château; 
puis les murailles qui l'entouraient s'étaient peu à peu élargies : 
de nouvelles tours avaient été édifiées dans cette enceinte avec 
la permission du seigneur et à charge d'hommage et de service. 
Outre ces tours, on y voyait au xiii® siècle un certain nombre dé 
maisons occupées par les Noblat, les Brun, les Royère, Ifes Mar- 
chés, les Châteauneuf, une chapelle avec un presbytère, des jàr- 

(1) GalUa Chrlstlaaa, l. H, Instrumenta, col. 172, 
(3) Âlduinus de Nobiliaco dcdit... Et fuit factum hoc donum in hoslio 
silc de turre, prcseatibus Bern^indo de Roera et Gcraldo. 



LA GOimUHE DK SAINT-LÉONARO DB NOBLAT AU XIll^ &1ÈCLE. 19 

dios et diverses^ dépendauces. Mais là, coxnine ailleurs, la grosse 
tour conserve la supériorité. C'est d'elle que relèvent tous les ma- 
noirs, toutes les constructions qui se sont successivement groupés 
an tour dJelle. C'est à son seigneur que reviennent directement 
ou indirectement tous les devoirs, honneurs et profits dus au 
château. Une partie de ces droits ont été inféodés par Tévéque 
aux familles qui forment la clientèle du maître de Noblat. Nous 
allons voir les prélais qui occuperont successivement le siège 
de Limoges, travailler pendant cent ans au rachat et à Textinc- 
tien de ces fiefs. 

Il serait téméraire, avec le peu de documents que nous pos- 
sédons, d'essayer de reconstituer le plan du château de Noblat. 
L'imagination aurait une trop grande part à cette restitution. 
Bornons nous à constater qu'on distinguait le château haut ou 
grand château et le château bas. Ce dernier, ou peut-être une 
partie seulement, était connu au xvu** siècle sous le nom de petit 
Château ou de maison noble de Jaueau. Nous ignorons l'ori- 
gine de cette dernière dénomination. 

Nous avons parlé de la chapelle de Noblat. Plusieurs men- 
tions du Cartulaire d'Âureil se rapportent au desservant de cette 
chapelle, qui peut avoir été le centre d'une petite paroisse (1). Le 
château toutefois, dépend, à partir du xiv« siècle, de l'église 
paroissiale de La Chapelle, située à peu de distance à l'ouest-sud- 
ouest du fort. Un document intéressant de nos Archives dépar- 
tementales nomme, à la date de 1357, Goufiier de l'Age-au-Mont, 
desservant ou prieur de cette église (2). Jadis à la collation du 
prieur de Saint-Léonard, ce bénéfice n'était plus qu'à sa pré- 
sentation dès le XVII* siècle. 

Au pied du rocher qui supportait le Château, sur le bord 
de la rivière, quelques constructions s'étaient élevées. Au xm* 
siècle, plusieurs de ces bâtiments servaient de moulins. Il y 
avait là surtout des moulins à farine, qui appartenaient au baron 
de Châteauneuf, ou sur lesquels ce seigneur possédait tout au 
moins des redevances. Nous le verrons essayer, vers le temps de 
révêque Aymeric de Serre 0246-1272), d'obliger les bourgeois 
de Saint-Léonard à y faire moudre leurs grains (3). On constate 

(\) Willelmus, capellanus Nobiliaci de Casteilo... Simon, chapellanus 
de Casteilo de Noalac, etc. 

(î) Fonds du Chapitre aux Arch. Haute-Vienne : Donation de Pascal 
Phelipot pour des anniversaires. 

(3) Archives Haute-Vienne, Evôché, 2440, et plus ioin, chap. vn. 



10 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE KT HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

aussi, à la même époque, rexisteuce d'ua foulon — moulin dra- 
paret, — à peu de distance du pont. 

Ce pont, dent le premier établissement devait remonter à uno 
date fort ancienne, fut réparé ou même reconstruit en entier 
« en pierres » par les habitants de Saint-Léonard, vers 1270. La 
maçonnerie des piles peut remontera cette époque; le revêtement 
paraît toutefois avçir été refait au moins en partie. Les bourgeois 
y édifièrent une porte sous Tépiscopat d'Aymeric. Cette porte 
fut sans doute fortifiée. Il était perçu sur le pont de Noblat 
un péage dont le produit appartenait en partie au seigneur de 
Châteauneuf (1). 

La ville de Saint-Léonard avait au xiii* siècle la même assiette 
qu'aujourd'hui et occupait à peu près la même étendue de terrain. 
Les lK)ulevards actuels conservent presque partout les contours 
de l'ancien périmètre. Il est visible toutefois qu'au sud-ouest les 
constructions de l'hôpital et celles qui y font face, au débouché 
de la rue Aumônière, ont empiété sur les anciens remparts et 
sur les fossés. Du côté opposé, rétablissement de la route de 
Clermont a également modifié le tracé de l'enceinte et substitué 
une ligne droite à la courbe que décrivaient les murs. Malgré ces 
changements, Saint-Léonard a conservé son aspect d'autrefois, 
sinon dans les détails de ses constructions, du moins dans sa 
physionomie générale et dans Tensemble de son plan. 

Au premier coup d'œil jeté sur ce plan, la ville nous apparaît 
comme un ovale irrégulier ayant deux foyers, deux centres où 
vient converger tout le réseau des voies publiques de l'intérieur 
de Saint-Léonard et des faubourgs qui en forment le prolon- 
gement au-delà des murailles. Ces deux foyers de vie et d'activité 
sont Tancieune place commune ou grande place, constituée par 
une partie des terrains actuellement occupés par la place 
Gay-Jjussac et les premières maisons de la rue des Etages, — et 
les anciens marchés aux porcs et aux vaches qui correspondaient 
à peu près aux places du Marché et de Noblat, alors comme 
aujourd'hui très rapprochées l'une de Tautre. 

C'est par la description de ces trois places que doit commencer 
notre tableau sommaire de la ville de Saint-Léonard au temps 
de Saint-Louis et de Philippe III (2). 

La grande place, appelée aussi « place Commune » ou « place de 

(1) Archives Haule-Vicnnc, Evôché, 2440, et plus loin, chap. vu. 
(âj Voir le pian de Saint-Léonard qui accompagne celte élude. 



LA COMMUNE DE SAIKT-LÈONARD DE NOBLAY AU XI1I<^ SIÈCLE. S! 

Noblat » (1), est au moyen âge le centre des alTaires et de la vie 
politique. Là sout dressés les étaux des bouchers (2), disposés, 
comme à Limoges, sur plusieurs lignes parallèles. Au xv* siècle, 
cinq ou six documents mentionnent la rue « d'Entre les Etages ou 
les Etaux » (3), qui est probablement Tamorce de la rue actuelle 
des Etages et où Ton distingue, on 1426, une maison appelée de 
l'Aigle (4), qui dépend probablement de la Chantrerie. De cette 
vu^ d'Entre Us Etages part une autre voie aboutissant à la même 
époque à l'hôtel de la dame de Laront ^5). 

Plusieurs notables édifices décorent cette place. C'est d'abord 
la grande église de Saint-Léonard avec le cloître qui y est atte- 
nant et que longe la rue ou passage qui met eu communication 
la grande place avec la rue Font-Pinou ; c'est l'église paroissiale 
de Saint-Etienne, qui fait suite, de l'autre côté de cette rue, aux 
bâtiments du monastère; plus loin, celle de Notre-Dame, le 
plus ancien sanctuaire de la ville. Vers l'extrémité sud-ouest, la 
maison commune, au-delà de laquelle on peut apercevoir la salle 
épiscopale. Notons encore quelques hôtels particuliers de seigneurs 
dos environs. Au xv« siècle, celui de Guillaume Daniel, cheva- 
lier, est mentionné par plusieurs documenls (&), 

Au devant de l'église de Notre-Dame, s'élève une rangée de 
grands ormeaux. De là le nom de Notre-Dame-de-sous-les- 
Arbres, sous lequel on désigne communément l'antique sanc- 
tuaire. 

C'est sous un de ces ormeaux, probablement sous le plus rap- 
proché du porche, que siègent les consuls, pour juger les cau- 
ses criminelles et les menues contraventions de police. 
Ces audiences en plein air, tenues en présence du peuple convo- 
qué par les crieurs publics, sont fréquemment mentionnées et 
décrites au xin« siècle. 

Certaines sentences rendues par les consuls sous Torme de 

(1) In platea de Nobiliaco... in platea publica (Arcli. dép. Chapitre, 
liasses non cotées). In platea communi, coram slallis ubi vcnduntur carnes 
(Dép. de Pierre Jouaus en 1288, aux rouleaux d'enquôte, liasse 2440 
Evéché). * 

(2) Stalla ubi vcndcntur carnes (Ârch. dép. Evêché, liasse 3440). 

(3) Carreria de inlerlas Estagias, 1449 (Arch. dép. Chapitre, Registre du 
Célérier). 

^4) Domum vulgaritcr nuncupalam de FAcgla (Chapitre, liasses non 
cotées). 

(5) De dicta rua de înter Eslatgias ad hospicium domine de Laronte 
1436 (Chapitre, ibidem). ' 

(6) En «433 notamment et en 1437 (Chapitre, liasses non cotées). 



23 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

Notre-Dame étaient exécutées séance tenante et sur la place 
même. On y livrait aux flammes les marchandises de mauvaise 
qualité. Nous voyons les magistrats de police y faire brûler des 
porcs ladres et des étoffes mal conditionnées. 

Sur cette même place se tenait le marché aux grains. On y 
remarquait les mesures de pierre qui servaient pour les ventes 
publiques et auxquelles devaient être appatronées toutes les me- 
sures employées par les particuliers. 

Il est parlé, vers le milieu du xvni* siècle, dans un terrier ap- 
partenant à M. le baron de Vernon et dans plusieurs actes des 
anciennes minutes de l'étude de M. Bachet, de l'endroit où « estoit 
ci-devant la pierre Sabotliôre », près de l'entrée des halles (1). 
Nous croyons qu'il est question ici non des bancs charniers du 
moyen âge, mais des halles plus modernes qui existaient sur la 
place Noblat, à l'entrée de la rue Bouzou. La pierre Sahotiière ser- 
vait probablement aux étalages des marchands de sabots ou peut- 
être devait-elle ce nom à sa forme. 

Le Marché-aux-Porcs n'est pas éloigné de la grande place, avec la- 
quelle la rue des Etages et la rue Saint-Etieuue le mettent en com- 
munication; cette communication est attestée dès 1353 par un titre 
qui mentionne une voie aboutissant d'une part à Téglise de 
Notre-Dame et de l'autreàcemarché (2). Celui-ci occupait, assurc- 
t-on, les terrains actuels de la place Noblat. On trouve, en 1748, 
cette mention qui confirme la tradition : <c Rue Ghamplepot, 
alioi du Marché aux Porcs » (3). La rue Ghamplepot débouche en 
effet sur cette place. 

La place Noblat occupe les terrains de l'ancien Marché-aux- 
Vaches, affecté à cet usage dès lexiii* siècle (4). Vers 1260, l'évê- 
que voulut faire élever un gibet sur cette place pour affirmer 
son autorité de justicier. La seule nouvelle de cette entreprise 
occasionna une émeute dont nous parlerons plus loin. 

Les rues les plus commerçantes partaient de l'une de ces places 
pour aboutir aux portes. C'était d'abord la rue Aumôuière, jadis 

(1) Note due à Tobligeancc de M. Champeval. 

(2) la carreria que est inter carreriam de Foro Porcorum et ecclesiam 
Beale Marie, 1354; carreria de Foro Porcorum, 1355 (Chapitre, liasse 2634 
et 9635), ou Marchât ou Porcs {\^Qg* de famille des Massiot). 

(3) Arch. Haute-Vienne, fonds du Chapitre. 

(i) In Mercato Vaccarum (Evêché, ^40); carreria de Foro Yaccarum, in 
lerritorio de Foro Vaccarum, U49 (Célérier). Merchat a Las Vachas (Hçg. 
Massiot). 



LA COMMUNE DE SAINT-LÉONARO DE NOBLAT AU XIIl*^ SIÈCLE. S3 

la prlûcipale aveaue de Samt-Léonard et la voie la plus longue 
de toute la ville. Elle commeuçait au Marcbé-aux-Porcs 
(place du Marché). D'après un texte de 1471, doat nous devons la 
communication à M. Champeval, la rue Aumônière aurait été 
autrefois appelée rue de la Gonje (I); mais, d'autres actes du xv® 
siècle, il résulte que cette rue de la Conja était celle qui passait 
devant la porte du Mou^tier — Uonaèterii, — coaduisant d'une part 
à la salle épiscopale et se dirigeant de l'autre vers la porte de la 
Conja ou Aumônière (2) ; ce serait donc la rue de la Mairie avec 
son ancien prolongement sur la place commune. Et on s'explique 
aisément que la partie de la rue Aumônière où débouchait 
la rue do la .Gonje ait été appelée indifféremment rue de la Gonje 
ou rue Aumônière. 

Nous verrons plus loin que ce nom de Conja est un nom de 
personne. 11 a été notamment porté par la femme d'Audoiu de 
Noblat, qui vivait vers le milieu du xii® siècle. De là probable- 
ment l'origine de la dénomination donnée à la rue dont nous 
nous occupons. 

La rue de la Conja^ mentionnée au milieu du xv* siècle, est 
encore désignée vers 1650 à d'anciens registres où elle est appelée 
ce rue de la Conje » (3) ; mais les textes qui fournissent cette men- 
tion ne la font accompagner d'aucune confrontation qui per- 
mette de préciser l'emplacement exact de la rue et ses aboutis- 
sants. 

L'hôpital était le seul édifice qui, dans la rue Aumônière, put 
attirer les regards du passant. Nous en parlerons plus loin. 

La rue de Malpartus ou de Mauperiuis (4), que nous trouvons 
mentionnée aux documents du xiii" siècle, était fort rapprochée 
des remparts, puisque le mur des fortilications est indiqué, en 
1477, comme confrontant à une maison de cette rue (5). En 1500, 
une note semble identifier la rue de Maupertuis et la rue Aumô- 
nière (6). Ne faudrait-il pas conclure de là ou bien que la rue de 
Maupertuis est la même que la rue de la Gonje, ou bien qu'on a 

(1) In carreriade ]a Conja sive de Loumosnieyra, 1471. 

(2) Ruam publicam IçndQps ab una parte a portale monasterii versus 
aulam episcopalem et ab alla versus portam de La. Conja (Arch. Chapitre). 

(3) Rcnseignemçnls dus k robligeance de JM. Champeval. 

(4) Rua deMalo Pcrlusio (Evôché); carreria de Malpartus, 1449 (Reg. 
Céléricr); rua de ^alpartul, f 475 (Reg. Massiot). 

(5) lnter...,ruani de Malpartus... et murum fortalicii hujus vjlle (fonds 
du Chapitre, renseignement dû à M. Champeval). 

(6) Rua de Malpartus..., sive de. Loumosnieyra (riçqs..Ghampeval). 



24 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIOUB DU LIMOUSIIC. 

donné ce nom au tronçon de la rue Aumônière le plus voisin de 
la porte î 

Toutefois un texte de 1490 donne à penser que la rue de Mau- 
pertuis n'était qu'une ruelle longeant les remparts à Tintérieur 
et débouchant dans la ruo Aumônière, auprès de la porte (1); il 
est possible que ce nom ait été appliqué au chemin de ronde qui 
mettait en communication la porte Aumônière et la porte Font- 
Pinou. Quoi qu'il en soit, on verra plus loin que la porte de 
Maupertuis ne saurait être identi6ée avec la porte Aumônière. 

Ija rue Fonlpinou (2), qui aboutissait à la porte du même nom, 
commençait au carrefour « à la Bel-Arbre » appelé aussi « rue à la 
Bel-Arbre (3). » Ce carrefour se trouvait probablement sur la partie 
Est de la place Denis Dussoubs actuelle (autrefois place de 
l'Abbaye), au débouché de la rue des Ecoudières. 11 communi- 
quait dès lors, par un passage ou un tronçon de rue séparant les 
églises de Saint-Léonard et de Saint-Etienne, avec la grande 
place. Les murs du monastère confrontaient au carrefour 
Bel-Arbre, et la rue Font-Pinou, après avoir longé ces cons- 
tructions et passé derrière Tabside de la grande église, se dirigeait 
presque en ligne droite vers le midi. La rue de Font-Pinou, ou 
tout au moins la partie la plus voisine du rempart, est désignée, 
au XV* siècle, sous la dénomination de rue « le long du Mur » (4). 
Peut-être ce nom s'applique-t-il au tronçon du chemin de ronde 
intérieur qui débouchait sur ce point dans la voie principale. 

D'après la tradition, qui nous a été confirmée à la mairie 
de Saint-Léonard, la rue de la Poste, qui va de la place 
Denis Dussoubs (de l'Abbaye) à la roule de Glermont, pa- 
rallèlement i la rue des Ecoudières, ne serait autre que l'an- 
cienne rue du Pis, souvent mentionnée dans les textes, dès 
le XIII» siècle (5). En 1771 et 1775 cetle rue dépend, au moins en 
partie, de la paroisse de Saint-Michel (6). Lldentiôcation propo- 

(\) In rua de Loamosnieyra, sive in ruela de Malpartus, inter mania 
ville... (Chapitre). 

(2) In carreria de Fonpino, xtn* siècle (arch. Haute-Vienne. Evôché et 
Chapitre); in rua de Fon-Pino. 1346 (ibLd., Chapitre). 

(3) In carreria pubiica vocata de Fonte-Pino, prope quadruvium Ala- 
belarbra, 1370 (Chapitre); in rua deu Queyroy a la Bel-Arbre, et sublus 
prioratum, 1430 [ibid,) 

(4) Rua de Lon lo Mur sive de Fonpino, 1449 (Chapitre, reg. du Célérier). 

(5) In rua deu Pys, 1883 (Arch. dép., Chapitre, liasse 124). — Rua deu 
Pis (Reg. Massiot). 

(6) Registres paroissiaux de Saint-Léonard. 



LA COMMUNE DR SAINT-LÉONAKD DB NOBLAT AU XIU' SIÈCLE. $5 

séc par la municipalilé nous paraît d'autant plus probable, que 
la rue du Pis aboutissait à une porte du même nom et que l'exis- 
tence d'une communication avec le dehors à Textrémiié delà rue 
de la Poste actuelle est attestée par la direction du faubourg 
Paradis. Celui-ci forme en effet le prolongement de la rue et 
son nom semble rappeler la dénomination de l'ancien faubourg. 
Au dernier siècle on écrivait communément rue des Pies. 

La rue Bouzou ne devait pas être moins ancienne que la porte 
dn même nom, dont on constate l'existence dès le xii* siècle. 
Toutefois nous n'avons relevé au xiii* aucune mention de cette rue. 
Il est parlé en 1340, 1366, 14^0, d'une famille du nom de Bozon, 
et, en 1465, une maison ayant jadis appartenu à Pierre Bozon 
confronte à la rue qui passe devant le grand portail du monas- 
tère (1). Parmi les familles féodales qui possédaient des droits sur le 
château de Noblat et qui en avaient eu autrefois sur la ville, celle 
des Royère compte plusieurs Bozon, un entre autres qui vit en 
1 189. Il y a toute raison d'accepter l'étymologie rua Bozonis indi- 
quée par les plus anciens textes relatifs à la porte du même nom. 
Mais la direction de la rue Bouzou, qui aboutissait au Marché- 
aux-Vaches, pouvait suggérer l'idée d'une autre étymologie, plus 
triviale sans doute, mais fort rationnelle. 

Il y a une vingtaine d'années, à ce nom de a rue Bouzou » une 
administration bien élevée a substitué celui de rue Pauvain, en 
souvenir de l'antique forêt de Pavum qui couvrait autrefois tout 
ce canton. 

La rue Banchereau, comme la rue Bouzou, partait du Marché- 
aux-Vaches; son nom est orthographié très diversement. Nous re- 
viendrons sur son étymologie en parlant de la porte à laquelle elle 
conduisait. 

La rue de Cbampmain (2) aboutissait d'un côté à la porte du 
même nom, de l'autre au Marché-aux-Porcs (place du Marché). 
Elle n'est pas mentionnée au cours du procès entre Tévêque et la 
commune; mais on ne saurait douter qu'elle existât déjà à cette 
époque. On y trouve, en 1452, rhôtellerie de la Couronne (3). 

Bien que la porte de Champlepot fût très rapprochée de la 
porte de Champraain, la rue qui y aboutissait et qui s'embranchait 
dans la rue Aumônière, près de la place du Marché-aux-Porcs, 

(I) In rua pubiica, anle magnum portale monastcrii, intcr domum que 
fuit antiquitus Pelri Bosonis (Chapitre). 

(î) Rua de Campo Magno, 1449 (Rcg. Céléricr). — Rua de Champ- 
maing (idem) ; rua de Champmainht, de Champmanht (Rcg. Massiot). 

(3) Note Champe val. 



30 SO€IRTÊ ABCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIIIOUSIN. 

n'eu était pas moios uj;ie des pli;is fréquentées de ^a .ville. Elle 
est appelée indifféremment Champlepot (1), Chatlepa et ,Cha- 
plepa (2). 

Parmi les voies secondaires, une de celles dont on relève le 
plus souvent le nom dans les liasses de nos archivés est la rue 
des Ecoudiôres. Partant du carrefour A la Belarbre, derrière le 
monastère, elle se dirigeait presque parallèlement à la rue du 
Pis, et s'arrêtait saus doute autrefois au chemin de ronde ; car il 
.ne parait pas qu'il ait existé d'ancienne date une porte à son ex- 
trémité. Elle était connue aussi sous le nom de rue du Tourfour, 
ou du Four-Anglaret (3). On la trouve encore nommée rue de 
Tourfoux en 1601 et en 1747 (4). 

La rue Notre-Dame, qui existe encore, et qui, partant de 
l'église de ce nom, allait déboucher dans la rue Auniônière, est 
appelée tantôt rue de Notre-Dame-de-sous-les- Arbres ou rue de Sous- 
la'Chapelle-de'Notre-Dame'SouS'l'Arbre, tantôt simplement rue de 
Sous-leS'Arbres (5) On la trouve mentionnée dès le xiv® siècle, et 
elle existe selon toute apparence au siècle précédent. Il semble 
que la rue actuelle de la Halle, qui venait du Marché aux Porcs 
et aboutissait â la mémo église ait été aussi appelée quelquefois 
rue Notre-Dame. Peut-être celte rue était-elle la voie connue 
sous le nom de charreyron ou traverse de Notre-Dame ou rue du 
Condourat ou du Condonreys (6). On nous assure toutefois que 
ce dernier nom s'appliquait aune venelle entre la rue Chan^praain 
et la rue Champlepot. 

(1) En 1366 (liasse sans numéro du Chapilrc). 

(2) En U49 (Rcg. Célérier). 

(3) Garreria de Las Escudicyras, (403; carreria vocala do Las Escudie- 
ras, 1404 ; de Las Escudieyras, 1411 (liasses non cotées du Chapitre). — 
Rua du Turfur, sive du Four-Anglaret, vulgo des Ecoudiercs (note Cham- 
peval) . 

(4) Reg. paroissiaux et minutes Mabaret-Bacliet. 

(5) In rua appellata de sublus capellam Bealo Marie de sublus arborem, 
1390; carreriam Beaic Marie, 1449; carreria de Sublus Arborem, 1449; 
rua sivecarreyriaiBeale Marie de subtus arbores, .1454; rua publica vocala 
de Noslra Dama de dessoubz les Arbreys, 1500 (liasses du Chapitre et 
registre du Célérier). 

(6) Carreria deu Codera, 1449 (Célérier) ; ip rua siva cfiarreyrqno vocale 
de Noslra Domina, quo itur ab (?) ecclesia Béate Marie de sublus arbores 
ad ruam de Foro Porcorum. 1.452-, ruam sive codorsuni de Nostra Domina, 
1481 (Chapitre); rqe de Coudoureys, 1620 (minutes Baçhet, noie de 
M. Champeval). 



LA COMBIDNË DE SAINT- LÉONARD OC NOBLAT AU XUl° &lèCLK. ^7 

Une des deux rues Notre-Dame s'était appelée rue Thcw»as 
Raveau au xv* ou xvi« siècle (1). 

On ne possède pas de mention très ancienne de la rue de la 
Pialle(dela Paille?). Nous n'en connaissons point pour notre 
compte qui soit antérieure à 1650 (2). La rue des Trois-Pigeons, 
qui tire probablement son nom d'une enseigne, ne parait pas 
i-emonler au moyen âge. Il en est de même de la rue Saint-Eloi 
et de la rue Saint- Léonard. La, rue Nègre ou Noire, dont on 
rencontre deux ou trois mentions au registre du Célérier (3) vers 
le milieu du av« siècle, parait devoir être identifiée avec la rue 
actuelle de la Mairie. Peut-être toutefois cette dénomination 
a-t-elle été donnée à une venelle ou impasse aboutissant à cette 
dernière. 

On trouve la rue des Trois-Pommes ainsi dénommée au 
XIV* siècle, et cette appellation n'est vraisemblablement pas nou- 
velle à cette époque (4). Un grand îiombre de pièces nous la 
fournissent. Dès le temps de saint Louis et de Philippe III, il est 
parlé dans des pièces du fonds de TEvéché et du fonds du Gha* 
pitre, aux Archives de la Haute- Vienne, d'un Elie et d'un Michel 
TreS'Pommes. Il est vraisemblable que notre rue doit son nom à 
cette famille. C'est la rue actuelle de la Halle, qui part de la 
place de la Halle pour aboutir à la place Denis Dussoubs. 

La rue de Bernard de Saint-Michel, dont nous trouvons men- 
tion à peu près à la même date (5), tire vraisemblablement son 
nom de celui du propriétaire des terrains ayant servi à l'assiette 
de cette voie ou même des premières maisons construites sur ces 
terrains. Précisément, il est parlé, aux pièces du procès de 
la Commune avec l'évêque, de plusieurs nobles de ce nom, 
chevaliers ou écuyers. 

Nous avons cherché en vain à déterminer la direction de la 
rue de Leyssay, qu'on trouve mentionnée aux xv®. xvi« et xvn® 
siècles (6) ; de la rue du Four-au-Mas ou du Four-du-Mas, que 

[\) Ruavocata de Thomas Raveu, sive de Nostra Domina (note Cham- 
peval). 
(?) Minutes de Télude Bachet, renseignement fourni par M. Champeval. 

(3) In carreria Nigra, inter domum Johannis de Treys, alias Bussier, etc. 

(4) In carreria vocata ou Très Pomas, 1358 (Arch. dép., Chapitre, liasse 
5188). In rua Yocala ous Très Pomas itfr«i. 51?). Rua de Très Pomas, de 
Treys Pomas, 1449 (Célérier). 

(5) Rua vocata Bernardi de Sanclo Michaêle, 1357 (Chapitre). 

(6) Une mention de cette rue, à la date de 1621, nous a été Hgnaiée 
par M. Champeval. 



28 SOGIÉTé ARCH^^OLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

nous avons rencontrée vers 1455 (1); de la rue du Puits-Molinier 
ou Puits-du-Meunier (2); de celle de la Font-à-la-Pierre, nom- 
mée en 1284(3); de celle du Jardiu-du-Prieur (4), dont on 
trouve une mention vers la même époque ; de celle de Las 
Peyras-Mesuras, qu'on relève aux xvii* et xviii' siècles (5) et qui 
doit nécessairement partir de la grande place, où l'on voyait les 
mesures de pierre servant à la vente des grains. 

On comptait à Saint- Léonard, au xiii* siècle, un certain nom- 
bre d'édifices affeciés à des services publics et dont les plus im- 
portants et les plus beaux étaient, comme partout à cette époque, 
les bâtiments consacrés au culte. 

Il faut mentionner en première ligne la grande église qui, 
construite â la fin du ix* ou au commencement du \* siècle, 
avait été rebâtie au cours des xi* et xn* siècles. Ilier Chabot, 
évêque de Limoges, dans une charte concédée par lui et revêtue 
de la signature d'Agnès, comtesse de Poitiers, constitua une do- 
tation aux douze prébendes fondées par ses prédécesseurs et céda 
aux prébendes le cloître, toutes les dépendances du monastère et 
le terrain sur lequel on construisait ou réédiflait alors ces 
bâtiments (6). Cette charte est le premier document certain qu'on 
possède sur l'histoire du prieuré. On voit figurer parmi les sous- 
criptions celle de Marbode, gardien du sépulcre (7), ce qui sem- 
ble prouver que dès lors les desservants de Téglise de Saint- 
Léonard avaient la garde des restes du patron du lieu. Il est dit 
à cette charte que le Moûtier a été fondé en l'honneur de Jésus- 
Christ, de saint Trophime et de saint Léonard. Parmi les revenus 
dont il est fait mention à cet acte, relevons « les deniers de la 
chaîne » ^ denarios calenœ — peut-être analogues à ces offrandes 
de l'autel de saint Léonard, dont nous avons vu Jeau-sans-Terre 



(<) Rua de Furno ou Mas. lier publicum de Furno ou Mas (Gélérier). 
Peut-être est-ce la môme que celle du Four-Anglaret ou des Ecoudières. 

(2) Carreria deu Potz Molenier. Anle puteum lo Molenier, 1449 (ibld.)\ 
rua Yocala de Puteo au .Molinier, 1469 (Ghapilrc). 

(3) Rua de Fonte a la Peyra (Chapitre). 

(4) Carreria vocala de Orlo Prions {ibid.). CeUe rue devait être peu 
éloignée de la caserne actuelle de gendarmerie. 

(5) M. Ghampeval nous en a signalé une mention en 1730, dans les 
registres paroissiaux ou dans les minutes de l'élude B&chet : c'est la plus 
récente que nons connaissions. 

(6) Claustra, et officinas, et terram in qua edificant, conccdimus 
(Biblioth. nationale, manuscril latin n° 12747, p. 476). 

(7) Ibid., p. 479. 



LA COaillUNR DB SAINT-LÉONARD DR NOBLAT AU XIII^ SIÈCLE. 39 

se saisir en 1203. Ou sait que des chaînes laissées en ex-voto par 
les pèlerins étaient appendues jadis au mur de l'église, au- 
dessus et des deux côtés de la grande porte. 

Le collège de clercs chargé de desservir l'église des saints 
Trophime et f^nard fut soumis à la règle des chanoiues de 
Saint-Augustin parle pape Eugène III (1 145-1153). Au xiii* siècle, 
le titre de chanoine leur est constamment donné. Ils ont un 
prieur et un sous-prieur. Le bénéfice prioral subsistait encore 
à la Révolution ; mais la conventualité s'était éteinte depuis 
longtemps, et aux chanoines réguliers avaient succédé, dès le xvi'' 
siècle, des chanoines séculiers. 

Les bâtiments réguliers ont disparu depuis longtemps : ils 
occupaient une partie de la place Denis Dussoubs (ancienne 
place de l'Abbaye) et s'étendaient derrière Tabside de la grande 
église, au sud-est surtout, semble-t-il. Le cloître, au xiii® siècle, 
devait être assez vaste, puisqu'en 1272 les consuls et la commune 
y prêtèrent le serment de fidélité à Philippe III, roi de France, 
entre les mains de trois commissaires royaux (1). Vers 1236, ils 
avaient prêté le même serment à Tévêque Durand d'Orlhac, dans 
l'église de Saint-Léonard, derrière l'autel (2), probablement sous 
l'arcade qui supportait les reliques. 

La maison du prieur, qui se trouvait en dernier lieu, d'après 
M. l'abbé Arbellot, tout à côté de l'église Saint-Etienne, au nord 
de la place Denis Dussoubs, et de l'autre côté de l'ancien passage 
ou rue qui allait du carrefour A la Belarbre à la p'iace commune, 
tombait en ruines au commencement du siècle dernier : elle fut 
reconstruite par le prieur Libéral Jouvenel de Maranzac, nommé 
au bénéfice en 1712. 

Il n'entre pas dans le cadre de celte étude de décrire la belle 
église de Saint-Léonard, son élégant clocher et son curieux bap- 
tistère. Nous nous bornerons à rappeler que le portail du moû- 
iier est souvent mentionné dans les confrontations des xiii®, xiv° 
et xv« siècles. Il est à peu de distance de la salle épiscopale, et la 
rue qui conduit à l'hôtel du prélat passe au-devant de ce por- 
tail (3). Il s'agit évidemment de la porte ouest, qui est restée la 
principale entrée de l'édifice et fait face à la rue actuelle de la 
Mairie. 



(1) V. Appendice, A, n» 6. 

(2) Appendice, C, Vil, nM27. 

(3) Inter... et portale monaslerii, quadam via publica, par quam ilur 
et rcgredilur ab eodem porlale adversus aulam episcopalcm, intermedia, 
i'Sôi (Chapitre). 



30 société ARCBéOLOOiQXJE Kt fflâTOmHîUB DU LfHdtmiN. 

La plus ancienne des églises de la ville était Notre-Dame, 
construction peu importante d'ailleurs, distante de vingt-cinq ou 
trente mètres de la grande église, et dont remplacement, occupé 
en partie par la place Gay-Lussac, se trouvait à peu prèà au 
débouché actuel de la rue Notre-Dame, entre la rue des Etages 
et la rue de Baint-Léonard. Elle avait été fondée par le patron 
du lieu lui-même, et avait servi de chapelle aux solitaires qui en 
furent les premiers habitants. On tenait que là s'était élevé le 
monastère primitif (t). 

Après la mort de saint Léonard, son corps fut inhumé à Notre- 
Dame, sou» l'autel 11 y demeura plusieurs siècles; on le trans* 
porta dans la grande église après l'achèvement de cette dernière; 
mais le tombeau de marbre qui avait couvert les restes du ser- 
viteur de Dieu demeu,ra dans le vieux sanctuaire; on l'y voyait 
encore au xvii* siècle. Il était alors placé dans la nef (2). 

A cette époque, l'église de Notre-Dame était à peu près aban- 
donnée. Elle avait longtemps été l'objet d'une dévotion toute spé- 
ciale. II y existait plusieurs vicairies et chapelles particulières ; on 
y voyait notamment « la chappelle, monument et sepulchre » des 
seigneurs du Muraud. Notre-Dame avait été desservie par quinze 
(ou quatorze) chanoines ou communalistes et vicaires prében- 
des (3). Nous avons trouvé eu 1283 mention d'une confrérie des 
prêtres et des clercs séculiers de Noblat (4). Peut-être s'agit-il ici 
de la communa'uté de prêtres séculiers ou de chanoines qui des- 
servaient l'antique église. 

On n'a aucune description de cet édifice. Nous savons seule- 
ment, par de nombreux textes du xiii* siècle, qu'un porche 
— portkus — existait au devant de l'entrée de Notre-Dame. 

On voit quelques restes de l'église paroissiale de Saint-Etienne 
au débouché de la rue dont le nom conserve le souvenir de cet 
ancien édifice. Le bâtiment, qui parait avoir eu une certaine 
importance, s'élevait à très peu de distance de la grande église, 
au nord, en avant des bâtiments du prieuré, dont il paraît avoir 

(1) In qua quidem olim, ut puto, et primitus extitit cœnobium Nobilia- 
censé. (Man. lat. 12,747 de la Bibl. nationale, p. 125, 1)6, 127.) 

(2) El haclenus asservant Sancti Leonardi tumulum marmoreom, oiim 
subtus altare, modo in navi ccciesiolse situm (Ibid,). 

(3) L'abbé Oroux, Histoire de la vie et du culte de saint Léonard. 
Paris, J. Barbou, 1760, p. 38, — et man. latin 42,747, p. 126, 127. 

(4) Confratres confralrie Sancte Marie presbiteromm etclericorum secu- 
larium Nobiliacensium ^Archives départ., Chapitre, liasse 124). 



LA COMVUNS or. SAIEtT-LSONAnD DR NOBLAt AU XITK® SfÈCLB. 31 

été séparé; ainsi que du Moûtier, par un passage public faisant 
communiquer le carrefour A la BelarbÉ-e dvec la grande place. 

Saint-Etienne existait dès le xii'' siècle et se trouve nommé au 
Carlulaire d'Aureil (ï). La cure était à la présentation du prieur 
de Saint-Léonard, et le curé avait une place de chanoine. 

Il est difficile de dire exactement où se trouvait Féglise ou 
chapelle de Saint-Jean, qui paraît avoir eu aussi, au moins au 
XIV' siècle (2), le titre de paroisse. Elle était, d'après un texte de 
cette époque, située près du Moùtier. Peut-on la retrpuvor dans 
la chapelle de saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste 
« sous les voûtes du prieuré », dont parle l'abbé Nadaud? Cette 
dernière était une simple vicairie à la nomination du prieur. Le 
bénéfice avait été autrefois à la présentation des seigneurs de 
Laron (3). Saint-Jean servit, au xvii" siècle, d'oratoire à la com- 
pagnie des pénitents blancs. Il ne serait pas impossible que la 
chapelle ronde du baptistère, aujourd'hui dédiée à sainte Anne, 
ail été, dans le principe, placée sous l'invocation de saint Jean. 

Deux autres églises, Saint-Michel et Saint-Jérôme, dont la 
première au moins a été le siège d'une paroisse, sont signalées 
dans d'anciens titres. Saint-Michel est mentionnée aux xvii« et 
xviii* siècles. Simple chapelle de la grande église, elle se déta- 
chait au sud de la nef, non loin de Saint-Jérôme. 

La construction de ce dernier èdiflce ne remontait pas au-delà 
du XVII* siècle. C'était une chapelle parallèle à la nef de la grande 
église, appuyée au mur méridional. Elle a subsisté jusqu'à 
une époque peu éloignée de nous. La « royale compagnie » dos 
pénitents bleus s'y réunissait. Elle occupait une partie de Tas- 
siette actuelle de la place Saint-Jérôme. 

L'église de Champmain, qui existait au xiii'' siècle, depuis 
fort longtemps peut-être, et qui devint, auxvii» siècle, un simple 
oratoire où la confrérie des pénitents blancs installa d'abord sa 
« tribune », fut longtemps une église paroissiale. C'est ce qu'atteste 
le titre de curé — rector — donné en 1357 au prêtre chargé de la 



(I) In domo Pétri RanulB, ad caput ecclesie Sancli Slephani. 

(3) Capellano seu rectore ecclesie seu capelle Sancli Johannis de Nobi- 
Haco, — Geraido Forestario, rectore capelle sancli Johannis (Donation de 
Pascal Phélipot pour des anniversaires, Arch. de la Haute-Vienne, Cha- 
pitre de Sainl-Léonard). In capella Sancli Johannis prope monasteriuni 
dicti loci (Evôché, Reg. Mea Sancta Maria, fol. 20). 

(3y Oroux, Vie de saint Léonard, p. 250. 



32 SOCIÉTR ARCHÉOLOGIQUR RT HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

desservir (1). L'église était placée sous Tin vocation de saint 
Martin ; elle possédait une vicairie de Saint-Georges. Cette cure 
était à la nomination du prieur de Saint-Léonard. Auxviii' siè- 
cle, la paroisse de Champmaiii n'exisiait plus et avait été réunie 
à Saiat-Etienne. L'église n'était plus qu'une chapelle sous le 
vocable de sainte Marie-Madeleine, où les pénitents feuille- 
morte faisaient leurs exercices. Celte compagnie la fit rebâtir en 
1815. C'est aujourd'hui la chapelle du cimetière. L'église de 
Champmain était distante d'une centaine de mètres seulement 
des remparts. 

Comme la précédente, l'église de Notre-Dame-de-la-Chapelle 
était hors les murs, mais beaucoup plus éloignée de la ville. 
Elle fut, dès le moyen âge, la paroisse du château de Noblat. 
Au XIV' siècle, cette église avait pour patrons les seigneurs de 
LaroQ. Le nom de Gouffier de l'Age au Mont, curé ou prieur de 
Notre-Dame-de-la-Chapelle, nous est fourni par un document 
auquel nous avons déjà emprunté un certain nombre d'indica- 
tions (2). Jadis à la collation du prieur, l'église de La Chapelle 
n'était plus qu'à sa présentation dès le xvii* siècle. 

La maison de l'Evêque — manerium Episcopi — appelée le plus 
souvent : la Salle épiscopale — auia episcopalis — est, aux xiii* et 
xiv^* siècles, un des principaux édifices de Saint-Léonard. Elle 
semble avoir été située près de Téglise, sans doute un peu en 
arrière de la mairie actuelle. La construction pouvait remonter au 
XI* ou XII* siècle. — Comme celle de Saint-Junien, la salle épisco- 
pale de Saint-Léonard sert à la fois au prélat de tribunal, de 
salle de réception et de festin, et de pied à terre. Ses officiers 
paraissent aussi y avoir un logement. 11 est vraisemblable qu'une 
pièce y a été ménagée pour servir de chapelle : la Chronique 
de Maleu nous apprend que Sébrand Chabot fit construire une 
chapelle dans l'hôtel épiscopal de Sainl-Junien et que celle cha- 
pelle fut achevée en 1190 (3). 

A côté de la salle de l'Evêque se trouvait sa prison, accessoire 
nécessaire de son tribunal (4). 



(1) Leonardo Negret, priore seu rcctore ecclesie de Campo Magno 
(Donation de Pascal Phélipol déjà citée). 

(2) Golpherio de Agia Monle, capellano seu priore ecclesie Béate Marie 
de Capella, prope et super castrum Nobiliaci (Ibid.) 

(3) Chronique de Maleu, publiée par M. Tabbé Arbellot. — Saint- 
Junien^ Barret, 1817, p. 61. 

(4) in prisioneepiscopi,juxtaaulaniepiscopalem (Enquêtes du xiii^' siècle). 



tA COllXUNE OB SAlNT-LéorrÂRD DE NOBLAT AU XIII* SIECLE. 3^ 

Quelques arcatures élégantes des^xiii* el xiv' siècles, engagées 
daus le mur d'une maisou particulière, presque en face de la prin- 
cipale porte de la grande église, voilà tout ce qui reste de Tancien 
hôtel- de- ville de Saint-Léonard. La tradition qui place en cet 
endroit la maison du Consulat est conârmé^e par d'anciennes 
confrontations. Ainsi il résulte de plusieurs textes du xiii^ siècle 
que rhôtel-de-ville était situé près de l'église et de la salle 
épiscopale; or on vient de voir que celle-ci se trouvait, en effet, 
à quelques mètres de l'emplacement que nous signalons. Il 
résulte d'un texte de 1449 qu'à cette date le Consulat se trouvait 
devant l'église du Moûtier et confrontait aux maisons de Pierre 
Peynaud, ayant appartenu l'une à Joubert Flory, l'autre à 
Pierre Desmoulins (1). Un autre passage du même document 
indique que ces divers immeubles étaient sis dans la rue Nègre 
ou rue Noire (2). En 1420, les consuls ont vendu à Vincent Fabri 
une maison ayant appartenu à Jean des Moulins, placée autrefois 
entre la maison de Léonard Mourinaud et la maison ou grenier 
ayant, d'ancienne date, appartenu à Jean des Moulins et séparée 
par la voie publique de la salle épiscopale (3). L'immeuble 
vendu ne serait-il pas une dépendance de la maison commune ? 

Il résulte des témoignages recueillis à la fin du xiii" siècle, au 
cours des diverses enquêtes, que les bourgeois avaient fait cons- 
truire, vers 1260, le bâtiment où était alors le siège de l'adminis- 
tration municipale. Il n'est pas impossible que les ogives qu'on 
voit encore en face du portail de Téglise aient appartenu à ce 
premier hôtel-de-ville. 

L'hôpital de Saint-Léonard — Hospitalis paupeimm — fut, dit- 
on, fondé en 1191. Legros signale son existence en 1263; elle est 
attestée vers 1250 par divers documents. Il en est fait mention 
aux anciens Registres de l'Evêché, où on trouve trace d'une 

(1) In domibus Pétri Peynelli, quarum una fuit Jouberti Flori, et alia 
Pelri de Moleadinis, sitis ante monasterium Sancti Leonardi, inter do- 
mum Consulalus ex una parte et domum Johannis Bussier (Reg. Gélérier). 

(9) In carreira Nigra, inter domnm Johannis de Trcys, alias Bussier, et 
domos que qnondam fuernnt Pétri de Molendinis, modo Pétri Peynelli. 
(Ibid.) 

(3) Domus... que antiquilus fuit Johannis de Molendinis, sita... inter 
quamdam domum Leonardi Mourinaud! , ex una parte, etaliam domum sive 
granier qn^ antiquitus fuit dicti Johannis de Molendinis, ex alia, et aulam 
episcop^lem seu domos episcopatus Lemovieensis, quadam rua publica 
intermedia, ex altéra (Chapitre). 

T. xxxvn. 3 



34 ^OCliTR AftCRÉOLOGIQUR RT RISTORIQUK DO tISOCStIC. 

enquête ordonnée par le Roi à la fin du xiii'* ou au commen- 
cement du xiv« siècle, â l'occasion d'un différend entre TEvêque 
et les Consuls (1). 

Enfin le registre Ttix hodiey du fonds de Tévêché, aux archives 
de la Haule-Vienne (2), contient le texte d'une bullo pontificale 
donnée au profit du prieur de (Hôpital des pauvres de Saint- 
Léonard contre les collecteurs d'une taille levée par ordre du 
prince Noir. Peut-être s'agit-il du fouage qui excita un si uni- 
versel mécontentement et devint la principale cause du soulève- 
ment de tout le pays. 

C'est à l'hôpital, désigné sous le nom d'Hôtel-Dieu — Domus 
Dei — qu'au xni* siècle les magistrats municipaux envoient les 
denrées saisies par eux au cours de l'inspection des marchés et 
des boutiques, quand ces denrées ne sont pas malsaines : les 
pains n'ayant pas la dimension réglementaire, par exemple (3). 

Outre Thospice, il existe, dès une date fort reculée, une mala- 
dreriehors la ville, au bord du ruisseau du Tard. Elle est appelée : 
tantôt r//i/îr7nfnc du Temple, tantôt la Maladrerie ou Maladerie. 
De là le nom de Riou las Infermas (pour Infirmas) donné au Tard, 
et de Fontaine des Infirmes et Beure ou Boire des Malades, qu'on 
rencontre souvent du xii® au xvni'' siècle (4). On trouve aussi 
mention du Cimetière des Malades en 1692. Outre les cimetières 
des églises, il existait, dès 1«) moyen âge, un champ de repos 
important à Champmain (5). 

Nous n'avons pas parlé ci-dessus de l'église ou chapelle de 
Saint-Martial au Pont de Noblat, où se réunirent, au com- 
mencement du xvii^ siècle, les membres de la compagnie des 
Pénitents Feuille-Morte avant d'installer â Champmain leur 
oratoire. Nous ne connaissons aucune mention de cette chapelle 
antérieure à 1500. 

Pour la même raison, nous n'avions à parler ni du couvent des 
RécoUels, fondé près et hors la porte Aumônière (maison Jullien) 
en 1594, ni des Filles-de-Notre-Dame, établies en 1652 au sud de 



(4) Lillera qua Rex mandai certis commissariis quod inquirant de jure 
quod Consulcs Nobiliaconses se dicebanthabcre in domo hospilatis Nobi- 
liacensis, et de cxplectationc quam fecit cisdem Episcopus Lemovicensis, 
qui indicto hospitali intruserunt quemdam nomineMarcialem, et inquirant 
veritalem et inquestam remlctanl partibus (O Domina, f, 88 vo). 

(î) Fol. 64 r«. 

(3) Appendice C, VI. nM13. ' 

(4) Minutes Bachet et Registres paroissiaux* 

(5) Note de M. Champeval. 



LA COMMUNS DB SAlNT-LÉONAnD DE r^ORLAt AU Xlir SIECLE. 3(^ 

Téglise de Saint- Léonard, sur remplacement acluel de la gendar- 
merie. 

La construction de la première enceinte fortifiée de Saint- 
Léonard paraît remonter, comme on le verra plus loin, au règne 
de Richard Cœur-de-Lion. Tout au moins nos Annales rappor- 
Icnt-elles que le duc d'Aquitaine, délivré de sa prison, se rendit 
en pèlerinage au tombeau du patron de Noblat, fit restaurer 
l'église, construire des portes fortifiées et « clore » la ville. Ces 
murailles furent réparées à plusieurs reprises, notamment à la 
fin du XIV* et vers le milieu du xv"* siècle. En 1382, Charles VI 
autorisa les consuls à percevoir, pendant deux ans, une aide pour 
faire face aux dépenses de ces réparations (1). 

I^es remparts ne comptaient pas moins de six entrées au 
xiii* siècle; c'étaient les portes Aumônière, Font-Pinou, Bou- 
zou, Banchereau, Champmain et Champlepot. Il n'est pas absolu- 
ment démontré, toutefois, que la porte du Pis, mentionnée au 
milieu du siv« siècle, n'existait pas soixante ou quatre-vingts ans 
auparavant : ce qui porterait à sept le nombre des entrées de la 
ville. Il faudrait peut-être y ajouter la poterne Maupertuis. 

La plus importante de ces portes, qui s'ouvraient probablement 
toutes sous une tour, était la porte Aumônière. On comprend 
aisément que dès l'origine il en ait été ainsi ; elle se trouvait cons- 
truite en face du château de Noblat, au point même où aboutis- 
sait le Pavèy principale avenue de la ville, qui parlait du pont et 
où venaient déboucher tous les chemir.s qui mettaient Saint- 
liéonard en communication tant avec la rive gaucho de "la 
Vienne qu'avec une partie des territoires de la rive droite : ceux 
de Limoges notamment, de Pierrebufflère, de Châleauneuf et 
d'Eymouliers. 

La porte Aumônière (2) devait-elle son nom aux distributions 
charitables des religieux ou à rétablissement d'une de ces 
anciennes aumônes municipales que le chroniqueur de Vigeois 
assure avoir été fondées vers le temps de la première Croisade? 
Bien que la commune paraisse n'avoir éié constituée qu'à la fin 
du xii** siècle, nous serions assez porté, surtout à cause de la 
proximité de l'hôpital, à admettre la seconde hypothèse. Ce qui 
tendrait à la confirmer, c'est qu'il existe, au xv® siècle, à Saint- 



(I) Ordonnances des Rois de France, t. XII, p. 126. 

(ï) Perla de Elemosina, Elemosinaria, porta de Lamoniera (procéd. 
xm^" siècle)^ porta de l'Oumosnicyra, U49 (Reg. du Célérier); l'Oumo- 
nieyro, tiran a la dicha porta (Rcg. Massiot}. 



36 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU UHOUSlH. 

Léonard, uae confrérie dite des Aumônes du Consulat, et que les 
revenus de l'œuvre sont administrés par les magistrats munici- 
paux (I). 

Nous verrons plus loin que, le plus souvent, l'exécution des 
peines corporelles prononcées par les consuls, l'amputation des 
membres en particulier, avait lieu à la porte Aumônière. 

C'était aussi très généralement à cette porte que les consuls 
conduisaient les criminels condamnés au bannissement et leur 
signifiaient la défense de rentrer jamais dans la ville. 

On a vu plus haut que la rue Aumônière, ou une ruelle adjacente, 
portait le nom de rue de Malpartus, ou de Maupertuis. Un por 
tail ainsi appelé se trouve souvent mentionné dans les procé- 
dures du XIII* siècle (2). On ne peut guère identifier cette porte 
avec la porte Aumônière, car on voit en 1307 les officiers du 
pariage aller frapper à la porte Maupertuis après qu'on leur a 
refusé l'entrée de la porte Aumônière (3). Ce n'est pas une simple 
arcade ouverte, car là a été établie la principale prison des 
consuls (4) et il en est souvent question dans les enquêtes ; celles- 
ci nous apprennent que le portail de Maupertuis a élé réédifié 
par les chefs de la commune vers 1240 (5). 

Il faut en conclure peut-être que Maupertuis était une poterne 
fort rapprochée de la porte Aumônière. 

Nous n'avons trouvé nulle part de mention relative au fau- 
bourg de la porte Aumônière; mais il n'est pas douteux que des 
maisons fussent construites, dès une époque fort ancienne, des 
deux côtés du Pavé. 

La porte Font-Pinou servait, comme Maupertuis, de prison 
communale. Elle est également mentionnée au temps de Phi- 
lippe III et de Philippe IV (6). Un faubourg s'était construit 
dans le prolongement de la rue qui y conduisait. Son nom 

({) Memoric sero quod V*' argent une veys paiade, que monsenhucr 
Giraud Massioth... avio donat a Las Oumosnas de Consolai en son tes- 
tament, que yeu, Johan Massioth, las ay paiadas... Sero memorie de en 
aveir quixtance de Consolât, 1475 (Beg. Massiol). 

(î) Portale de Malo-Pertusio, de Malpartus, de Malparlut. 

(3) Leymarie, Bourgeoisie, t. il, p. â79. 

(4) Prissio de Malo Pertusio est in mûris (Evéché, 2440). 

(.5) Et sunt quin^uaginla anni quod vidit rcfici pcr consules portale 
murorum quod vocalur porlale de Malo Pertusio (Témoignage de Pierre 
Tutonis, 198B). 

(6) In prisione consulum, in portalicio de Fonte-Pino (dép, de Jean 
Dubois, prêtre, 1288); — Porta de Fonpino, U49 (Reg. Célérier). 



LA CO>IMUNK DE SAINT-LÉONARD DE NOBLAT AU XIII« SIÈCLE. 37 

est lire du voisinage d'uae fontaine située hors des murs, qui 
existe encore et qui alimente le lavoir établi à gauche de l'arrivée 
actuelle de Limoges. 

Un litre de 1357 mentionne la porte du Pis (t), qui était selon 
toute vraisemblance construite à peu près à l'endroit où débouche 
la rue de la Poste, sur la roule de Clermont, Il est parlé en 1315, 
1340, 1357 et 1449 du faubourg qui avoisinait celte porte (2) et 
qu'on trouve encore en 1756 avec la dénomination de faubourg 
des Pis (3). C'est aujourd'hui le faubourg Paradis. 

La porte Bouzou existe certainement au'xn* siècle et doit être, 
par conséquent, une des plus anciennes de la ville. Les carlu- 
îaires d'Aureil et de L'Artige la signalent et rappellent porte de 
Boson (4), indiquant ainsi une étymologie qu'il faut bien adop- 
ter, mais sans grand espoir d'éclaircir l'origine historique de ce 
nom. Toutefois nous avons dit plus haut que parmi les membres 
de la famille de Royère, qui habita le château de Noblat et pos- 
séda certains droits sur la ville, on note l'existence d'un Bozon en 
1189, c'est-à-dire vers l'époque même où Richard Cœiir-de-Lion 
fait construire les fortifications. 

Au XIII" siècle et aux siècles suivants, les mentions de la Porte 
Bouzou ne sont pas rares (5), non plus que celles du faubourg 
qui s'étend au-delà. (6). 

La porte Banchereau est souvent désignée à d'anciens titres ; 
mais quelle est la forme régulière de ce mot et sa véritable or- 
thographe? On trouve, dans le dernier quart du xiii" siècle, Ban- 
cheriau, Bancherau et Bancherain (dép. Léonard Goudelli), 
Blancherain (Jean du Bois). On ne relève pas moins de variantes 
dans la dénomination du faubourg qui s'étend aux abords de 
cette porte. Il est appelé Boucheriau et Bocheriau en 1288(7), 
Banchareu et Banchoreu plus tard. Ce nom ce conserve-t-il pas 
le souvenir d'une ancienne boucherie ou d'abattoirs? On peut le 
supposer, la rue sur laquelle ouvrait cette porte menant direc- 
tement au M arché-aux- Vaches. 

(1) Prope portam dou Pis et juxta fossatum dou Pis (Chapitre). 

(2) Liasses Chapitre et reg. Célérier. 

(3) A un terrier de M. le baron de Vcrnon. Note de M. Champeval. 

(4} Extra portam de Noallac que dicitur porta Bozonis (cartul. d'Aureil, 
fol. 11). Ad portam Bozonis (cart. de L'Artige, fol. 27). 

(5) Porta de Bousou (dép. de Martin Le Tourneur, 1288); ante porlam 
de Bozo (Reg. Célérier). 

(6) In barrio de Bouzo, in vico de Bouzo, in vice de Bouzon (dép. de 
Pierre d'Arfeuille et autres); in barrio de Bozo, Ii«l5 et 1325 (Chapitre). 

(7) In vico vocalo au Boucheriau. 



38 SOCIKTF- ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIR. 

Dans tous les cas, il faut noter qu'en 1449 le faubourg de Ban- 
chereau ou une section de ce faubourg est appelé de « Vieille- 
Vialle » (Ij. Vialle est un* mot d'un emploi très fréquent dans 
notre région et qui signifie Vallée. 

Est-ce au même faubourg que se rapporte une mention des 
« Barris de Vieille Selle » au xiv* siècle (2)? Ce serait dans ce cas 
une mauvaise lecture ou une forme corrompue. 

Une ancienne liève de l'hôpital signale en 1751 la Croix Saint- 
Thibaut au faubourg Banchereau. On sait qu'autrefois des croix 
étaient plantées à Textrémité des faubourgs; elles indiquaient 
les limites de certaines juridictions et spécialement des circons- 
criptions paroissiales. C'est dans ce sens qu'on doit entendre 
Texpression intra cruces qu'on rencontre si souvent dans des 
pièces émanant de l'autorité ecclésiastique. 

On observe encore, à l'extrémité de la rue de Champmain, un 
massif de maçonnerie épaulant solidement une maison et mar- 
quant l'emplacement de Tanlique porte de Champmain (3). Elle 
s'ouvrait en face de ce plateau où, à la fin du x« ou du xi* siècle, 
les personnes atteintes du mal des Ardents s'étaient réunies et 
furent guéries par l'intercession de saint Léonard, dont les 
reliques avaient été transportées en procession au sommet du 
plateau. 

Nous verrons plus loin que les consuls rendirent parfois la 
justice sous le portail de Champmain. L'évoque ne put nier que 
des assemblées de ville ne s'y fussent tenues. 

Mentionnée au xhi^* siècle, la porte Champlepot, appelée à cette 
époque Chaplepa (4;, est dénommée en 1480 et en 1485 Porta de 
Challepa (5). La rue qui aboutit à cette porte, venant du marché 
aux porcs, a le même nom, orthographié Chatlepa en 1366 (6) et 
Chaplepa en 1449 (7). Le faubourg est appelé de Challepa et de 
Chaplepa au xiv« siècle. Il y existe une fontaine, et à Textrémité 
sans doute, s'élève une croix connue sous le nom de La Croix au 
Comte (8). 

(1) Iq barrlo de Banchareu, nuDcupalo de Vielhe VUilo (Gélérier). 
(8) In loco qui dicitur aua barriz de VUUe Se^fe (Chapitre). 

(3) Porta de Gampo Magoo (dép. Léonard Goudelli, 1288); — Portale 
qaod dicitur Campus Hagnus (dép. Pierre Tutonis). 

(4) Enquête de 1288, 

(5J Reg. Massiot et arch. Chapitre. 

(6) Chapitre. 

(7) Célérier. 

(8) In barrio de Chaplepa, inter. iter publicum per quod itur de fonte de 
Chalepa ad crucem ou Conte, xiv» siècle (Chapitre, liasses non cotées), in 
barrio vocatur de Challepa, 1367 (Arch. familles, liasses non cotées). 



LA COUMCNS DE SAINT-LÊONARD DE NOBLAT AU XIll^ SIÈCLE. 3d 

Où était placée la porte de Leyssay, doul il est parlé en 1449 
au regisu*e du Célérier? Nous l'iguorons absolument, mais nous 
avons quelque raison de penser que ce nom désigne une des por- 
tes ônumérées plus haut. Le registre en question mentionne en 
1449 le carrefour de Leyssay et la rue de Leyssay, près le mur 
do la ville. Peut-être faut-il voir dans ce mot la corruption d'un 
nom que nous avons relevé dans la déposition do Pierre de 
Rocamadour en 1288 (i), et que nous croyions avoir mal lu. 

Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que la porte de Leyssay 
n'éUtit pas la même que la porte Aumônière(2). Un document de 
1490 permettrait de l'identifier avec une des portes voisines de 
cette dernière : peut-être Font-Pinou. 



IIL — LES SEIGNEURS DE NOBLAT : l'ÉVÊQUE DE LIMOGES; LES 
NOBLAT, LES BRUN, LES TIGIER, LES ROYÈRE, LES MARCHÉS. 



On a VU plus haut (3) les évoques de Limoges soutenir, pendant 
un demi-siècle, une lutte à peine interrompue contre les rois 
d'Angleterre, ducs d'Aquitaine; durant cette période si agitée, ils 
furent constamment les appuis les plus fermes du parti français 
dans la province, et celui-ci trouva en eux ses chefs les mieux 
obéis. Les successeurs de saint Martial, il faut le rappeler, 
n'étaient ni des adversaires sans importance ni des alliés à 
dédaigner. On chercherait en vain, dans tout l'ancien territoire 
Lémovice, un baron aussi riche et aussi influent que le fut, aux 
XI* et xïi* siècles, le prélat placé à la tête du diocèse. Maître, 
sur une étendue de vingt-cinq lieues, du cours de la principale 
rivière du pays, qu'il tenait par les villes échelonnées sur toute 
la traversée actuelle du déparlement de la Haute-Vienne, il 
était presque nécessairement mêlé à tous les incidents qui pou- 
vaient survenir dans celle région. Ses domaines jetaient, de 
l'Est à lX)uest, comme une sorte de petite Marche entre les 
états des comtes de Charroux, plus tard des Lusignan, et ceux 
des vicomtes dont les fiefs se partageaient le diocèse au Sud. Il 
possédait la plupart des villes et bourgs importants du pays : 
la Cité de Limoges, Brive, Saint-Léonai*d, Baint-Junien, Eymou- 

(!) Portam dictam Lauchasavi ou Lanchasavi. 

(2) Inter lier tendens de perla de Lousmosnieras ad ponlem Nobiliaci 
et aliam de Ponte Nobiliaci ad porlale de Leyssay (Chapitre). 

(3) Chapitre 1, p. d, 7, etc. 



40 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DD LIMOUSIN. 

tiers, Alassac, Donzeuac, Laurière et bien d'autres. Aucun 
propriétaire laïque ou ecclésiastique, le vicomte de Limoges 
lui-même, n'étendait la main sur autant de châteaux. Sans 
parler du château épiscopal de la Cité et de celui d*Islo qu'il 
tenait lui-même aux xni* et xiv* siècles, uous voyons les La Brosse 
lui prêter l'hommage pour celui de Boussac ; les comtes de La 
Marche pour ceux de Laurière et de la Motte de Salagnac ; les 
Rançon, puis les Valence, pour celui de Rançon; les Ghabanais 
pour Châteaumorand et Veyrac; les Nieul, puis les Montrocher 
pour Nieul ; les de Gain pour la Motte; les Razès pour leur tour 
et pour plusieurs petits manoirs ; les Bodoyer pour Compreignac ; 
les Noblat, les Brun, les Marchés, les Châteauneuf et les Vigier, 
pour Noblat, Brignac, etc.; les Vontadour pour Peyroux et 
autres repaires ; les Beaujeu pour Bellefaye ; les Malemort et les 
Saint-Michel pour Malemort, Donzenac, etc.; les Turenne, les 
Malemort et les consuls de Brive pour cette ville ; les Comborn 
pour leur château, la châtellenie et la vicomte toute entière; les 
Roffignac, les Saint-Aulaire, les Cosnac, les Cornil, les Sainte- 
Fortunade, les Ghanac et vingt autres, pour une multitude de 
tours ou de manoirs semés dans tout le bas pays. 

A quelle époque et comment s'était formée cette puissance 
féodale? Nous ne saurions le dire précisément. Née, sans 
doute, lors de la défaite des Visigoths et de la prise de possession 
de la contrée par les Francs, elle paraît s'être accrue à la suite 
de la victoire définitive de Pépin sur Waïffre, dont l'Eglise avait 
eu fort à se plaindre. Louis-le-Pieux, Gharles-le-Chauve durent, 
à l'imitation de Pépin, se montrer généreux pour les évêques, qui 
furent toujours sous leur règne des sujets obéissanls. Au cours 
du XI* siècle, plusieurs hommes intelligents et énergiques, appar- 
tenant aux plus grandes familles du pays, occupèrent le siège épis- 
copal. A la mort d'Ebles, fils et frère de ducs d'Aquitaine, on avait 
vu la crosse de saint Martial remise aux mains d'Hilduin, frère 
d'Ebles, puis à celles de Gérald, neveu de ses deux prédécesseurs 
et frère du vicomte de Limoges. A Jourdain de Laron, qui se 
fit élire et installer malgré les efibrts du vicomte de Limoges et 
la compétition d'un fils de ce dernier, succéda Itier de Ghâlus, 
lequel fut remplacé par un autre Laron, Gui I. Tous ces prélats 
jouèrent un rôle important au cours des événements de ce siècle, 
et leur autorité politique s'affirma en même temps que se déve- 
loppait et se classait, en quelque sorte, leur état féodal. 

Ne faut-il pas attribuer à Jourdain et à Gui, et de préférence 
au premier, l'acquisition, au siège épiscopal de Limoges, du cfaâ- 



LA COMMUNE DE SAINT-LÈONABD DE NOBLAT AU XIII* SIÈCLE. 44 

teau de Noblal? Il n'y aurait àcelle hvpolhèse aucune iavraisem- 
blance. L'abbé Oroux rapporte qu'après le départ des Normands 
et à la faveur de la désorganisation générale, les seigneurs de 
Laron s'étaient emparés de la justice de Saint-Léonard, et appuie 
ce récit sur un texte du Chartrier du prieuré recueilli par 
D. Estiennol; mais le texte auquel il est fait allusion et que nous 
citons plus loin n'a trait qu'au monastère; au surplus cette 
usurpation de droits mal exercés, négligés, peut-être même 
abandonnés, n'est certainement pas la seule qui dut se produire 
à ce moment. — Aux' siècle, le bourg de Saint-Léonard était- 
il sous la dépendance du château? On ne saurait l'affirmer. 
Peut-être appartenait-il au collège de religieux ou de chanoines 
qui avaient succédé aux compagnons du saint ermite et avaient 
défriché le canton. Peut-être le château aussi dépendait-il d'eux ; 
mais cette dépendance n'existe plus dès le milieu du xi* siècle. 
Avant cette époque un lien est formé entre le siège épiscopal et 
la forteresse féodale qui a remplacé la maison de chasse des 
princes mérovingiens. Une charte reproduisant les clauses de l'ac- 
cord conclu, vers 1045, entre Guillaume Vde Poitiers et l'évêque 
de Limoges, l'atteste de la façon la plus précise et dans des ter- 
mes qui méritent d'être signalés. Guillaume était venu en 
Limousin pour apaiser les restes des querelles dont la nomina- 
tion de Jourdain de Laron avait été le point de départ. L'inter- 
vention de la puissance laïque avait joué un grand rôle dans la 
désignation du préiat ; on redoutait qu'il n*en fût de même quand 
le moment serait arrivé de lui choisir un successeur. P'^ur 
calmer les appréhensions du clergé, le comte de Poitiers consentit 
à s'interdire de mettre un évêque sur le siège de Limoges en 
dehors de la désignation du Chapitre et sans l'avis des nobles qui 
possédaient les tours de Nieul et de Noblat — déjà hommagées au 
prélat qui occupait le siège de Limoges, on n'en peut douter. S'il 
n'en était pas ainsi, comment expliquer leur intervention à ce 
choix ? Il ne s'agit évidemment pas ici d'une simple approbation ; 
le mot conseil — consilium — employé par le rédacteur du traité 
indique suffisamment une participation plus intime et plus 
immédiate à la nomination de l'évêque. Il est expliqué qu Aimeric 
de Nieul sera assisté d'un de ses fils : après son décès, ses deux 
fils seront appelés à donner leur avis; de même les deux fils 
d'Audoin de Noblat seront consultés. A leur défaut, cette préro- 
gative sera exercée par les chevaliers qui tiendront à ce moment 
les tours de Nieul etde Noblat (1). Ces précautions paraissent avoir 

(I) 5i Comee Pictaoensls in çpiecopatum Lemoolcœ sedis mUterct 



43 SOCIÉTÉ ARCBÉOLOGIQUB KT HlSTOlilQUC DU LIMCiiSIN. 

élé vaines, comme ea témoigne la lettre épl(>rée qu'adressaient 
peu d'années après au comte de Poitiers les clercs de Saint- 
Etienne (1). Ce fut la noblesse du pays qui choisit et imposa 
Itier de Châlus. 

11 ne faut pas oublier que Jourdain de Laron était prévôt ou 
prieur du Chapitre de Saint-Léonard avant d'être élevé à Tépis- 
copat (2), et qu'une charte des Archives de la Haule-Vienae le 
montre, en 1027, donnant, d'accord avec sa mère Adalgarde, 
l'église de Saint-Denis-des-Murs à l'abbaye de Saint-Martial, en 
présence de plusieurs nobles, parmi lesquels il faut noter Adémar 
de Noblat et Bernard Marchés (3). 

En 1050, le même évéque donnait au Chapitre de Limoges la 
tour supérieure de Châteauneuf, le donjon sur lequel elle s'éle- 
vait, la forêt de Serre et des droits sur diverses chapelles et 
terres (4). 11 lit sans doute d'autres libéralités à ce chapitre ou au 
siège épiscopal lui-;nême. Peut-être est-ce à lui qu'il faut attri- 
buer la constitution du domaine spécial de l'évêque, de la manse 
épiscopale; celle-ci ne paraît pas avoir été, antérieurement au 
XI" siècle, distincte de la dotation de l'église et du chapitre ca- 
thédral. 

Hilduin ou Andoin de Noblat, dont les fils sont désignés à 
l'accord entre le comte de Poitiers et Jourdain de Larou, nous 
est peu connu. Doit-on y voir le fils ou le frère d' Adémar de 
Noblat, dont nous avons relevé le nom à la charte de donation 
de 1027, émanant du même Jourdain et d'Adalgarde ? Nous ne 
saurions le dire, et le Nobiliaire de la généralité de Limoges ne 
nous fournit pas les documents dont nous aurions besoin pour 

episcopum^ nullo modo esae factu/n (sic) sine electione et sine consiUo 
Sancti Stéphane canonicorumy et sine consiUo Aimirici de Niolio, cum 
uno filio suo si oious erit; cel [si] mortuus fuerit.cutn duobus suis filiis; — 
siniiliter cum duobus filiis Alduini de Noblliaco^ si uioi erunt; al mortui 
sunt^ cum consiUo illorum qui tenent iatas turres de Niolio et de Nobi^ 
liaco (Gallia Chrlstiana nooa, t. Il, Instrumenta, col. i7î.) 
(4) Gallia Christ., t. Il, Jnstrum., col. 473. 

(2) Elegit in cpiscopatus honore Jordanum, praBposilum ccclcsiœ Sancti 
Leonardi, magnae nobililatis et simplicitatis virum. (Cliron. d'Adéniar de 
Cbabannes, apud Labbe, Rerum Aquitan, Scriptores, t. II, p. 480.) 

(3) A. Leroux, E. Molinier et A. Thomas, Documents historiques con^ 
cernant principalement la Marche et le Limousin. — Limoges, V« Duconr- 
tieux, 1»83 et 188S, t. 11, p. 14. 

(4) GalL Christ, nooa» t. Il, Instr,, col. 479. — Besly, Histoire des 
comtes de Poitiers, p. 364, 



LA COMMUNe DK SAIKT-LÊONARD DE NOBLAT AU XI1I° SIÈCLK. 43 

établir, avec quelque netteté, la généalogie de cette vieille race 
féodale. Trois ou quatre lignes seulement sont consacrées aux 
Noblat dans cet ouvrage, et la plus ancienne mention qu'on y 
trouve les concernant ne remonte pas au-delà de la fln du 
xn" siècle. 

Les renseignements fournis par diverses pièces de nos archi- 
ves départementales, — les cartulaires des prieurés d'Aureil et de 
L'Artige en particulier, — et par quelques recueils de la Bibliothè- 
que nationale, nous permettent de suivre, dès la fin du siècle pré- 
cédent, la filiation de la famille qui porte le nom du château de 
Noblat et qui paraît être la plus ancienne des races féodales éta- 
blies dans la forteresse des bords de la Vienne (1). 

A GaubertouGauzbert de Noblat, mari de Pétrouille, lequel vit 
dans les dernières années du xi* et dans les premières du xu* siè- 
cle (2), succède Hildoin ou Audoin, son fils ; celui-ci, mentionné 
avec son père (3), paraît avoir eu un frère du nom de Gui. Nous 
avons déjà trouvé Audoin faisant une donation à la porte de la 
salie de son château (4). H est marié à Conja ou Conia (5), dont 
nous avons retrouvé le nom dans celui donné à une des portes 
de la ville de Saint- Léonard. De cette union naissent plusieurs 
enfants : Gui et Audoin (6) notamment. Gui épouse la fille 
ou la veuve d'un des grands seigneurs du pays, car sa femme 
Almoïs est appdée « la vicomtesse » (7) dans un acte dont la date 
doit être cherchée entre 1139 et 1178, puisqu'il est fait sous le 
règne de Louis VII et l'épiscopat de Gérald du Cher. 

Gui eut plusieurs fils, trois au moins, dont l'un porta le nom 
de Gaucelin et l'autre le même nom que son père (8). C'est le se- 
cond que nous voyons figurer dans plusieurs textes de la fin du xii* 
siècle, de 1188, 1192(9) et 1194 notamment, et à cette dernière 
date il a pour femme Cama (10). 11 n'est pas à cette époque le seul 

(1) Nous devons une partie do ces renseignements à M. G. dcSenncville, 
qui prépare la publication des deux cartulaires d'Aureil cl de L'Artigc cl 
auquel nous saisissons cette occasion d'exprimer notre gratitude pour 
son obligeance. , 

(â) Gaubcrlus de Nobiliaco, avant H0O(Gart. d'Aureil). 

(3) Cart. d'Aureil. 

(4) Voir ci-dessus p. 48. 

(5) Cart. de L'Artige. 

(6) Cart. d'Aureil et de L'Arlige. 

(7) Almois, uxor Guidonis de Noalac, la vescontessa, el filii ejus 
Guido et alii duo (Cari, de L'Ariige,fol. «, v<>.) 

(ë) Cari. d'Aureil. - 

(9) Cart. d'Aureil et de L'Arlige. 

(10) Bibl. nat., manuscrit latin 17148, fol. 3^4. 



4i SOCI^.TÉ ABCHÉOLOGIQUB ET HISTORIQUE OU LIMOUSIN. 

maître du château de Noblat : un Raimond de Noblal, fils d'auti-e 
Raimond, figure à des actes de 1189 et H93 (i). Au père ou au 
fils se rapporte saus doute la mention R. de Nohiiiaco donnée sous 
la date de 1174 par le cartulaire de TArtige. Peut-être Olivier, 
cousin de Gui de Noblat, nommé au même document, vers 1188 
ou 1190, appartient-il à la même branche. Est-ce le même qu Oli- 
vier, nommé ailleurs oncle de Gui ? (2). 

A Audoin ou Hilduin, fils de Gui et d'Almoïs, se rapporte sans 
doute une mention intéressante du cartulaire d'Aureil : meur- 
trier de Gaucelin de Royère, dans des circonstances que nous ne 
connaissons pas, il vient demander aux disciples de saint Gau- 
cher (3) de recevoir un chanoine doté par lui, en expiation de son 
forfait et pour le salut de l'âme de sa victime. 

Pierre de Noblat, mari d'Emelt, et Guillaume, chanoine 
d'Aureil, fils d'Emell, sont nommés avant 1140 (4j. On connaît 
un autre Pierre de Noblat, chanoine de Limoges (5). — Notons 
encore Gérald de Noblat et Pierre Vigier, son frère, fils d'autre 
Pierre Vigier de Noblat (6); Elie de Noblat, frère de Pierre Vigier 
(entre 11 47- Il 89) et Elie de Noblat, frère d'Aimeric de Noblat 
(même époque), qui figurent à des titres du cartulaire d'Aureil. 

Une charte du même recueil, appartenante la seconde moitié du 
xii* siècle, mentionne un chevalier de Noblat du nom de Turpin, 
frère d'Adémar Salvaing et époux de Simiria, tequel pourrait 
bien appartenir à la même famille. Les parents de ce Turpin 
avaient été enterrés dans l'église d'Aureil. Il voulut reposer à 
' côté d'eux. Son fils Ramnulfe et sa fille Marguerite furent inhu- 
més, comme lui, dans le monastère fondé par saint Gaucher (7). 
On trouve encore, au cartulaire d'Aureil, un Vrso^ chevalier de 
Noblat, vers 1140. On peut se demander s'il appartient aussi à la 
même famille. 

(I) Cart. d*Aurcil et de L'Arlige. 
(8) Cart. d'Aureil. 

(3) Volumus ut sciant fratres nostri, présentes et futur!, quam domnus 
Aldoiuus Nobiliacensis, venil in Aureliupri et intravit capitulum nostrum, 
querens misericordiam cum magna devotione pro hoc quod sibi accideral : 
Interfecerat enim Gauceliniim de Rocira, pro anima cujus postulavit ul 
faceremus unum canonicum; quam postulationcm nos audientes, libenter 
quod voluit executi sumuB. 

(4) Cart. d'Aureil. 

(5) Man. lat. 17H8, fol. 3. 

(6) Cart. d'Aureil. 

(7) Quidam miles de Nobiliaco, Turpinus nomine, positus in infîrmî- 
tate de qua mortuus est, voluit sepcliri Aurclio juxta parentes suos. Filius 
ejus Ramnulfus similiter; filia quoque ejus Margarita. 



LA COUVUNË DE SAlKT-LéONÀRb Df! NOËLAt AU Xltl*^ SIECLE. 46 

Quoi qu'il eu soit, les Noblat, comme on le verra plus loin, 
habitôreol jusqu'au xiv* siècle le château dont ils portaient le 
uom. 11 est fait mention de Jaubert de Noblat en 1220 et. en 
1226 (I); de Gaubert (sans doute le mémo que Jaubert) et de Gui 
on 1234 (2); d'Elie, damoiseau, eu 12:i0 (3) et 1253; d'Elie et 
Pierre, frères, dans la seconde moitié du xiii* siècle (4); d'Olivier 
en 1295(5); de Pierre, en 1339 (6). Nous les retrouverons plus 
loin rétrocédant à l'évêque les fiefs qu'ils tiennent de lui. 

Nous avons dit que le Nobiliaire se montre fort discret à l'en- 
droit de cette famille. Il nous apprend cependant que Gui le 
Grand de Noblat et sa femmj Cosme vivaient eu 1196 (7). Nous 
les avons trouvés plus haut mentionnés l'un et l'autre deux ans 
avant cette date (8). 

Nous sommes très porté à croire qu'il y a identité entre ce Gui 
et Gui surnommé le Brun — Guido de Nobiliaco lo Brus, — nommé 
à une charte, malheureusement sans dat(3, du cartulaire de 
L'Artige f9)? Mais nous ne saurions rien affirmer à cet égard; on 
peut s^ demander d'autre part si Gui de Noblat le Brun ne serait 
pas le même que Gui de Noblat de Montbrun, nommé à la date 
de 1217 dans la chronique de Bernard Itier, moine de Saint- 
Martial de Limoges (10), et que le G. Bruni du cartulaire de 
L'Artige. Ce dernier a deux fils : Gui et R., — Roger, Robert ou 
Baimoud. 

II n'est pas invraisemblable, au surplus, que les Noblat, les Brun 
et les Vigier, copossesseurs, dès le commencement du xiii* siècle, 
du château de Noblat, soient trois branches issues d'une seule et 
même souche. — Le nom de Brun donné à l'une de ces familles, 
a fait croire à Tauteur du Nobiliaire que celle-ci était sortie des 
comtes de la Marche de la maison de Lusignan (( I), dont deux au 
moius ont porté ce nom. Mais cette hypothèse n'est guère admis- 
sible, car à la fin du xii* siècle seulement on trouve ces derniers 

(4) Arch. Haute-Vienne, D 1107. 
(i) Ibid.,D\\\L 

(3) Jbid.^ D 1H7 et reg. d'hommages de TEvôché. 
;4) App.,C. VII, n» 125. 

(5) Arch. Hauie-Vienne, D 1067. 

(6) Registres d'hommages de i'Evêché. 

(7) Nobiliaire de la généralité de Limoges, t. Ill, p. 298. 

(8) Page 43 : à ce texte toutefois la femme est appelée Cama. 

(9) Fol. 7, recto. 

(10) Chron. de Saint Martial, publiées par Duplàs-Agirr, p. 100. 

(11) NobUiaire, t. I, p. 267. 



i6 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE Kt HIStORIQUB DU LlMOUStN. 

seigneurs avec le surnom de Brun ou le Brun, et dès avant 1119, 
Aimeric Bruni a donné aux religieuses de Fontevrault le territoire 
où s'élèvera le monastère de Bonbon (Ij. Un autre Aimeric Brun 
fonde le monastère d' \ltavaux et construit plus tard le château de 
Montbrun; c'est probablement celui que nomme à une charte 
sans date le manuscrit d' Aureil (2). Le même (ou son fils) est tué 
en 1214 à Rochefort en Anjou, et Jean-sans-Terre prend diverses 
mesures pour la conservation des biens de ce seigneur et tout 
spécialement pour la garde de son château de Montbrun. Nous 
avons signalé plus haut Gui Brun et ses deux fils (Haimond, Ro- 
ger ou Robert) et Gui. Nous trouvons Gui Brun, chevalier, en 
1229; Aimeric Brun, coseigneur de Noblat, en 1234 (3). En 
1^65, Pierre Brun, damoiseau d'Aixo, beau-frère des Frachet de 
Châlucet;en 1275, Aymeric Brun, damoiseau, seigneur en par- 
tie de Montbrun et du château de Noblat (4). Le Nobiliaire le men- 
tionne, avec les mêmes litres, sous la date de 1253, et le montre 
rendant à cette date le château de Noblat à Tévêque (5). Il s'agit 
ici de l'hommage que nous signalerons phis loin. C'est sans doute 
cet Aymeric qu'on voit appelé devant le prélat au sujet d'une 
querelle avec un de ses coportionnaires du château (6). En 1274, 
ce seigneur permet à la vicomtesse de Limoges, Marguerite de 
Bourgogne, de mettre garnison dans la tour qu'il tient à Noblat, 
et cette garnison, unie à celles d'Aixe et de Châlncet, continue 
ses courses et ses déprédations même pendant le séjour du roi 
d'Angleterre dans le pays (7j. En 1279, la fille d' Aymeric, Ayce- 
line, a hérité de certains au moins des droits que celui-ci possé- 
dait dans le château (8) et dont Gauceliu et Elie Brun ont joui 
avant lui (9). Gui Brun, qui vit en 1295, 1304 et 1315, porte 
encore le titre de seigneur en partie de Noblat (10). 11 est fils de 
Guillaume et paraît être le dernier de sa famille qui se soit qua- 
lifié du château. 

(1) Locum Bobun, ex donc Pétri de Monlefreubo, Ylherii Beroardi et 
Aymerici Bruni (Bref de Calixlc H, tiré des archives de Marmoutiers, 47 des 
calendes d'octobre 1119: extrait donné par D. Esliennot, man, lat. 12747, 
p. 507). 

(2) Aimericus Brunus, frater Ugonis deu Mazeu. 
(3J Arch. Haute-Vienne, D 1114. 

(4) Id,, D 990, D 1098, D 1107 ; Solignac, 4o98, et liasses non classées. 

(5) Nobiliaire, t. 1, p, 5>58. 

(6) Voir ci-après Appendice, C. VIll, n^ U6. 

(7) Chronique de P. Coral, ap. Historiens de France, t. XXÏ, p. 783. 

(8) Voir ci-après, chap. V. 

(9) Appendice, C. VII, n° 425. 

(10) Nobiliaire, I, p. 258, et Reg. d'hommages de TEvèché. 



l\ COMMbNB Dit SAltlT-LéONARD 1>R NOtiLAT AU XTIt^ SlàcLR. ill 

Nous avons d^à noté que Gérald de Noblal et Pierre Vigier 
sont dits, au xii" siècle, frères et fils de Pierre Vigier de Noblat, 
et qu'au même siècle on trouve meution d'Ëlie de Noblat et 
de Pierre Vigier, frères. Le premier des Vigier de Noblat que 
nous connaissions est Gérald, qui vit au temps de la première 
croisade (1). Peut-être Elie, frère d'Alexandre, n'est-il pas beau- 
coup moins ancien (2). 

Cette famille ou celte branche des Noblat a reçu son nom des 
fonctions ou pour mieux dire du ftef inférieur dont elle a été inves- 
tie. Le vigier est le lieutenant du seigneur, celui qui exerce ses 
droits ou remplit ses devoirs à sa place; c'est surtout Tofficicr qu'il 
délègue pour rendre la justice et auquel il abandonne certains des 
revenus et émoluments de cette charge. De là la grande quantité 
des familles de ce nom qu'on trouve un peu partout, mais spécia- 
lement en Limousin. 

Airaeric, Gérald et Elie, ûls de Pierre Vigier, que nous avons si- 
gnalés plus haut, vivent à une date que nous ne pouvons préciser, 
probablement vers le milieu du xii« siècle (3). A la même époque vit 
aussi Pierre Vigier, frère d'Eliede Noblal(4); il est qualifié d'oncle 
de Gaubert et de Raimond (5). Il s'agit sans doute de Gaubert 
de Noblat, qui vit dans les dernières années du xn* et les pre- 
mières du xm' siècle, et de Raimond, qu'on rencontre en 1187 et 
1193 (6). G Vigeire et B. Vigers figurent comme témoins à des 
actes sans date (7). On trouve Arbert Vigier — Vicario — che- 
valier, nommé en 1212 (8). En 1226 « Marbode Vigier, vigier 
do Noblat», est dit père de Gérald et d'Elie (9). Ce Marbode 
pourrait bien être le noble du môme nom qu'on trouve qua- 
lifié de chevalier de Saint-Paul et qui est nommé en 1228, 
1241, 1249 (10); ce dernier a un frère du nom d'Elie, mentionné en 
1228 et 1241 (i 1) et qui paraît être différent d'ElieVigier, damoi- 



(«) Vers 1096 (cart. d'Aureil). 

(2) Charte sans date, au cart. d'Aurcil. 

(3) Cart. d'Aureil. 

(4) Ibid. 
(3} Ibid. 

(6) Voir ci-dessus, p. 44 et 45. 

(7) Cart. de L'Arlige. 

(8) Cari. d'Aureil. 

(9) Marbodius Vicarius, vigerius de Nobiliaco (Cart. d'Aureil). 
(40) Archives de la Haute-Vienne, D 815, D Uî7. 

(11) Ibid. 



iâ SÔCtérà ARÉHiOLOÔlQUE Et âTstORIQtR DtJ LtMObSlK. 

seau de Châlus ou de Châiucet eu 1236 (1). Gérald, Dis de 
Marbode Vigier de Noblat, que nous avons nommé plus haut, 
est sans doute le Gérald qui vit en 1245 (2) et qui a, en 1253, 
un fils du même nom que lui (3). Une mention de Gérald 
Vigier en 1272 (4) a trait sans doute à ce dernier, et c'est lui 
qu'on rencontre dans plusieurs actes, entre 1260 et 4274 avec le 
titre de seigneur de Noblat, du château de Noblat (5). Pierre 
Vigier est dit chevalier de Solignac en 1257 (6). Aymeric 
Vigier porte la même qualification en 1256 (7) et figure, mais 
avec le simple titre de chevalier, à un acte intéressant l'abbaye à 
la date de 1237 (8). Il meurt entre 1256 et 1265. En 1260 on 
trouve Guillaume Vigier, damoiseau, fils du feu seigneur Vigier, 
chevalier du château de Limoges (9). Ajoutons qu'en 1256 
Almodie Vigier est l'épouse de Faidit de Royère, damoiseau (10), 
et qu'en 1265 il est parlé de Pierre de Royère, gendre de feu 
Aimeric Vigier, chevalier (11). On trouve encore Boson Vigier, 
chevalier de Noblat en 1309 (12). Il semble résulter des actes 
assez nombreux ayant trait à cette famille et conservés par nos 
archives, que les Vigier de Noblat, ceux de Limoges, ceux de 
Solignac et de Châiucet, et ceux de Saint-Paul et du Bost-Viger, 
sont du même sang et tiennent les uns aux autres de fort près. 

Notons que les Brun, comme les Vigier, sont chevaliers du 
château de Limoges et à certaines dates copossesseurs ou, 
comme on disait au moyen âge, portion naires de ceux de Soli- 
gnac, du Bost-Viger et de Noblat. 

Les Marchés, qu'on trouve au xiii* siècle établis dans le châ- 
teau de Noblat, possèdent dès le xi« certains droits dans la 
contrée. Nous avons rencontré en 1027 un Bernard Marchés, 

(\) Archives de la Haute-Vienne, fonds de l'abbaye des Allois, liasse 
7334 du classement provisoire. 
(S) Archives départementales, D 931. 

(3) Archives départementales, D 1086. 

(4) /6êd., D65I. 

(5) Gcraldus Vigcrii, dominus de Nobiliaco (Arch. dép., D 10541 — 
Gcraldus Vigerii, dominus Castri Nobiliacensis {Ibid,^ D 1080.) 

(6) Archives départementales, Solignac, liasse 6521. 

(7) Ibid.y Solignac, liasse 4593. 

(8) Ibid., Solignac, liasse 7816. 

(9) Archives de la Haute-Vienne, Solignac, liasses non cotées. 

(10) Ibid,, Allois, liasse 7334. 

(11) Jbld., Solignac, liasse 4597. 
(13) Reg. d'hommages de l'Evôché. 



LA COlIliUNE OR SAINT-LÉONARD DE NOBLAT AU XIII^ 5IBCLK. 49 

témoÎQ avec Adémar de Noblat à la donation de l'église de 
Saint-Denis-des-Murs à l'abbaye de Saint-Martial. Moins de 
cent ans plus lard, le cartulaire d'Aureil nomme un autre Ber* 
nard Marchés (l), qui parait être père d'un Adémar et frère d'un 
autre (2). Un de ces Adémar est mentionné, dans la suite, avec le 
iiti*e de chevalier (3). Audoin Marchés figure à plusieurs chartes 
du xu* siècle. Le cartulaire de L'Arlige nous fait connaître Gons- 
iaotia Marchés, qui vit en 1 179, et est dit gendre de Simiria, qui 
a pris le voile. Le même recueil mentionne à une date un peu 
postérieure, semble-t*il, Laurent et Constantin Marchés. Aimeric 
Marchés, chevalier en 1212, Adémar Marchés en 1223, nous sont 
aussi connus par des documents contemporains. 

Vers le milieu du x\W siècle, Audoin et Constantin Marchés; 
eu 1339 Aymeric Marchés, sont copossesseurs du château de 
Noblat (4). 

Cette famille, de laquelle le bourg de Ch&telus-le-Marcheix 
parait tenir son nom, fournil un certain nombre de chanoines à 
l'église cathédrale de Limoges et à la collégiale de Saint- 
Léonard. Elle compta aussi parmi ses enfants — et celui-là est le 
plus célèbre — un chef de routiers du nom d'Aymerigot Marchés. 

Les Royère (5), qui paraissent être une branche de la très an- 
cienue souche des Bernard, d'où sont sortis les Bernard de Bré et 
les Beruard de Jaunhac, comptent aussi au nombre des chevaliers 
du château de Noblat. Un Hilduin de Royère signe la charte de 
l'évêque Itier Chabot en faveur du monastère de Saint-Léonard, 
1062 (6). A la fin du xi^ siècle, Ramnulfe de Royère place successi- 
vement ses deux filles, Amélie et HiLdegarde au couvent de fiost- 
las-Mongeas; puis leur mère Belialdis, appelée aussi Blanche, y 
enire à son tour. Une charte du cartulaire d'Aureil consacre un 
don d'Amelius et d'Aimeric de Royère, fait devant Pierre de 
Royère ; une autre, une libéralité de Guillaume et Gérald de 
Royère, frères, en présence d'Amelius de Royère et de Daniel 
de Royère. En 1100 vivent Gui et Aimeric de Royère. Pierre de 
Royère compte au xii^ siècle parmi les bienfaiteurs de Soli- 



(I) Vers 1100. 

(9) Cartulaire de L*Ârtige. 

(3) Archives de la Haute-Vienne, D. liî. 

(4) Archives de la Haute-Vienne, fonds de TEvéché. Registres d'hom- 
mages, tome 1, — et liasse 2440. 

(5) Le nom de Royère est écrit Roeria, Roeira, Royeira, Royieira. 

(6) Bibliothèque nationale, man. latin «2747, p. 479. 

T. XXXVII. 4 



80 sOClétÉ ARCDÈOLOCIQUE ET UlStORlQtJR DU UltOCSlN. 

gnac(l); Gui et Bernard, parmi ceux d'Aureil (2) : ces derniers 
soul mentionnés vers 1140. Bosou de hoyère, témoin en 1195 à 
ua acte concernant l'abbaye de Soliguac (3), est frère de Daniel de 
Royère et est dit chevalier de Peyrat vers 1189 (4). Il est parlé 
de Gaucelin et d'Olivier de Royère dans la première moitié du 
XIII* siècle (5). Le premier est, en 1234, coseigneur de Noblal avec 
les Brun et les Noblat (6); c'est lui, sans doute, qui a donné sa 
fille en mariage à Pierre de Jaunhac(7). Gaucelin et Olivier ont un 
frère du nom de Gui ou Gaucelin. On trouve Gui de Royère 
et B. de Royère, damoiseaux, frères, nommés à un acte de 
1237 (8); ce sont vraisemblablement les mêmes que Gui et Ber- 
nard de Royère frères, mentionnés en 1266 (9), et le premier est 
le G. de Royère, fils de G., dont il est parlé en 1236 (10). Gui 
de Royère, damoiseau de Châlucet, possède, en 1279, des droits 
fonciers dans la paroisse de Saiot-Hilaire-Bonneval (11). Nous 
connaissons encore P. de Royère de Châlucet, qui vit en 1224 (12). 
Pierre de Royère, damoiseau, nommé en 1257 et 1264, époux de 
Ahélis, fille d'Aimeric Vigier, chevalier de Soliguac (13), possède 
sur le château et la ville de Soliguac des droits que ses enfants 
Boson, Elle, Ahélis et Bernard cèdent à l'abbaye en 1287, au prix 
de dix mille sols, monnaie de Limoges (14). Faidit de Royère est 
répoux d'Almodie Vigier en 1256 (15). Enfin Boson vit en 1287 
et 1298 (16). Plusieurs filles de celte maison prennent, aux xiii* 
et xiY* siècles, le voile au monastère des AUois, En 1320, Foul- 
ques de Royère a des redevances à Noblat (17). 

(t) Bibliothèque nationale, man. latin 18363, padatm. 
(t) Cartulaire d'Àureil. 

(3) Archives de la Haute-Vienne, Sotignac, 6846. 

(4) Cartulaire de L'Ârlige. 

(6) Archives de la Haute-Vienne, Terrier de L'ArUge. 

(6) Archives de la Haute- Vienne, D H14. 

(7) Bibliothèque nationale, man. latin 18363, fol. U, 

(8) Archives de la Haute-Vienne, D 777. 

(9) Archives départementales, pièces diverses en dehors des fonds 
constitués. 

(40) Archives départementales, D 777. 
(11) Solignac, 5900. 

(13) Archives de la Haute-Vienne, fonds de Grandmont, Cartulaire du 
Ghâtenet. 

(13) Ibid. Solignac, liasse 4593. 

(14) ma. Solignac, 3970 et 4592. 

(15) Ibid. AUois, 73U. 

(16) Ibid. D. 1 126 et Solignac, 508O. 
(J7) Regislrcs d'honîmagcsdc l'EvOché. 



LA COMMUNE DB SA1NT-LÉ02(ARD DE KOBLAT AU XIII^ SIÈCLE. 51 

NotoDs enfin que les Châleauueuf et les de La Roche pbseè- 
dent, eux aussi, au xiii* siècle, sur le château de Noblal et seis 
dépendances, des droits qu'ils semblent avoir acquis par des 
alliances. 

Tous ces nobles personnages, et d'autres dont on trouve plus 
rarement les noms, comme cet Adémar .Salvains, mentionné au 
cartulaire d'Aureil (1), n'avaient pas les mêmes droits sur la 
grosse tour de Noblat et ses dépendances : les uns en étaient 
vraiment les seigneurs; les autres n'y possédaient que des fiefs 
secondaires, des démembrements de la justice, des redevances. 
Ils avaient un logis dans la forteresse et devaient concourir à sa 
défe&se» sous les ordres du seigneur principal ; ils étaient cheva- 
liers de Noblal» comme les Béchade étaient chevaliers de Lastoura; 
les Jaunhac, les Tranchelion, les Ponroi, les Meirans, de Pierre- 
buflière; les Frachet, les de Monts, les Périgord, de Châlucet. 
Ajoutons que la moitié de la vigerie, c'est-à-dire de la juridiction 
criminelle et de police et de ses produits : amendes, confiscations 
et autres, avait été inféodée à un bourgeois de Saint-Léonard, 
Jean Paute, nous ne savons dans quelles circonstances. Nous ne 
pouvons dire non plus si ce bourgeois appartenait à la même 
souche que la famille noble des Paute, coseigneui-s du château 
d'Aixe. Outre l'exercice de la justice criminelle et de la police, la 
vigerie comportait certains émoluments à raison des actes judi- 
ciaires, une part des amendes et la perception de plusieurs rede- 
vances ou produits de taxes. C'est ainsi que chaque marchand 
boucher devait donner au vigier une tête de bœuf la veille de la 
Noël. Aux foires, toute personne qui vendait des cuirs lui devait 
un droit, fixé à deux deniers pour les étrangei*s, à un denier pour 
les habitants de Saint-Léonard; les marchands de sel payaient 
aussi, à l'Assomption, une taxe appelée le Frau (3). Le guet, pour 
lequel une redevance était perçue à la saint Michel, semble 
aussi avoir dépendu de la vigerie (3). 

(I) Ademarus Salvains, miles de Nobiliaco. 

(S) Od trouve aussi ce mot dans le cartulaire d'Aureil. 

(3) Littera [conlinens] quod consules Nobiliacenses eonfessi fuerunt, pro 
se et pro communitalc ville, [episcopum] habere debere insuper carni- 
fices dicte ville, a quolibet vondente carnes bovts, in vigilia Natalis Domini 
quolibet anno, quamdam testam bovis, nomine vigerie. prout est consuc-^ 
tam. Item, super mercatores ezlraneos vendentes coria in nundiriisSancti 
Lconardi in quibuslibet nundinis duos denarios semel, et in habitalo- 
ribus ejusdem vendentibus coria in diclis nundinis unum denarium ; pro 
Salagio insuper vendentes sal Nobiliaci et extra (?), ccrlos rcdditus voca- 



iii âOClÉTÎ ÀRCBéOLOGlQUB ET âiStORtOUB ÛU LtHOtslN. 

L'éyéqùe, à la fia du xiii* sièclo, avait racheté presque tous les 
fiefs grevant son château de Noblat ; toutefois, il n'était encore 
rentré en possession que du quart de la grosse tour, et il n'avait 
le droit de garder la clef que trois mois par an. On voit, en 1293, 
Elis, veuve d'Aimeric Brun, et Gui, sou flls, « comme porciou- 
niers », remettre cette clef au prélat, qui, après le temps voulu, 
devra la leur rendre (1). On connaît plusieurs accords analo- 
gues, aux xii* et xin* siècles. Rappelons celui dont le prieur de 
Vigeois fait mention dans sa chronique et qui avait trait à Toccu- 
palion de la grande tour de Pierrebuffière. 11 fut convenu que Gau- 
celin de Pierrebuffière la garderait six mois ; Gérald Bernard et 
hier son fils, trois mois; Séguin de La Porcherie et Gui, fils de 
Gérald de Lastours, trois mois (2). Tous la tenaient en fief du 
vicomte de Limoges. 

Tous les hôtes du château, sans exception, tenaient de Tévéque 
de Limoges ce qu'ils y possédaient. Un des chevaliers de Noblat, 
Constantin Marchés, et le prévôt des seigneurs du château, Elie 
Panabeus, le déclarent d'une façon aussi explicite que solennelle, 
au cours des enquêtes de la fin du siècle (3). Aux mômes enquêtes, 
Pierre Bernard, sergent du roi de France à Eymoutiers, déclare 
que Gaucelin et Klie Brun, Elie et Pierre de Noblat frères, ont 
prêté devant lui hommage au prélat, chacun pour sa part du 
château et de ses dépendances (4). On voit, en 1253, Aymeric 
Brun et Elie de Noblat avouer Aymeric de La Serre pour leur sei- 
gneur (5). Un peu auparavant, l'évoque Durand appelle devant 
son tribunal deux des chevaliers de Noblar, <f qui ont guerre en- 
semble », Aymeric Brun et Gaucelin de Royère, les lient en 
prison et leur impose un accoini (6). Constantin Marches et Au- 
doin Marchés ont prêté, vers le milieu du siècle, l'hommage à 

tos lo Frau in festo Assumptionis, et plura alia pertinenlia ad dictam 
vigeriam. Item, certos rcdditus pro la Gâcha in ^sto Reati Michaëlis. 
(Reg. O Domina^ fol. 87, verso.) 

(4) Dominus Lemovicensis recejiit davem turris groBse Casti'i NoJ)iliaci 
et dictam clavem ut porcionarius, per quartam partem aani tenere debjet : 
quo tempoire elapso, ipsa^m cUvetn preaomiuaus rçsUluere débet (Reg. 
Tuo8 hodie, fol. 3, r«). 

(t) Ghron. de Yigeois, ap. Labbb, BibL nooa manuscriptorum librorum^ 
t. M, p. 303. — Cet accord paraît avoir été souscrit vers H30. 

(3) Appendice, C. Yll, n<>» 183 et iU. 

(4) id., C. VII, 12$. 

(5) Arch. Haute-Vienne. Reg. de TEvécbé. 
((i) Append , C. VHî, MQ. 



M COSIBUNE DE SAlNT-LF.ONAnD DK NOBLAt AU Xlll* SIÈCLR. 53 

Tévêque. Entre 1320 el 1340, Aymehc Marchés, Foulqaes de 
Royère, les Vigier renouvellent cette solennelle formalité. En 
1309, Boson Vigier déclare tenir du prélat ses maisons du châ- 
teau de Noblat. En 1339, Pierre de Noblat reconnaît qu'il lient 
du même seigneur « la quarte part de la juridiction haute et 
basse du château, d A la même époque, Aymeric Marchés fait la 
même déclaration et rend hommage pour « son repaire du châ- 
teau, qui fut de Gui Brun, contigu à la maison du seigneur de 
Ghâteauneuf et à celle de feu Boson Vigier, aussi tenue par 
lui », et encore « pour les trois parties de la grosse tour », pour 
la maison près l'église, habitée par le curé du dit château, pour 
sa part de juridiction, etc., etc. (1). 

Les prélats qui occupent le siège à ces diverses dates : Durand 
d'Orlhac, Aimeric de La Serre, Gilbert de Malemort, Raynaud de 
la Porte, Roger le Fort, ne font grâce à ces chevaliers d'aucune 
de leurs obligations féodales, d'aucuîie des formalités tradition- 
nelles et significatives de l'hommage. 

C'est à genoux, les mains jointes, le capuchon abattu, sans 
épéeetsans manteau, que prêtent serment de féauté les cheva- 
liers du château de Noblat (2). 

Les évêques, au cours des xiii* et xiv® siècles, rachetèrent la plus 
grande partie des droits que possédaient dans le château et dans 
l'étendue de la châtellenie les diverses familles nobles énumérées 
plus haut. Ils avaient en vue, sans doute, de réunir dans une 
seule main tous les droits sur la ville de Saint-Léonard. On trou- 
vera plus loin (3j l'énuméralioii de celles de ces acquisitions dont 
nous avons pu retrouver les traces dans les archives de l'évêché. 
Les Marchés él les Royère conservèrent toutefois la possession 
d'une partie au moins des constructions du château bas, et cet 
étal de choses donna lieu, durant le xv* siècle, â des différends 
sur lesquels nous avons peu de détails. 

buiné et inhabitable depuis longtemps, le château de Noblat 
n'en était pas moins encore, au xvr siècle, l'objet de revendica- 
tions très vives de la part des représentants des anciens sei- 
gneurs. La famille de Royère surtout s'obstinait à disputer à 

(4) Voir pour ces dernières indications les registres de Tévéché aux 
archives de la Haute-Vienne el notamment les Registres d'hommages, 1. 1, 
article Noblat. 

(3) Sine gladio, capucio el cucuffa, flexis genibus et manibus junctis 
(Arcb. Haute-Vienne, Reg. O Domina et Mea Sancta Maria, pasêim). 

(3) Voir ci-après, chapitre IX. 



5i SOCIÉTé ARCHÉOLOGIQUE F.T HI^^TORIQUR DU UHOUSIK. 

révêque ses droits sur Noblat. Un arrêl du Parlemeut, reudu 
dans les premières 'années du xvii* siècle, termina ces longues 
querelles, en décidant que le prélat — c'était alors Henri de la 
Marthonie — avait seul qualité pour porter le titre de seigneur de 
Noblat; aux Royère, représentés par les seigneurs de Brignac, il 
fut permis de se dire seulement ff seigneurs delà maison noble 
» de Janeau, autrement appelée le petit château de Noblac ». -^ 
L'arrêt ajoutait : 

« Et pour le regard des vieilles mazures et rochiers sur les- 
quels estoit baty anciennement le château et forteresse de Noblac, 
la Cour les déclare appartenir au dit siéur évêque, sauf la part et 
portion qui appartenoit à feu Marchés, auteur du dit Royère, 
dans laquelle le dit Royère et ses successeurs ne pourront faire 
bâtir aucune forteresse au préjudice et émulation du dit Evê- 
que » (1). 

Peu après cette sentence, en 1612, nous voyons les Royère faire 
hommage à Tévêque pour tout ce qu'ils possèdent dans la châtel- 
lenie de Noblat. 



IV. — LE BOURG DB SAINT-LÉONARD-DE- NOBLAT. — COMMENCEMENTS 
DE LA COMMUNE. 



L'origine du bourg de Noblat, qu'on appelait aussi Noblat- 
Saint-Léonard et Saint-Léonard-de-Noblat — NobiUacum Sanctt 
Leonardi, Sanctus Leonardus de Nobiliaco — peut remonter au vu* 
ou au VIII'' siècle. Autour de la petite église où avaient été déposés 
les restes du saint ermite et des cellules où vivaient les continua- 
teurs des prières et des austérités des premiers anachorètes, des 
cabanes vinrent se grouper; peu à peu, elles furent remplacées 
par des maisons plus vastes et d'une coiistruclion plus solide. Le 
hameau devint un village, puis un bourg actif et industrieux, 
dont on trouve des mentions à la un du xi" et au commence- 
ment du xii* siècles (2). La dévotion croissante des peuples pour le 

(1) Arch. Haute-Vienne, Registres des hommages de rEvôché. t. I : 
Noblat, 

(î) Intraipsum burgum Sanclî Leonardi (acte entre lO(J3 et 1114, aux 
Documents hhiorvques concernant la Marche et le Limousin, publiés par 
MM. A. Lfroux, E. MoLiNiER et A. Thomas, t. II. p. 8). Domos etsolares 
ciim une orto in burgo Sancti Leonardi, 1099 (cart. d*AureiI). In burgo 
Sancti Leonardi (r« moitié du xii» siècle, ibld,). 



LA COMMUNK DE S.UNT-LÉONARD DE NOBLAt AU XIII** SîÈCLE. 55 

patron du lieu, dont les miracles devinrent plus nombreux après 
le Iransfèrement de ses restes dans la nouvelle église (1), fit af- 
fluer à Noblal la foule des pèlerins. Il eu vint de toutes les coq« 
Irées de l'Europe. — Le commerce de la localité a, dès le xni* siècle, 
pris ua certain développement. Le travail des métaux et la pré- 
paration des cuirs sont dès lors son aliment principal. Ces deux 
industries, auxquelles il faut joindre la fabrication du papier, qui 
parait ne s'être pas établie dans le pays avant le xv* siècle, peut- 
être même avant la fin du siècle suivant, étaient au moment de la 
Révolution la principale source de la prospérité de la ville. Au 
XV' siècle, des poëliers et des couchers de Normandie viennent 
s'établir à Saint-Léonard (2), dont les ateliers ont une assez grande 
renommée dans la région du centre et fournissent, aux xvn« et 
XVIII* siècles au moins, des objets de dinanderie: chenets, coffrets, 
ornements, vases, — fort intéressants. On trouve même dans la 
petite ville des orfèvres; il n'y en a pas moins de trois, exerçant 
à la fois leur profession, dans les premières années du règne de 
Ix)uisXIV(3). 

Jusqu'aux incursions des Noroiands, les habitants du bourg 
vécurent sans doute sous l'autorité directe du monastère; mais 
celui-ci était placé, semble-t-il, sous la dépendance même tem- 
porelle des évêques de Limoges. Les cellules et peut-être aussi 
la chapelle furent détruites par les pirates ; quand ceux-ci s'éloi- 
gnèrent, après avoir dévasté tout le pays, ce qui restait dé l'éta- 
blissement religieux de Saint-Léonard, qui avait été abandonné 
par ses hôtes, et sans doute aussi du village, où étaient rentrés 
les habitants, tomba aux mains des seigneurs de Laron. Ceux-ci, 
qui appartenaient à une famille puissante du haut cours de la 
Vienne et qu'on voit jouer un rôle important dans Thistoire de la 
contrée, du x* au xiii« siècles, s'approprièrent les redevances 
jadis payées aux moines. Mais un membre de cette famille, 
Jourdain, restaura le monastère et se mit lui-même à la tête 
des cénobites qu'il y réunit. De prieur ou prévôt de Saint- 
Léonard, Jourdain de Laron devint, en 1029, évoque de Limo- 

(1) Ea tempestate, Sanctus Leonardus confessor, in Lemovicino, et 
SaDCtus AntoniDus... miraculis ceperunt coruscare et undique populi co 
eonfluxeruDt (Labbb, Nooa Biblioth., t. H, p. 179, chronique d'Adémar de 
Chabannes). 

(i) Registre des Massiot, à noire recueil de Livres de Raison. 

(3) Archives nationales, Z* B, n° 677. — Peut-être faut -il déjà rocon- 
Daltre un orfèvre dans Pierre Douradre — Dourador — consul de Saint- 
Léonard vers 1269, cl nommé aux enquêtes de <288 (dép. de Pierre 
Bilbax, tailleur de pierres aux Allois). 



56 SOCIÉTÉ ABGHÉOLOOIQUE ET DISTORlOUe DU LlliOUSm. 

ges. Il dota la communauté qu'il avait fait revivre, et, tout en 
rétablissant le siège épiscopal dans ses anciennes prérogatives, il 
abandonna aux religieux une partie des droits qu'avaient jadis 
/ usurpés les siens. On ajoute même (mais le renseignement est 
plus sujet à caution) qu'il fut aussi le fondateur de la commune 
bourgeoise, et que celle-ci tenait de lui les privilèges dont ses con- 
suls étaient investis (1). 

Une charte de l'évéque Itier Chabot, portant la signature 
d'Agnès, comtesse de Poitiers, et dont la date paraît devoir être 
fixée à l'an 1060, établit d'une manière bien nette que la ville 
appartenait dès lors au prélat. Celui-ci se sert en effet de l'ex- 
pression caractéristique : « Un lieu de notre droit, de notre mou- 
vance », en parlant du bourg même de Noblat. Il concède aux 
chanoines, dans ce bourg, l'emplacement sur lequel ils cons- 
truisent leur église, leur cloître et les bâtiments accessoires du 
monastère (2). 

Dès cette époque, il n'en faut pas douter, la ville de Saint- 
liéonard était rattachée à la juridiction du château de Noblat, 
qui appartenait d^à, on l'a vu plus haut (3), à l'évéque. Ce rat- 
tachement ne saurait être contesté. La châtellenie de Noblat, au 
xiii^ siècle, s'étendait à plus d'une lieue autour du fort, et la ville 
de Saint-Léonard, comme le pont, se trouvait comprise dans ses 
limites. Dans quelles conditions particulières les droits du justi- 
cier s'exerçaienl-ils à l'intérieur de la ville et dans les fau- 
bourgs? C'est ce que nous examinerons plus loin. Nous nous 
bornons ici â constater ce fait qui nous paraît bien établi : Saint- 
Léonard était dans la mouvance de la tour de l'évéque. 

On pourrait tirer argument d'un passage du cartulaire d'Au- 
reil (4^, pour établir, s'il en était besoin, que, dans les dernières 

{\) Dinitum a Danis Nobiliacense cœnobium ad suum accersivcre do- 
minium toparchœ Leronienses, sœculis X*», Xl« et XII® potentissrmi, e qui- 
bus Jordanus de Leron, prœfatî cœnobii restauralor et prepositus seu 
prier fuit ineunte sœculo XI, ac postca electus Lemovicensis episcopus, 
qui et dominium Nobiliacensis oppidi partim cpiscopis Lemovicensibus 
restituit, partim dictis cœnobitis et consulibus attribuit quo ad tenus po- 
tiuntur (Bibl. nat. Manuscrit lat. 19747, p. 127). 

(3) Quemdam jurisnostri locum, nomiae Nobiliacum (Man^ lat. 137 i7, 
p. 474). 

(3) V. ci -dessus, p. 41 et 42. 

(4) Domnus Gaufredus, Nobiliacensis clericus... domum suamquam habc- 
bat apud Nobiliacum, dédit Sancto Johanni... Deindc venit Domnus Um- 
baldus cpiscopus ad Sanctum Johannem io Âurel ; et, deprecante Gau- 
fredo, concessit banc domum Sancto Johanni. 



LA COMMUNE DE SAlNT-LÉONARD DK NOBLAT AU XIll* SIECLE 57 

années du xi* siècle, l'évéque de Limoges était déjà seigneur de 
Saint-Léonard. On voit, en effet, à l'occasion du don d'une mai* 
son à Noblat fait par un clerc du nom de Geoffroi au monas- 
tère, Humbaud, qui gouverna le diocèse de 1087 à 1095, interve- 
nir à la prière du donateur et confirmer celte libéralité. Mais 
ce texte établit seulement que le prélat est seigneur foncier de la 
maison cédée aux chanoines d^Aureil; il ne prouve pas que toute 
la ville de Noblat soit dans sa dépendance. 

Les droits de seigneurie du prélat sur la ville paraissent bien 
établis cent ans plus tard. Tout au moins peut-on constater qu'à 
cette date il exerce ces droits. Il semble posséder, dès lors, dans 
l'imceiute même du bourg et au centre de l'agglomération, sa 
salle, comme à Saint-Junien et daus la cité de Limoges (I ). Saint- 
Léonard est compris au nombre des possessions de Jean de Vey- 
rac que le roi Jean fait séquestrer, et dans une lettre énergique, 
adressée en 1202 par Innocent III à ce dernier, le pape reproche 
au duc d'Aquitaine de 8*ôtre approprié jusqu'aux offrandes de 
l'autel du vénéré patron du lieu (2). Un document émanant du 
roi d'Angleterre lui-même confirme l'existence, à cette époque, 
des droits de Tévêque de Limoges sur la ville de Noblat : c'est la 
lettre par laquelle Jean-saus-Terre notifie, le 28 mai 1214, aux 
prud'hommes de Saint-I^éonard, le choix qu'il vient de faire du 
sénéchal d*Angouléme pour garder et administrer les posâessions 
de Jean de Veyrac, et enjoint à la commune de donner son con- 
cours aux baillis institués par le séquestre (3). 

Sur l'importance de cette ville au xii* siècle, sur le chiffre de 
sa population, nous ne possédons que des indications insignifian- 

(1) Donation de diverses parties du Mas de Fontloup à L'Anige, vers 
1200 : Hoc factum fuit en la Sala a i'Ebesquc, a Noalac (A. Lbroux, Do^ 
cumerUs hietoriqueê, t. I, p. 449). tl y a tout lieu de croire qu*il s'agit ici 
de la ville et non du chàleau de Noblat. 

(3) Lettres d'Innocent 111, ap. Historiens de France, t. XIX, p. 416. 
Ces offrandes ne seraient-elles pas les mômes que les Deniers de la 
chaîne, dont il est parlé plus haut, page 98. 

(3) Rex probis hominibus de Sancto Leonardo, salutem. Scialis quod se- 
nescalciam et custodiam dominiorum, dominicorum et Icrrarum episcopi 
Limovicensis dilecto et fideli nosiro B. de Podio, scnescallo Engolismensi« 
commisimus, tanquam no[bi]s placuerit. Et ideo vobis mandamus quod 
ci et ballivis suis intendentes sitis et respondenlcs. Teste me ipso [RotuU 
lUterarum patentium in turri Londinensi asseroati, I. I, p. M 6}. 

A la même époque, c'est Aimeric de la Roche — de Rupe — qui rem- 
plit les fonctions de sénéchal du Limousin pour le roi Jean; GoufTier 
Tizon est sénéchal du Périgord. 



m. -■■ -M- »» — ■ 



58 SOCléTÉ ABCHÀO^OGIQUK KT IIISTORIQUR DU LIMOUSIN. 

Icsv II résulte loutefois de quelques documents qu'une bour- 
geoisie riche et commerçante s'y est constituée dès celte époque. 
Des marchands de cette ville possèdent déjà des redevances im- 
portantes dans les environs et on trouve dans huit ou dix actes 
du cartulaire de L'Artige, compris entre 1 180 et 1220, la meution, 
en qualité de donateurs ou en qualité de témoins, d'un certain 
jiombre de bourgeois de Saint-Léonard : Guillaume Buschet, 
Marc. P. et G. Faute,. Raimond Daniel, Vincent et Pierre de 
Trémol. 

A quelle époque le bourg fut-il entouré de murs? Pas avant 
le xii* siècle, selon toute vraisemblance. 11 résulterait même du 
texte des Aunales manuscrites de Limoges que vers 1 195 seulement 
fut construiio sa ceinture de remparts. L'annaliste rapporte en 
ejffet que « le roy Richard, estant en liberté, par dévotion fust à 
Saint- Léonard, et la,fist ediffier Tesglise, clore et edifïier certains 
portaux de la ville » (1). 

Un passage de la chronique de Vigeois semble toutefois établir 
que, dès 1 183, Saint-Léonard était clos et fortifié. Le moine Geof- 
froi nous montre en effet, à celte date, les Paillers arrivant de- 
vant la ville et demandant qu'on leur en ouvre les portes. Un 
bourgeois leur crie de l'intérieur de l'enceinte : « Retirez-vous ! 
Allez à Malemort où vous attend votre dernier festin ! d Furieux 
d'entendre évoquer le souvenir de la sanglante défaite que leur 
avait fait subir six ans plus tôt l'évêque Gérald du Cher, les rou- 
tiers attaquent la ville, y pénètrent et massacrent cent cinquante- 
trois'bourgeois (2). 

Il est à présumer que, si la ville n'eût pas été fortifiée, les 
routiers n'auraient pas attendu d'être insultés pour la traverser 
et la piller. 

Peu d'années après, Noblat fut pris de nouveau par les Bra- 
bançons, qui parcouraient le pays depuis la mort de Richard- 
Cœur-de-Lion. Ils paraissent à ce moment avoir occupé la ville 
comme le château. Toutefois, la ville fut probablement respectée 

(t) Annales manuscrites de Limoges» pub. par E. Rubbn, âchard et 
P. DucouRTiEUx. Limoges, ¥• Ducourtieux, *872, p. i74 

(S) Apud Nobiliacum vero devcnicntes, sibi portas postulant aperiri 
quasi hospitandi gratia. Tune quidam, de intus exclamans, dixisse ferlur 
ad ilIos|: « Recedite hinc et apud castrum Malamortense festinale, ultime 
convivio jcœnaluri ». Qui repente, facto impctu, irruunt, irruplioneque 
peracta injburgo, centum quinquaginta 1res homines inlerimunt ab hora 
lertia'usque ad vesperam illius diei, excepiis vulncratis qui postmodum 
corruerunt (Chron. de Vigeois, ap. Labbe : Rerum AquUanicarum Scrip- 
tores, II, <21). 



I.A CO¥»UNK DS SAINT- LéONARD DC NOBLAT AU Xlil® SlÈCLK. 59 

parce qu «lie ôlait ak>rs dans la main du roi d'Angleterre el sous 
la garde spéciale de ses officiesrs. 

Nos chroniqueurs ne nous apprennent rien de précis A cet 
égard. Ils attestent seulement que leç routiers s'installèrent dans 
le château de Noblat, et en firent leur quartier général. 1/évôque 
Jean de Veyrac organisa contre eux une expédition qu'il paraît 
avoir lui-même dirigée. Il est permis de supposer que l'ambition 
de reprendre son château et sa ville ne Tenflammait pas moins 
que le désir de débarrasser la contrée de cette bande de brigands. 
« Suivi, dit Pierre Coral, des barons, des prélats et du peuple du 
pays, il assiégea les routiers dans leur repaire, s'en empara el fit 
un grand carnage de ces bandits. Et par là, ajoute avec quelque 
orgueil le chroniqueur limousin, fui brisé .le bras du roi d'An- 
gleterre et la province remise, par la main de son évêque, au 
pouvoir des Français. Aussi le roi Philippe fit-il écrire dans son 
registre que jamais il ne céderait à aucun seigneur ses droits sur 
révéque de Limoges et que celui-ci demeurerait toujours sou 
vassal direct ))(1). 

Il est permis de penser qu'à la suite de cet exploit, les ofiiciers 
de Jean-sans-Terre abandonnèrent Saint- Léonard et laissèrent 
Jean de Veyrac en reprendre possession. Au surplus, si Tévêque 
ne rentra pas dès 1203 dans sa ville, on ne saurait douter que 
celle-ci ne lui ait été rendue deux ou trois ans plus tard, lors du 
triomphe du parti français en Limousin. Mais, en 1214, l'arrivée 
de Jean-sans-Terre à la tête de son armée l'en chassa de nouveau. 
Le roi d'Angleterre traversa tout le Limousin. Il entra le 23 
mars à Saint-Léonard (2). On peut supposer que ses officiers en 
avaient déjà repris possession et avaient séquest)*é de nouveau 
les biens de Tévêque. 

Jean de Veyrac s'était vu, pendant les dix années qui venaient 
de s'écouler, forcé d*user de prudence. Nous avons dit plus haut 

(4) Johannes, Lemovicensls episcopus, devicit in prœlio maximam 
multitudinem BraybansoDum qui se in Castro Noblliaci recluserant (Chro- 
nique de Maleu, ch&noine de Saint-Junicn, publ. par l*abbé M. Ârbellot. 
Barret, 1847, p. 63). — Johannes, episcopus Lemovicensis. cum baroni- 
bus et praelatis et populo lerrœ, obsedit Nobiliacum, in quo se incluserant 
quampiures bascli el ruplarii. Capti et inlerempli sunt. El sic brachium 
Régis Angliœ in Aquitania primo confractum est et per manum episcopi 
terra ad Francorum dominium est reducta : unde Kex Philippus in 
registro suo scribi fecit quod de celero Rex Francorum Lemovicensem 
episcopum de dominio suo non ejiciel (Chron. de Pierre Coral, ap. Histo- 
riens de France, t. XVlil, p. 239). 

(î) Voir ci -dessus, p. 8. 



60 90C1ÊTIR AlICdfeOLOClQUE KT BlSTÔntQUK D13 MMOtSlN. 

qu'il ne parait pas avoir ciierché i abuser de sa victoire pour 
opprimer les bourgeois de la Cité de Limoges; il est à croire 
qu'il se montra animé des mêmes dispositions â Tégard des 
habitants de Saint-Léonard. Là du reste, comme dans la Cité, il 
s'était trouvé en présence d'une bourgeoisie nombreuse, ayant 
des chefs, de l'argent et des armes, bien déterminée à défendre 
derrière ses remparts ses nouveaux privilèges comme ses ancien- 
nes libertés, et avec laquelle le prélat fut bien obligé de 
compter. 

En effet, dès la &n du xn* siècle, Saint-Léonard jouit d*une 
'organisation municipale des plus complètes et n'a rien à envier i 
la capitale de la province. Nous avons vu qu'une tradition en 
coui*8 au xvii*" siècle, faisait remonter â Tévêque Jourdain de 
Laron (1023-1051) les privilèges des consuls (1). L'abbé Oroux 
assure de son côté que les habitants auraient, dès la lin du xi* siè- 
cle au moins, possédé une commune et des magistrats municipaux. 
Le biographe de l'illustre patron de l'église de Noblat, mentionne, 
en effet, une charte du roi Philippe I, datée de 1 103, et où il serait 
parlé des m droits et privilèges des consuls de la ville » (2). Oroux 
ne donne pas le texte du document, qu'il ù'a cerlainemeat jaùiais 
vu. Les personnes qui lui ont fourni cette indication auront, 
sans doute, attribué à Philippe I une des nombreuses lettres 
concernant la commune qui émanent de Philippe III et de 
Philippe IV. 

L'authenticité de la charte de Jourdain est plus douteuse 
encore que celle de la charte de Philippe I. Si on n'a jamais 
produit aucune confirmation, aucune reconnaissance par les rois 
de France des privilèges de nos communes limousines antérieu- 
rement à la confiscation du duché d'Aquitaine au préjudice de 
Jean-sans-Terre, on ne connaît non plus aucune lettre épiscopale 
relative à nos agglomérations bourgeoises jusqu'au traité de 1251 
entre Tévêque Aymericde Serre et la commune de Saint-Junien. 

Nous croyons qu'à Saint-Léonard, comme ailleurs, il existait 
dès le commencement du xii® siècle, peut-être dès le xi*, une 
organisation bourgeoise rudimentaire, dos «fesemblées d'habi- 
tants et même une magistrature exerçant ses fonctions sous 
l'autorité et le patronage de l'évêque. Nous n'en douterions pas 
s'il nous était bien démontré que la ville fût dès lors fortifiée. 
Mais cette organisation résultant uniquement de la coutume, 
était plutôt tolérée que reconnue par le seigneur, et le respect 

l\) Voir ci-dessus, p. 66, note 4. 

(8) Histoire delà oie et du culte de Saint- LéoAard, p. k^. 



LA COimUNl D£ SAIKT-LBONAHD UB NO&LAt AU XIK^ SIÈCLE. dl 

seul de eelui-ci pour la tradition garantissait le mai u tien de 
cette tolérance. Il est vraisemblable que Saint-Léonard, ville 
d'origine relativement récente, d'importance secondaire et 
n'ayant pas joui autrefois du rang de cité et des prérogatives 
attachées à ce rang, ne possédait pas d'institutions oiunicipales 
au sens exact de ce mot au moment où le Limousin passa ^ous 
lautorilé des Plantagenets par le mariage de Théritière d'Aqui* 
taine avec Henri, comte d'Anjou. 

Les bourgeois de Saint^Léonard reconnaissaient eux-mêmes, 
à la fin du xni^ siècle, que leur commune ne datait pas de beau- 
coup plus d'un siècle. C'est des ducs d'Aquitaine de la maison 
des Plantagenets qu'ils déclaraient tenir leurs libertés. 

Sur le premier auteur de cet octroi, ils n'étaient pas, au sur- 
plus, absolument d'accord. Nous voyons, par exemple, dans 
une enquête faite au cours du gran4 procès entre Tévéque de 
Limoges et la commune de Saint-Léonard — enquête dont nous 
aurons désormais à citer à chaque page les indications, — un 
clerc, Léonard Goudel ou Godeau, maître des écoles de la ville, 
déclarer qu'il a vu de ses yeux la charte délivrée aux habitants de 
Saint-Léonard par Henri Plantagenet. Cette charte, à laquelle 
était appendu le sceau du roi d'Angleterre, portait concession 
aux bourgeois d'une commune et confirmation de leurs libertés. 
Henri avait même ajouté, d'après Goudel, à cet octroi, le don d'un 
étendard oA se voyait la figure d'un lion (I); mais d'autres 
témoins assuraient que Saint-Léonard tenait ses privilèges, non 
d'Henri, mais de son fils Kichard Gœur-de-Lion. L' un d'eux 
at(teste mâme que son père était préseut lors de cette solennelle 
concession (2). 

Il est assez singulier que la commune n'ait pu produire ni la 
charte d'Henri II, ui celle de Richard (3). 

Ce quvest indéniable, c'est que dans les premières années du 
xiii'' siècle, )es bourgeois de Saint-Léonard possèdent une orga- 
nisation rnunicipale et jouissent de libertés assez étendues. 
Nous avoua vu plus haut Jean, roi d'Angleterre, écrire directe - 
meut eu 1214 à leurs prudhomQQes au sujet de la désignatioii 
d'un séquestre pour l'administration et la garde des domaines 

(1) Appendice, C, I, n^ i. 

(ll)/6îd., C. I, n'»*iel3. 

(3) NotoPtS qu'Qa trouve mémoire d'Âliénor d'Aquitaine et de RicharU 
Coeur-de-Lion au Nécrologe de Saint-Léonard dont Estiennol nous a con* 
serve des fragments. Mss. lat. 12747, p. 479. 



61 SOCIETE AftCHtOLOOlQUJk Jit HiStOHlQUk DU LI3I0US1^. 

de révéque. Soa fils Henri III leur notifie, en même temps 
qu'aux consuls de Limoges, '— 16 septembre 1220 — la nomina- 
tion de Philippe de Uletotaux fonctions de sénéchal de ses états 
do Poitou et de Gascogne (1). Cette correspondance prouve au 
moins que la commune était constituée, reconnue du duc 
d'Aquitaine, et ses chefs considérés comme investis d'un pou- 
voir régulier et effectif. • On ne saurait douter que la disgrâce et 
l'exil de Jean de Veyrac n'aient été favorables au développe- 
ment de l'autorité des consuls et des libertés municipales en 
général. On va constater combien ces dernières ont été larges 
et juger des conditions dans lesquelles s'exerçait cette autorité. 



v. — les consuls : leur élection, leurs attributions, 
l'hôtel de-ville; le serment; la milice. 



Vers 1220 ou 1230, date à laquelle nous commençons â nous 
rendre compte des détails de l'organisation communale à Saint- 
I^onard, les magistrats municipaux portent déjà le nom de 
consuls après avoir été, à l'origine, simplement qualifiés de prud- 
hommes. Cette dénomination de consuls, qui est au surplus celle 
adoptée par toutes les communes limousines, leur est donnée 
dès 1224, dans une lettre de Louis VIII (2). 

Les chefs de la commune de Noblat sont au nombœ de huit. 
La durée de leur mandai est d'une année. Tous les ans, les ma- 
gistrats convoquent pour le jour de la Chaire de saint Pierre à 
Antioche — 22 février, — une assemblée générale des bourgeois 
dans laquelle les consuls sortant de charge désignent eux-mêmes 
leurs successeurs, en observant sans doute certaines conditions 
d'éligibilité et en se conformant à des règles traditionnelles pour 
la répartition des magistrats entre les différents quartiers de la 
ville ou entre les divers corps de métiers. Pendant l'élection, les 
portes de la ville sont fermées, et les clés sont apportées dans 



(4) Vosque rogamus qualenus, in fide qua nobis tencmini, eidem 
Philippe, tanquam sencscallo noslro, sitis in omnibas qu&e fd nos perti- 
nent inlcndentes et rcspoudenles... Eidem consilium et auxilium quod 
poteritis, ad honorent nostrum, conservationem et defensionem terrse 
noslrae, facialis (Rvmer : Fœdera^ etc., t. I, p. 83 cl «4). 

(2) Appendice, A, n«* 8 et 3. 



L\ GOllMÙNK DK SAINT-LÉONARD DK NOBLAt AU XIU^ blftCLE. Ô3 

la maison commuDe. Cela veut dire qu'aucune influence étran- 
gève ne doit peser sur le choix des nouveaux chefs de la ville : il 
émanera des seuls habitants. Les bourgeois entendent être en- 
tièrement maîtres chez eux pour traiter de leurs affaires, et ils- 
ne veulent pas qu'on puisse les troubler dans une occupation 
aussi grave. Sans doute la milice veille aux remparts durant 
la cérémonie. 

Les consuls, une fçis désignés, étaient sur-le-champ installés 
dans leurs nouvelles fonctions. Aucune confirmation, aucun 
appel ouvert contre la décision des magistrats sortants. Les nou- 
veaux chefs de la bourgeoisie recevaient aussitôt, soit dans 
rhôlel-de-ville, soit en plein air, devant la maison commune, 
le serment solennel de tous leurs concitoyens. Ceux-ci juraient 
de garder et défendre les coutumes et libertés de la ville, de 
veiller à l'intérêt commun, d'être fidèles aux consuls et de leur 
obéir. 

Puis les consuls prennent les clés delà ville et les remettent 
à des gardiens de leur choix, désignés parmi les bourgeois qui 
habitent à proximité de chaque porte (1). 

Nous ne trouvons mention d'aucun serment prêté par les 
consuls de Saint-Léonard à leur entrée en charge. Il ne nous 
paraît pas douteux pourtant qu'ils en prêtassent un en échange, 
pour ainsi dire, de celui qu'ils recevaient. Ils devaient jurer, 
comme les magistrats du Château de Limoges, de donner leurs 
soius aux affaires de la ville, de protéger les habitants, de veiller 
à la conservation des libertés communales, d'être justes et loyaux 
au peuple, de servir l'intérêt public; de défendre la ville et de la 
maintenir dans l'obéissance du duc d'Aquitaine, ou, en d'autres 
temps, sous la sujétion du roi de France. 

Les consuls étaient assistés d'un conseil de ville que men- 
tionne explicitement un texte de 1272 (2), mais sur lequel nous 
n'avons pour ainsi dire aucune indication. Etait-il élu tout entier 
chaque année? Se renouvelait-il par portions? Etait-il composé 
des anciens magistrats ou tout au moins de ceux qui avaient 

(i) Appendice, C. ni, n" 29, 32. 

(2) Clerici deputati a Domino Rege ad recipienda juramcnta fidclilatis 
a cousulibas consilihriis et homioibus Sancti Leonardi (App. A, n<* VI). 
— Vcnerunt consulcs, et cum ip&is plurcs quos ad hec vocabant (App. 
C. VI, 105). — Vidit mensurari pcr consules et plurcs burgenses ville 
(idtd., «06). 



Ôi 30C1ETK ARCHÉOLOeiQUE ET ai8T0fllgUK OU LIMOUSIN. 

exercé ces fondions uu nombre d'années déterminé? Nous ne 
saurions le dire. Nous ne pouvons non plus, vu l'absence de 
mentions concernant les membres de ce conseil, nous faire une 
idée de leurs attributions qu'en supposant qu'à Saint-Léonard 
les choses se passaient comme dans d'autres communes à la même 
époque. La principale était sans doute de recevoir et de vérifier 
les comptes des magistrats municipaux. Peut-être aussi aidaient- 
ils les consuls dans le recouvrement des tailles et se trouvaient- 
ils chargés de certains services permanents. Un texte que nous 
citons à l'Appendice mentionne, à propos des assises munici- 
pales, <( ceux qui étaient du conseil des consuls » (1) : nous 
hésitons à reconnaître là les conseillers de ville, et ce passage 
nous parait plutôt se rapporter aux hommes de loi qui assistaient 
les magistrats municipaux. 

La construction, Tentrotien et la garde des tours et remparts 
semblent cQustituer, à Saint-Léonard comme ailleurs, la fonction 
principale, la charge propre des chefs de la commune. Nous 
avons vu plus haut que, durant l'assemblée pour Téleclion des 
consuls, les clés des portes étaient déposées à la maison de ville. 
Ce n'étc'iit pas là une vaine formaliré, mais un signe attestant la 
prérogative on môme temps que le devoir des magistrats. La 
sûreté des habitants était la raison d'être du groupement des 
bo!irgeois et du pacte communal : les consuls devaient pourvoir 
à cette sûreté et garantir à chaque individu la tranquillité de 
l'existence et la libre jouissance de ses biens, en usant, pour le 
protég^er, des forces unies du groupe tout entier. 

Pour exercer cette protection, il faut que les chefs de la bour- 
geoisie puissent grouper autour d'eux les habitants. Us ont donc 
le droit d'assembler la commune pour traiter des afiaires pu- 
bliques ; ces réunions se tiennent tantôt à l'hôtel-de-ville, tantôt 
sous la porte de Champmain, ou sur la place du Marché-aux- 
Porcs. Pour transmettre leurs ordres, pour publier leurs man- 
dements, pour annoncer les assemblées, les consuls choisissent 
et nomment des crieurs publics qui prêtent entre leurs mains 
un serment spécial. Us ont le droit de lever des contributions 
sur les habitants, pour l'entretien ou la réfection des fortifications 
et pour les autres dépenses d'intérêt public, celles des fontaines 
et de la voirie par exemple ; car ces objets rentrent encore dans 
les attributions des magistrats communaux. Ils reçoivent le 
produit de ces tailles, sauf à justifier de leur emploi. Ils 

(1) Et lili qui erant de consilio ipsorum. V. Appendice, C. IX, n" IW, 



LA COMMUNS DB gAlNT-I#60NARD PK NOBUT AU XUI' SliiCLE. 65 

gôrunt les intérête dirers de la commune, touchent ses revenus, 
adxDinislrenl ses biens, afferment ses maisons ou ses empla^ 
céments. Ils ont la garde des armes appartenant à l'association, 
les confient soit aux hommes chargés de faire le guet, soit, lors- 
qu'il s*agit de répondre à la convocation du séuéchal du Roi, 
à ceux des bourgeois désignés pour prendre part à l'expédition 
et trop pauvres pour s'armer eux<mêmes. 

L'argent de la commune, ses archives, ses armes, sont con- 
servés à l'hôtel-de-ville. Cet édifice, qui est le siège du gouver- 
nement municipal et comme le domicile légal des membres de 
l'association bourgeoise, on le respecte à l'égal d'un lieu con- 
sacré au culte. Dès le commencement du siècle il en est fait 
mention. Nous ne savons si les bourgeois étaient dès lors pro- 
priétaires de la maison commune. Entre 1250 et 1260, ils en 
firent construire une, plus vaste sans doute et plus commode 
que la première (1). 

La maison commune se composait d'un rez-de-chaussée et d'un 
étage; il n'est pas difficile d'en reconstituer au moins les princi- 
pales dispositions. Le rez-de-chaussée était sans doute occupé 
presque en entier par la grande salle nécessaire aux assemblées 
de ville et aux audiences de justice. Peut-être avait-on ménagé, 
auprès de cette pièce, une petite chambre servant de greffe et en 
même temps de bureau pour le clerc du consulat. Au premier 
étage on trouvait la salle du conseil, Farsenal où étaient déposées 
les armes de la commune. Là sans doute on voyait le réduit 
pratiqué dans la muraille — archa — où étaient conservés, avec 
Targent des contribuables, les sceaux, les chartes et les titres les 
plus précieux du consulat. 

De tous les attributs de la magistrature consulaire, il n'en 
était aucun tenu par les communes pour plus précieux que le 
sceau, considéré en général comme un signe d'autorité et de juri- 
diction et destiné à authentiquer les contrats entre particuliers 
comme à accompagner les actes émanant des chefs de la bour- 
geoisie. On ne peut douter que, dès une date reculée, la com- 
mune de Saint-Léonard n'en possédât un. Les témoins mêmes 
produits par l'évêque au cours de son procès avec la ville le 
reconnaissent, mais ils assurent qu'autrefois ce sceau portait la 
légende : Sceau des bourgeois de Saint-Léonard ou Sceau des 
Prudhommes de la ville de Noblat, et que, vers 1265, les bourgeois 
en avaient fait fabriquer un nouveau avec l'inscription : Sceau 

Cl) Appendice, C. III, n« 35. 

T. ZXXVII. 



66 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT HISTORIQUB DU LIHOUSIII. 

des consuls et de la communauté de la ville de Noblat (1). C'est pro- 
bablement celui que nous trouvons appendu à une délibération 
delà commune de Saint-Léonard du 1*' mai 1308. On y voit 
saint Léonard debout, tendant la main, pour le relever, à un 
homme à genoux, sans doute un prisonnier qu'il délivre. Au- 
dessus pendent des ceps attachés à une chaîne. Cette scène se 
détache sur un treillis de fleurs de lis. Au revers, une main 
tenant des ceps, avec le mot secretum (2). 

Avec les armes communes, on conservait à l'hôtel-de-ville les 
bannières — banieras, — l'étendard — vexillum^ — sous lesquels 
marchait la milice bourgeoise quand elle était appelée à fournir 
Tost au Roi ou dans les occasions où elle prenait les armes sur 
Tordre des consuls. On a vu plus haut que Henri II ou son fils 
Richard avaient fait don aux bourgeois d'étendards avec l'écu 
d'Angleterre (3). Plus tard, la commune remplaça les léopards 
des Plautagenets par les lis des rois de France; on voyait aussi 
sur ses drapeaux l'image de son patron, saint Léonard (4). 

Il serait assurément téméraire de parler de l'assistance publi- 
que à Saint-Léonard au xiii* siècle. Notons cependant qu'à cette 
époque, outre la léproserie dite du Temple, mentionnée au 
xu* siècle, et plusieurs autres raaladreries établies aux envi- 
rons, la petite ville possède son hôpital, sa maison-Dieu (5), 
placée sous le patronage des consuls. 

Nous avons déjà rappelé plus haut, d'après un passage fort inté- 
ressant de la chronique de Vigeois, qu'on commença, peu après la 
première croisade, à fonder des aumônes périodiques dans cer- 
taines villes du Limousin (6). Nous avons relevé ailleurs des 
traces intéressantes de ces fondations dans le Château de 
Limoges (7). Nous avons déjà constaté à Saint-Léonard, au xv« 
siècle, l'existence d'un fonds de charité géré, non comme à 

(!) App., C. m, n^ 42. L'évêque dit de son côté, dans un mémoire : 
Quod ollm, non est diu, hominea dicte mile utebantur quodam sigillo, 
cufus aigilll litière erant : Sigillum proborum hominum ville de Nobi- 
liaco... Item tempore quod a breoi, fecerunt sigillum et domum in dicta 
oiUa nomine consulatus et communitatis, 

{t) Inventaire des sceaux des Arch. nationales, n« 5695. 

(3) Appendice, C. I, n»» 1, 2, 3 et IV, 57. 

(4) Idem., C. IV, n« 55. 

(5) Domum Dei (enquête de I2S8), hospitale pauperum (Livre de .ai- 
son des Massiot, 4471). 

(6) Voir chap. II, p. 36. 

(7) Des confréries de charité et des œuvres laïques de bienfaisance 
dans le diocèse de Limoges [Cabinet historique^ année 4882). 



LA COMMONB OB SAlNT-LtONABD DB NOBLAT AO XIll* SIÈCLE. 67 

Limoges par des prudhommes délégués à cet effet, mais par 
les magistrats municipaux eux-mêmes. Go fonds est dénommé 
les Aumdnes du Consulat. Ne faut-il pas reconnaître, dans ces 
AumôneSy la Caisse des pauvres qui, dès le xiii* siècle, existe à 
la maison commune et dont il est parlé à l'enquête de 1288(1)? 

En 1485, il est fait mention d'une confrérie <c des Trépassi§s du 
Consulat de Saint-Léonard (2). » Cette association, comme celle 
de^ Suaires au Château de Limoges, remontait sans doute à une 
époque reculée du moyen âge ; toutefois nous n'en avons pas trouvé 
trace dans les documents du procès entre l'évêque et les consuls. 
Les seules confréries dont nous ayons relevé la mention, aux 
xiii' et xiv« siècles, dans la petite ville dont nous nous occupons, 
sont des compagnies de métiers comme la confrérie des cordon- 
niers, signalée vers 1266 (3), ou des sociétés de pure dévotion, 
comme la confrérie de Notre-Dame-de-Sous-les-Arbres (4), celle 
de Saint-Léonard qui, s'il faut en croire la tradition, différeraitde 
la précédente et serait aussi fort ancienne, et celle instituée en 
mémoire du Miracle des Ardents à la fin du x" siècle et qui 
s'éteignit au xvii*. Cette dernière se composait de trente bour- 
geois qui, le 11 août de chaque année, date anniversaire du 
miracle à Saint-Léonard, assistaient à Toffice solennel, à la pro- 
cession générale, faisaient ensuite un banquet et distribuaient 
des aumônes (5). 

On a vu que les ducs d'Aquitaine avaient réclamé et reçu le 
serment de fidélité des communes limousines, qu'ils témoi- 
gnaient par là tenir pour des vassaux directs. Ce serment, les 
communes le prêtèrent aussi au roi de France après la confisca- 
tion de l'Aquitaine sur Tean-Sans-Terre. Le fils aîné de Philippe- 
Auguste le reçut en 1212, en prenant définitivement possession 
du pays (6) et il fut renouvelé entre les mains de Raynaud, clerc 
du roi, sur l'ordre exprès de Louis VIII, au mois d'août ou de 
septembre 1224, lors de l'expédition de ce prince en Poitou et de 
la soumission de toute l'Aquitaine (7). 

En échange de leur promesse de fidélité, le roi de France 

(1) Consules habent,,. archam pauperum. AppeDdice, C. III, n^ 34. 

(2) Livre de raison des Massiot. 
(a) Appendice, C. VIII, 149. 

(4) Mentionnée dans divers documents du xiv" siècle du fonds de TÉvé- 
ché et du Chapitre, aux Archives de la Haute-Vienne. 

(5) O&oux, Histoire de la vie et du culte de saint Léonard, p. 68. 

(6) Appendice, A, n® 1. 

(7) Ibidem., A, n^ 5. 



GS SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIOUE DU LIMOUSIN. 

reconnut et confiroia les coutumes et libertés dont les coasula 
et l'université des bourgeois de Saint-Léonard avaient été en 
possession au temps de Henri et de Richard, rois d'Angleterre (t). 
Le nom de Jean- sans-Terre est ici supprimé, à dessein sans nul 
doute. 

Saint Louis, à son tour, réclama le serment de nos communes. 
C'était en 1242, au lendemain de la victoire de Taillebourg. Le 
comte de la Marche, le roi d'Angleterre et leurs alliés venaient 
de subir un échec qui assurait au pays de longues années de 
tranquillité. Un mandement du sénéchal de Poitou, Thibaut de 
Blond, prescrivit aux bourgeoisies de la province d'avoir à jurer 
fidélité au roi de France entre les mains de Guillaume Relier, 
chevalier, sou délégué (2). Ce serment fut prêté sans difficulté 
par les habitants de Saint- Léonard, qui espéraient, par l'accom- 
plissement de celte formalité, resserrer le lien les rattachant 
directement à la Couronne, et qui voyaient, au surplus, dans la 
lettre même du sénéchal, une reconnaissance de leur commune. 
Ils envoyèrent à La Rochelle deux de leurs consuls : Jean 
Faute et Pierre Bouzogle, pour porter au roi les clés de leur 
ville. Louis IX les leur rendit, en leur enjoignant de les 
garder en son nom (3). 

Il semble, d'après le témoignage d'un vieillard interrogé au 
cours de l'enquête de 1279, qu'une seconde fois saint Louis reçut 
le serment des bourgeois, en 1248, lors de son départ pour 
la Croisade (4). 

De nouveau, au mois de février 1272, les habitants de Saint- 
Léonard jurèrent fidélité au roi de France. Philippe III leur en 
avait envoyé Tordre exprès. Les consuls, le conseil de ville, puis 
la commune tout entière, réunis dans le cloître du prieuré, prê- 
tèrent serment entre les mains des commissaires du fils de saint 
Louis : un chevalier et deux clercs. . 

La commune devait à son seigneur le service militaire : C'était 
au Roi que les bourgeois de Saint-Léonard fournissaient l'ost et 
la chevauchée. Et, dans le courant du xiii* siècle, ils eurent sou- 
vent l'occasion de s'acquitter de ce devoir, sans que l'interven- 
tion de l'Êvêque ait eu à s'exercer en aucune façon. 

A deux reprises, semble-t-il, la commune de Saint-I-éonard 
dut fournir un contingent à des expéditions dirigées contre 

(1) Appendice, A, 3 et 3. 

(2) Ibid,, A, 4, et C. IV, 46. 

(3) Jbid., C. IV, 44. 

(4) Ibid., G. IV, n» 47. 



LA COHMUm Dff SAIHT-LÉONARD DE NOBLAT AU XIII® SIÈCLE. 69 

le château de Châlus. Vers 1240, une soixantaine d'hommes, 
80U8 le commandement des consuls, ârent partie des troupes que 
le fièoéchal royal Pierre des Saules conduisit contre cette for- 
iereese (t). Nous ignorons le but de cette démonstration. 

En 1267, après la prise du château par Boson de Bourdeilles 
et son refus de le rendre à la vicomtesse de Limoges, une petite 
armée, sous les ordres du sénéchal Raoul de Trappes, du bailli 
de Bourges et de Nicolas de Menot, alla mettre le siège devant 
Châlus et contraignit Bosou d'abandonner le fort et de délivrer 
ses prisonniers. 

Saint-Léonard avait fourni, dans cette occasion encore, un 
détachement de sa milice (2). 

Les bourgeois ne comptaient pas moins de trois à quatre cents 
miliciens dans la petite armée que Charles d'Anjou, frère du roi, 
avait conduite peu auparavant en Périgord et en Bas-Limousin. 
Les hommes de Saint-Léonard furent employés au siège du châ- 
teau de Larche, qui appartenait à Elie Rudel (3). Le sénéchal du 
roi de France, Pierre Servientis, commandait l'expédition (4). 

Mais le service du roi n'appelait pas seulement dans un rayon 
peu éloigné les hommes de la commune. On les voit, en 1272, 
prendre pari à l'expédition organisée contre le comte de Foix. 
Plus tard ils suivent l'armée française jusqu'à Pampelune (5). 
Ces expéditions lointaines n'étaient pas du goût des bourgeois, 
et un peu plus tard, appelée à fournir son contingent à Tarmée 
d'Aragon, la commune racheta son service en versant à Phi- 
lippe de Beaumanoir, sénéchal du roi de France en Poitou 
et en Limousin, une somme de deux cents livres tournoises (6), 

Outre le service de guerre, les bourgeois devaient encore un 
service de police, analogue à celui qui fut dévolu plus tard à la 

(J) Jbid^ G. IV, n<» 67. L'expédition signalée par Pierre Jouaus et un 
autj'e témoin, en 4288, comme remontant à une cinquantaine d'années, 
ne peut pas être la même que celle de 1367. On remarquera de plus que 
le nom du sénéchal chargé de diriger les troupes dans cette occasion n'est 
pas le même que celui du sénéchal de 1967. La mention d un sénéchal 
français en Limousin, à cette époque, paraît néanmoins étrange. Que de- 
vient l'affirmation de la Chronique de Pierre Goral que nous reproduisons 
plus bas (note de la page 85) ? 

(î) G. IV, n«* 58, 59, «0. Voir Chdlucet, par Louis Guhxbrt, Limoges, 
Ducourtieuxy 1887, p. 48 et 49. 

(3) Appendice, C. IV, n<>» 50, 51, 5î, 53, 54. 

(4) Ibid,y C. IV, 56, 56. 

(5) Ibid., C. IV, 63, 64, 65, 06. 

(6) Ibid., C. IV, 67. 



70 SOGIRTi ARCHÉOLOGIQUB ET HIST0R1QUB DU UM0U81H. 

maréchaussée. On trouve plusieurs mentions de prises d'armes 
dans ces conditions. Tantôt la commune envoie un détachement 
d'une quarantaine d'hommes, tant à cheval qu'à pied, pour prêter 
main-forte au seigneur de Châteauneuf chargé de poursuivre 
des bannis. Tantôt elle donne son concours pour arrêter des 
meurtriers qui se cachent dans les forêts d'alentour (1). 

Plus d'une fois, sans aucune convocation ni autorisation des 
ofliciers royaux, les consuls assemblèrent la commune, lui 
firent prendre les armes et dirigèrent contre les seigneurs qui 
troublaient la tranquillité publique et la sécurité des chemins, 
de véritables expéditions. Le récit de quelques-unes nous a été 
conservé. Il n'est pas sans intérêt de le rappeler; nos lecteurs 
verront comment les communes savaient se défendre elles- 
mêmes et se faire respecter de leurs voisins. 

Vers 1230, on apprend un jour, à Saint-Léonard, que trois mar- 
chands de la ville ont été pris avec leurs ballots, sur la route de 
Limoges, par Guillaume du Puy, chevalier de Saint-Martin- 
Terressus. Sur-le-champ les consuls donrient des ordres elle lende- 
main matin la commune en armes se dirige, bannière déployée, 
vers le château de ce seigneur, distant de deux lieues environ. 
Le chevalier n*est pas à Saint-Martin; peut-être a-t-il fui, emme- 
nant ses trois prisonniers. Les bourgeois n'en sauront pas moins 
le punir. Sa demeure est mise au pillage et démolie de fond eu 
comble.Puisles habitants de Saint-Léonard prennent trois paysans, 
des hommes de Guillaume du Puy, et les mènent à Saint-Léonard, 
où ils sont enfermés dans la prison de la commune. Ils servi- 
ront d'otages et répondront, corps pour corps, des trois citoyens 
qui sont au pouvoir du seigneur. Ce n'est pas tout. Â trois jours de 
marché successifs, lescrieurs de rhôtel-de-ville appellent le che- 
valier et le somment, au nom des consuls et de la commune, 
d'avoir à comparaître à leur prétoire. Comme il ne se présente 
pas, les magistrats prononcent le bannissement perpétuel contre 
lui et ses héritiers. — Cette sentence n'est pas considérée comme 
de pure forme. Soixante ans plus tard, un bourgeois attestera que 
non seulement Guillaume du Puy, mais son fils, loraqu'ils ont 
eu quelque affaire à traiter avec un bourgeois, l'ont fait appeler 
hors des murs, pour s'entretenir avec lui : ni Tun ni l'autre n'ont 
osé, depuis 1230, mettre le pied dans la ville (:^). 

Une autre fois, ce sont des nobles d'Eybouleuf et du château 

(4) Appendiee, G. Vil, 437. 
(3) Jbid., C. V, n« 68. 



LA COMMUNE DE SAINT-LÉONARD DB NOBLAT AU XIII^ SIÈCLE. 74 

d'Aigueperse qui arrêtent « sur le chemin du roi », un bourgeois 
du nom do Pommier, le frappent, le dépouillent et le retiennent 
en prison. La nouvelle en est donnée à Saint-Léonard. Aussitôt 
les consuls font sonner la trompette dans toute la ville et enjoin- 
dre aux habitants de se réunir en armes. Eux-mêmes prennent le 
commandement de la milice. On se rend d'abord à Aigueperse, 
et on se saisit de Pierre Nouaille (de Noblat?), damoiseau, un 
des auteurs des violences commises sur Pommier; de là, on va 
à Eybouleuf et on rainène à Saint-Léonard le seigneur d'Aigue- 
perse, Adémar Marchés, chevalier, son fils et son frère. Ces 
quatre gentilshommes sont mis en prison et ne sont délivrés 
qu'après que les seigneurs de Noblat, Constantin et Justin 
Marchés^ frères ou oncles de deux des coupables, ont fait une 
démarche en leur faveur auprès des consuls, et devant les magis- 
trats et le peuple, sur la place publique, juré que satisfaction 
pleine et entière sera donnée à la commune. Le bannisse- 
ment est prononcé contre les coupables (1). 



YL — LA COBIMUNK EN POSSESSION DE LA JUSTICE. DROITS DES 
GHEVÀLIEAS DE NOBLAT ET DES VIGIBKS. 



Le droit de justice était, au moyen âge, la principale préroga- 
tive du seigneur. De tous les privilèges qu'ambitionnèrent les 
communes et que beaucoup réussirent à acquérir soit par la 
force, soit à prix d'argent, le plus haut, le plus envié fut tou- 
jours celui de ne dépendre d'aucun justicier et d'avoir des juges 
spéciaux connaissant des causes civiles et criminelles dans l'en- 
ceinte des remparts de la ville : seul, eu effet, ce droit assurait 
les libertés des boiirgeoisies et faisait celles-ci maîtresses chez 
elles. 

Mais un grand nombre de communautés ne purent atteindre 
â cette entière indépendance. Les négociations, les longs procès 
devant le Parlement, les révoltes à main armée n'aboutirent pas 
toujours à l'élimination complète des droits seigneuriaux. Ces 
droits avaient été souvent inljéodés aux officiers chargés de les 
exercer, et les concessions faites dans la suite par le seigneur ne 
pouvaient porter atteinte à la possession des familles qui se trou- 
If) Appendice^ C. V, n~ 69, 70. 



72 «OCltrtÉ AACHËOIidOlQUt BT fllSTÔAlOCB DU LIMOtlSIII. 

Taiont investies de certaides prérogatives de cet ordre. Le justi^ 
cier, au surplus, oe consentait pas aisément à se dessaisir de ses 
droits. Parfois les bourgeois réussissaient tout au plus à obteuir 
rétablissement- d'une association dans lactuelle les juges et offi- 
ciers étaient ou bien nommés de concert par la commune et 
le seigneur, ou bien désignés moitié par l'un et moitié par l'au- 
tre. Nous ne connaissons très exactement, pour aucune de nos 
communes Limousines, Tétat des choses existant entre 1200 
et 1250. 

Il paraît toutefois hors de doute que, durant certaines périodes 
comprises entre ces deux dates extrêmes, la commune de Noblat, 
comme celles de la Cité et du Château de Limoges, se trouva en 
possession du droit de justice. En fut-elle jamais investie d'une 
façon régulière? Nous ne le savons; nous ne le croyons pas. 
De ses privilèges, celui-ci fut toujours le plus contesté, et en 
effet, le plus contestable; elle s'en vit au surplus dépouiller de 
bonne heure comme nous le dirons plus loin. 

Quoiqu'il en soit de son droit, la communauté bourgeoise de 
Saint- Léonard exerce, de fait, la justice criminelle et civile au 
cours d'une grande partie du xin* siècle. Il résulte de témoigna- 
ges très précis que, sinon sans interruption, du moins à des dates 
rapprochées et durant des périodes de calme, d'ordre, de paix 
publique, les magistrats élus par les bourgeois ont, au nom 
de la commune, jugé des causes civiles et criminelles, prononcé 
sans distinction sur des cas ressortissant à la haute, à la 
moyenne et à la basse justice, exercé la police des marchés., 
des poids et mesures, de la voirie, rempli en un mol toutes 
les attributions de Tordre judiciaire que pouvait revendiquer un 
seigneur. 

Dans les grandes villes, les consuls ont des ofQciers spéciaux 
pour rendre la justice et veiller à la police : un prévôt criminel 
et un juge civil tout au moins. A Saint-Léonard, les chefs de 
la bourgeoisie remplissent eux-mêmes ces diverses fonctions. 

Les audiences civiles se tiennent à la maison commune : vers 
1265, il y en a trois par semaine; vingt ans plus tard, deux seu- 
lement, fixées au mardi et au vendredi. Les consuls jugent, peut- 
être avec Tadjonction de jurisconsultes, mais surtout suivant la 
coutume et l'équité. Leur juridiction semble avoir surtout le 
caractère de l'arbitrage. Toutefois, les parties sont tenues de se 
conformer à la sentence, et si celle qui a succombé ne s'exécute 
pas, les magistrats l'y contraignent par la saisie de son mo- 



LA COUHUNK DE SAlirr-LfiONAftB BK NOBLAT AU XI11* SIÈCLE. 73 

bilier ou de ses marchandises. Au besoin, ils foat enlever les 
portes de sa maison (l). 

Sur la place dite du Marché au Blé, devant la vieille église de 
Notre-Dame, étaient plantés des ormes auxquels le vénérable 
sanctuaire devait sa dénomination caractéristiqne : « Notre- 
Dame de sous les Arbres ». C'était sous ces ormes et plus parti- 
culièrement sous l'un d'eux, — le plus rapproché, sans doute, du 
porche de l'église, — que les consuls tenaient leurs assises crimi- 
nelles (2), environnés du peuple et dans un appareil dont la sim- 
plicilô n'excluait pas une certaine grandeur. Parfois, mais 
moins souvent, semble-t-il, ces audiences se tenaient à Thôiel- 
de-ville, sous le porche de Notre-Dame (3), ou encore sous la 
porte de Champmain (4). 

Les oonsuls avaient leurs sergents et leur bourreau. Le pilori 
de la commune était, à Saint-Léonard, comme dans le Château 
de Limoges, établi sur la place du Marché à la viande (5). Quant 
au gibet, les magistrats bourgeois paraissent n'en avoir pas fait 
élever avant 122i>. Jusqu'à cette époque, on pendait les malfai- 
teurs aux arbres des chemins, et en particulier à un arbre qui 
s'élevait au lieu dit de l'Ort Bonissau (6). Des fourches patibu- 
laires furent, vers 1225, construites à peu de distance de la forêt, 
près de la croix de Courpeyre (7). 

L'assassinat, le meurtre, l'incendie, le viol, le sacrilège, les 
vols d'une certaine gravité étaient punis de mort (8). Les délits 
d'une moindre importance emportaient souvent pour le cou- 
pable l'amputation d'un membre. Nous voyons par exemple un 
voleur condamné à perdre le pied (9), un autre la main (10), 
d'autres une oreille. Et à ce ^ujct un témoin raconte qu'où prit 
un jour trois jeunes coupeurs de bourse devant l'église de Saint- 
Léonard, où ils exerçaient leur métier, mêlés à la foule des pèle- 
rins. Conduits devant les consuls, ils furent jugés sur-le^^hamp. 
Les magistrats ordonnèrent qu'ils seraient privés des deux 

(4) Appendice, C, VI, no» 71, 74, 75, 76, 77. 

(5) Ibid., C. VI, no» 86, 87, 89, 94, 95, 99, etc. 
(3) Jhid.,C. VI, no» 91, 93, 98. 

(A) lUd,^ n»7l. 

(5) Ibld., C. VI, no 81. Celait, à Saint- Léonard, la firandc Place, la 
place du Marché au Blé. 

(6) Ibid., C. VI, n«>« 79, 80. 

(7) Ibid., C. VI, n«« 79, 80. 

(8) Ibid., C. VI, n" 79, 87, 89, 90, 99. 

(9) Appendice, C. VI, n« 95. 

(10) Archives de la Haute-Vienne, Évôché, 2440. 



74 SOCIÉTÉ A&CBÉOLOGIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

oreilles; ils firent toutefois grâce au plus jeune; mais celui-ci dut 
remplacer le bourreau et couper les oreilles de ses deux compa- 
gnons. La leçon corrigea-t-elle le précoce malfaiteur? Il n'y a 
pas grande raison de le croire (1). 

En général, les membres coupés étaient exposés au-dessus 
d'une des portes de la ville pour attester le droit du justicier 
et pour servir d'exemple. Parfois cependant, on les jetait dans 
les fossés (2). 

Pour un méfait sans conséquence, le vol d'un outil, un pauvre 
diable est condamné à avoir la tête rasée a d'assez prés pour que 
la crasse (?) sorte » (3). Conformément à cette sentence, l'exécuteur 
tond le coupable de telle façon que le cuir chevelu se trouve 
sensiblement entamé (4). 

Les arrêts de ce genre recevaient d'ordinaire leur exécution 
au devant d'une des portes de la ville, le plus souvent de la porte 
Àumôniëre. Toutes les exécutions étaient entourées d'un certain 
appareil. On publiait la sentence dans toute la ville et les crieurs 
qui étaient chargés de la publier invitaient les habitants à se 
rendre au lieu indiqué par les magistrats pour y voir « faire 
justice », suivant Texpression consacrée (5). Le condamné était 
conduit par les sergents de la commune et des bourgeois en 
armes. Les trompettes de la ville marchaient à la tête du cortège. 
Les consuls suivaient et présidaient à l'exécution, à laquelle 
assistait souvent une foule considérable (6). 

La peine ordinaire des larcins légers était la fustigation ; le 
voleur était promené dans toute la ville par les sergents du Con- 
sulat, qui le frappaient de verges. Il portait le plus souvent, 
pendu au col ou attaché sur les épaules, l'objet volé ou ce qui 
en restait (7). 

Tout condamné à une peine corporelle était banni, le plus sou- 
vent à perpétuité. On le conduisait à une des portes de la ville, 
à la porte Aumônière de préférence, et on lui signifiait la défense 
de rentrer jamais dans l'enceinte des remparts et même de repa- 
raître dans les faubourgs sous peine d'être pendu (8). 

(0 Appendice, C. VI, n« 94 et 92. 

(3) Et vidit auriculam ipsius projici in fossatis dicte ville, subtus pon- 
tem (Pierre de Roc Amadourj. 

(3) SeugU, Nous n*avons trouvé ce mot dans aucun vocabulaire. 

(4) App., C. VI, »8. 

(5) Ibid.j C. VI, 88, 94, 9% 95, etc. 

(6) Ibid., C. VI, 87, 90, 99. 

(7) Jbid., C. VI, 87, 95, etc. 

(8) Jbid., VI, 94, 98. 



lA CeMUUNB DI 9AWT<LÉ0NAIU> DE NOBLAT AU XIU* SlàCLK. 75 

Parfois, quaod il s'agissait de délits de peu de conséquence et 
qull existait quelques circonstances de nature à en atténuer 
encore la gravité, il intervenait une transaction entre la famille 
ou les amis des coupables et les consuls. Dans ce cas, la poursuite 
pouvait être abandonnée, mais à la condition que Taccusê s'obli- 
geât à faire un pèlerinage aux lieux saints ou à quelque sanc- 
tuaire renommé et prît immédiatement la gourde et le bourdon (i). 
On sait que dans les pays du Nord, dans plusieurs villes de 
Flandre surtout, ces pèlerinages d'ordre pénal étaient de règle 
pour certaines catégories de délits. Beaucoup d'habitants de ces 
contrées sont venus, du xii« au xv" siècles, s'agenouiller devant 
la Vierge de Roc Amadour pour expier une faute et obéir à la 
sentence rendue contre eux. 

Le coupable réussissait-il à fuir ? Les consuls le faisaient som- 
mer, au son des trompettes, d'avoir à se présenter devant eux 
pour répondre à l'accusation qui pesait sur lui ; s'il ne se présen- 
tait pas, il était banni de la ville à perpétuité. Parfois sa maison 
était pillée ou même démolie (3). 

La commune avait sa prison spéciale ou plutôt ses prisons. 
Celle qu'on trouve le plus souvent désignée au xiii* siècle, est la 
geôle ménagée au-dessus de la porte de Maupertuis (4). On enfer- 
mait aussi les prisonniers dans la maison commune, où il y avait 
des cachots — archx — (5), ou dans la tour qui surmontait la 
porte de Fontpinou (6), parfois môme on les confiait à des parti- 
culiers. 

Ajoutons que les consuls avaient le droit de soumettre à la 
question les accusés pour obtenir l'aveu de leur crime. Dans 
plusieurs occasions, on les voit user de ce droit (7). Notons encore 
que Torganisation de la justice est peu compliquée à Saint- 
Léonard. Ce sont les juges eux-mêmes qui sont chargés de 
rinstruction des affaires. 

La police est pour ainsi dire inséparable de la justice. L'auto- 
rité des consuls s'exerce en Tune comme en l'autre matière. La 
surveillance des marchés et des foires leur appartient. Ils placent 

(t) Appendice, G. VI, 96. 
(1) Jbld., C. VI, 93. 

(3) Ibid., C. VI, n^ <00, 101, 402. 

(4) /6ûl.,85, 89,95. 

(5) Ibid., 90, 

(6) Ibid., 89, 86. 

(7) Ibid,y 85, 83. 



76 sOCIÉtA ARCBÉOLOOlQUt BT HISTORIQUe DU LIMOUSIN. 

des corps de garde aux diverses portes de l'enceiate extérieure, 
les jours de marché, afin que tout arrivant, fût-il uoble, soit invité 
et au besoin contraint à déposer ses armes avant de pénétrer dans 
la ville et que les querelles et les rixes, si fréquentes, aient ainsi 
moins de gravité (1), Ils parcourent eux-mêmes le marché, fai- 
sant saisir et rompre en morceaux le pain qui n'a pas les dimen- 
sions ou le poids voulus et qu'ils envoient ensuite à l'hôpital (2), 
ils interdisent la vente des viandes de mauvaise qualité et con- 
damneut au bannissement les bouchers qui en sont trouvés 
détenteurs (3). Ils font brûler sur la place publique les denrées 
insalubres ou corrompues, les marchandises mal fabriquées ou 
déloyales (4). Ils ont Tinspection des métiers, organisés en con- 
fréries. Us vérifient les poids et mesures, et perçoivent les émo- 
luments de cette vérification. Les mesut*es pour le vin sont 
vérifiées à Taide d'un étalon de cuivre qui est conservé à l'hôtel- 
de-ville (5). Le plus souvent, l'étalonnage se fait sur place, chez 
le débitant ou bien en public, sous l'orme où les consuls rendent la 
justice. Les muids et les setiers dont les particuliers se servent 
pour le blé doivent être conformes aux mesures de pierre qu'on 
voit sur la place commune à la disposition de tout le monde (6). 
Quant aux aunes et coudées des marchands de draps et autres, les 
consuls les comparent à celles qu'ils ont dûment approuvées (7) 
et le public peut aisément les contrôler, car la longueur de la 
mesure locale est gravée sur un des piliers extérieurs ou des con- 
treforts de la grande église (8). 

Les aunes et mesures qui ne sont pas d'exactes dimensions ou 
de juste capacité sont brisées, et les détenteurs condamnés d des 
amendes, parfois assez fortes, au profit de la commune. 

Leproduitde ces amendes et les petits émoluments du greffe et 
du sceau sont sans doute, après les tailles pour Tenti^etien des 
murs, portes, pavés et fontaines, un des principaux revenus de la 
communauté. Auprès de cet article de la recette, il convient d'eu 

(1) Appendice, C. VI, !18, 119. 

(2) /Hd.,li3. 

(3) ïbid.y H 2. 

(4) Ibid,, na, H4, H5. 

(5) Ibid., 108 bis, 109. 

(6) Ibid.yC.Vl, UO. 

(7) Jbid.y C. Vi, 108. 

(8) Vidil Nanlerium, cuslodem regalium, admensurarc alnam et cubi- 
tum dicte ville ad quoddam pilarium monastcrii Sancli Leonardi; et 
dicta admensuratio adhuc est in dicto pilario (Dép. d*Audoin, prieur de 
Ghàtelus). 



LA COHMUNK DB SAINT-l60NARD DE NOBLAT AU XIII" SIÈCLE. 77 

meulionnei' un autre qui rouLi-e à peu près dans la môine calé- 
gorie: c'est une contribution qui frappe les débitants de boissons: 
chaque taverne doit annuellement au Consulat la valeur de deux 
seiiers de via (t). Parfois, quand le vin est bon, les de\ix setiors 
si>at perças en nature. 

Nous avons parlé plus haut deTentrelien des fontaines et des 
pavés. Nous devons avouer qu'aucun texte précis ne nous auto- 
rise à ranger ce service au nombre de ceux qui incombaient aux 
consuls deSaint-Léonard; mais, dans d'autres communes de la ré- 
gion, on voit à la même époque le soin de la voirie et des fontaines 
dévolu aux magistrats municipaux. Ceux de Noblat, du l'esté, 
nous sont représentés comme chargés de veiller à ce que les par- 
ticuliers ne commettent pas d'empiétements sur l'assiette des rues 
et places, et de donner l'alignement aux propriétaires qui font 
édifier des bâtiments. Nous les voyons par exemple, vers 1230, en- 
joindre à Pierre Elie Adémar, chevalier, lequel fait construire six 
maisons proche les remparts, d'avoir à laisser, entre ces bâtiments 
et les murs, un passage suffisant pour les besoins de la défense 
et de la circulation (2). Un peu plus tard, Etienne Faure ayant 
empiété sur la voie publique, ils l'obligent à reculer sa construc- 
tion (3). — Les chefs de la commune ne font pas seuls les consta- 
tations nécessaires ; ils sont assistés d'un certain nombre de 
bourgeois, membres du conseil de la ville ou hommes de l'art (4). 
Nul no peut construire au bord de la voie publique qu'avec 
l'autorisation du Consulat. 

On constate, deux siècles plus tard, que les officiers munici- 
paux de Saint-Léonard sont chargés du service des aqueducs et 
égoûls. En 1480, l'égoilt qui se dirige du Marché aux Porcs vers 
la porte Champlepot, se trouve obstrué. Les particuliers qu'in- 
commode cet état de choses, sollicitent l'autorisation de le faire 
constater. L'égout est ouvert en présence du « procureur de la 
ville » et la réparation nécessaire confiée à deux ouvriers commis 
par la commune (5). Peut-être faut-il voir dans cette mention, 
malheureusement bien vague, du registre des comptes de la 
famille Massiot, l'indice de l'existence à Saint-Léonard, dès cette 
époque, d'un service municipal permanent de voirie. 

(1) Appendice, C. VI, 120. 

(2) i6«i.,C. VI, 103. 

(3) Ibid,, 103, 405. 

(4) Ibid., 104. 

(5) Livres de raison Limousins et Marchais, p. 444 et 145. 



t8 SOCIETE ARCBiOLOGIQUB ET BISTOIIQCK DC UHOOSIR. 

Nous avons, dans les pages qui précèdent, représenté les 
consuls comme seuls en possession, à droit ou à tort, de la justice 
civile et criminelle. Il ne paratt pas en avoir été constamment 
ainsi, et malgré la précision et le caractère très affirmatif des 
témoignages sur lesquels nous nous sommes appuyé jusqu'ici, 
il y a lieu de croire que, sans parler de Tévéque, basant ses 
prétentions sur sou titre et sa possession de seigneur incontesté du 
château et de la châtellenie do Noblal, plusieura nobles du châ- 
teau possédaient des droits féodaux à Tinlérieur de la ville et 
avaient continué à les exercer, même durant les éclipses presque 
complètes qu'avait subies l'autorité épiscopale. Plusieurs témoins 
entendus à l'enquête et visiblement favorables aux bourgeois, 
font allusion aux droits de ce qu'ils appellent « la seigneurie » et 
des vigiers, et mentionnent en termes exprès non seulement la 
présence de ces derniers aux jugements criminels, mais la part 
qu'ils prennent à Tinstruction des affaires, à la poursuite du 
coupable et à sa condamnation. Ainsi, un religieux de Tordre du 
Temple, originaire de Saint-Léonard et dont le père a été, vers 
1240 ou 1245, investi des fonctions de consul, parle d'une façon 
très précise du rôle des vigiers. 11 les montre recevant, de 
concert avec les consuls, une plainte au criminel ; faisant appli- 
quer, aussi avec les chefs de la œmmune» un accusé à la ques- 
tion ; prononçant enfin, toujoura en leur compagnie, des sen- 
tences capitales (!}. Cette déposition, qui émane d'un homme 
intelligent, semble-t-il, fort au courant du procès, se rendant 
bien compte des questions en litige et de la portée de ses dires, 
nous paraît mériter une attention particulière. 

Les vigiers, associés à la justice criminelle, ne l'étaient point 
à la justice civile. Les. consuls, en matière civile, prononçaient 
seuls (2). 

Mais la vigerie, outre la justice criminelle, s'étendait aux 
matières de police ; elle comprenait, par exemple, la juridiction 
des poids et mesures, à la possession de laquelle la commune 
attachait un prix tout particulier, à cause de l'importance et de 
Tactivité du commerce de Saint-Léonard. 

Nous avons déjà vu que les vigiers jouissaient de certains 
droits utiles. Ainsi, tout habitant de Saint-Léonard qui vendait 
de la viande leur devait à la Noël une tête de bœuf ou de vache. 
Ils percevaient également des redevances sur les cuirs et sur la 

(1) App. C. IX, 483, 484. 

(2) Ibid., C. IX, 490. 



LA COMMUNS DE SAINT-LÉONARD DB NOBLAT AU XIU* SIÈCLK. 79 

vente du sel (1). Peut-être enlia partageaient-ils avec les coasuls 
le produit de la taxe des deux setiers de vin sur chaque taverne 
dout il est souvent parlé au procès (2). 

Mais les droits des chevaliers de Noblat et des vigiers auxquels 
certaines prérogatives seigneuriales et certaines redevances 
avaient été inféodées, s'étendaient-ils à toute la ville? Il y a quel- 
que raison d*en douter. Plusieurs dépositions des enquêtes de 1279 
et 1288, parlant de maisons de Tintérienr de la ville, disent qu'elles 
sont situées les unes dans les limites, les autres en dehors de la 
vigerie. Dans le Château de Limoges, on paraît distinguer un 
demi-siècle plus tôt le territoire soumis à la juridiction des 
vigiers — solum vigeriale, sol vigeiral — du territoire ne relevant 
que de la commune, de la « terre bourgeoise, » terra burgensalis. 
11 semblerait qu'il en fût de même à Saint- Léonard et que 
certains quartiers seulement dépendissent de la vigerie : les 
autres étant soumis à la seule juridiction des magistrats muni- 
cipaux (3). 

Notons que l'expression : lieu en litige — locus contentiosus (4) — 
se rencontre fréquemmentdanslesprocéduresdépouillées par nous. 
Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de lui accorder l'imporlance 
que nous avions été porté à lui donner tout d'abord. Elle semble 
s'appliquer au territoire sur lequel la commune revendique une 
juridiction et signifier simplement « la ville et ses faubourgs ». 
L'audition des témoins produits par l'une et l'autre parties a été 
précédée d'un transport des commissaires enquêteurs sur le terrain 
et d'un examen des lieux. La « montre » de ceux-ci a été faite aux 

(1) C'est évidemment à ce droit, ressortissant à la vigerie, que se rap- 
porte le passage suivant : 

Quidam rotulus pargameni ubisunt articuU per quos dominas Episco- 
pus Lemocicensis seu procurator agebat contra Petrum Palhet, mer- 
catorem de NobUiaco, cui petebat mediam emlnam salis, quam in ipso et 
quoUbet oendente sol in dicto loco, habebat et recipiebat anno quolibet^ 
in NatioUate Domini, (Registre Tuœ hodie, f. 49 r«). 

(2) Yinum... taxant cum ballivo in dicta villa pro dominis Castri Nobi- 
liacensis. (Enquête de 1S88). — On trouve d'autre part cette note : 

Alia littera, sigillata sigillé regio... quod prepositus domini episcopi et 
ejus bajulus apud Nobiliacum debent taxare cum consulibus duos sezta- 
rios vini in quolibet taberna de Nobiliaco, percipiendos a domino Epis- 
copo, et 11 alios sextarios vini quos habet dominus episcopus a quolibet 
tabernario dicte ville, in Natale Domini. (Registres de TËvéché). 

(3) In domo sita in vigeria dicte ville... morans in dicta villa, extra 
Tigeriam (Appendice C. Vlli, 173). 

(4) Appendice, C. V, 69. 



80 SÔGlâri ARGBtoX)6IQUK KT BIATORIQUR DU LIHOUMV. 

témoiaâ(l). Lo larme de monstra s'applique uoa eeulemeal à 
cette opération elle-^même, mais aux lieux qui en ont été l'objet et 
qui sont naturellement les lieux en litige — locus contentiosus. Or 
nous constatons et il apparaît avec évidence que, dans les docu- 
ments de la procédure, le mot monstra, dans cette dernière accep- 
tion, désigne purement et simplement la ville avec ses fau- 
bourgs (2). Nous n'insisterons donc pas sur ce point. 

Nous avons dit plus haut que la moitié de la vigerie et de ses 
produits appartenait à une famille bourgeoise, celle des Paute, 
qui la garda entre les mains jusqu'à la fin du xiii*" siècle. L'autre 
moitié, qui était restée aux chevaliers de Noblat, fut engagée de 
bonne heure à Tévêque. Celui-ci exerça, au nom du débiteur qui 
s'était dessaisi à son proQt, les droits émanant de sa propre sei- 
gneurie, et ce fut là, comme nous allons le voir plus bas, le point 
de départ du retour offensif de l'autorité épiscopale. 

En dehors de quelques rentes dues par des particuliers, et des 
honneurs, droits et profils ressortissant à la vigerie, on ne voit 
pas que les chevaliers de Noblat jouissent, au xni* siècle, d'aucune 
prérogative seigneuriale dans la ville de Saint-Léonard. On peut 
toutefois reconnaître une trace de leur ancienne autorité dans la 
formule employée par les crieurs de la ville pour certains bans 
qui, d'après plusieurs témoins, se publiaient au nom de l'évéque, 
de la seigneurie et des consuls (3). Nous aurons à revenir là- 
dessus. 

Ajoutons que les seigneurs de Noblat avaient un prévôt; mais 
des déclarations même de l'oflicier investi de ces fonctions à la fin 
du xui^ siècle, il résulte que sa juridiction s'exerçait sur des 
personnes demeurant hors de la ville. S'il avait quelquefois à 
intervenir auprès des consuls ou du prévôt de l'évéque, c'était pour 

(I) Dicit quod erat presens cum monstra facta est... Diclt quod inoD&^ 
Ire inlerfuit, etc. 

(9) Vidit ficri cxplecla in dictis villis et locis undiqae circumdantibus 
dictam monstram, et reducebantur ad dictum castrum, pcr quod dicit quod 
dicta monstra et dicta cilla NobUiaci sunt in dicta casteilania (Tém. 
d'Audoin Marchés). — ,,. Dicte oillede qua facta est monstra inter partes; 
et dicit quia [ibi] fuit et vidit monstram (Tém. de Jean Gay). — Dicta 
cilla et monstra sita est et undique circumdata de dicta casteilania 
(Hugues, prieur de Saint-Léonard). — Pons... situs est prope monsU'am 
et extra monstram. (Audoin, prieur de Cbàtelus), etc. 

(3) Appendice, G« IX, n»» 194, 195, 196, 497, 498. Un ancien eoQsul 
dépose qu'il a ordonné la criée des bans de concert avec le prévôt du 
vigier. — Una cum preposito cigerii dicte cUle, 



lA Cb^ÈHÙnS DK SÀlNT-LiOlMÀtf» ofe NOBLAt AU XIIl" SIÈCLE. ^1 

reveadiquer les droits des chevaliers de Noblat sur certaias 
foraios. Il semble que, loin d'eutraver soo action, les bourgeois 
aient cherché à s*appuyer au coatraire sur ce prévôt comme 
sur les chevaliers du château, avec lesquels ils enlretinreat 
souvent les meilleures relations. 

Il n*en était pas toujours ainsi et il s'éleva, entre ces seigneurs 
et les bourgeois de la ville, quelques querelles qui furent vidées 
par les armes. Ainsi la chronique de Bernard Itier nous apprend 
quen 1217, les habitants de Saint-Léonard guerroyaient contre 
Gui de Noblat, seigneur de Montbrun(i). Gui était sans doute le 
fils et le successeur de cet Aimeric Brun, mort en 1214 et dont le 
roiJeaii-sans-Terre avait pris les biens sous sa protection, comme 
l'attestent des lettres adressées par ce prince aux vicomtes de 
Limoges et de Rochechouart et conservées à la Tour de Londres. 

Une autre fois, on voit les bourgeois, pour venger les mauvais 
traitements infligés à un de leurs concitoyens, se saisir de plu- 
sieurs membres d'une dos principales familles du château, d'Adé- 
mar Marchés, de Bernard, son frère, du fils du premier et d'un 
damoiseau du nom de « Pierre Noualle » qui pourrait être Pierre 
de Noblat, — les conduire à Saint-Léonard, les tenir en prison et 
prononcer contre eux la peine du bannissement (?). 



VII. — COMMENCEMENTS DB LA LUTTE ENTRE l'ÉVÊQUE ET LA 
COMMUNS : INCIDENTS DIVERS. 



Pas plus que Jean de Yeyrac, son successeur sur le siège épis- 
copal, Bernard de Savène, ne crut pouvoir entamer une lutte 
sérieuse contre la commune de Saint-Léonard. Il tâta sans doute 
le terrain de ce côté, comme il avait fait du côté de la Cité de 
Limoges (3). Mais les bourgeois étaient forts et Tissue des événe- 
ments incertaine. Ballotté pour ainsi dire entre TAngleterre et 
la France, le Limousin n'entrevoyait pas encore rétablissement 
d'un état de choses définitif. L'influence d'Henri III, après 



(i) Nobiliacenses guerram faciuntcum Guidone de Noalac de Monbru 
(Chron, de S alnt^ Martial^ publiées par Duplès-Agier, p. 100.) 
(i) Appendice, C. V, n«» 69 et 70. 
(3} Voir ci-dessus, p. 11 et 12. 

T. XXXVII. 



Celle de Jéàn-sans-Teh^, àllÀtt éù Ûétrtl^tttùi; tn-àvi ùe dèôlib 
Cuvait avoir dûs retours subits. Ou l'avait bitsn vu eu 1214. 
Aussi l'Elvôque jugeait^l prudent d*àlleudi^ et de patienter. 

D'un auti'e côté tous les yeuxétaieut tourués vers le Midi, où 
se poursuivait une œuvre d'extermluàtiou doùt app)*(ychait le de- 
Douement. Le Limousin apporta un faible coatingont à la croisade 
contre les Albigeois : il tenait par trop de liens à cos populations 
dont les seigneurs du Nord allaient se disputer le territoire, pour 
preddre une part active à riuvasion. Il avait eu, lui aussi du 
t^ste, ses hérétiques, mais deux siècle^ plus tôt. Bous TépiScopUt 
de Gérald I, ou avait vu surgir dans toute TAqtiitaiue une secte 
de Manichéens proclamant Tinutililé du baplême, niant la vertu 
de la croix et maint autre enseignement dt3 rSglise, s*abstenant 
de certains mets, comme les religieux, et faisant proIR^sslûn de 
chasteté, mais se livrant entre eux aux plus honteux désordres (1 j. 
Par bonheur, cette hérésie n'avait pu prendre racine dans nos 
contrées. Peut-être ses chefs et ses principaux adhérents, forcés 
de quitter le pays, s étaient-ils réfugiés dans les provln^s méri- 
dionales, où un meilleur accueil attendait leurs doctrines. Quoi 
^u'il en soit, on ne parlait plus de ces hérétiques daus les pt^ 
ihièrès années du xiîi* siècle. S*il en eût été autrement, le 
Limousin, au lieu d'être uue simple étape de Texpéditioa des 
croisés, fût devenu le théâtre de leurs premiers exploits et le 
sac de nos villes eût précédé celui de Béziers, de 'Toulouse et 
de Garcassonne. 

Ce fut sous l'épiscopat de Gui de Clusel, successeur de Bernard 
de Savène, que s'oUvfirenl les hoslilités éîU're le prélat et la com- 
mune de Saint- Léonard. Elles ne devaient pas durer beaucoup 
moins d'un siècle. Avant n<)us, M. Achille Leymarie en a donné 
Thistorique sommaire dans quelques pages intéi-essantes de sou 
Histoire de la Bourgeoisie (2). lia connu presque tous les docu- 

(1) Fauco post icmpore, per Aquitaniam exOrti âtuit Btanichâei, scdu- 
cetilcs plebcm, ncganlôs baptismûm sanctam et crucis virlatetn, et quid- 
qtiîd sanœ do^trinae ôst, abstinentes a cibis, quasi monachi, et càslitaiem 
simulantes, snd inter seipsôs luxaHam omnom exercènles^ qaippfe, ut 
iluniii Antichrisli, tiullos a fidc exorbitare fecerunt {Vhron. d'Aéémar de 
Chabannef, ap. Labbe : nooa Blbl. manuscriptorum Ubrorum^ t. Il, p. ^6). 
His diebus (vers 1030) concilium ag^regavit episcoporum et abbatum dux 
WiUelmus apad Saiwiium Cartofum proplef exirttguendas hserescs qa« 
vulgo a Manichteis dissemlnabàntur (î6., p. IS4). 

(2) Histoire da Limousin: la Botirgeolsie, Paris, DamoiîliA; Limoges, 
ArdiUier fils, t. Il, p. 262 à 281, 284. 



flMQte dont nou8 avoos feii usage ; il en a même eu sous la 
main quelques-uns qu'il nous a été impossible de retrouver, et 
au sujet desquels nous aurons à invoquer son témoignage sans 
pouvoir vérifier l'exactitude de ses indications. 

Sur la première phase de cette lutte, phase qui n'a pas été étu- 
diée par If. Leymarie, on possède peu de renseignements. Oui de 
Olusel, élevé sur le »ège épiscopal de Limoges en 1226, réclama, 
peu après son installation, le serment de fidélité des habitants de 
Saint-Léonard. Ceux-ci qui, deux ans plus tôt, avaient prêté oe 
serment au roi de France, et obtenti de lui la confirmation de 
leurs coutumes, refusèrent net. L'évêque excommunia les con- 
suls et mit la ville sous l'interdit (1). Les bourgeois se soumirent- 
ils? D'après un témoignage recueilli à Tenquête de la fin du 
siècle, celui de Pierre Bernard, prêtre d'Eymoutiers, ils se 
seraient décidés à obéir (2). Mais à quelles conditions? Nos docu- 
ments ne nous le font pas connaître. 

Si Tévéque Bernard de Savène n'avait pas entamé la lutte con- 
tre les bourgeois, au moins avait-il commencé les préparatifs en 
vue de cette lutte. Bn 1225, c'est-à-dire fort peu de temps avant 
de partir pour l'armée du Roi, il s'était fait engager par Joubert 
de Noblat, à l'occasion d'un prêt de trois mille sols, tout ce que 
l'emprunteur tenait de lui dans la ville de Saint-Léonard : la 
moitié de la Tigerie, juridiction, leide, péage, droit sur le via et 
sur le sel. L'évêque n'allait plus être seulement le seigneur supé- 
rieur ; il exploiterait, sans intermédiaire féodal, par ses propres 
officiers, les droits tant honorifiques qu'utiles de son domaine; 
et les bourgeois, sentant son pouvoir plus près d'eux, forcés de 
recotinaflre pour ainsi dire chaque jour son autorité, la redou- 
teraient davantage et feraient moins de difficultés pour s'y 
soumettre (3). 

(I) Gaido, episcopus LemoYicensis, excommunicaverat eos (les consuls) 
quia juramentam fidelilatîs nolebant sibi facere ; et vidit viliam supposi- 
tam interdîcto, quadraginla qoinque aoni sunt (Témoignage de Mathieu 
des Moulins, templier, ancien ooosul). 

(I) Appeadioe, G. VIU, a» 127. 

(3) Ce sont les recueils des hommages de rEféché (t. 1, NoWae), formés 
auxvni* siècle, qui nous fournissent cette date, mais avecune fausse inter- 
prétation de Tobjet du contrat, dont le véritable sens nous est donné par 
les anoîefis registres : 

Littera slgiilala sex sigillis, qua Joubertus de Nobilîaco obllgavit domino 
eplscope in pignere vîcariam, jurisdlctionem, leydam, pedagium, sal et 
vinum etquidquid jaris habebat inbnrgo de Nobiliaco, pro quîbus erat, at 
dicebat, homo Ugius episcopi... Alia littera quadomlnus vohrit qaod esset 



1B4 sociiÈTii AacaicoLDGiQu^ Bt biâtoaiot/K t)Xi LlftoùslA. 

Ce fait, iiisigniflaQt en apparence, de l'engagement à Tèvôgae 
de la moitié de la vigerie et des droits qui 8*y rattachaient, nous 
semble avoir exercé une action décisive sur les relations entre 
révéque et la commune. 

La mort ne laissa pas à Bernard le temps de tirer parti de sa mise 
en possession ; mais celle-ci n'en resta pas moins, loute provisoire 
qu'elle semblait être, le point de départ et la première manifesta- 
tion de la politique adoptée à Tégard des bourgeois par les prélats 
qui occupèrent successivement le siège de Limoges. Nous allons 
les voir suivre durant tout le cours du siècle la ligne de conduite 
inaugurée par leur prédécesseur. 

Gui de Clusel, et après lui Durand d'Orlhac, qui monta sur le 
siège de Limoges en 1236, après le court épiscopat de Guillaume 
du Puy, De paraissent pas s*étre montrés trop exigeants à l'égard 
des habitants de Saint-Léonard et vécurent avec eux en assez bonne 
intelligence. Satisfaits d'avoir obtenu la reconnaissance de leur 
prérogative supérieure et reçu à leur avènement le serment de 
fidélité (que la population ou tout au moins une partie des habi- 
tants consentirent à prêter à Durand (1) comme on l'avait prêté à 
Gui), les deux prélats se contentèrent probablement d'exercer, â 
titre d'engagistes, la juridiction de la vigerie par l'entremise d'un 
préposé, de coucert avec la famille bourgeoise des Faute, investie, 
comme on Ta vu plus haut, de l'autre moitié de cette juridiction. 

Le successeur de Durand, Aimeric de Serre, qui fut élevé sur 
le siège de Limoges eu 1246, réclama à son tour l'hommage et le 
serment de la commune de Noblat. Les bourgeois résistèrent et 
ils ne paraissent pas s'être soumis complètement. Peut-être une 
transaction intervint-elle ? Quoiqu'il en soit, tous les habitants de 
la commune ne remplirent pas la formalité requise. Quarante ou 
cinquante d'entre eux seulement se présentèrent au nom delà 
communauté et jurèrent fidélité à l'évêque (2). 

Peu après un nouvel incident se produisit qui mit de nouveau 
le prélat et la commune en face Tun de l'autre ; mais le conflit 
portait cette fois sur une alïaire qui ressortissait à la juridiction 
ecclésiastique. Vers 1250, les consuls avaient fait renfermer dans 
leur prison de Font-Pinou un clerc du nom de Jean Bauson, qui 

immunis ab ornai servicio quousque predicla redimat. {0 Domina^ fol. 89, 
I*, et Tuœ hodie, 35, r«). 

(1) Durand reçut ce serment derrière Taulelde Saint-Léonard, probable- 
ment sous Tarcade qui supportait les reliques. Voir ci-dessus, ch. Il, p. 29. 
• (2) Appendice, C. Vil, n» 429, 130, 430 bis. 



LA COimUIfB DE SAUfT-L^.ONAItD DE NOBLAT AU XIII* SIÈCLE. f5 

avait frappé de la façon la plus grave uq habitant dé Saint- 
Léonard. L'official lança l'interdit sur la ville. Les consuls se sou- 
mirent et le clerc sortit de prison (1). 

Le sénéchal que Louis IX venait d'établir en 1248 dans les 
trois diocèses de Limoges, Périgueux et Cahors, laissés depuis 
longtemps sans représentant officiel du roi de France (2), ne 
paraît pas être intervenu dans ces démêlés. Le rôle de ce fonc- 
tionnaire est d'ailleurs assez effacé jusqu'au traité d'Amiens (t259j. 
A partir de cette époque, les fonctions de sénéchal prennent une 
importance considérable, et on trouve cet officier mêlé à tous les 
événements de Thistoire de la province. Il faut noter que réta- 
blissement d'un sénéchal coïncide avec l'expiration de la première 
trêve de cinq ans conclue entre Louis IX et Henri III, au lende- 
main de la défaite de ce dernier et de ses alliés en Poitou. 

Les barons de Chàteauneuf comptaient parmi les seigneurs les 
plus puissants de la contrée. Ils étaient, pour beaucoup de fiefs et 
de terres, les vassaux de l'évéque; mais c'étaient des vassaux assez 
indociles et des voisins fort gênants: par suite d'alliances succes- 
sives, autant qu'on puisse en juger, ils possédaient non seulement 
une part du château de Noblat, mais des droits sur les moulins à 
blé et peut-être aussi sur ceux à foulon qui existaient au bord de 
la rivière; ils avaient moitié des péages du pont; enfin une 
portion de la vigerie de la ville leur était échue, la moitié pré- 
cisément de la part qui, depuis un quart de siècle, était restée 
entre les mains de l'évéque en garantie de la somme prêtée à 
Jaubert de Noblat par Gui de Clusel. 

Aimeric parait être entré de bonne heure en pourparlers avec 
Gaucelin de Chàteauneuf, pour l'acquisition de ses droits à 
Noblat et aux alentours. Dès 1252, ces négociations aboutissent, 
pour ce qui concerne la vigerie de la ville tout au moins, et 
l'évéque obtient du seigneur de Chàteauneuf la cession « de sa 
pari et portion de cette vigerie et aussi de la part de la forêt de 
Noblat acquise par lui d'Olivier de Royère ». Le vendeur s'inter- 

(1) Villa predicta postmodum fuit interdicta per officialem Lemovi- 
censem .. pro eo quod lenebant clericum captum... Et sic fuit delibe- 
ratus (Evôché, 2240. Enquêtes, arch. Haute-YienneJ. 

(2) Et fuit primus senescallos régis Francie a tempore quo non exstabat 
memoria in parle illa {Chron. de P. Coral, Historiens de France, t. XXI, 
p. 765.) — Nous avons vu plus haut (p. 69) un sénéchal français du nom 
de Pierre des Saules -^Petro de Sallicibus — nommé à Toecasion d'une 
expédition qui semble antérieure à cette date de lSi8. 



66 SOClAt* ARCHÉOLOGIQUB BT BIATOBIQUE OU LIMOVSm. 

dit QD même temps toute acquisitioa nouvelle dans la irille (1). 
Voilà donc le siège de Limoges en possession définitive, outre ses 
prérogatives de seigneur supérieur, de droits d'une certaine ior- 
portance dans ]a ville même de Saini-Léonard. 

Ce n'est pas tout. Un peu plus tard, vers 1262, Tévôque acquiert 
certaines redevances sur les moulins construits au-dessous dn 
pont de Noblat et relevant de Gaucelin de Chàteauneuf et de 
Qérald Brun (2). Eu 1271, on le voit encore acheter d'Adémar de 
La Roche, de sa femme AudoiDe de Royôre et de leura enfants, 
divers mas dépendant du château de Noblat (3). Le cercle qui 
entoure la commune se rétrécit et se renforce. Plus ira, plus 
Tétreinte de l'autorité épiscopale se fera sentir; plus inévitables 
et plus fréquents deviendront les conflits. 

Saint Louis avait consenti, par le traité d'Amiens — 1259 — à 
rendre les trois diocèses de Limoges, Périgueux et Cahors au fils 
de Jean-sans-Terre ; mais il avait expressément excepté de cette 
restitution les territoires compris dans les états de son frère 
Alphonse, et ceux de tous les seigneurs vis-à-vis desquels lui- 
même ou ses prédécesseurs avaient pris l'engagement de ue 
jamais les mettre hors de la main du roi de France. L'évéque de 
Limoges, on Ta vu plus haut, était de ce nombre et il demeura 
vassal direct du souverain (4). Il en fut de même de Tabbé de 
Solignac et de plusieurs autres seigneurs ecclésiastiques ou 
laïques. Dans ce nombre figurait le vicomte de Turenne, qui 
consentit en 1263, par traité spécial et direct avec le roi d'Angle 
terre, à renoncer à ce privilège (5). 

Henri III réclama Sainl-liôonard, peut-être à la suggestion 

(1) Arcb. Haute-Vienne. Evécbé. Regiatrea dPhommagêê, t. I, Noblat, 
p. 86. 

(5) Notes de Tabbé Nadand, au Séminaire de Limoges. 
(3) Ibid. et Reg. de TEvÔcbô. 

(4] Fecit illi (à Saint Louis) homagium Parisius ligium pro ducatii 
Atquitaniœ et pro illis quse rex Ludovicas reddidit eidem in Lemovicensi, 
Petragoricensi, Galurcensi et Agenensi diœcesibus, ubi retinuit Rex terram 
fratris sui, Comitis Pictavise, et omnes iUos qui habebant litteras quod 
non possent ejici de manu Régis ; inler quos fnit dominus Aymericus, epis- 
copus Lemovicensis, qui remansit in manu Régie Francise cum foodis et 
refeodis suis, et plures alii (Pierre Goral, apud Hiatoriens 4e France, 
i. XXi, p. 769. 

(6) A. Lsaoux et feu fiosvuux, Chartes^ ekrçniqueê et mémoriaux pour 
servir à Thisteire de la Marche et du Limeusin. — TuUe, GrauffoOt idM, 
p. 89. 



des bQurgeois; omus 1^ PvlamQni; (jiôcid^ uuq première fpia, ep 
1250 (l), i^oe secoudQ fois vin^t aas plus lard (2), qu w raison 
de la sauve^^arde jadis doqnée à TEvéque et àu% habitants par 
Philippe Auguslç^ le roi do France ne pouvait se dessaisir de cette 
ville et qu'elle ne sortirait pas dç ses mains. ^ N'ayant plus riep à 
redouteir du roi d'Angleterre, et définitivement soustrait à son 
autorité, V^Têque de Umoges prit plus sérieusement à, partie la 
commune de Saint-Léonard. U ne suffisait plus que les bourgeois 
lui eussent, boa gré, mal gré, prêté sermeut ; il fallait qu'ils se 
çoumisseut tout 4 fait, Le conflit éclata presque aussitôt 4 Tocca- 
sioa de l'exercice de la justice» Il est incontestable que les consuls 
rayaient possédée et la possédaieut encore, à tort puàr^son, 
vers 1260. Mais ipous avons dit plus hauc qu'auprès des témoi- 
gnages favorables aux libertés des bourgeois, ou en rencontre, 
aux enquêtes, d'autres qui justifient les prétentions de V^^^que. 
U semble que ce dernier fût en possession de juger certaines 
causes par ses officiers, soit seuls (3), soit avec le concours des 
magistrats municipaux, Nous trouverons plus loiu un arrêt 
recounaisi^ant aux agents de l'évêque comme aux consuls» le 
droit d'arrêter et d'emprisonner les malfaiteurs, mais disposant 
que le droit de juger ne doit être exercé qu'en commun par les 
deux parties, Bien que l'existence de l'état de cboses défini par 
cet arrêt et proclamé par lui comme en vigueur au moment du 
procès, ue semble pas ressortir de la plupart des témoignages 
recueillis aux enquêtes, il n'y » pas moïus lieu d'y prêter atten- 
tion, 

Ce qui est incontestable, c'est que, vers 1260, commença )a 
période aiguë, décisive, de la lutte entre l'évêque et la commune. 

L'acquisition d'une partie de la vigerie et des revenus qui en 
dépendaient, fournissait à Aimeric une arme redoutable conti*e 
les bourgeois. Ceax-ci n'avaient, semblo-t-il, jamais contesté 
d*nne façon absolue les droite possédés dans la ville par les che- 
valier^ de Noblat, droits qui consistaient^ à Saint-Léonard comme 
au Château de fimoges, dans une part au moins de la vigerie, 

(4) Vi<ktiir Csofilie qaod vUU 9pi9C^i l^emioviaea^U qn» diqtur 
NdellUc, remtaere débet domiae Hegi, neQ potest esm pon^r^ f^tra 
mmv^m suam [OUtn, 1. 1, p, 479). 

(i) Appeiid. A, o^ 9. 

(d) Temppro Ayqierioi qv<>^dam episcopi, vidit turb^tionen» fieri jo diçtf 
ritA, média et baasa jùstieia, quia idem episcopua p^r s(^ 9t per allocatQis 
filo# .e9P4ei9 explecttaret et explootab^t pacifioQt (P^P^ d^ RigA¥d ((e 



88 sociiRTi arcb£olo6iqub et historique du LIMOUSm. 

des redevances sur le vin et le sel, et certains produits accessoires. 
La commune, qui déniait au prélat l'exercice de ses prérogatives 
de seigneur justicier, abolies à l'en croire par les coutumes et 
les privilèges royaux, admettait sa juridiction comme vigier et 
semble avoir laissé les officiers épiscopaux l'exercer en paix. Mais 
Tévéque n'entendait pas se contenter de ce rôle secondaire. Il 
voulait ressaisir complètement l'autorité qu'il avait jadis possédée 
et reconquérir la juridiction à tous ses degrés. En attendant que 
le moment fût venu de racheter la portion de la vigerie restée 
hors de sa main, le prélat essaya d'amener les bourgeois à re- 
connaître el à accepter l'autorité du prévôt épiscopal chargé de 
juger les causes du reste de la châtellenie (1) — preposiius fora- 
neus — et qui, établi depuis longtemps dans la ville, ne parait 
point avoir été jamais inquiété par les habitants dans l'exercice 
de sa juridiction sur les étrangers, sur les personnes domiciliées 
hors de la ville et n'appartenant pas à la commune. 

11 résulte, en effet, de l'ensemble des documents, que la ville 
de Saint-Léonard était déjà devenue, au xii* siècle, le siège de la 
juridiction épiscopale du château et do la châtellenie de Noblat. 
Le fort, construit sur un roc abrupt, abordable d'un seul côté, 
n'offrait pas, pour l'exercice de cette juridiction, les commodités 
et les avantages que présentait la petite ville. L'accès plus facile 
de Saint-Léonard, sa population relativement nombreuse, 
l'activité de son commerce, l'importance de ses marchés et de 
ses foires assuraient une large publicité aux actes judiciaires, 
aux annonces, aux criées de toute espèce, une solennité plus 
grande aux audiences du prévôt et à Texécution de ses arrêts, 
des ressources de toute sorte aux plaideurs. L'officier délégué 
pour exercer les droits de Tévêque sur les vassaux de l'extérieur 
des murs, jugeait donc à Saint-Léonard et y avait son pY-étoire 
dans la salle épiscopale. Mais il n'exerçait aucune juridiction à 
rinlérieur de la ville. Tout au moins les bourgeois le prétendent- 
ils, et on entend, à l'enquête de 1288, un témoin ayant habité vingt 
ou trente ans Saint-Léonard, faire cette déclaration : « J'ignore 



(0 Nous nous sommes arrêté à ce sens après avoir consulté nombre de 
personnes dont l'autorité ne nous permettait pas de maintenir noire pre- 
mière hypothèse : à savoir que le mot foraneua doit ici s'entendre avec 
Tacception d'étranger et qu*Audier était désigné sous le nom de prepoêUua 
foraneus^ parce qu'il n'appartenait pas à la châtellenie. Cette traduction 
nous permettait d'expliquer d'une manière plus satisfaisante un passage 
de l'arrêt du Parlement de la Toussaint iS86. (V. ci-après chap. X), mais 
nous ne nous dissimulons pas qu'elle soulevait certaines objections» 



^K GOMMCIfK DB SAINT-LÉONAnO DR NOBLAT AU XI11« 8làCLl. 89 

absolnment à quoi servait cet officier (1). » — Ces affirmations sont 
contredites, cela va sans dire. Bornons-nous à constater pour le 
moment que l'on connaît la série des prévôts épiscopaux à Saint- 
Léonard pendant la plus grande partie du XIII* siècle. Ces fonc- 
tions sont remplies, sous l'évoque Durand d'Orlhac, par Pierre 
Chabecut ou Ghabessut, auquel succède son fils; sous Télu 
Guillaume du Puy, par Guillaume de Magnac ; plus tard par 
Elle de Limoges, Bertrand de Yassignac et quelques autres che« 
valiers, écuyere ou sergents. Nous parlerons plus loin d'Audier 
Normand et de Jourdain Barodier. II résulte de plusieurs dépo- 
sitions que ces prévôts, dans le troisième quart du xiii* siècle 
tout au moins, n'habitaient pas constamment la ville, et ve- 
naient de temps en temps y tenir leurs assises; ils y demeu- 
raient alors sept ou huit jours. 

11 faut rappeler que les chevaliers de Noblat avaient un prévôt 
spécial, résidant au château et ne paraissant avoir rien de com- 
mun avec celui de l'évêquo; on relève au contraire, à la procé- 
dure, la mention de plusieurs conflits entre ces deux officiers. 

Létat de choses que nous venons d'exposer devait amener 
d'incessants dififérends, produire surtout une confusion inextri- 
cable dans l'esprit de beaucoup de personnes. Il explique dans 
une certaine mesure les obscurités que nous relevons dans les 
textes où il nous est permis de puiser quelques renseigne- 
ments, les contradictions absolues des témoignages recueillis aux 
enquêtes. Les témoins ont vu, à telle ou telle époque, le prévôt 
de l'évêque tenir audience dans la salle épiscopale de Saint- 
Léonard, condamner des malfaiteurs ou juger des causes civiles. 
Après vingt, trente ou quarante années, peuvent-ils bien se 
souvenir de la nature de l'affaire, affirmer à quelle juridiction 
elle ressortissait ; s*il s'agissait d'un bourgeois, ou bien d'un habi< 
tant de la banlieue ou d'un bourgeois relevant de la juridiction 
épiscopale pour des terres situées hors de la ville et des fau- 
bourgs? Comment nous-mêmes pourrions-nous être fixés, et 
trouver une certitude dans des témoignages aussi sujets à 
caution ? 

Quoiqu'il en soit, Aimeric de Serre paraît avoir, vers 1265, 
songé à affirmer ses droits en élevant au milieu même de la ville, 
sur le Marché aux Vaches, une potence ou un pilori. — La po- 

(1) Episcopus Lemovicensis habebat prepositum suum in villa Nobiliaci 
triginta sunt anni, et [lestis] nescit de quo serviebat diclus prepositus 
(Témoigba^e de Pierre de Roc Amadour), 



90 90Cl9Tji ARCB^OlcOGlQUC ET BlSTOUlQUe QU UNQUftUI. 

\MiC% était esMutÎJOllemaat h signa distiociif du aeiga^ui: bwt 
justicier, et oous avoa» vu que les consuls préteodaieut seuls 
exercer la haute justice dans leur YiUe. A la première uouvelle 
de ce projet» les magistrats municipaux se réuaireqt 4 la maiaon 
commuaa et couvoquèreut le? Jx^urgepis, La foule ameutée se 
saisit de bois qui apparteuaieut, eu effet, à Tév^ue ei qu'où disait 
destioés i la coustructiou du gibet; elle les traiua dans les rues 
delà ville et les jeta daus les fossés^ malgré les prêtes tatioa^ des 
clercs et des sergents du prélat. Celui-ci, à les eu croire, u avait 
jamais coaçu la dessein qui lui était prêté (!)« 

Uu nouveau sujet de différend était venu s ajoutertaprès 1260, 
aux nombreuses causes de conflit qui exisUieut déjà. Uu des 
seigneurs de Noblat, Aimeric Bruu« céda à la commune le droit 
d'exploiter et de défricher une partie de la forêt de Noblat dé- 
pendante dasou fief, Cet abandon fut-il consenti pour indemai- 
ser les bourgeois des dommages qui leur avaient été causés par le 
chevalier ou les siens? Aimeric Bi'uu fut-il seulement déter- 
miné à conclure ce marché par la somme élevée que lui offrait la 
commune? Quoiqu'il en soit, la vente fut effectuée elle chevalier 
toucha cent livres pour prix de cette cession (2), lies bourgeois 
se mirent donc à couper, pour leurs constructious et pour leurs 
autres besoins, les arbres de la vieille forêt. Le fer et le feu y 
ouvrirent de larges clairières où un certain nombre d'habitants 
de la ville furent autorisés & semer du blé, à la condition de 
payer au consulat une redevance annuelle égale à la moitié de 
la semence. Cette contribution s'acquittait au mois d'août, au 
moment de la récolte (3). 

(I) Vigiali vel viginti quinque anni sont, Episcoput LemoviceDsis feeit 
aduei in«rrerium in dicta viUa ut de ipso faeeret fieri quaadam «oalam in 
Mercalo Vaccarum...Gonsul€8... audienies hoc,coDgrefaveruot ae et com- 
manitatem auam In domo eommuai... freg«ruat dictuo) marrerium et 
Ulud dinipUm irahiaabatur... et vidit dictum merrerium projici ia fossa- 
tis.,. Set in dicta plaiea^.. clerici et senrientes epiacopi dicebant qaod 
dictus episcopus nolebat facere fieri scalam de dicte merrerio (Pp Tutonis). 

(9) Triginta quinque anni sunt vel circiter, quod dorainus Hemerycus 
Bruni, miles, dominus castri de Nobiliaco in parte, donavit dictum nemus 
dictis consulibus et communitati in recompensacionem dampnorum que 
eia fecerat Tel intulerat. Et ipsi eonsules et cemmuniUui dederant ei cea^ 
tum libras propter hoc (Elle Panet). — Dicit quod ipsi (burgenses) eme- 
ruut forestam a domino .^ymcrico Bruni. (Témoignage dont le début 
oianque). 

(3) Eo tempore quo morabatur in dicta viita, ipae vidit forestam expiée- 



LA GOWCUKK M SAINT-LftONAlU) DB I«OBI«AT AV X\\l* «liCLB. 94 

L'évéque de Limoges, doat l'agrément n'avait pas été demaadé 
par son vassal et qui n'eu tendait pas laisser tomber sa forêt w 
maia-morte, la fit aussitôt saisir, — c'était deux ans avaot sa 
mort» par conséquent eu 1270 (1), — et constitua i sa garde des 
préposés spéciaux. Les bourgeois continuèrent de Texploiter 
comme ils l'avaient fait depuis leur acquisition (2)« Les olSciers 
du prélat durent se borner à, réclamer uo& ameede des individus 
isolés qu'ils parvenaient à saisir dans la forêt; mais les bour- 
geois prenaient leurs précautions et allaient d'otrdiuaire en 
troupe chercher du bois et reulever» 

La lutte néanmoins avalises trêves, et tes bourgeois de Saial- 
LAonard, quand surgissaient des difficultés entre eux et quelque 
puissant voisin, n'hésitaient pas i recourir à l'évéque et à se recom- 
mander de lui. Vers 1268 ou 1270, Gaucelin de Chftleauneuf, un 
des seigneurs du château de Noblat, qui avait déjà émis la pré- 
tentioade contraindre les habitants de la ville ou certains d'entre 



tari per homînes dicte ville, sciadendo ligna dtete foreste et ea deportaodo 
ad dictam Yillam... Par duodecim annos ipse seminavit bladum in qua- 
dam parte dicte foreste quam combusserat, et cum semioasset, et venie- 
bat (aie) ad tempos augusti, et vêllei coUigere bladum quod seminaferat, 
senrientes consulum veniebant ad islam et petebant quantum ab isto 
seminature seminaverat in dicta terra seu foresta; et solvebat eia, no- 
mine consulum, medietatem ejus quod seminaverat (Pierre d'irfeuille). 
— Yidit homines de Nobiliaco expleetantes in dicta foresta a triginta 
quinque annis, et aliquos colentes in aliqua parte foreste et de blado 
crescente reddentes terragia consulibus. — Requisilus si burgenses habs- 
rent dictam forestam in manu morlua... dicit quod audivit burgenses hoc 
dicentes plnries (Bordas, curé d*£xcîdenil). 

(4) Aymericns episcopus eamdem forestam cepit in manu sua per duos 
annos ante mortem suam (Déposition incomplète à Tenquéte de \%7d-$0). 

(5) Vidit iymerîciim Bruni expUctantem forestam de qua fit mentio, 
tanqsam domiftnm, beae suit tdgnita sex anni* Et iste met bene expiée- 
tavH eam per vigtnti annos pro dicto Aymerieo, aui eam tenebai in feo^^- 
dum, ni dieebatur communtler et notorium erat, ab episcopo. Et erat iste 
tesiis serviens feodaius dicte foreste... Postes vidit ipse testis, bene sunt 
tri|^nta anai, quod idem Aymerieos posuU dictam forestam in manu 
comraiinilatis ville Nobiliaci. Et, quasa cito episcopus scivit, aisignavii ad 
dictam forestam et in maaum suam posuit ob defectun h0mittis... Et eam 
tam perse quam per allocalos suos in manu sua tenuit... Episcopus qui 
nnac est.. eootinnavU saesinam predecoMoris sni, et testis, pro dicto 
Aymerico» gualavit in dicta (ov^U, oinUas gentes dicte ville (Joceaume 4e 
Û Feuille, çbevalter), 



92 SOGléré AUCHftOLOGIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIV. 

eux d^apporter leur graia à ses moulins, voulut leur interdire de 
réparer le pont qui mettait le fort eu communication avec la ville 
et d'édifier sur ce pont une porte. La cause fut appelée aux 
assises de Limoges, devant le sénéchal. L'évéque s'y présenta 
avec les consuls, et sur la demande formelle de ceux-ci, les ré- 
clama comme ses hommes ; puis il cita devant lui les parties à 
Saint-Iiéonard et les bourgeois se tirèrent d'affaire moyennant 
une petite somme versée au seigneur de Châteauneuf (l).* 

On voit même la commune courir aux armes pour aller au 
secours de Tévêque quand sa personne est en péril. Aimeric de 
Serre fut pris par les gens du comte de la Marche. Le fait se 
produisit peut-être au cours des démêlés entre ce seigneur et 
le prélat au sujet des comptes de la gestion de la Régale, dont 
les profits paraissent avoir été à plusieurs reprises cédés ou 
donnés par le Roi au comte. Aussitôt que les consuls apprirent 
la nouvelle, ils convoquèrent la commune, et la milice tout 
entière de Saint- Léonard prit le chemin de Pontarion, où le 
prélat était retenu prisonnier. Mais le comte de la Marche avait 
déjà ordonné de mettre Aimeric en liberté, et sa prison venait de 
s'ouvrir lorsque arrivèrent les troupes de Noblat (2). 

(4) Vldit communitatem contra dictivn militem, dominum de Castro- 
novo, defendentem apud Lemovicas, coram Radulpho de Trapis, senes- 
callo, pro eo quod dictus miles petebat ab eis quod facerent molere ad 
sua molendiDa (Etienne Yigier). Dominus de Castronovo litigabat contra 
communitatem de Nobiliaco super hoc quod impediebat ipsam ne faceret 
quamdam portam super pontem de Nobiliaco. Dicta communitas et dicti 
burgenses advohaverunt se ab episcopo et dixerunt quod crant homines 
mansionarii ipsius (Bernard Bordas, curé d'Excideuil). 

Jossellus de Castronovo... volebat impedire ne reppararent pontem de 
Nobiliaco, existcntem inter castrum et villam... qui erat de lapidibus et 
lignis (Etienne, sous -prieur). 

Jocellus de Castronovo, dominus castri Nobiliaci in parte, fecit ajornari 
consules et communitatem ville Nobiliaci apud Lemovicas, coram Henrico 
de Ouessance, senescallo domini Régis Lemovicis ; et vidit (le témoin) 
quod Hemerycus, tune episcopus Lemovicensis, requisivit curiam suam, 
tanquam de suis hominibus, consulibus dicte ville de Nobiliaco prcsenti- 
bus et eum requirentibus ut eos requireret tanquam suos homines et jus- 
ticiabiles. Et vidit quod dicta curia fuit sibi reddita in plenis assisiis. Et 
vidit quod postea fuerunt citati coram dicto episcopo apud villam Nobiliaci 
... et tandem pacificaverunt coram dicto episcopo, ita quod dictus miles 
habuit, per modum pacis, nonaginta duas libras pro dampnis et injuriis... 
Dicti burgenses fecerant quemdam pontem lapideum in terra dicti militis 
et contra suam voluntatem, prope castrum suum de Nobiliaco (Etienne 
Vigier, sergent). 

(2) Appendice, C. VU, <36. 



XA tOHiIDNB 1)E SXlKT-LiÈONARl> Dfi NO'ËLAt kt XIII^ Sl^LB. d3 



VIII. — GILBERT DE MALBiHORT ET LES BOURGEOIS DEVAIT LE 
PARLEMENT. LE PRÉVÔT AUDIEli NORMAND ; LA COMMUNE EN ÉTAT 
DE RÉVOLTE OUVERTE. 



La querelle entre Tévêque et les habitants de Saint- Léonard 
avait, on vient de le voir, atteint sa période aiguë sous Tadini- 
nistration d*Âimeric de Serre; mais un court répit fut laissé 
à la commune entre l'époque de la mort de ce prélat et de nou- 
veaux assauts. Après la mort d'Aimeric, le siège épiscopal de- 
meura vacant pendant près de trois années. Cette période paraît 
avoir été remplie de troubles et de désordres. La forteresse de 
Châlucet, enlevée peu auparavant aux soldats de la vicomtesse 
de Limoges par l'évêque Aimeric, à la tête des communes, fut 
rendue à la veuve deGuiVI, qui y remit ses gens. La vicomtesse 
put, avec l'assentiment d' Aimeric Brun, établir dans le château 
de Noblat une garnison destinée à inquiéter les bourgeois de 
Limoges, à gêner leur commerce et à, entraver l'approvisionne- 
ment de la ville en battant le pays aux enviroos. L'audace de ce» 
routiers s'accrut; leurs déprédations jetèrent Teffroi dans tout le 
pays. En vain le sénéchal du roi de France s'efforça-t-il d'arrêter 
les hostilités. En vain le roi d'Angleterre lui-même vint-il dans 
la contrée. La vicomtesse méprisa toutes les injonctions, brava 
loutes les défenses. Ses soldats redoublèrent d'audace et de vio- 
lences (1). Le 12 juin 1274, la garnison de Noblat fit une sortie 
en règle et engagea à Saint-Priest-Taurion un combat avec la 
milice bourgeoise de Limoges (2). Les escarmouches étaient fré- 
quentes. Cet état de choses parait s'éJtre maintenu jusqu'en 1276* 

Il est permis de penser que les efforts du nouvel évéque ne 
furent pas étrangers à la cessation de la guerre. Toute la contrée 
subissait le contre-coup de ces désordres et le prélat ne fit que se 
conformer à l'exemple de ses prédécesseurs en travaillant avec 
zèle au l'établissement de la paix. 

Gilbert de Malemort, qui avait succédé en 1275 à Aymeric de 
Serre, était un adversaire redoutable pour la commune de 

{i) Et pejas faciebant présente Rage Anglie quam fecisseat aate. Chron. 
de Pierre Coral, ap. Historien? de Pr\ncE; t. XX(, p. 78H, 
(2) Ibid.. p. 784. 



Saint-Léonard. Peu d^évéqnes se montrèrent aussi jaloux des 
droits de leur siège, aussi déterminés à revendiquer ceux de ces 
droits que leurs prédécesseurs avaient laissé usurper, à faire 
revivre ceux qui s'étaient insensiblement éteints. Héritier des 
prétentions d'Aimeric, il apporta, dans sa lutte contre les bour- 
geois, beaucoup plus de vigueur et d'espri-t de suite. Les consuls 
ne se laissèrent pas déconcerter; mais ils s'aperçurent bientôt 
qu'ils avaient affaire à forte partie : l'attaque devenant plus vive, 
plus précise et plus soutenue, ils durant a(îcâatiKr la résistance 
ot furent bientôt contraints, pour ainsi dire, i la rébellion 
ouverte. Ledifféread s'aobemina-dès lors vers ua<e solution. 

11 faut le dire : le prélat trouva des alliés dans les rangs marne 
des bourgeois. Grâce aux divisions qui existaient dans la popu- 
lation tle Saint-Léûnard, la cause du prélat y comptait déjà qfoel- 
quGS défenseurs. L'habileté de Gilbert sut augmenter le nombre 
de ces partisans, auxquels il est fait plusieurs fois allusion dans 
les pièces du procès. Par malheur les allusions dont il s^agit sont 
conçues en termes génèrffox et tellement vagues qu'ils ne nous 
permettent de saisir aucun fait caractéristique. Un passage du 
ffactum GontenADt les protestations et récusations formulées par 
kisk procureurs des consuls contre les témoins de Tévéque, nous 
•fournit s»ul une indication un peu précise. Il y est dit qae 
Martial Jauber^ clêrc de ia ville de Saint-Léoaard, appartenant 
ators à la maison de l'évoque, et feu son père, ont été « ia cause 
de tout le différend et l'origine du procès porté devant le Parle* 
ment » (t)« Il nous a été du reste impossible de déterminer ies 
£aits auxquels se rapporte ce passage. 

Du côlé des bourgeois, on compta, au nombre des défenseurs 
les plus énergiques des libertés de la commune et des instiga- 
teurs les plus résolus de la résistance, Etienne Desmoulins^ plu- 
sieurs fois consul; Michel, son frère ou sou cousin, Guillaume 
Daniel, Martial Martin, Pierre de Pau, Etienne Faure. 

Cette résistance, on le verra dans les pages qui suivent, ne 
s'exerça pas seulement sur le terrain judiciaire. Les bourgeois 
prirent à plusieurs reprises les armes pour résister aux préten- 
tions ou aux empiétements de Tèvéque. On les -vit même s*op- 
poser par la force à l'exécution des ordres du Roi et du Parle- 
ment. Mous n'avons malheureusement que des indications 

(1) Fuerunt causa et origo tocius discordie et litis mote iater ipsos et 
>epi9eopain...elfiien)iit, etidemMarcialisesladhac inimieus fUle, et jora- 
tus ipsius episoepi; et est de famtlla sua, et commensaiia st de roUs 
ipslus. 



tA COtttfÛRE Dk SAYm-tÊONAhD tit NÔULAT AÛ Xlîl^ SlÊCLB. 911 

itmomplëtes dtst* CôCie histoire si attachante et si moaveiïientâe. 
Nous allons essayer de la reconstituer, autant que nous le per- 
tnettent les docuiûents conservés dans nos dépôts d'archives. 

A peine monté sûr le siôg;e de Saint-Martial, Gilbert de Maie- 
môft, A Texemple de ses prêdécessears, somma les bourgeois de 
Noblat d'avoir â lui pi^éter le serment de fidélité. À cette mise en 
^emeiire il fut répondu par un refus, et les bourgeois déclarèrent, 
comme ils ravalent déjà fait sous Durand d'Orlhac et sous 
Àiïneri6 de Serre, qu'ils ne devaient ce serment qu'au Roi, 
I6ut an plus an duc d'Aquitaine. Le prélat eut alors recours aux 
armes spirituelles. Elles réussissaient souvent. Deux cents habi- 
tants ^Hivirou de la ville cédèrent devant la menace de Texconi- 
munication et se soumirent aux exigences de Tévéque ; mais ce 
furent surtout, semble-t-il, des bourgeois qui possédaient des 
fonds grevé» de redevances particulières au profit du siège épis- 
copal du qui tenaient de lui des terres situées en dehors des 
limitos de la Commune. Des autres, Gilbert ne put rien obtenir. 
Ijâ menace de Texcommuuication et Texcommunication elle* 
même demeurèrent sans résultat. Les consuls et la majeure 
partie des bourgeois persistèrent dans leur refus de prêter ser- 
ment au prélat. 

Gilbert de Matemort temporisa. En attendant que la commune 
9e décidât & se soumettre ou qu'un incident lui fournit ToccaBion 
de vaincre une résistance que pour Tinstant il ne se sentait pas 
la force de briser, il continua la politique de ^es prédécesseurs 
ot reprit IM négociations entamées par Aimeric de Berre pour 
ie rachat des liefe dépendant de la ch&telienie de Noblat. 

Il s'efforça «entretemps d'amener les bourgeois, ou tout au moins 
osttx d'entre eux Wr lesquels il pouvait exercer une action quel- 
conque à raison de circonstances particulières, à accepter la 
juridiction de son prévôt et à comparaître devant lui. 11 avait à 
SSiint-Léonard, à l'exemple de ses prédécesseurs, un prévôt dôs 
causes foraines qui tenait ses audiences dans la salle épiscopale 
et qui était le plus haut représentant du prélat, le chef de ses agents 
iiafériews. Ce prévôt exerçait aussi, semble-t-il, les fonctioits 
de vigier au nom de Tévé^ue. Celui-ci pensa qu'il pouvait mettre 
à profit le double caractère de cet officier pour s'emparer peu à peu 
d^une façon complète de la jusiice de Saint-Léonard. 

Un nouveau prévôt venait d'être nommé : c'était un ècayer du 
nom d'Audier (1) Normand. Quelques passages des procédures 

(1) Oft )e trouva fiommé t&nlél Audleraè^ tanlél Andfët'êtë Norma&nus. 



font supposer que Tévêque vint lui-même ribstaller avec une 
soleanité inusitée. Peut-être même est-ce dans cette cérémonie 
que Gilbert se serait fait accompagner d'un chanoine du Dorât, 
Gérald de PierrebufiBère, qui avait, paraît-il, maltraité un bour- 
geois de Saint-Léonard, et dont la présence dans la ville causa 
un vif émoi. Le nouveau prévôt logea dans la maison même de 
révéque. Il avait avec lui son frère et quelques sergents. 

L'installation d'Âudier et les circonstances dont elle fut accom- 
pagnée, éveillèrent -les appréhensions des consuls et excitèrent 
Tanimosité des bourgeois contre Tévêque. Mais ces inquiétudes 
et ces colères s'accrurent quand on vit le prévôt vouloir faire tout 
seul la police et réclamer, sans Tassistance des chefs de la com- 
mune, les taxes perçues de temps immémorial par ceux-ci, avec 
ou sans le concours des vigiers. 

Les bourgeois adressèrent aussitôt de nouvelles protestations 
au sénéchal. Le prévôt ne s'en émut guère et continua ses entre- 
prises. Hardiment il revendiqua en toute occasion les droits de 
justice que l'évêque prétendait avoir conservés à Saint-Léonard 
et s'efforça d'exercer ces droits à, Texclusion de tout autre officier 
de la commune ou de la seigneurie; — les conflits des gens 
de l'évêque avec ceux des chevaliers de Noblat n'étaient pas, 
on Ta vu, moins fréquents que leurs querelles avec les consuls. 

Ce^ derniers n'opposèrent pas tout d'abord la violence à ces 
tentatives d'usurpation. Avant d'y recourir, ils firent leurs efforts 
pour entraver, sans intervenir directement, l'action du prévôt. 
Ils allaient trouver les parties ou les témoins, les dissuadaient 
de comparaître, de déférer aux injonctions du juge épiscopal (1), 
de verser les amendes ou les frais qui leur incombaient; ils provo- 
quaient les protestations, faisaient naître les incidents, soule- 
vaient indirectement mille difficultés, mais sans réussir à décou- 
rager le prévôt. 

La constance et la ténacité de cet officier firent à la fin sortir les 
consuls de ce rôle de modération et de prudence. On les vit 
encourager publiquement les délinquants à résister aux ordres du 
prévôt et braver eux'^mêmes son autorité. Souvent, le jour des 
assises épiscopales, ils faisaient fermer les portes de la ville (2). Ni 

(1) Post hoc autem, quasi par duos menses quod lis fuit mota inter 
episcopum et communitatem dicte ville, noluerunt (deux accusés mis eu 
liberté provisoire) obedire coram isto. Et ipse misit -servientem suum ad 
guaïandum ipsos, et noû permiserunt se guaïarc(Dép. d'Audier Normand). 

(2) Homines dicte ville, scilicet Bernardus Lescolle, qui custodiebat 
portas dicte ville pro communitate, denegavit eidem testi, qui erat adjor- 
natus ad assisiam episcopi, ingressum ejusdem ville, nec permisit ipsi 
testi intrare, bene est unus annus (Jourdain de Murs, chevalier). 



XA GOHXURB 0K SAÎNT-XÉOlTAllD DE NOBLAT AO XIII^ SIÈCLE. 97 

plaideurs, ni témoins du dehors ne^pouvaient entrer dans rencointe 
des remparts, en sorte que, Tâudience ouverte, personne ne se 
présentait à Tappel des causes. Dans les foires enfin, quand 
les officiers de l'évêque youlaient vérifier les aunes ou les autres 
mesures des marchands forains, les bourgeois intervenaient et 
empêchaient ceux-ci de les donner en leur assurant que Tévôque 
prétendait exercer un droit qui ne lui appartenait pas (i). Et 
les magistrats municipaux déclaraient ouvertement à Audier 
que ni les délinquants appelés par lui devant son tribunal, ni au- 
cun habitant de la ville ne reconnaîtraient son autorité et ne se 
conformeraient à ses ordres (2). Les citoyens se mettaient en 
élat de rébellion ouverte contre lui et le chassaient de leur mai- 
soii quand il y pénétrait pour remplir les fonctions de sa charge (3). 
Des menaces aux pires excès, il n'y avait pas loin. Le prévôt 
Qt un jour une perquisition dans la maison d'un bourgeois de la 
ville : Elle Trois-Pommes, et y ayant trouvé un vêtement qui 
avait été récemment volé, crut devoir arrêter le frère deTrois- 
Pommes, nommé Michel. Les consuls accoururent, s^emparèrent 
du prisonnier et le conduisirent dans la tour sous laquelle s'ou- 
vrait la porte de Champmain. Le vêtement saisi fut confié à un 
sergent du roi de France, Adémar de Brolac, — Le même jour, 
un autre habitant de Saint- Léonard, Guillaume Simon, accusé 
d'être un des auteurs du vol, est également pris par le prévôt. 
Nouvelle émotion. Les consuls disputent une seconde fois à ToSI- 
cier de l'évêque son prisonnier, et celui-ci est contraint de le 
remettre aux mains du sergent du Roi (4). 

(4) Quidam burgenses dicte ville inhibuerunt mercatoribus predictis ne 
traderent alnas, etc. (Bordas). 

(9) Consoles dicte ville, scilicet Marcialis Martini, Slephanus de Molen- 
diais, Stephanus Fabri et Petrus de Pau, et plures burgenscs dixemnt 
isti testi quod dicti rei nec alii de dicta villa obedirent coram isto (Dép. 
d'Audier Normand). 

(3) Idem prepositus ivit ad domnus Stephani de Ifoieadinis pro gualando 
ip8um,i2tdicebat, de quadam emenda pro defectu. Et idem Stephanus ex- 
pulit ipsum de domo sua, nec permisit gualare (Dép. IfartialJobert, clerc). 

(4) Prepositus... arrestavit dictum Michaelem; etconsules dicte ville... 
ibi veneruQt, et,amovendodictam arreslationem, ceperunt dictum Michae- 
lem et dnxerunt adportellum de Chamagnes dicte ville, ubieam tenuerunt 
in prisionem. Et propter discordiam prepositi et consulum, dictum super- 
tunicale fuit positum in manuAdemari de Broleac, servientis domini Régis, 
sigillatnm sigillis dicti prepositi et dicti servientis. Postea, eadem die, 
idiêm prepositus cepit dictum GuiUermum Symon ; et consules et ...plures 
burgenses dicte ville rescusseninf cum dicte preposito etc. (Dép. Martial 
Jobert, clerc). 

î. zxxvii. 7 



98 SOCIÉTÉ ARCBÈOLDmQt)B ET HISTORIQUE DtJ LllftOUSlA. 

Le calme semblait rétabli lorsque le bruit se répandit dans la 
ville qu'Adémar avait reçu, du sénéchal du Roi à Limoges, l'ordre 
de remettre son prisonnier au prévôt épiscopal. Le fait était vrai. 
Un grand tumulte s'éleva par toute la ville ; les bourgeois crièrent 
aux armes et une troupe d'hommes portant des épées, des javelots, 
des haches et des bâtons, en tête de laquelle marchaient plusieurs 
des consuls : Michel et Etienne Desmoulins, Etienne Faure, 
Guillaume Daniel, Pierre de Pau, se précipita vers la salle épis- 
copale, dans laquelle le prévôt venait de ramener son prisonnier. 
La porte fut brisée, la prison ouverte et la foule envahit la maison 
de révoque et le prétoire où se tenait Audier Normand. Les 
bourgeois entouraient le malheureux officier, que ses sergents 
épouvantés paraissent n*avoir pas défendu. Ils le frappaient 
cruellement à coups d*épieu, à coups de pierre. Le prévôt rendait 
du sang par la bouche et du dehors on entendait ses cris. Couvert 
de blessures, les deux bras brisés, les côtes enfoncées, il fut laissé 
pour mort sur la place. Le malheureux resta neuf jours complè- 
tement privé de l'usage de la parole et dut demeurer plus de 
quatre mois au lit (1). 

C'était un homme de courage et d'énergie. A peine rétabli, il 
reprit ses fonctions. Mais chaque fois qu'il tenta de les exercer 
dans la ville, il rencontra la même résistance. Aussitôt qu'il se 
•transportait sur un point pour y remplir son ministère, il voyait 
accourir les consuls et les bourgeois, qui le* repoussaient et le 
menaçaient de mort (2). Un jour, il avait trouvé le prévôt d'Ai- 
meric Brun tenant ses assises dans la ville au mépris des droits 
de l'évêque et lui avait ordonné de le suivre dans la prison épis- 
copale; mais on cria aussitôt : aux armes! et deux cents bour- 



(i) Et dicti hotnines rescusseruDt iterum cum preposîto. Audiebat postea 
iste testis de caméra sua tumullum inter eos, et prepositum clamantem 
et dicentem : a Ego sum vulneratus! » (Dép. de Martial Jobert). Verbe- 
raverunt turpiter dictum prepositum in brachiis ... et percusserunt eum 
in latere cum quodam ligne vol petra, ita quod clamavit aile : « Ego sum 
mortuus! » (Rigaud de QuercUf curé de La Porcherie). Michaelis et Ste- 
phanus de Molendinis, Stephanus Fabri, Guillermus Daniel, Petrus del 
Pau et plures alii verberaverunt eum quasi usque ad mortem, ita quod 
amisit loquelam quasi per novem dies ... Jacuit in lecto plus quam 
per quatuor menses. (Dép. d*Audier Normand). Vidit dictum prepositum 
verberatum et emittentem sanguinem per os ... (Dép. d'Adémarde Brolac). 

(S) Voluilcapere corpus cujusdam hominis ... ut videret si cum gladiis 
interfeclus fuerat ... Burgenses ville, usque ad quinquaginta, non permis 
serunt, sed longe expulerunl ..> et minaii fuerunt de morte, si plus lan^ 
geret (Dép. d'Audier). 



"LA GO^iramS DK èilNT-LitoilABLD i>E NOBLAt AU Xlli* SliCLB. ^ 

geois, ayaut à leur téie les consuls, accourureut, brlsèreul à 
coups de haches la porte de la prisoo et mirent eu liberté TofiGl- 
cier d'Aimeric Brun (1). 

Les bourgeois ne permettaient plus au prévôt de l'évoque de 
procéder à la vérification des mesures des marchands, les jours 
de foire et de marché; ils lui arrachaient des mains les aunes ou 
les coudées (2). Un des consuls, Etienne des Moulins, enleva 
même une fois à Audier la verge qu'il portait comme insigne de 
ses fonctions (3) et la brisa. 

L'évêque donna un successeur à Audier, pensant que la popu- 
lation manifesterait peut-être une hostilité moins acharnée à 
l'égard d'un nouveau prévôt. Il n'en fut rien, les mêmes scènes 
continuèrent : Jourdain Barodier, comme l'officier qu'il rempla- 
çait, vit enlever ses prisonniers, contester son autorité, mépriser 
ses ordres. IjOs bourgeois troublèrent ses audiences par leurs 
clameurs et leurs vociférations, arrachèrent les registres du 
grefie des mains de ses clercs et le menacèrent lui-même de le 
jeter en prison s'il persistait à vouloir tenir des assises (4). 

La situation devenait de jour en jour plus tendue; les bourgeois 
affectaient une indépendance absolue à l'égard de l'évéque et de 
ses officiers. La plupart faisaient des difficultés pour payer même 
les rentes qu'ils devaient à titre particulier au prélat, soit sur leurs 
maisons, soit sur des immeubles situés hors des remparts. Le 
prévôt forain voyait souvent l'exercice de ses fonctions entravé, 
et ne réussissait pas toujours à faire respecter son autorité. Les 
recours au sénéchal du roi de France demeuraient vains. A plu- 
sieurs reprises cet officier était intervenu, tantôt à la requête de 

{{) Cepit Helyam Panebos, prepositum Aymerici Bruni, propter hoc 
quod tenebat assisias in dicta villa ... Et tam cilo venerunt burgenses ... 
et comsecuribus fregerunt portam dicte aule, el vidit eum extraclum, etc. 
(Dép. d'Audier Normand). — Audivil clamari per dictam villam : « Ad 
arma ! Ad arma ! » Et vidit incontinenti monasterium Sancti Leonardi 
plénum gentibus dicte ville et aulam similiter episcopi. Et tune fuit 
prisio brizata episcopi. Audivit iclus, et eadem die ipsam prisionem vidit 
brisatam et portam aule episcopi. Tune fuit extractus quidam prisonarius, 
notatus Helyas Panebos ... Et qui loquilur erat in choro ecclesie sancti 
Leonardi, ubi latitabat (Dép. d'Elie, sous-prieur de Saint-Léonard). 

(2) Dicti consules rescusserunt alnas et cubitus dicto Audiero, quos ca- 
piebat in nundinis... nec permittebat eum capere dictas mensuras, sicuti 
antea fecerat. (Dép. de Martial Jaubert, clerc). 

(3) Slêphanus de Molendinis... amovit virgam seu baculum Audierii 
Normanni (Bernard Bordas). 

(4) Dép. de Martial Jobert et de Rigaud de Quercu^ curé de La Porcherie 



l'évéque, tantôt sur la demande des consuls; mais sou intorven- 
tion n'avait pas eu plus de résultats que peu d'années auparavant 
celle du sénéchal anglais Jean de Lalinde, dans la querelle entre 
le vicomte de Limoges et la commune du Château : le plus haut 
i*eprésentant du roi de France dans la contrée avait dû renoncer 
à tout espoir de voir la paix se rétablir par des concessions réci- 
proques. 

Le roi lui-môme s'était occupé de la querelle de l'évéque avec 
la commune, sans doute à la demande du sénéchal. On avait vu, 
vers 1277, un clerc de ce fonctionnaire, Pierre Chabaud, arrivera 
Saint-Léonard avec des lettres closes de Philippe HT. Il les ouvrit 
en public, et, eu présence de l'évéque, enjoignit au prélat, de la 
part du Roi, qu'il eût à s'abstenir de toute entreprise nouvelle 
contre la commune (1). Loin de tenir compte de cet ordre, Gil- 
bert fit, peu après, arrêter les crieurs du consulat et les contraignit 
à lui prêter le serment de fidélité. 11 reçut ce serment en audience 
solennelle, en présence du doyen de Limoges, du doyen deSaint- 
Hilaire de Poitiers et d'Elie de Limoges, chevalier (2). 

Cet acte d^autorité paraît avoir décidé les consuls à s'adresser 
au Parlement pour assurer le respect des libertés communales. 
L'idée d'un appel direct à la suprême juridiction du souverain 
avait dû s'offrir plus d'une fois à l'esprit de l'une et de l'autre des 
parties; mais toutes deux avaient reculé devant les dangers d'un 
procès en règle et devant l'incertitude du résultat. Mêler l'auto- 
rité royale à des querelles particulières n'était ni prudent ni sûr. 
La solution devant laquelle on avait hésité s'imposa bientôt. 
Mais, contrairement à ce qu'a écrit M. Leymarie (3), ce ne Tut pas 
Tévêque qui porta le premier la question devant la cour du Roi. 
Il résulte de l'arrêt dont on trouvera plus loin le résumé (4), que 
le procès fut intenté par les consuls de Saint-Léonard (5). Ceux-ci 
se plaignirent non seulement de l'arrestation de leurs crieurs et 

(1) ViditPclrum Chabeaud,de Lemovicis, apud Nobiliacum, cum litleris 
claosis, sigillalis sigillé domini Régis; et vidit quod dictus Petrus fregit 
dictas lilteras in presencia dicli epîscopi, et postea quod inhibuit ex parte 
domini Régis ne t'accret in dicta villa aliquas novitates (Léonard Godelli, 
mattre des écoles de Saint-Léonard). 

(«) Ibid. 

(3) Histoire de la Bourgeoisie, t. Il, p. 963. 

(4) Appendice, D. n^ 1. 

(5) C'est ce que confirme un passage d'unfactum de Tévêque : Hommet^ 
de Nobiliaco oUin conquesti f aérant et peticiotiem suam dederumi contra 
LBinooîcensem 'episcofium, ete. 



LA COMMUNE OK SAUTT-LÉONARO D« IfOBLAT AU Xlll" 8IKCLK. lOI 

de la violence qui leur avait été faite, mais aussi des exigences de 
révoque. Ils lui reprochèrent d'avoir abusé des armes spirituelles 
pour contraindre un certain nombre do bourgeois i lui prêter le 
serment de fidélité, alors que ce serment était dû au Roi seul, et, 
par délégation du Roi, aux magistrats municipaux, en possession 
de le recevoir chaque année. Ils protestaient contre la pi*éteotion 
du prélat d'obliger tous les membres de la commune de se sou- 
mettre à ce devoir, et renouvelaient les réclamations qu'ils 
avaient déjà portées devant le sénéchal au sujet de la saisie de 
la forêt ordonnée par Âimeric de I^ Serre et maintenue par 
son successeur. 

Le prélat répondit que les évéques de Limoges avaient toujours 
reçu le serment de fidélité des habitants; que les bourgeois qui 
le lui avaient prêté à son avènement, s'étaient de leur plein gré 
acquitté de ce devoir; qu'en ce qui avait trait à Tincident des 
bûcheurs, ceux-ci n'avaient point été arrêtés par ses officiers à 
cause du défaut de serment, mais parce qu'ils avaient refusé de 
fournir caution dans un procès, suivant l'usage du pays. Ces 
crieurs, ajoutait-il, relevaient du seigneur justicier avant de 
relever du consulat. Au surplus le prélat déclarait ne pouvoir 
accorder aucun droit ni à l'association des bourgeois, ni â leurs 
chefs et refusait même de reconnaître l'existence de la commune. 

 l'en croire, les habitants de Saint-Léonard étaient des parti- 
culiers, ses justiciables, sans privilèges, sans aucun lien en- 
tre eux (1).. Le prélat avait bien ouï dire que de tout temps 
quelques notables de la ville s'étaient réunis sur une place 
publique pour traiter des affaires intéressant la population. 
Mais ils ne possédaient, afflrmait-il, ni consulat, ni hôtel-de-ville, 
ni caisse commune, ni aucun caractère ou attribut quelconque (2) 

(t) Quod homines dicte ville sunt et esse consueveruot ab antiquo sin- 
gulares persone, populares, ignobiles, subditi et justiciabiles Lemovicensis 
cpiscopi (iDtendit de Tévêque). 

(S) Consulatu, coramunitate, domo et archa commuDibus que usurpa- 
verant, sibi non probant aiiquid titulum ... Congregabant se aliqui probi 
homines de villa in aliqaa platea, quum volebant de aliquo negocio trac- 
tare ; nec habebant aiiquid sigillum corporis scu communitatis nec domum 
communeni ; set de novo dicuntur fccisse quandam domum ubi conve- 
niunt et feeisse quoddam novum sigillum, in qno scriptum est : Sigillum 
consulum et communitatis ville Sancti Leonardi (Dires de l'évéque). La 
possession par la commune d*un sceau longtemps avant le procès est 
attestée par d'autres témoignages. (Voir App., C. III, 33, 34, 42, etc.) 

Quod olim qui volebant aliqua facere vel tractare inter se conveniebant 
in aliquo loco dicte ville, pro eis tractandis et faciendis ut singulares 
pcrsone (Mém. de Févôque, Appendice, B, 5« fragment.) 



\Q% 80G1ËTB AAGHÉOLOGIQQB ET HISTORIQUE DO LIMOUSIN* 

d'un corps constitué. Ils n'avaient nul droit d'user d'un sceau 
commun. Ils venaient depuis peu de temps de faire graver celui 
dont ils se servaient au moment du procès et sur lequel se lisaient 
ces mots : Sceau des consuls et de la commune de la ville de Saint- 
Léonard, Leur maison commune était aussi de construction 
nouvelle. 

Quant à la saisie de la forêt, Gilbert de Malemort ne contestait 
pas que la mesure n'eût été prise par son prédécesseur et main- 
tenue par lui ; mais n était-il pas du droit et môme du devoir 
de révéque de veiller à ce qu'un de ses fiefs ne tombât pas en 
roture et en main-morte ! 

Pendant que les dires contradictoires, les intendit et les pièces 
de procédure s'accumulaient, l'évâque pressait ses négociations 
avec les possesseurs des droits démembrés de la justice de Noblat. 
Avec deux d'entre euxau moins il en avaitdéjà terminé. En 1275, 
Gaucelin de Chàteauneuf, réalisant sans doute un engagement 
pris vis-à-vis d'Aimeric de Serre, avait vendu à Gilbert sa 
part des « maison, tour, appentif, jardins sis sur le côté supérieur 
du château deNoblat»(i). Au moisdejuin 1277, Guillaume Vigier, 
damoiseau du château de Limoges, avait cédé au prélat le tiers 
du péage du pont de Noblat, et, par un contrat distinct, le quart 
de la grosse tour de la forteresse, la moitié d^une autre tour 
et de certaines maisons, plus la huitième partie de la justice 
haute et basse et de la vigerie de Saint-Léonard (2). Cette vente 
fut confirmée, semble-t-il, par deux actes successifs. On voit, en 
effet, un peu plus tard, le gendre de Guillaume, Pierre Adémar 
de La Roche, et sa femme Alaïde, déclarer que, moyennant la 
somme de 85 livres, ils abandonnent à Gilbert de Malemort « la 
» quarte part de la grosse tour du chasteau de Noblac, et la moy- 
» tié de la tour et maisons estant audit lieu et leurs appartenances 
» que tient mons' Gaucelin de Chàteauneuf (3). » Enfin, en 1291, 

(t) Reg. d'hommage, I, Noblat, et O Domina^ f. 89. 11 ne serait pas impos- 
sible que cette cession fit doublé emploi avec celle mentionnée plus loin 
sous la date de lt85. 

(î) Reg. Tuœ HodlCy fol. i r». 

(3) Reg. O Domina^ f. 86. L'acte de 1291 pourrait bien faire double 
emploi avec la vente de 4271 mentionnée à la page 86. 

Il serait intéressant d'avoir quelques détails précis sur les rapports qui 
existaient en vue de la défense du château entre les diverses familles qui 
Toccupaient et le « seigneur évoque ». Ces détails, malheureusement, nous 
manquent. Notons que les forteresses féodales avaient toutes à cette époque 
leur petit arsenal, avec des armes de tgute espèce destinées aux écuyors 



LA COMMUNS DK SAINT-LÉONARn DB NOBLAT AD Xlll* SliCLC. 103 

Adémar de La Roche, damoiseau, Hugues et Audoyue, ses enfants; 
conârmeroDl une fois encore cette cession. Il est dit à cette époque 
que les maisons cédées ont appartenu à Gauceliu de Royère et à 
Gui Tigier, et qu'elles confrontent à celle d'Audoin Marchés. 

La cause soumise au Parlement ne s^éclaircissait guère. La 
commune établissait que depuis un siècle elle avait prêté serment 
aux ducs d'Aquitaine, puis aux rois de France; qu'après Richard- 
Cœur-de-Lion et Jean-sans-Terre, Louis VIII, d'abord comme 
lieutenant de son père, puis pour son propre compte, Louis IX et 
Philippe III lui-même Pavaient successivement réclamé et reçu. 
Les bourgeois prouvaient qu'ils avaient fourni plusieurs fois des 
troupes au Roi et exhibaient les ordres adressés directement à 
cette occasion par les sénéchaux aux consuls. Toutes les alléga- 
tions de l'évéque ne parvenaient point à détruire des faits parfai- 
tement démontrés. Le prélat ne pouvait pas davantage établir 
l'exactitude de ses allégations concernant la commune elle-même. 
Il était permis de discuter l'origine de certains des privilèges 
dont elle jouissait; mais révoquer en doute son existence même 
et la possession de toutes ses libertés, c'était aller trop loin. Les 
registres du Roi, les archives de la sénéchaussée, celles mêmes de 
l'évêché devaient receler cent documents qui eussent fourni la 
preuve du contraire. 

De part et d'autre, de nouvelles prétentions étaient émises et 
venaient s'ajouter à celles formulées dans les premiers intendit. 
Les consuls, par exemple, ne se bornaient pas à refuser de se 
soumettre à la juridiction du prévôt de Tévêque. Us déclaraient 
que tout habitant de Saint-Léonard leur devait le serment de fidé- 
lité et demandaient au Parlement qu'à ce titre Tofflcier épiscopal 



pauvres ou aux combattants d^occasion. Nous ne possédons aucun inven- 
taire de celui du chftteau de Noblat ; mais un état des armes qui se trou- 
Yaient dans celui de Gimel vers le milieu du xiii* siècle, nous a été 
conservé et peut nous donner une idée de ce qu*on trouvait dans ces 
petits arsenaux. Raoul de Beaufort possède à cette époque, dans son fort 
du bord de la Hontane : vingt-cinq pourpoints; vingt-cinq chapeaux 
de fer; trente lances; deux javelots; quatre écus ; dix balistes de diverses 
espèces; une cotte de mailles; neuf haubergeons; deux paires de jam- 
bières de fer; vingt-cinq gorgerins dont deux en fer; huit crocs et un tour 
pour tendre les balistes; trois cents carreaux; vingt épées; trois engins 
de guerre d*une valeur de cent livres clermontoises. Ajoutons que le 
château renferme vingt lits complètement garnis et quUl s'y trouve 
un âne, dix porcs et cinquante muids de farine. — OUm^ t. 1, p. 320. 
Arrêt du Parlement de la Chandeleur, «Î69 y. s. (H70), 



104 90Cl6rfe AllCHÉ0L06l>ii:B RT HISTORIQUB DU LIMOUSIR. 

lai-mème fût conlràint de prêter ce sormenl; aux magistrats de la 
commune. Ou voit que les parties ne se plaçaient pas précisément 
sur le terrain de la conciliation et des concessions réciproques. 



IX. ^ ENQUÊTE DE 1280 : TÉMOIGNAIS CONTIUDIGTOIRES. ÀGQDISmON 
PAR L*ÉVÊQUE DES DROITS DES FAMILLES FÉODALES QUI OCCUPENT LE 
CHATEAU. INTERVENTION DES OFFICIERS DU ROI d'aNGLETERRE, DUC 

d'aquitaine. 



Il est assez difficile de préciser la date des événements dont nous 
venons de résumer les principaux. Audier Normand parait avoir été 
investi de la prévôté en 1277 ou 1278, peu après Tinjonction signi- 
fiée à révéque au nom du Roi de se garder de toute innovation : ce 
qui faisait dire aux bourgeois, pour essayer de justifier leur résis- 
tance, que cet officier avait été établi au mépris des défenses 
formelles du souverain. Il résulte des témoignages recueillis à 
Tenquéte de 1288 et de la déposition d*Audier lui-même (1), que, des 
scènes de violence dont le prévOt fut la victime, les plus graves 
s'étaient déjà produites avant le carême de 1280, époque de Tarri- 
vée à Saint-Léonard des premiers commissaires envoyés par le 
Parlement. 

La cour s*était enfin décidée à ordonner une enquête, à Teffet de 
constater les droits respectifs des parties, les coutumes en vigueur 
et l'état actuel des choses relativement aux divers points en litige. 
Ce premier arrêt, dont nous ne retrouvons pas de trace aux 
Registres des 0/tm, doit avoir été rendu dans la session de la Pen- 
tecôte 1279, ou dans celle de la Toussaint suivante. 

Cette enquête fut confiée à deux commissaires : Pierre Lemoyne, 
archidiacre de Tours, et Guillaume de ChâtcUerault, prieur de 
Sainte-Radegonde de Poitiers, qui se transportèrent plusieurs fois, 
semble-l-il, à Saint-Léonard pour entendre les témoins produits 
par les deux parties. Nous constatons leur présence dans celte 
ville le mercredi après le dimanche de Laetare, 1279 (31 mars 1280) 
et le samedi avant les Rameaux, 1281 (21 mars 1282). Nous pos- 
sédons le texte de cinquante-cinq des dépositions (2) reçues par 
eux. Toutes émanent, comme nous Tavons dit, de témoins produits 

(1) Audier déclare à cette époque que la principale de ces scènes 
remonte à onze ans environ. 
(3) On trouvera la liste des témoins à Tappendice, sons la lettre B. 



LA GOmiimB DB 8AlIfT-LtOIIAftD DB MOBLAT AO Xlll' SlftCLR. 106 

par réréqve 'Gilbert. Les tèdioignages des personnes citées à la 
requête des consnls existent aux archives départementales de 
Limoges et nous avons jadis dépouillé cette partie de Tenquête 
en vue de notre étude; mais, lors de récentes recherches pour 
vérifier nos textes, il nous a été impossible de retrouver le frag- 
ment de rouleau qui contient les dépositions (1). 

Néanmoins, les diverses questions posées dans lapremière enquête 
ayant été comprises au programme de la seconde et le texte à peu 
près complet des dépositions recueillies en 1288 nous ayant été 
conservé et se trouvant sous notre main^ nous sommes fixé d'une 
façon suffisante sur le sens et la physionomie générale des témoi- 
gnages apportés à Tinformation de 1%0 par les personnes enten- 
dues à la requête des bourgeois. 

L'information portait sur les points principaux de la requête des 
consuls et du factum qu*y avait opposé Tévêque. Nous ne possé- 
dons pas le texte même du questionnaire remis aux commissaires ; 
mais, en dépouillant les témoignages, il est facile de reconstituer 
le canevas de Tenquête. Chacune des parties toutefois avait remis à 
la cour la série des questions qai devaient être posées aux témoins 
produits à sa requête, et, comme nous ne pouvons consulter que 
les témoignages des témoins appelés sur la désignation de Gilbert 
de Malemort, nous ne pouvons mettre sous les yeux du lecteur que 
le relevé des points sur lesquels cette série de témoins fut « exa- 
minée », suivant l'expression alors consacrée. 

Ces points étaient au nombre de sept ; 

!• Serment de fidélité : L'évêque est-il en possession de le rece- 
voir des bourgeois? 

9" Arrestation des crieurs du Consulat par l'évêque; 

9" Bans et criées de la ville.: Juridiction de laquelle relèvent les 
crieurs; 

4* Allégations relatives à Gérald de Pierrebufflère ; 

8* Faits concernant le prévôt Audier Normand, que les bourgeois 
disent avoir été établi au mépris des injonctions du Roi et de son 
sénéchal; 

6^ Droit de taxer annuellement deux setiers de vin sur chaque 
taverne; 

7* Droits respectifs de Févêque et des bourgeois sur la forêt. 

En regard des affirmations des témoins de Tévêque, qui décla- 
raient avoir été présents lors de la prestation, aux trois prédéçes* 

(f } Voir la notice B à l'Appendice, 



100 SOr.liTR AKCHÉOLOGIQUB ET HiSTOllQUB DU LIHOUBIK. 

seurs de Gilbert, da serment de fidélité dû par les eonsuls et la 
commune, les témoins produits par les bourgeois, sans nier que 
ce serment eût été prêté, attribuèrent la soumission des habitants 
de Saint-Léonard à Tabus fait par les prélats de remploi des armes 
spirituelles. A ce serment, ils opposèrent celui prêté par la com- 
mune aux rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine, et, depuis le retour 
de la province à la France, à quatre souverains successifs : 
Philippe-Auguste, Louis VIII, Louis IX et Philippe III. Ils rappe- 
lèrent que, chaque année, tous les membres de la commune ayant 
atteint Fâge de quinze ans juraient fidélité entre les mains des ma- 
gistrats municipaux, librement choisis dans une assemblée géné- 
rale des habitants par les consuls sortant de charge. 

Les témoignages relatifs à la seconde et à la troisième questions 
furent, dans leur ensemble, beaucoup moins contradictoires que 
ceux relatifs à la première. Il résulte clairement de Tensemble des 
dépositions que certains bans, ceux concernant les affaires de la 
commune exclusivement, étaient publiés au nom des consuls et de 
la commune seuls ^ ceux relatifs à l'ost du Roi se publiaient au nom 
du Roi et des consuls; ceux, enfin, qui avaient trait à la justice, au 
nom de Tévéque, de la seigneurie et des consuls. 

Le quatrième point demeure obscur. La plupart des témoins 
déclarent n'en rien savoir. Nous avons vu que les habitants de 
Saint-Léonard avaient des griefs particuliers contre Gérald de 
Pierrebufiière. Mais Gérald n'ayant pris aucune part directe à la 
querelle entre les consuls et le siège épiscopal, Tévéque ne lui 
ayant donné aucun droit dans la ville et s'étant borné à se faire 
accompagner de ce personnage à son entrée à Saint-Léonard, on 
ne voit pas que le fait ait pu avoir une très grande importance. 

Il est permis de se demander si Gérald de Pierrebuffière, cha- 
noine du Dorât, ne serait pas le même que Gaucelin de Pierrebuf- 
fière, doyen de l'église de Limoges, lequel joua, vers la même 
époque, un rôle fort actif dans les négociations depuis longtemps 
entamées par l'évéque pour l'acquisition des droits appartenant 
aux familles féodales du château de Noblal et concernant soit le 
fort lui-même, soit la ville? Mais nous n'avons pu établir ce point 
avec quelque certitude. 

En ce qui avait trait à l'installation d'un prévôt épiscopal à 
Saipt-Iiéonard, l'évéque établit aisément que ses prédécesseurs y 
avaient eu de temps immémorial un officier chargé, sous le nom de 
sénéchal ou de prévôt, de juger les causes de ceux de ses vassaux 
qui habitaient hors de la ville. Depuis plus de cinquante ans, le 
prévôt forain avait exercé son office sans interruption, et, semble- 
t-il, sans opposition de la part des bourgeois. Quant à la justice 



LA COMMUNE DE 8A1NT-LÉ0NAE0 DE NOBLAT AU Xlll* SIÈCLE. 107 

de la ville, de part et d'autre des témoignages furent produits 
attestant que chaque partie la possédait exclusivement. Peu de 
témoins donnèrent à entendre qu'il y avait soit un partage des 
droits, soit une association pour Texercice du pouvoir judiciaire. 
Aucun, semble-t-il, ne fournit à cet égard de renseignement caté- 
gorique et concluant. 

Les personnes appelées sur la demande des consuls essayèrent 
d'atténuer les scènes de violence dont nous avons donné le récit et 
les mauvais traitements dont les prévôts, Audier Normand en 
particulier, avaient été les victimes, sans pouvoir toutefois nier 
l'exactitude matérielle des faits, sur lesquels des détails circons- 
tanciés furent donnés par plusieurs témoins. 

Le dernier point sur lequel porta Tenquéte était le plus simple 
et celui sur lequel il semblait le plus facile d'obtenir d'exactes 
informations. Tout donne à penser que de temps immémorial les 
habitants de Saint-Léonard avaient joui de certains droits d'usage et 
d'approvisionnement dans la forêt de Noblat. Toutefois, protitant 
des bonnes dispositions d'Aimeric Brun , qui témoignait le désir de les 
indemniser de certains dommages causés à la ville par lui ou ses 
gens, — dommages dont nous ne connaissons pas la nature, — ils 
s'étaient fait concéder en forme par lui les droits jusqu'alors garan- 
tis seulement par la coutume; pour prix de cette concession, les 
rx>nsuls avaient versé au chevalier une grosse somme, cent livres 
d'alors, qui peuvent bien représenter 40,000 francs d'aujourd'hui. 
L'évoque contesta le droit de son vassal d'avoir stipulé un tel 
abandon à un être moral qui n'était pas « vivant et mourant», 
comme une commune : ce qui faisait tomber sa forêt en main- 
morte. Il la fit saisir. C'était son droit. Toutefois, autre chose était 
le fief, autre chose le droit d'affouage et d'approvisionnement 
pour les constructions et même de défrichement et de culture 
réclamé par la commune, et on entrevoit sur ce point, comme sur 
d'autres, malheureusement secondaires, la possibilité de concilier 
les prétentions de l'une et de l'autre parties. 

Hais, sur les questions principales, les témoignages étaient abso- 
lument contradictoires, comme les prétentions des parties, et la 
cause s'obscurcissait au lieu de s'éclaircir. 

L'évoque pressentait, avant môme le commencement des opéra- 
tions confiées à Pierre Lemoyne et à Guillaume de Châtellerault, 
que le résultat de l'enquête pourrait n'être pas absolument satis- 
faisant pour ses prétentions. Il hâta donc la conclusion de ses pour- 
parlers avec les familles nobles du château. U lui semblait indis- 
pensable de faire disparaître, sans plus tarder, la complication qui 



i08 SOCIÉTÉ ARGIIÉOLOOIQDB ET HISTORIQUK DU LIMOUSIN. 

résultait de TexisteDce de leurs fiefs et de se trouver seul seigneur 
et seul justicier en face de la commune, devant le Parlement. Neuf 
mois avant Taudition des premiers témoins, le lundi après le 
second dimanche de la Pentecôte 1279, Aimeric de Noblat, che- 
valier, et Pierre de Noblat, damoiseau, frères, transigent avec 
révoque, par l'entremise de Gaucelin de Pierrebufflère, doyen de 
réglise de Limoges, et, moyennant une somme de 3S0 livres, 
cèdent définitivement au prélat la moitié de la vigerie engagée et 
toQS les droits et juridiction qu'ils possèdent dans la ville de Saint- 
Léonard et dans ses faubourgs (1). 

Le lendemain, mardi, Âdémar de La Roche, damoiseau de Saint- 
Paul, et Alix, sa femme, transigent, aussi par l'intermédiaire du 
doyen, avec Gilbert de Malemort, et cèdent à celui-ci tous les droits 
qu'ils possèdent sur le château, la chàtellenie de Noblat et la vige- 
rie de la ville. Le prix est fixé à 40 livres, et un passage des regis- 
tres de l'évêché, postérieur à la convention, établit que cette 
somme a été payée peu après, et que l'acquéreur a donné aux 
vendeurs au-delà de ce qui leur était dû. Il résulte d'une des men- 
tions ayant trait à cette vente qu'Adémar possédait seulement la 
seizième partie de la vigerie et qu'il la tenait d'Audoine deRoyère, 
sa mère (2). 

Le mercredi, un troisième accord, plus important encore que les 
précédents, est conclu, toujours sous les auspices de Gaucelin de 
PierrebufiSère. Les trois fils d'Aymeric Brun : Aymeric, Elie et 
Gaucelin, damoiseaux, cèdent à leur tour à l'évoque, au prix de 
cent trente-cinq livres, tous leurs droits : vigerie, juridiction quel- 
<;onque, rentes, etc., dans la ville et les faubourgs (3). 

Le samedi suivant, c'est la fille d'Aimeric Brun, Aiceline, qui 
se dépouille, au profit du prélat, de tout ce qu'elle possède de la 

(1) Voir Registres d'hommages de l'évêché : I, Nohlac, et Registre Ac 
singularem, fol. 265 : Quomodo Aymericus, miles, et Petrus de Nobiliaco, 
fratres, remiserunt episcopo medielalem vigerie et quicqaid juris, domi- 
nli, jusiicie, census et reddilus et cujuscumque deverii que ad se jure 
hereditario pertinere dicebant in villa seo burgo de Nobiliaco. 

(2) Littera sigillata sigilli abbatis Sancti Martini Lemovicensls, quod 
P. Ademari et Haelis ejus uxor confessi fuerunl habuisse a domino epis- 
copo, pro vendicione juris quod habebant in castro et castellaniaet vigeria 
burgi Sancti Leonardi, ultra summam debitam, quamdam aliam pecunie 
summam (0 Domina^ fol. 88 v*. — Reg. Tuœ hodie, fol. 4). 

Le registre d'hommages de l'évêché nous fournil des détails plus précis 
et donne la date exacte de l'acte, qu'une annotation du registre O Domina 
fait remonter à ion à 4i78. 

(3) Reg. Ac singulareniy fol. 365. 



XA GomUire 1» SAlWT-LifcoilAlll» 1>K IfOBLAY AU Xltl* SIÈCLE. ^(f^ 

<K seigneuriet justice* vigerie, juridiction » de Saint-Léonard. Ëile 
abandonne en même temps tous les cens, rentes et devoirs qu'elle 
peut être fondée à y réclamer. L'acte est passé dans le cioitre du 
monastère (1). 

Les chevaliers de Noblat ne se lassent pas de vendre ; Tévéque 
est toujours prêt à acheter. En 1285, Gaucelin de Châleauneuf 
condrme la cession faite en 1259 par son père à Almeric de Serre. 
Le mémOv à peu près à cette époque, met Gn à un différend déjà 
ancien en cédant à titre définitif à Févéque et à ses successeurs 
tous ses droits sur la maison et la tour situées dans la partie infé- 
rieure de la forteresse de Noblat (2). Cest encore en 128S qu'est 
conclu un accord entre le prélat et Gaucelin, au sujet de « la 
maison et tour assis devers la aulte partie du chasleau de NoDlac, 
devers le cousté de Lymoges, auprès des maisons d'Oudoy et Cons- 
tantin Marcheys, chevaliers '>. Il s agit probablement ici des bâti- 
ments qui ont fait Tobjet de la cession de 1275 (3j. 

11 ne restait plus à Févéque, pour réunir entre ses mains tous 
les droits et revenus inféodés à diverses personnes par ses pré- 
décesseurs, qu'à racheter la portion de la vigerie et des produits 
accessoires dont se trouvait depuis longtemps investie une famille 
bourgeoise de Saint-Léonard, celle des Faute, dont il a été plusieurs 
fois question. En 1293, Jean Faute, représentant de cette famille, 
agissant tant en son propre nom que pour le compte de son fils et 
de son gendre, consentit à abandonner à Gilbert de Malemort 
tous les « droits et devoirs » qu'il possédait en la vigerie ou bailie 
« de Noblac aux bancz de ladicte ville, en les emendes, en les 
» adjoumements, pressés, et dation des testes de beufz» et les 
•> solaiges des foyres » (4). 

(1) Litterasea instrumentum quod Aycelina, filia quondam Aymerici 
Broni, militis, quictavit domino episcopo quidquid juris habebat dominii, 
juslicie, vigerie, juridicionis, census, reddilus et cujuscumque devcrii 
qaod habebat in villa seu burgo de Nobiliaco et ejus bonis et pcrlinen- 
ciis universis (O Domina, fol. 90, ro). — Voir aussi Registre d'hommages, 
1. 1, Noblac. 

(9) Littere magne cum duobussigillis, conlinentes et mencionem facien- 
tes de cont.**oversia mola inter dominum episcopum Lemovicenscm et 
dominum Gaucelinum militem, dominum de Castro Novo, de et super 
domo et turre sitis in inferiori parte Caslri de Nobiliaco. Demum dictus 
miles remisit eidem Domino Lemovicensi et suis auccessoribus quidquid 
jaris in premissis domo, turri, ortis, appendiciis habebat, etc. (Tuœ 
hodie, fol. 3, v®). 

(3) Il se pourrait même qu'il nV ait en qn'un seul acte, celui de f 285. 

(4) Liltera alia quod dictus Johannes Pau ta vendidit domino Episcopo 



ÂjoatODs, pour n'avoir pas à revenir sur les acquisitons de 
révéque, qu'en 1316 le successeur de Gilbert de Malemort acheta 
d'un autre bourgeois, Nicolas Desmoulins, la leide du vin dont lui 
et ses frères étaient en possession de lever le produit. Ce droit 
avait été vendu à Jean, leur père, par Pierre Adémar, aussi habi- 
tant de Saint-Léonard et qui en jouissait antérieurement. 

Si révoque n'épargnait rien pour assurer le succès de ses préten- 
tions, la commune, de son côté, ne restait pas inactive; c'est sur- 
tout auprès du sénéchal du Roi que nous constatons ses démarches 
et ses instances répétées; mais peut-être ces démarches n'ayant 
pas abouti et le délégué de Philippe III ne se décidant pas à inter- 
venir et à prendre fait et cause pour les bourgeois, crut-elle devoir 
frapper à une autre porte. 

En 4273 et 1274, la commune du Château de Limoges avait fait 
de grands efforts pour décider le roi d'Angleterre à intervenir dans 
la lutte engagée entre elle et ses vicomtes, et à prendre sa cause en 
mains. Elle faillit réussir. Edouard, on Ta vu plus haut (2), envoya 
des troupes pour secourir les bourgeois, et il ne fallut rien moins 
qu'une défense expresse de Philippe lil pour arrêter cette inter- 
vention. Les consuls de Saint-Léonard tentèrent-ils une pareille 
démarche sinon auprès du roi d'Angleterre lui-môme, du moins 
auprès de ses officiers? Il est permis de le croire. L'année même, 
en effet, où l'évéque de Limoges a acquis la plupart des droits 
possédés sur la ville par les chevaliers de Noblat, un ajournement 
devant la cour du Roi est donné aux bourgeois — peut-être sur 
leur propre requête — par les gens d'Edouard I, pour s'entendre 
proclamer les sujets du duc d'Aquitaine; mais le Parlement statue 

jus quod habcbat in baylia scu vigeria de Nobiliaco in taxacione vini, 
in emolumento taxacionis vini, in banno seu bannis ville, in emendis, in 
percepcione deu Frati et de la Gâcha, in adjornamenlis, judiciis et 
processibusjudlciorum, et levacione capitum bovum,et soleariorum suto- 
rum vendeneium in nundinis Sancli Leonardi. [Hcg. Domina, fol. 88). 

Johannes Pauta, burgensis Nobiliaccnsis, dédit Episcopo jus quod habe- 
bat in vigeria Nobiliacensi ; et P. Pauta, filius suus, et P. Danielis, gêner 
suus, hoc laudaverunt ; et est sigillala sigillé régie. El hoc tenebat in 
feodum a domino Episcopo (ibid.). 

(I) Inter dominum cpiscopum et Nicholaum de Nolendinis de Nobiliaco, 
fuit fada permutacio de leuda vini quam idem Nicholaus levabat apud 
Nobiliacum, cum IX sextariis avene et uno sexiario sillginis quos diclus 
episcopus habebat in quodam manso dicti Nicholai. (0 Domina^ fol. 
89 verso, et aussi fol. 85, — et Reg. d'Hommages, t. Noblac.) 

(î) V. ci-dessus, p. 87. 



IX COmitiMB t>t SàlNT-lÉOKARt) DE )(OfttAt At Xlll* SIECLE. \)\ 

sur cet ajournement dans le môme sens qu'en 1260, et déclare de 
nouveau, au mois de janvier 1280, que la ville de Saint-Léonard 
est exclue des restitutions faites par le traité d'Amiens,' et doit 
rester en la main du Roi (i). 



X. — ARRÊTS DU PARLEMENT DE 1288 ET 



Le Parlement rendit un premier arrêt, dans l'affaire de Saint- 
Léonard, à la session de la Pentecôte 1285 (2). La teneur de ce 
jugement ne nous a pas été conservée dans les registres de la 
cour; mais les archives de la Haute-Vienne en possèdent une 
copie du temps (3). Il peut se résumer en quatre points princi- 
paux : 

!• L'évêque de Limoges est en droit et en possession de recevoir 
le serment de fidélité des habitants de Saint-Léonard. Ceux d'entre 
eux qui le lui ont prêté l'ont fait de leur plein gré, et si les officiers 
du prélat ont arrêté les crieurs du Consulat, c'est que ceux-ci 
s'étaient refusés à donner caution conformément à l'usage du 
pays. 

2» Les consuls sont en possession de faire publier les bans dans 
la ville, mais au nom de l'évêque, de la seigneurie et de la 
commune. 

3"* L'évêque n'a en rien désobéi aux ordres du Roi ou de son 
sénéchal, et n'a pas innové en établissant à Saint-Léonard un pré- 
vôt des causes foraines chargé de remplir ses fonctions dans la 
dite ville et d'y faire résidence pour le prélat. 

4"* Les consuls sont reconnus en possession de percevoir tous 
les ans au mois d'août, sur chaque taverne de 2a ville, avec le pré- 
vôt de l'évêque et le bailli (il s'agit probablement du vigier), la 
valeur de deux setiers de vin. 

S"" Les consuls et la commune possèdent des droits d'usage dans 
la forêt; toutefois l'évêque, comme seigneur, a pu saisir la dite forêt 
et s'opposer à ce que ce fief passât d'une main noble à une main 

(1) Appendice, A, n*" 8, 

(S) 11 n*en est pas question aux OUm^ à la session dont il s'agit; 
mais on trouve à la session suivante (Toussaint 1885), un passage qui fait 
mention expresse de cet arrêt : « Visis litteris super judicio in ultimo pal- 
lamento facto, inter episcopum Lemovicensem et consules ville de Nobi- 
liaco p. {OUm, t. H, p. 252.) 

(3) D'août 1285. Voir l'App., lettre D, n« I. 



^^^ société AECRÉOLOGIOCE rr fllStMllOlIB du LIIIOUfllN. 

non noble, soos réserve toutefois du droit d'usage reconnu aux 
bourgeois. 

6<> Les consuls arrêtent, jugent et emprisonnent les malfaiteurs 
de concert avec le prévôt de révoque et les vigiers des seigneurs. 

Il faut noter les termes de cet arrêt et les prendre dans leur 
sens le plus précis et le plus étroit. S11 reconnaît à Tévêque de 
Limoges le droit de recevoir le serment des bourgeois, il ne déclare 
pas que ce droit soit exclusif de la prérogative du Roi de le récla- 
mer aussi, à titre de seigneur supérieur, dans certaines occasions. 
On doit ne pas perdre de vue que les souverains français eurent 
toujours une tendance à considérer comme relevant directement de 
leur autorité toute ville en possession d une charte de commune. 
C*est ainsi que Louis VIII avait réclamé le serment et le service 
militaire de nombre de bourgeoisies; Louis IX et Philippe IIÏ 
s'étaient fait, à Texemple du précédent, jurer fidélité par les com- 
munes limousines et envoyer par elles des contingents de milice 
pour toutes leurs expéditions. Il est fort possible, au surplus, que le 
Conseil du Roi eût déjà une arrière-pensée en formulant Tarrêt 
dont nous résumons à dessein tout le dispositif. 

Dix-huit ans plus tôt, une autre commune limousine, vassale elle 
aussi de l'évêque, avait obtenu un arrêt en apparence tout contraire 
à celui rendu dans l'affaire de Saint-Léonard, mais qui, au fond, 
n'excluait nullement la reconnaissance, dans une certaine mesure, 
du droit du prélat auprès ou plutôt au-dessous de celui du souverain. 
Il ne faut pas perdre de vue que les règles ordinaires des rapports 
féodaux ne pouvaient toujours être appliquées aux communes et 
que les rois, comme nous l'avons dit plus haut, y dérogeaient 
volontiers à l'occasion. 

Brive relevait aussi de l'évoque; mais elle avait les Turenne et les 
Malemort pour seigneurs intermédiaires et peu à peu ces puissants 
voisins s'approprièrent, au détriment du prélat, la totahté des droits 
féodaux sur cette ville. Ainsi, dans le Château de Limoges, les vicom- 
tes éliminèrent peu à peu la seigneurie des abbés de Saint-Martîal. 
Lepremier dignitaire ecclésiastique du diocèse était encore, au temps 
de Saint Louis, en possession au moins de droits honorifiques dans la 
capitale du Bas-Limousin, où. vers le milieu du siècle, les chefs des 
corporations de métiers avaient pris une influence prépondérante et 
modifié les vieilles coutumes municipales (1). La commune entreprit 
de s'affranchir de l'hommage et du serment de fidélité dû à l'évêque 
et prêta ce seiment auRoi, entre les mains du sénéchal de Louis IX; 

(«} Parlement de la Pentecôte, 1S57 (OUiriy t. l, p. 43). 



LA COMMUNE DB SAlMT-LÉONARD DE N0BL4T AC XllI*' SIÈCLE. 143 

Âimeric de La Serre avait revendiqué sa prérogative et obtenu gain 
de cause devant le Parlement en 126S (1). — Les bourgeois, vrai- 
semblablement soutenus par le sénéchal, reprirent l'affaire et réus- 
sirent à prouver par une enquête que le Roi avait toujours reçu le 
serment des consuls et de soixante habitants : le Parlement main- 
tint le souverain dans la possession de ce droit, à la session de 
l'octave de la Toussaint 1267 (2). Mais, de même que, dansTarrôt 
relatif à la commune dé Saint-Léonard, la Cour se tait complète- 
ment sur ce qui a trait à la prérogative du roi de France, alléguée 
seulement jusqu'ici par les bourgeois, — de môme, dans Tarrêt 
rendu à la requête des habitants de Brive, elle garde le silence sur 
le droit de l'évoque, qu'il ne lui paraît pas utile de mettre en ques- 
tion et auquel elle n'entend point, pour l'instant, porter atteinte. 

L'arrêt du Parlement de la Pentecôte 1288, s'il décidait une 
partie des questions controversées, laissait bien des points dans 
Tobscurité. D'autre part, son exécution pouvait donner lieu à des 
malentendus et à des difiScultés de diverse nature. Ainsi le droit 
de Tévêque à recevoir le serment des bourgeois était constaté; 
mais il n'était pas expressément stipulé que les bourgeois, qui 
avaient jusqu'ici refusé au prélat de le prêter, seraient contraints 
de s'exécuter. Le Parlement avait omis de statuer sur la prétention 
des consuls à recevoir le serment de fidélité du prévôt épiscopal. 
Enfin, l'arrêt gardait le silence sur le droit de mise en culture des 
clairières et terrains défrichés réclamé par les bourgeois. 

Sur la demande des parties, ou peut-être du sénéchal chargé 
d'assurer l'exécution de l'arrêt du Parlement de la Pentecôte, l'in- 
terprétation de ces points fut demandée à la cour du Roi à la session 
de la Toussaint. Elle décida que ceux des bourgeois qui n'avaient 
pas juré fidélité à l'évêque lors de son avènement seraient tenus 
de s'acquitter de ce devoir. Injonction fut faite aux consuls et à la 
commune d'obéir au prévôt épiscopal, le Parlement ne s'arrôtant 
pas à l'allégation des magistrats municipaux relative au serment 
à eux dû par cet officier, et le Roi se réservant de s'enquérir des 
usages et de les faire observer. Quant au droit de cultiver les par- 
lies défrichées de la forêt, il fut reconnu que l'arrêt n'avait pas 
statué sur ce point. Les habitants de Saint-Léonard furent donc 
invités à introduire, si bon leur semblait, une action spéciale pour 
cet objet (3). 

(I) Olim,i. II, p. 617,618. 
• (3) OWm, 1.1, p. 260, 861. 

(3) Declaratum fuit quod burgenses de Nobiliaco, qui dicte episcûpo, 
in prima creacione sua, non fecerunt ûdelitatis juramentum, eidem 
T. xxxvu. 8 



114 ' OOGIRTÉ ARCBÉOLOOIQUS CT HI8TOftl<|l3l W UMOOSIIf. 

L'arrêt fut signifié pAr les officiers royaux & Tévèque et à la eom- 
ikiune. Devant les termes précis de la dëcisioD explicative de la 
Toussaint, les bourgeois qui avaient suivi le parti des consuls et 
refusé jusqu'alors de jurer fidélité à Gilbert de Malemort» se déci- 
dèrent à se soumettre. Au nombre d'environ sept cents, ils prêté* 
rent serment, en audience soIeo&eUe, dans la salle épiscopale (1). 

Les bourgeois de Saint^Lëonard semblaient avoir perdu la partie 
et TéTéque Gilbert triomphait. Toutefois, divers articles de Tarrét 
que le Parlement venait de rendre à son profit ne pouvaient entiè- 
rement le satisfaire. La situation définie par cet arrêt ne ressem- 
blait guère à celle indiquée dans les mtendit du prélat, où toute 
existence de droit et même de fait était déniée à la commune* I>es 
droits, et des droits de justice, c'est-à-dire des droits seigneuriaux, 
des droits esseniiellement réservés aux nobles el aux corps privi- 
légiés, avaient été reconnus à la commune et à ses chefs par une 
solennelle déclaration du Parlement. La cour ne décidait rien, du 
reste, en ce qui avait trait à la connaissance des causes civiles, et 
les prétentions des consuls demeuraient entières. C'était beaucoup 
pour les bourgeois, et ils estimaient peut-être qu'ils avaient au 
fond gain de cause dans un arrêt en apparence favorable aux pré- 
tentions du prélat. 

La commune puisa dans cette confirmation de ses coutumes et 
de ses privilèges de nouvelles forces pour continuer la résistance. 
Il fut impossible de s'entendre sur l'exécution des articles de Tarrêt 
relatifs à la justice. Quels étaient les droits réciproques du prévôt 
épiscopal et des consuls? Ceux-ci soutenaient que l'évèque n'avait 
pas la justice de Saint-Léonard, el que, s'il avait un auditoire et un 
prévôt dans la ville, c'était pour le jugement des procès de l'exté- 

episcopo tenenlur facerc juramenlum. Item, determinatam hiit quod, 
non obstante jûrameûto quod consulôs et communltas de NobHiaco 
dicebant sibi debere Heti a preposîto fôraneo epi^opi, obedient 
el obedfre tenenlur diclo preposîlo; et dominas ftex, «k oMcio soo, 
de piano sciri faciet si prepositi epîBcopi qui pro tempore fuemnt apud 
NobiHacum, dictis eonsulibus et communitatt consueverant facere jura^ 
mentum; quod si inventum faerit, ad faciendum dictum juramentum dic- 
ius prepositus compellctur. item, cum dicti burgenses Nobiliaceascs, 
racione usagii quod habent in foresta dicti episcopi, vellent excolere pla- 
teas vacuas dicte foreste^episcopo per plures raciones contradicente, vise 
judicato, dictum fuit quod super dictis plateis excolendis oichil fuerat pro 
eis judicatum; set si super hoc voluerint contra dictum episcopumexpefiri, 
fiel Gis jus {Olim, t. 11, p. 25i). 
(1) Appendice, G. VII, ^3I, 132, 133. 



LA COmniNB DB SAINT-LÉONARD DE NOBLAT AU XIII' SIÈCLB. 115 

rieur. Civiles ou criminelles, les causes des bourgeois relevaient 
des consuls seuls. Ces magistrats refusaient donc d*ad mettre Tin- 
gérence d'un officier épiscopal dans le jugement de ces procès. 

Il fallut revenir devant le Pariement. Celui-ci, saisi de ces diffi- 
cultés dans sa session de la Toussaint 1286, ordonna que le prévôt 
épiscopal pour les causes foraines, agirait et jugerait comme agis- 
saient et jugeaient les prévôts qui n*ëtaient point spécialement 
chargés de prononcer sur les différends ou les délits des justicia- 
bles du dehors (1) et comme jugeaient les consuls eux-mêmes; qu'il 
pourrait ajourner, arrêter, emprisonner seul les délinquants, mais 
qu'il les jugerait avec les magistrats municipaux. Que ceux-ci, de 
leur tbié, auraient le droit de poursuivre, d'arrêter et d'incarcérer 
les malfaiteurs; mais qu'ils ne devraient prononcer qu'avec le con- 
cours du prévôt épiscopal et des vigiers des seigneurs (2). L'arrêt, 
à le considérer en soi, semble être la confirmation pure et simple 
d'une ancienne coutume ou d'un modus vivendi consacré par quel- 
que transaction. Néanmoins, nous l'avons dit plus haut, il ne sem- 
ble pas résulter de l'ensemble des témoignages de l'enquête que 
cette association de justice ait jamais existé à Saint-Léonard. La 
plupart des témoins, comme les parties, le nient de part et d'autre 
avec une égale énergie, et les deux ou trois témoignages moins 
absolus signalés plus haut par nous ne confirment que dans une 
certaine mesure l'existence antérieure d'un pareil état de choses. 

(A mivre). Louis Gdibbrt. 

(1) Le sens ici n'est pas très clair. Voir ce qui est dit plug haut, note 
de la page 88, de la signification du mot foraneus. 

{%) Declaratum fuitqood eptscopus Lemovicensis uteretur jodicato, prout 
ibi eonliDetar,et habebit prepositum foraneum apud Nobiliacum^qui expiée- 
labit et justiciabit quemadmodum prepositi episcoporum qui non erant 
foranei explectarè et justielare coasaeverunty et consules prout contioetur 
in judieato. Nec irapedleot predicti consules quin prepositus episcopi fora- 
nens capiat malefactores ei adjornet coram se et justiciet cum ipsîi; nec 
prepositus similiter impediet dictos consules quin capiant per se et jttsti- 
cient malefactores corn preposito episcopi et vigeriis dominorum. Et fiet 
incarceraeio de capXis ab lUraque parte, ubi ab antiqno extitit eonsuetum. 
— Nec fieot super hoc allque novitates [Oîlm, t. If, p. 358). 



NOTES 



POUR SERVIR A LA 



SIGILLOGRAPHIE DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-VIENNE 



La Société archéologique de Limoges veut bien ouvrir les colon- 
nes de son Bulletin à quelques notes sigillographiques qui se rap- 
portent au département de la Haute-Vienne et dont nous avons 
pris la liberté de lui donner communication. Cette décision nous 
impose un double devoir : le premier, celui de remercier la Société 
de l'honneur qu'elle fait à notre modeste travail; le second, celui 
de donner quelques explications sur l'origine et l'objet des notes 
dont il s'agit. 

Dans le cours des recherches que nous avions entreprises, de 
concert av4îc M. Ernest Rupin, président de la Société archéologi- 
que de Brive, pour préparer la Sigillographie du Bas-Limousin, 
nous nous étions attaché à recueillir les sceaux qui concernaient 
le Haut-Limousin. Nous avions eu tout d'abord, en effet, la pensée 
de réunir dans un même corps d'ouvrage les sceaux du Limousin 
tout entier. Deux considérations nous ont arrêté. 

D'une part, M. Louis Guibert avait déjà publié deux mémoires (1) 



(/) Louis Guibert, Sceaux et armes de l'hôtel-de-oille de Limoges; 
sceaux et armes des olllea^. églises^ chancelleries^ cours de justice, com- 
munautés, confréries et corporations des trois départements limousins» 
Limoges, 4878. 

Louis Guibert, Sceaux et armes des deux cilles de Limoges et des 
oilles, églises, cours de justice, chancelleries, corporations des trois dé- 
partements limousins; supplément. Limoges, 1885. 



SIGILLOGRAPHIE DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-VIENNE. t17 

dans lesquels il a décrit les sceaux les plus intéressants des trois 
déparlements limousins, à savoir : les sceaux des villes, des corpo- 
rations, des cours et juridictions, des abbayes, etc. Ce n'est pas 
aux lecteurs du Bulletin d^ la Société de Limoges que nous avons 
à faire l'éloge de ces mémoires. Il nous suffira de dire que les 
notices de M. Guibert sont rédigées avec un savoir, un soin, une 
sagacité, qui ne laissent rien à ajouter (1), 

D'autre part, le défaut de concordance qui existe entre les limi- 
tes de l'ancien Haut-Limousin et celles du département actuel de la 
Haute-Vienne nous mettaient dans un certain embarras.. Il nous 
semblait assez difficile d'exclure les sceaux relatifs à des seigneu- 
ries, à des établissements, à des localités, qui ont aujourd'hui pour 
chef-lieu la ville de Limoges; et, cependant, nous nous serions évi- 
demment écarté d'un plan rationnel si nous avions compris, sous 
la dénomination générale de Haut-Limousin, des territoires qui, 
antérieurement à la Révolution, faisaient partie du Poitou, de la 
Marche ou de l'Angoumois. 

Ces difficultés, sur lesquelles il serait oiseux de s'étendre, nous 
ont déterminé à offrir purement et simplement à la Société les 
notes que nous avions recueilHes et qui se rapportent exclusivement 
au département de la Haute- Vienne, tel qu'il est aujourd'hui cons- 
titué, et sans tenir compte des anciennes délimitations administra- 
tives, ecclésiastiques ou géographiques. 

Nous avons pensé, en outre, qu'il ne serait pas sans intérêt de 
compléter le travail de M. Guibert par la description des sceaux 
personnels, qui ne rentraient pas dans son cadre. 

Nous ne croyons pas d'ailleurs avoir à démontrer l'intérêt qui 
s'attache aux études sigillographiques. Depuis la grande publication 
de M. Douet d'Arcq sur les sceaux des Archives nationales (2), de- 
puis celles de notre savant et très regretté ami M. Demay, sur les 
sceaux de la Flandre, de l'Artois, de la Picardie, de la Normandie, 
sur ceux de la collection Clairambault, personne n'ignore que les 
documents sigillographiques, s'ils n'ont pas l'importance des docu- 



(1) Précédemmenl, M. Maurice Ardant avait publié, dans \e Recueil des 
traoauçp de la Société de sphraglstlque de Parla, la description de quel- 
ques sceaux limousins. — Nous avons aussi consulté avec fruit l'ouvrage 
de M. Paul Raymond intitulé : Sceaux des Archives du département des 
Basses^Py rénées, Pau, 1874. 

(2) Cet inventaire est intitulé : Ministère d'Etat. Archioes de l'Empire. 
Inventaires et documents publiés sous la direction de M. le tomte de 
Laborde, Collection des sceaux, par M. Dookt d'Arcq. Paris, 1863-J868, 
3 vol. gr. in-4». 



148 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE tT RI8T0RIQ0E DD LIMOUSIN» 

men(s écrits, sont cependant le complément nécessaire de ces der- 
niers, et qu'ils fournissent des renseignements précieux sur l'his- 
toire des grands fiefs, des villes, des seigneuries, des diocèseSt 
des établissements civils ou religieux. En ce qui concerne le 
Limousin spécialement, la preuve est faite : personne^ à coup &ûr^ 
ne contestera que la dissertation de M. Guibert sur les Sceaux et 
armes de l'hôtel-de-ville de lAmoge» n*ait jeté un grand jour sur 
l'antique organisation municipale de cette ville. 

A la vérité, nos notices ne sauraient être comparées à une dis- 
sertation. Elles se bornent à la description de la légende et du 
dessin de chaque sceau, avec l'indication sommaire et la date de 
l'acte auquel il est appendu. Nous avons pris à cet égard pour 
modèles les grands ouvrages cités plus haut. Nos recherches, quoi- 
que nous les ayons poursuivies avec persévérance, notamment 
dans les vastes collections de Paris, ne peuvent être considérées 
que comme un essai. On ne saurait d'ailleurs se flatter d'être com- 
plet en pareille matière. Nous nous sommes surtout proposé d'ap- 
peler l'attention sur ce genre d'études archéologiques, qui a été 
pendant bien longtemps négligé. Quand on consulte les immenses 
recueils formés sur diverses provinces, celui de Baluze, par exem- 
ple, pour le Limousin, celui de l'abbé Lespine pour le Périgord, 
on est frappé du peu d'importance qu'on attachait à la description 
des sceaux; quelquefois il est fait mention, au bas de la copie 
d'un acte, que tel sceau a disparu et que tel autre subsiste encore, 
mais sans qu'aucun détail soit donné sur ce dernier. Si Ton ne 
prenait que peu de soin pour les décrire, on n'en prenait sans 
doute pas beaucoup plus pour les conserver. Combien d'exemplai- 
res intéressants pour l'histoire ou remarquables au point de vue 
de l'art ont ainsi disparu I Les notes dont la Société a bien voulu 
ordonner la publication auront peut-être, à défaut d'autres mérites, 
l'avantage de combler une lacune et d'éveiller, sur ces petits mais 
curieux monuments d'un autre Âge, la curiosité du public. 

Notre recueil se divise en deux catégories principales : les 
sceaux laïques et les sceaux ecclésiastiques. 

Les sceaux laïques comprennent les séries suivantes : vicomtes 
de Limoges, villes, familles seigneuriales, sénéchaussées et séné- 
chaux, cours et juridictions, offices, associations, collèges. 

Dans la série des sceaux des vicomtes de Limoges, l'ancienne 
dynastie des vicomtes, les dynasties de Comborn, de Bretagne, de 
Navarre et de France sont représentées par des exemplaires inté- 
ressants. Nous signalerons surtout les sceaux équestres de Guy IV, 
d'Adhémar V, de Guy VI, de Jean de Bretagne, qui offrent de 
beaux échantillons de ce type remarquable. Ceux de Marguerite 



SIGtLLOGRAPOIE DU DÉPARTEMENT DE LA BATJTB-VÎBNNE. M 9 

de Bourgogne, reuve de Guy VI, et de Jeanne de Flandre, épouse 
de Jean de Montfort, qui représentent la vicomtesse debout, dans 
les costumes de répo(iue, et la première portant un faucon sur le 
poing, sont également très intéressants. Les sceaux plus récents 
sont au type armoriai, sauf celui d'Antoine de Navarre et du comte 
d'Artois, qui, par leurs dimensions et par leur dessin, rappellent 
les sceaux de tnajeslé des rois et princes souverains. 

Les sceaux des villes ont déjà été décrits par M. Guibert. Nous 
nous sommes borné à reproduire sommairement les détails donnés 
par lui. Ces sceaux sont d'un haut intérêt archéologique et histori- 
que, notamment celui du consulat du château de Limoges, monu- 
ment sigillographique de la plus grande originalité. 

Les grandes familles du département de la Haute-Vienne, 
les Bonneval, les Lastours, les Montbrun, les Pierrebuffière, 
les Pérusse, les Rochechouart, sont largement représentées 
dans la série des seigneurs. Ici encore on remarquera les 
sceaux équestres de Seguin de La Porcherie, de Jean de Pierre- 
buffière, d'Aimery de Rochechouart : ce type est caractéristique 
des puissantes maisons féodales. Au point de vue artistique, nous 
citerons le très joli sceau dltler de Pérusse, commandeur de 
Bellechassagne, lequel représente un homme de guerre appuyé sur 
sa lance et couvert de son écu : ce sceau, malgré ses dimensions 
restreintes, est d'une exécution très fine et très soignée et constitue 
un petit chef-d'œuvre de gravure. 

Les sceaux des seigneurs sont en général de forme ronde et en 
cire rouge, tandis que les sceaux ecclésiastiques anciens sont de 
forme ogivale et en cire verte, brune ou jaune. Cette observation 
n'est pas spéciale au Limousin ; nous croyons qu'elle peut s'appli- 
quer aux sceaux du moyen âge dans toutes les régions. 

Les sceaux des cours et juridictions sont en grand nombre, 
principalement en ce qui concerne la vicomte. On doit noter ceux 
de la juridiction consulaire du château de Limoges, qui reprodui- 
sent le type au chef de saint Martial dont il a été parlé plus haut. 
Ceux des partages de Saint-Léonard et de Saint-Yrieix méritent 
également une mention. 

Rien de particulier à dire sur les autres séries laïques. 

Les sceaux ecclésiastiques se subdivisent ainsi : évoques de 
Limoges, offlcialités diocésaines, églises et chapitres, confréries 
et communautés, cours et juridictions ecclésiastiques, clergé régu- 
lier, sceaux ecclésiastiques divers. 

Ainsi que nous l'avons dit, les sceaux des évéques, ainsi que 
ceux des abbés et des abbayes, sont, du moins au xm* et au xiv 
siècles, de forme ogivale. On trouvera cependant dans nos articles 



4^0 SOCIÉTâ ABCHÉOLOGIQUE ET HISTOBIQUF. DU LIMOUSIN. 

un sceau rond de Tévéque Jean IV Barton ; mais il est spécifié dans 
l'acte que ce sceau n'est employé qu'en Tabsence du grand, c'est-à- 
dire à titre exceptionnel. Dans les sceaux antérieurs au xv* siècle, 
l'évéque est représenté debout, mitré, crosse et bénissant. A partir 
du XV' siècle, le type devient banal : un écusson aux armes de 
révoque, cime de la mitre et de la crosse et timbré du chapeau 
épiscopal, dont les houppes retombent des deux côtés de l'écusson. 

Les abbés sont également représentés debout, tenant une crosse 
ou un bâton de la main droite et un livre de la main gauche, dans 
une niche gothique. Quelquefois la niche principale est accompa- 
gnée de niches latérales, dans lesquelles sont figurés des person- 
nages en prière. Ces édicules sont presque toujours ouvragés avec 
finesse et rappellent, par leur ornementation, les élégants détails 
de l'architecture gothique. Parmi les sceaux que nous décrivons, 
on remarquera ceux de plusieurs abbés de Grandmont ; la dimen- 
sion de ces sceaux dépasse plus de soixante millimètres; leur 
exécution est remarquable ; ils sont vraiment dignes de cette puis- 
sante abbaye, qui a laissé de si grands souvenirs dans Thistoire 
ecclésiastique et aussi dans l'histoire artistique du Limousin. 

Les autres sceaux ecclésiastiques présentent beaucoup d'analo- 
gie avec les précédents ; ils ne donnent lieu à aucune observation 
particulière. 

Nous exprimerons en terminant l'espoir que des communications 
nouvelles viendront combler les lacunes que présente notre 
recueil. 



SCEAUX DU DÉPARTEMENT DK LA HAUTE-VIENNE. 

PLANCHE I. 





1 bis 



Fif(, I et I bis. Sceau et contre-sceau d'Adémar V, vicomte 
de Limoges (fin du xii* s.) (n« »). 



SIGILLOGRAPHIE DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-VIENNE. iSl 



PREMIÈRE PARTIE 



SCEAUX LA.IQUES 



SÉRIE I 

VICOMTES DE LIMOGES 

N** 1 . — GUY IV (1), vicomte de Limoges (xiP siècle). 

Fragment d'une matrice en bronze. Sceau rond de 76 milli- 
mètres. 

Ugende. — SIGILL GVID LEMOVICENSIS. 

fSigillum Gnidonis, [vice-comitis] Lemovicensis.J 

Dessin. — Un guerrier à cheval , coiffé d*un casque , tenant une 
lance ou une épée de la main droite et la bride de son coursier de 
la main gauche; il galope vers le côté sénestre du sceau. 

(Décrit par M. Maurice Ardant dans le Recueil des travaux de la 
Société de sphragistique de Paris, t. I", p. 87). 

N^ 2. — ADÉMAR V(2), vicomte de Limoges (fin du 
xn* siècle). 

Sceau rond (75""), appendu à une charte dans laquelle le vi- 
comte passe de Tobéissance de Richard Cœur-de-Lion sous celle 
de Philippe-Auguste (sans date). 



(<) Fils d'Archambaud IV, vicomte de Comborn, et d*Humberge, sur- 
nommée Brunissende, fille d'Adhémar III, vicomte de Limoges ; vicomte 
de Limoges en U39; marié 4<> à Marquise, fille de Roger II de Montgo- 
mery, comte de Lancastre, et d'Almodis de la Marche; 9o à N., fille de 
Thibaut, seigneur de Blazon, sénéchal de Poitou; mort en 1448. 

(2) Fils d*Adhémar lY de Comborn, vicomte de Limoges, et de Mar- 
guerite de Turenne; vicomte de Limoges en 4148; marié à Sara, fille de 
Raynaud, comte de Cornouailles ; mort en 1 1 99 . 



4lt socièrt argbAolociqpb it iisroftiQUB du lmousin. 

Légende. — f SIGILLVM ADEMA.. ..CECOMITIS LEMOVI- 
CENSIS. 
fSigilluH Adeviari, vie^comitis LefnovicensisJ, 
Dessin. — Sceau équestre. Le cavalier à gauche. 

CONTRE-SCEAU. 

Ugande. — SECRKTM A LEMO VICECOMITIS. 

fSecretum Ademariy Lemovicensis vice-comitisj. 
Dessin. — Ecu parti : à dextre, peut-être un lion (1); à sénestre, 
un coticé. 
(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n* 767). 

Voir figures 1 et i 6m. 

N^ 3. — GUY VI (2), vicomte de limoges (1249). 

Sceau rond (65°"" environ). 

Légende f?J. 

Dessin. — Sceau équestre; le cavalier à droite, Vépée à la main, 
robe flottante sur l'armure; bouclier parti : aul, à trois lions 
rampants, 2 et 1 (3) ; au 2, à quatre bandes. 

REVERS. 

Légende f?J. 

Dessin. — Ecu droit aux mômes armes; seulement le 2 est à six 
bandes. 

(Archives départementales des Basses-Pyrénées, E, 749. — 
P. Raymond, Sceaux des Arehif^es des Basse^-PfrénéeSy n* 55). 

Voir figures 2 et 2 frû. 

N« 4. -- Ls NÉMB (1249). 

Sceau rond (46°""*), appendu à un acte portant confirmation 
d'une acquisition faite parle prieur de Grandmont (1249). 

Légende. — S' GVIDON 

(Sigillum Guidonis *...../ 



(f) Non» reproduisons le texte de Tlnven taire, mais nous pensons que 
le seeau portait trois lions léopardés, 9 et i. Voir les numéros suivants. 

(I) Fils de Guy V de Combora, vicomte de Limoges, et d*Ermengarde, 
marié à Marguerite de Bourgogne, fille d'Hugues fV, duc de Bourgogne, 
et de Yolande de Dreux, et veuve de Guillaume, seigneur de Mont-Saint- 
Jean, mort le 13 août 4f63. 

(a> D*or, à ipois lions léopardés d*azur, armés et Tampassés de gueules, 
2 et 1. 



SCEAUX DU DÉPARTEMENT DE 1.A HAUTE-VIENNE. 

PLANCHE IL 




9 bis 




3 bU 



Fig. 2 et 2 bis. Sceau et contre sceau de Guy VI, vicomte de 
Limoges (1249) (n« 3). 
Fig, 3 et 3 bis. Sceau et contre-sceau du même (1249) (n® 41). 



SIGILLOfilÀPHIB DO D^AUTBICRNT DK Lk ■AOTE-VIBRIII. H3 

Denm. — Un cheTalier armé d6 toutes pièces, galopant de dextre 
à sénestre. Le bouclier porte un écu parti : au 1, à trois lions, 
3 et 1 ; au 9, & six bandes. 

REVERS. 

Ugende ffj. 

Dessin^ — Ecu droit aux mêmes armes, avec cette différence 
que les lions sont contournés. 

(D'après une note et un dessin de la collection Gaigniëres. 
Bibliothèque nationale, mss. Fonds latin, 1. 17118, V 3S4). 

N* 5. — Le même (1252). 

Sceau rond (1) (58""), appendu à un acte portant vente à la 
Chartreuse de Glandier (17 des calendes de janvier 1252). 

Ugende f?J. 

Dessin^ — Un chevalier armé de toutes pièces, galopant de 
dextre à sénestre; la housse et le bouclier sont armoriés (parti : 
au 1, à trois lions, 2 et 1 ; au 2, à sept bandes). 

REVERS. 

Légende f?J. 

Dessin. — Ecu droit (de forme moderne), aux mêmes armes. 

(D'après une note et un dessin conservés dans la collection 
Gaignières. Bibliothèque nationale, mss. Fonds latin, t. 17118, 
f309). 

Voir llgvrM 3 «t 3 Mi . 

N*» 6. — UARGUERITE DE BOURGOGNE, yeuve 
de Guy VI, vicomte de Limoges (1268). 

Sceau ogival (80"""^ de hauteur), appendu à une charte du 
1*' avril 1268. 
Ugende. — f S' MARGVARITE. FIE. DVCIS. BVRGOD' VICE- 
COMITISSE. LEMOVICN. 
fSigillum Marguante, filie ducis Burgondie, vice- 
comitisse UmovicensisJ. 



(I) Ce sceau et celui que nous avons décrit diaprés M. P. Rarmond 
{n^ 3) présentent une grande ressemblance; toutefois les dimensions 
indiquées par M. Raymond, d'une part, et par le dessin du recueil de 
Gaignières, de Taulre, sembleraient indiquer que les deux sceaux sont 
différents. Nous devons ajouter que le dessin de Gaignières ne saurait être 
regardé comme absolument exact, car au xin* siècle la partie inférieure 
des écussons ne se terminait pas en accolade, mais en pointe arrondie. 



124 SOCIÉTÉ ARCHÉ0L061QUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

Dessin. — Sous une arcade gothique, la vicomtesse debout, en 
robe et manteau vairé, tenant un oiseau au poing. A dextre, un 
écu qui semble un échiqueté ; à sénestre, le bandé à la bordure de 
Bourgogne ancien. 

CONTRE-SCEAU. 

Ugende. — f S' MARG VICE GOMITISSE LEMOVIC. 

fSigilhim Marguarite vice-comitisse LemovicensisJ. 
Dessin, — Ecu parti : au i, à trois lions rampants (i); au 2, coticé. 
(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n° 768). 

Voir figures 4 et 4 bis. 

N<» 7. — JEAN DE BRETAGNE (2), vicomte de 
Limoges (1308). 

Fragment de sceau rond (60°"°"), appendu à une procuration 
donnée par le vicomte pour assister aux Etats-généraux (lundi 
post Misericordiam Domini, 15 avril 1308). 

Ugende. — DE BRITANIA ARMIGERI. 

Dessin. — Sceau équestre aux armes. Il reste des traces d'échi- 
queté sur la housse. 

CONTRE-SCEAU. 

Légende. — f COTRA S' lOHIS DE BRITANIA ARMIGI. 

fContrasigillum Johannis de Britanid, amiigerij. 

Dessin, — Ecu indistinct, où l'on reconnaît pourtant l'écEiqueté, 
au franc-canton d'hermines (3). 
(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n° 769). 

Voir figures 6 et 5 bis. 



. (I) Voir les noies du numéro précédent. 

(S) Néenmars 1286 (n. st.); fils d'Arthur H, duc de Bretagne et de Marie, 
vicomtesse de Limoges; vicomte de Limoges en 1297; marié : 1® en H97 
à Isabelle de Valois, fille de Charles de France, comte de Valois, et de 
Marguerite de Sicile (née en 1292, morte en 1309); «*» en 1340, à habelle 
de Castille, fille dcSanche IV, roi de CastiUe, et de Marie de Molina rnée 
en 4283, morte en 1328); 3© en 1239, à Jeanne de Savoie, fille d'Edouard, 
comte de Savoie, et de Blanche de Bourgogne (morte en 1334); mort 
en 1341. 

(3) Echiqueté d*or et d'azur, au franc-canton d'hermines, à la bordure 
de gueules, qui est de Bretagne-Dreux. 



SCEAUX DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-VIENNE. 

PLANCHE III. 





4 bis 





Fig> 4 et 4 bis. Sceau et contre-sceau de Marguerite de Bourgogne, 
veuve de Guy VI, vicomte de Limoges (1268) (n<> O). 

Fi^. S et S bis. Sceau et contre-sceau de Jean de Bretagne, vicomte 
de Limoges (1 3o8) (n® T). 



SIG1LL0GRAPBII DU DÉPARTEMRtVT DE LA BAUTB-TIKNNB. 4t5 

N' 8. — JEANNE DE FLANDRE (1), épouse de Jean 
de Montfort, vicomte de Limoges (1341). 

Sceau ogival (TO""*), appendu à des lettres de trêve conclue 
entre « Jehanne de Flandres, duchesse de Bretaigne, comtesse de 
Richemond, de Montfort, et vicomtesse de Limoges », et Charles de 
Montfort(1341). 

Légende. — S : lEHANNE : DE : FLADRES : ET : DE : S CO- 

TESSE:D':MONTF... 
(Scel Jehanne de Flandres et de Limoges, comtesse 
de Montfort), 
Dessin. — La duchesse debout dans une niche gothique. A dex- 
tre, un écu d'hermines à la bordure chargée de six lionceaux ; à 
sénestre, Técu au lion de Montfort (2). 
(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n* 545). 

Voir figure 6. 

N' 9. — CHARLES DE BLOIS (2), vicomte de 
Lamoges (1345). 

Fragment de sceau rond (32""), appendu à une charte où 
« Charles, duc de Bretagne, vicomte de Limoges, sire de Guysc et 
du Maine », nomme des procureurs pour faire Tassiette de 5,000 
livres de rentes à lui dues par le comte de Blois, son frère (18 sep- 
tembre 1345). 

Légende. — .IGIU : KAR IS : BRITAN.... 

fSigillum Karoli, ducis BritannieJ. 

Dessin. — L'écu d'hermines dans une rosace. 

(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n°'542). 

Voir figure 7. 



(\) Fille de Louis de Flandre, comte de Nevers, et de Jeanne de 
Rethel; mariée en 1329 à Jean de Bretagne, comte de Montfort, fils 
d'Arthur 11, duc de Bretagne, et de Yolande de Dreux, vicomte de Limoges 
en 4341, mort en 4345. 

(2) Montfort : de gueules, au lion d'argent, la queue nouée, fourchée 
et passée en sautoir. 

. (3) Fils de Guy de Ghàtillon, comte de Blois, et de Marguerite de Valois; 
marié le 4 juin 1337 ft Jeanne de Bretagne, vicomtesse de Limoges, fille 
de Huy de Bretagne, comte de Penthièvre, et de Jeanne d'ivaugour; 
mort le l9 septembre 4364. • 



tlé SOaÉri ABCBâOLMlQUR n IUTOAIOOK »0 UMOCMUf. 

N* 10. -^ JEANNE (1), duchessa de Bretagne, yicom- 
tesse de làmogres (1384). 

Sceau rond (32"''), appendu à un acte par lequel la duchesse 
certifie que Thomas de la Marche, son cousin, a fait les guerres de 
Bretagne sans avoir eu payement de ses gages (Léhon, 18 août 
1351). 

Légende. — CHESSE ... BRE 

f. . . .duchesse [de] Bretagne J. 

Dessin. — Eou parti : au 1, d'hermines ; au 2, d'hermines à la 
bordure (2); dans une rose gothique ornée d'animaux chimériques. 

(Bibliothèque nationale, mss. Clairambault, t. XXI, P 1817). 

N^ll.— La MÊME (1869). 

Sceau rond (8^"), appendu à une charte portant don de la 
vicomte de Limoges par la duchesse au roi (Paris, 9 juillet 1369). 

Ugende. — SEEL : lEHANE : DVCHESSE DE BRETAIGNE. 

Dessin. — Sceau armoriai. Au centre, Vécu d'hermines, en 
losange, accosté sur ses quatre faces de quatre petits écus ronds : 
le premier, d'hermines plein, qui est de Bretagne; le second, d'her- 
mines à la bordure (de gueules), qui est de Penthîèvre; le troi- 
sième, de trois lions (d'or, à trois lions léopardés d'azur, armés et 
lampassés de gueules), qui est des vicomtes de Limoges; le qua- 
trième, d'un coupé (?). Dans les compartiments qui les séparent 
sont quatre anges. 

COWTRE-SCEAU. 

Le contre-sceau est de très petite dimension. 

Pas de légende. 

Dessin. — Ecu rond parti de Bretagne et de Penthièvre. 

(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n* 543). 

Voir figures 8 et 8 bit. 



(1) FlUe de Guy de Bretagne, comte de Penthièvre, et de Jeanne 
d*Avaugour; mariée le i jain 1337 à Charles de Blois, fils de Guy de 
ChàtilloD, comte de Blois, et de Marguerite de Valois ; vicomtesse de 
Limoges en 4331; duchesse de Bretagne en 1341 ; morte le 10 septembre 
1384. 

(9) PMî : an I, nenmme^ fû eal de Bretagne; au 9, d'hermines, à 
la bordure de gneoles, qui est des vicomtes de Limoget de la maison de 
Bretagne. Ces armes furent adoptées par Guy de Bretagne, père de feanne* 



tlOnAOOBàPBHT DU OtTAtTSMUrt DB LK «AUTB-nSNIlK. UT 

N^12. — JEAN DE BRETAGNE (1), comte de Peu- 
tbiàvre, vloomte de ZJjnoffes (1398). 

Sceau rond (50""), appendu à un rapport de la ville et terre 
d^Aresneâ (Undrecies, 9 avril 1398). 

Pas de légende. 

Dessin. — Ecù d'hermines i la bordure, timbré d'un heaume 
eouronné ei cime d'une tète d'aigle moucheèée d'hermines, sup- 
porté par un lion ei un griffon. Dans le champ, des fleurs et des 
feuillages. 

(Archives départementales du Nord. — Demay, Inventaire des 
sceaux de la Flandre, n"" 379). 

N' 13. — MARGUERITE DE CLISSON (2), veuve de 
Jean de Bretagne, vicomte de lAmogeB (141â). 

Fragment d'un sceau rond (35"" environ), appendu à un accord 
relatif à la succession de Glisson (Ploërmel, 27 mai 1413). 

Légende détruite. 

Dessin. — Dans un cercle dentelé, un écu losange, parti : au 1, 
à quatre macles ; au 2, à un lion (3). 

(Archives départementales des fiasses-Pyrénées, E, 696. — 
P. Raymond, n« S6). 

N» 14. — OLIVIER DE BRETAGNE (4), vicomte de 
Ldmogee (1428). 

Sceau rond (82'"''), appendu au traité de la cession du Hainaut 



(f) Jean de Blois, dit de Bretagne, comte de Penthièvre, vicomte de 
Liàoges; fils d« Charles de Biots et de Jeaane, d^ichesse de Bretagne, 
marié le 20 janvier 1387 k Marguerite de Glisson, fille d'Olivier de Ciisson, 
oonnétable de France, et de Béatrix (oa Catherine) de Laval; mort le 16 
janvier 4403. 

(S) Voir la note du no IS, 

(3« CUsson : de gueules, au lion d'argent armé, iampassé et couronné 
d'or. 

(i) Filt de Jean de filoia, dit de Bretagne, vicomte de Limogea, comte 
de Penthièvre, et de Marguerite de ClUson ; vicomte de Limoges en 1403; 
marié en 1406 k Isabean de Bourgogne, fille de Jean de Bourgogne, 
comte d'Artois, de Flandre et de Bourgogne, et de Margueriie de 
Bavière. 



IS8 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LlMOUSlIf. 

au profit de Philippe-le-Bon par la comtesse Jacques de Bavière 
(Mons, 18 septembre 1428). 

Ugende.—S: OLR : DE BRETAIGNE ...NTE .E PENTHEVRE 
VICONTE DE LIMOGES. 
fScel Olivier de Bretaigne, comte de Penthièvrey 
vicomte de Limoges J. 

Dessin. — Ecu d^hermines à la bordure, timbré et cime comme 
le n? 12, avec les mômes supports. Dans le champ, deux équerres, 

(Archives départementales du Nord. — Demay, Inventaire des 
sceaux de la Flandre, n" 280). 

N' 15. — ISABELLE DE LA. TOUR (1), épouse de 
Guillaume de Bretagne, vicomte de Limoges (1455). 

Il ne subsiste que le contre-sceau. 

CONTRE-SCEAU. 

Rond (24""), appendu à un hommage du syndic de la collégiale 
de Saint-Germain, près Saint-Yrieix (Ségur, 26 juillet 1455). 

Légende, — CONTRESEEL YZABEAV DE LA TOUR. 

Dessin, — Ecu en losange parti : au 1, d'hermines, à la bordure 
(de gueules) ; au 2, coupé : au premier semé de France à la tour 
d'argent maçonnée de sable, qui est de La Tour, et au deuxième, à 
un château à trois tours. 

(Archives départementales des Basses-Pyrénées, E, 850. — 
P. Raymond, n° 61). 

N» 16. - ANTOINE DE BOURBON (2) ET JEANNE 



(1) Fille de Bertrand V, seigneur de La Tour et de Boulogne, comte 
d'Auvergne, et de Jacquette de Peschîn; mariée 1®, en juin I4îk), à 
Guillaume de Bretagne, comte de Penthièvre et de Périgord, vicomte de 
Limoges, fils de Jean de Blois, dit de Bretagne, comte de Penthièvre, 
vicomte de Limoges^ et de Marguerite de Clisson ; 2% en 4458, à Amaud- 
Amanieu d'Àlbret, «îre d'Orval, fils de Charles 11, sire d'Âlbret et comte 
de Dreux. 

(2) Antoine de Bourbon, due de Vendôme, né en 1548, fils de Charles 
ide- bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise d'Alençon : marié en 
.4548 à Jeanne d'Albret, princesse de Béarn, fille d'Henri H d'Albret, roi 

de Navarre, et de Marguerite d'Orléans ; roi de Navarre en 1555 comme 
époux de Jeanne d'Albret ; mort en 4.H62. 



SCEAUX DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE- VIENNE. 

PLANCHE'IV. 




8 bis 

Fig. 6. Sceau de Jeanne de Flandre, épouse de Jean de Montfort, vicomte de Limoge jt 
(1341) (n» 8). 

Fiq. 7. Sceau de Charles de Blois, vicomte de Limoges (1315) (n« 9). 

Fig. 8 et A bin. Sceau et contre-nceau de Jeanne, duchesse de Bretagne, vicomtesse de 
lârooge» (1369) (n* 1 lu 



S16ILL06RAPHIV DU DÉPARTEMENT DE LA BADTE-TIENNB. 139 

D'ALBHET (1), roi et reine de Navarre, vicomte et 
vicomtesse de Limoges (1556). 

Fragment d'un sceau rond (iH""' environ), appendu à un acte 
par lequel Antoine, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, seigneur 
souverain de Béarn et de Donesan, duc de Vendômois et de Beau- 
mont, comte deFoix, Bigorre, Armagnac, Périgord, et vicomte de 
Limoges, et Jeanne, par la même grâce reine de Navarre, dame 
souveraine de Béarn, duchesse, comtesse et vicomtesse des dits 
lieux, notifient au juge, procureur et autres officiers de leur châ- 
tellenie d'Ayen la confirmation d'un droit de sépulture dans l'é- 
glise d'Aycn, au profit de Jean de Montfrebeuf, écuyer, seigneur 
de La Chabrolie (Limoges, 26 décembre 1656). 

Légende détruite. * 

Dessin. — Sceau de majesté. Le roi et la reine assis sur leur 
trône. Autour, une bordure d'écussons parmi lesquels on ne dis- 
lingue plus que ceux de Navarre (de gueules, aux chaînes d'or 
posées en croix, en sautoir et en orle), de Foix (d'or, à trois pals 
de gueules) et d'Evreux (de France, à la bande componée d'argent 
et de gueules). 

(Archives du château de la Chabroulie, à M. Seguin. — Com- 
muniqué par M. Champeval). 

N*» 1 7 . — ANTOINE DE BOURBON, roi de Navarre, 
vicomte de Limoges (1562). 

Sceau ovale (28"" sur 20), empreinte sur papier, plaqué sur 
une quittance de gages donnée par Antoine, par la grâce de Dieu 
roi de Navarre, seigneur souverain de Béarnais,... duc de Ven- 
dômois, d'Albret, de Beaumont, de Nemours et de Gaudre,... 
comte de Foix, d'Armagnac, de Périgord, de Bigorre et de Marie, 
vicomte de Limoges,... premier pair de France, capitaine de cent 
hommes d'armes des ordonnances du roi (24 juillet 1562). 

Pas de légende. 

Dessin, — Ecu droit écartelé de Navarre et d'Evreux, sommé de 
la couronne royale et entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel. 

(Bibliothèque nationale, mss. Pièces originales, Navarre, dossier 
47700,^67). 



(1) Née en 1598; fille d'Henri il d'Albret, roi de Navarre, et de Mar- 
guerite d'Orléans; princesse de Béarn, reine de Navarre en 1555 ; mari(^c 
en 1548 à Antoine de Bourbon, duc de Vendôme; morte en 1573. 

T. zxxvu. 9 



130 soeiiré hwmioioGiQvu, wt BisTOitooe ta UHOOSiir. 

N* 18 {!). ~ HENRI II D'ALBRET (2), roi de Na- 
varre, vicomte de Limoges (1531-1838). 

Sceau rond (80"°), erapreinle sur papier, appendu à deux 
quiitances de gages donnés par Henri, par la grâce de Dieu roi 
<]6 Navarre, seigneur souverain de Béam, eomle de Foix, de 
Bigorre, Armagnac et Périgord, sire d'Albret, vicomte de Limo- 
ges,... pair de France, ayant la ctiarge et conduite de 80 lances des 
ordonnances du roi (24 septembre 1831, 7 août 1833). 

Légende. — f S : HENRICI : DEI : GRA : NAVARRE : REGIS : 
COMITIS : FVXI : DOMINI : BEARNÏI : ET : 
COMITIS : BIGORRE. 
fSigillum Henrici, Dei gratia Navarre régis, comitùs 
Fuxi, domini Bearnii et comiUs Bigarre). 

Defrin. — Ecu droit, coupe d'un trait, parti de deux (six quar- 
tiers) : au 1, de Navarre; au 2, écarlelé de France et d'Albret; 
au 3, deFoix; au 4, d'or, à deux vaches de gueules accornées, 
colletées et clarinées d'azur (Béarn); au S, de France, à la bordure 
componée d'argent et de gueules (Evreux); au 6, d'or, à quatre 
pals de gueules, flanqué à dexlre de gueules, au château sommé de 
trois tours d'or, à sénestre d'argent^ au lion de gueules (Aragon); 
sur le tout du tout, d'or, à deux léopards de gueules (Bigorre). 
Emaux non indiqués. Couronne royale. Champ orné de rinceaux. 

(Bibliothèque nationale, rass. Pièces originales, Navarre, dossier 
47,700,^89). 

N° 10. — CHARLES-PHILIPPE DE FRANCE (3), 
comte d* Artois, vicomte de Limoges (1778). 

Sceau rond (88""), appendu à des lettres par lesquelles Charles- 
Philippe, lils de France, frère du roi, comte d'Artois, .... comte 
et vicomte de Limoges, .... notifie aux président, trésoriers-géné- 



pi) Ce sceau, dont nous avons eu connaissance tardivement, aurait dû 
être placé, suivant Tordre chronologique, avant ceux d^Anloine de Bourbon 
<n«" 16 Cl 17), 

. (S) Fil» de Jean II d'Albret et de Callierinc de Foîk; aire d'Aibrei eh 
4516, roi de ?iavarre en 4âJ7; marié en 1527 k Marguerite d'Orléans, 
duchesse de Berry et d'Alençon; duc d'Albret en 1550 ; mort en 15Ô5. 

(3) N(^ le 9 octobre 1757; fils de Louis, dauphin de France, et de Marie- 
Josèphe, duchesse de Saxe; marié le 16 novembre 1773 k Marie-Thérèse 
de Savoie, fille de Victor-Amédée III, duc de Savoie, et de Marie- 
Antoinctle-Ferdintade de Bourbon, infante d'Espugne ; roi de France 
le 46 septembre 1614, sous le nom de Charles X; abdiqua le S août 
1830 ; mort le 4 novembre 1836. 



SCEAU3^ OU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-VIENNE. 

PLANCHE V* 




10 





9 bis 



40 bis 



Fig g et g bis. Sceau et conire-sceau du Consulat de la Cité de 
Limoges (i 228-1303) fn» 18). 

Fig. 10 et 10 bis. Sceau et contre-sceau du Consulat du Château de 
Limoges (1229-123^) (n» 19). 



SIGtLLOGKAPBIB DU DÈPAllTKMtfNt DC LA HAUTE -VI EKnB. î31 

raux au bureau de.^ finances de Limoges, que messire Joseph 
Roquet, baron d^Estresses, chevalier, seigneur de Mercœur, a 
rendu hommage pour son fief de Mercœur, mouvant de la 
vicomte de Limoges (Versailles, 4 avril 1775). 

Pas de légende. 

Dessin, — Sur un cartouche entouré de branches d'oUvler, écus- 
son ovale aux armes de France, sommé de la couronne royale et 
entouré du collier de Tordre, le tout posé sur le manteau royal. 

REVERS. 

Pas de légende. 
Dessin. — Type équestre. 

(Archives de M. le baron de Costa, à Beaulieu. — Communiqué 
par M. Champeval). 



SÉRIE II 
VILLES 



N*20, — LIMOGES (Cionsulat de la cité de) (1228-1303). 

Sceau rond (55""), appendu : 1° à un acte constatant la presta- 
tion, par les consuls et les prud'hommes de la Cité, du serment de 
fidélité à Louis IX (vendredi après la Purification 1228, n. st.); *• à 
une charte par laquelle les consuls adhèrent au procès de Boni- 
face VIII (la veille de la Saint-Barlhèlemy, 23 août 1303). 

Ugende, — SIGILLVM CIVITATIS LEMOVICARVM. 

Dessin. — Une enceinte crénelée, avec porte ouverte à gauche, 
renfermant un donjon et deux tours voùlées. 

CONTRE-SCEAU. 

Triangulaire, de 26""^ de hauteur sur 24 de largeur maximum. 

Pas de légende. 

Dessin. — Ecu au lion couronné et à la bordure besantée. 

(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n*5e93. — L. Gui- 
BERT, Sceaux et armes..., p. 24 et planche, et Supplément, p. 5 et 
planche). 

Observations. — « Le sceau de 1303 est Texacte reproduction de 
celui de 1228. Peut-être môme les deux empreintes ont-elles été 
produites à l'aide de la môme matrice. Toutefois, l'exemplaire de 
1228 est assez flou et il y a plusieurs détails qu'il est impossible de 
distinguer, comme les ferrements de la porte, le trait qui accuse 
les colonnettes de la double fenêtre à plein cintre du doiyon et 



132 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

relève la courbe des cintres d'une sorte de cordon. On n'aperçoit 
même pas les petites baies géminées qui, soixante-quinze ans plus 
tard, se détachent nettement sur les deux tourelles. 

» La première mention que nous connaissions du sceau de la 
commune de la Cité nous a été fournie par un actç du Cartulaire de 
Saint-Etienne de Limoges, sous la date de 1303 (Bibliothèque 
nationale, Recueil de D. Col, mss. latin 9133, et fonds Moreau, 
collection de chartes, t.CV, f* 22). »(L. Guibert, Sceaux et armes ... 
Supplément^ p. 6). 

Voir figures 9 et 9 bis. 

N*» 21. — LIMOGES (Consulat du château de) 1229- 
1254). 

Matrice en bronze. Sceau rond (53""). — Empreintes appen- 
dues : l"» à un acte constatant l'acquisition d'une renie par la Con- 
frérie des Pauvres à vêtir (1229); 2» à un acte constatant la 
reconnaissance, par I. Arnaus Lo Mazelliers, d'une rente due à 
W. de Villaivenc, sur un banc de marchand étalagiste (peut-être 
un banc charnier), placé auprès du banc de Guy Boutin (janvier 
1246); 3» à un contrat de 1254. 

Légende. — f SIGILLVM CONSVLATVS CASTRI LEMOVI- 
CENSIS. 

Dessin, — Le chef de saint Martial, barbu, sans nimbe, et le 
haut du buste revêtu des ornements pontificaux. Derrière la tête 
passe une bande, sur laquelle on lit : S MAR-CIALIS fsanctus 
Marcialis), 

CONTRE-SCEAU. 

Légende, — SECRETVM. 

Dessin. --Mn agneau passant, avec une houlette terminée en croix. 

(La matrice a été décrite par M. Allou, Description des monuments 
de la Haute-Vienne^ p. 236.— Les empreintes sont conservées, sa- 
voir : celles de 1229 et de 1254 aux Archives de l'Hôpital deLimoges ; 
celle de 1246 aux Archives départementales de la Haute-Vienne.— 
Voir : 1** Talbum de M.Tripon, Historique monumental de l'ancienne 
province du Limousin, n" 84 des planches de Numismatique; 2« une 
note insérée dans la Feuille hebdomadaire de Limoges, année 1775, 
p. 29; 3« L. Guibert, Sceaux et armes...., p. 5 et planche, et le 
Supplément, p. 4 et planche). — En outre, on trouve dans la col- 
lection Gaignières, à la Bibliothèque nationale (t. CLXXXVI, p. 339j 
la description d'un exemplaire du cachet du Consulat appendu à 
un acte de 1206. Sceau et contre-sceau sont entièrement confor- 
mes à ceux dont se servent les consuls vingt- trois ans plus tard. 

Voir figures 10 et 10 bis. 



SIGILLOGRAPUIB DU d6pARTRMBNT DB LA HAUTB-VIKNNB. 133 

N» 22. — LIMOGES (Consulat du château de) (1510). 

Sceau rond (18°" environ), plaqué sur le quitus donné par bs 
consuls en charge à leurs prédécesseurs, pour la gestion de 1505- 
1506 (27 novembre 1510;. 

Ugende, — ... LEMOVICENSIS CONSVLATVS. 
f\Sigillum] Lemovicensis consulatusj. 

Dessin. — Le chef de saint Martial, barbu et accosté des lettres 
STAfsanetus MartialisJ en caractères gothiques. Le champ est plus 
orné que sur le sceau précédent. On ne peut distinguer si la tête 
est diadémée ou nimbée. 

COKTRE-SCEAU. 

Légende effacée; elle parait n*étre pas la môme que celle du 
sceau. 

Dessin. — Même dessin, de dimension réduite. 

(Archives départementales de la Haute-Vienne, article 8057 du 
classement provisoire. — L. Guibert, Sceaux et armes...., p. 7). 

N^' 23. — LIMOQES (Ck^nsulat du château de) 
(1632-1675). 

Sceau ovale (24"" sur 18), plaqué au bas de plusieurs expédi- 
tions ou permissions délivrées par Thôtel-de-ville. 

Pas de légende. 

Dessin. — Un écusson aux armes de la maison de ville de 
Limoges (de gueules, à un buste de saint Martial de carnation, 
velu et diadème d'or, accosté des lettres S M à l'antique de môme, 
et un chef cousu d azur chargé de trois fleurs-de-lys d'or), mais 
sans autre indication d'émaux que l'azur du chef. L'écu est placé 
entre deux branches de laurier dont les liges se croisent au- 
dessous de la pointe. Au-dessus, une tôle d'ange, les ailes 
éployées. 

(L. GuiBERT, Sceaux et armes..:., p. 7). 

N* 24. — MASLÉON (1) (Consulat de) (1292). 

« On ne connaît malheureusement pas les circonstances exactes 
dans lesquelles a été créée, en 1289, celte petite commune, la 
seule, croyons-nous, de tout le Limousin, à laquelle des actes 
authentiques donnent la qualificalion de ville franche. M. Leroux, 
archiviste de la Haute- Vienne, a signalé la mention d'un sceau de 



(1) Aujourd'hui commune de Masléon, cauton de Ghâleauneuf, arrondis- 
sement de Limoges (Haute-Vienne). 



IS4 SOCIÉTÉ ARCSÉ6L00r^(rC m HlStOaiQOE ftC LiVOUftIK. 

ses consuls dans un acte de 1292 (^Bulletin de la Société archéologi- 
que et historique du Limousiji, t. XXXI, p. 392) ». (L. Guibêrt, 
Sceaux et armes...., Supplément, p. 13). 

N^ 25. — SAINT-JUNIEN (1) (1303). 

Fragment de sceau rond (8S""), appenda à une charte par la- 
quelle les consuls adhèrent au procès de Boniface YIII (mercredi 
après la Saint-Barthéleroy, 28 août 1303). 

Ugende. -- f SlGl NIANI. 

(Sigillum \ville Sancti-] Jnniani}. 

Dessin. — Un évêque debout, vu de face, tenant de la main 
droite une crosse écartée, et de la gauehe un cep de vigne chargé 
d'une grappe de raisin. 

CONTRE-SCEAU. 

Légende. — f SIGILLVM VILLE ...NIANI. 
(Sigillum ville [Sancti-] Juniani). 

Dessin. — Un évéque debout, vu de face à mi-Jambes, mitre, 
crosse et bénissant. 

fArchives nationales. Inventaire des sceaux, n* 5694. — L. Gui- 
BERT, Sceaux et armes.. .^ p. 64). 

Voir figures 11 et 11 bis. 

Observations. — Noos avons transcrit la description donnée par 
M. Douët d'Arcq; mais cette description nous paraît inexacte, ainsi 
qu'on pourra s'en assurer en se reportant aux figures 11 et 11 bis. 
Ijd personnage figuré sur le sceau n'est point un évéque : il est 
impossible de reconnaître une mitre dans la pointe qu'orî observe 
sous la croix initiale de la légende, et qui pourrait n'être qn*un 
simple prolongement de la croix; de plus, ce n'est point une crosse 
qu'il tient à la main, mais bien un bâton en tau ou plutôt un bâton 
fleuri; dans l'arbuste qui est à la gauche du personnage il ne serait 
pas téméraire de voir la représentation du « vieux aubépin » sous 
lequel, d'après la légende, dormait saint Junien. Nous pensons donc 

3ue c'est le saint lui-même qui est représenté sur la face principale 
u sceau. L'image de l'évéque est au contre-sceau : c'est tout ce 
qui était exigé par le traité conclu entre l'évéque et la ville : « In 
sigillo vel contrasigillo communitatis signum episcopale ponatur,... 
vel imago episcopi a pectore supra, cum mitra et crossa ». On ne 
saurait décrire avec plus de précision le contre-sceau. 

Le catalogue du musée de Poitiers (Notice des tableaux,... objets 
d*art anciem et modernes... composant les collections de la ville de 
Poitiers, par Brouillet, deuxième partie, p. 701) mentionne un 
sceau-matrice qu'il décrit ainsi : </ Sceau ovale en cuivre (47*"* 
sur 37); xvn* siècle; légende: SANCTVS JVNIÂNVS; dessin : 
saint Junien debout, bénissant un personnage k genoux devant lui, 



(1) Aajoard'hui ehef-lieu de caaton, arronditscmcnt de Rocheehouart 
(Haule-Yienne). 



sieiLLOtmiPatE »v BiPàKWEMEsr us la hautb-viiiiiis. IIS 

tcDaot une crosse d'évéque ». Ce sceau nous parait se rapporter à 
la ville de Sainl-Junien ; toutefois, en l'absence de renseignements 
sur la provenance, nous nous bornons à reproduire les indications 
ci-dessus. 

N* 26. — SAINTLÉONARD (4) (avant 1268). 

Format, dimensions et dessin non connus. 

Légende. - SIGILLVM BVRGENSIVM SANCTI-LEONARDI. 

Observations. — Les recherches que M. Louis Guibert a faites 
sur la ville de Noblat Saint-Léonard, et dont il a bien voulu nous 
faire connaître les résultais, établissent : l*" que, longtemps avant 
la fin du xni* siècle, la ville avait déjà un sceau; 9f que dans le 
cours de ce siècle et au commencement du xiv*, elle a fait succes- 
sivement usage de trois sceaux au moins, qui se difTérencient par 
la légende. C*est ce qui est établi par les pièces d'une procédure 
entre les évêques de Limoges (Gilbert de Malemorl et Renaud de 
La Porte), d^une part, et la ville, de l'autre (Archives départemen- 
tales de la Haute-Vienne, liasse 2440). Laissant de c^ié les textes 
1res nombreux qui affirment l'existence ancienne du droit de sceau, 
nous citerons les deux suivants, qui font connaître les diverses 
légendes dont nous venons de parier : 

Déposition de Pierre Joubert, curé de Saint-Etienne de Noblat 
(1280) : « Ab antiqiw habent sigilhim ; sed in illo erat scriptnm : 
Sigilhtm burgensium SancH-Leonardi ; modo, a duodecim annis 
dira, fecenmt notum sigillum in quo smbi feeertmt : Sigillum 
constdum et commnnitatis ville de NobiliacQ ». 

Mémoire de Tévéque (sans date; vers 1306) : « ... Qmd olim, 
non est diu, homines dicte ville utebantitr quodam sigillo^ cujus 
ngiUi littere erant : Sigillum proborum honiinum ville de Nobiliaco... 
item, quod tempore a brevi, fecertmt sigillum et domum in dicta 
villa, nomine consulatus et commnnitatis ». 

Il semblerait, au premier abord, résulter de la déposition de 
Pierre Joubert qu'au sceau à la légende Sigillum burgensium, a 
succédé immédiatement le sceau à la légende Sigillum consulum, 
de telle sorte que le sceau proborum hominum, cité par Tévéque, 
serait postérieur aux deux autres. Mais certains documents 
historiques paraissent contraires à cette hypothèse. On trouve 
en effet, dans une lettre du roi Jean-sans-Terre, duc d'Aqui- 
taine, datée du 28 mai 1214, la qualification de probi homines 
donnée aux magistrats municipaux de Saint-Léonard {Rotuli litte- 
rarum patenti^im in turre Londinensi asservati, t. I, p. 116)- Cette 
dénomination a peut-être précédé, à Saint-Léonard, celle de con- 
stUs, qu'on trouve cepenaant dès 1224. En tous cas, elle a été 
abandonoée de beone heure, et la dernière seule est en usage 
dans la seconde moitié du xm"* siècle. Il parait donc vraisemblable 
que le sceau proborum hominum a été employé dans la première 
moitié du xni' siècle. 



(1) Aujourd'hui chef-lieu de canton, arrondissement de Limoges 
(Haute-Vienne). 



136 SOCIÉTÉ ABCHiOLOGIQUB BT HISTORIQUE OU UMOUSIN. 

N» 27. — SAINT-LÉONARD (xni« siècle). 

Format, dimensions et dessin non connus. 

Ugende. — SIGILLVM PROBORVM HOMINVM VILLE DE 

NOBILIACO. 
Nous nous en référons à ce qui a été dit au numéro précédent 
sur Fépoque probable à laquelle remonte ce sceau. 

N« 28. - SAINT-LÉONARD (1308). 

Fragment de sceau rond (60"*"*), appendu à une charte par 
laquelle les consuls de Saint-Léonard, Sancti-Leonardi de Nobiliaco^ 
nomment des députés aux Etats-généraux (1"^ mai 1308). 

Légende détruite. 

Dessin, — A droite, un personnage debout, tendant la main à 
un autre à genoux devant lui, les cheveux hérissés et les mains 
jointes, et au-dessus duquel sont des ceps attachés à une chaîne. 
Le champ du sceau est d'un treillis de fleurs-de-lys. 

CONTRE-SCEAIJ. 

Légende, — f SECRETVM. 
Dessin. — Une main tenant des ceps. 

(Archives nationales. Inventaire des sceaux, n» 5695. — L. Gui 
BERT, Sceaux et armes...., p. 65 et 66.) 

Voir figures IteUt Ins. 

Observations. — Sans pouvoir rien afllrmer, puisque Texem- 
plaire des Archives est incomplet, nous pensons, à raison du 
rapprochement des dates, que ce sceau est celui qui portait la 
légende : Sigillum consulum et communitatis ville de Nobiliaco. 
Ainsi qu'on l'a vu plus haut, l'enquête de 1280, citée au n- 26, 
constate que le sceau portant cette légende fut adopté douze ans 
environ avant cette date fa duodecim annis citraj, par conséquent 
vers 1268. 

N^ 29. — SAINT-LÉONARD (après 1696). 

Sceau rond (25"*"). 

Légende. — SCEL D. L'HOSTEL D. VILLE D. S. LEONARD. 
fScel de rhostel-de-ville de Saint-Léonard J. 

Dessin. — Un écu aux armes de France, surmonté de la cou- 
ronne royale. Dans la partie supérieure du champ, de chaque côté 
de la couronne : ED-IT 16-96. 

(L. GuiBERT, Sceaux et armes..... Supplément, p. 19). 

Voir figure 13. 

fA suivre J. Ph. de Bosredon. 





-5) 

o 




1 

«3 

& 



ROLAND 



ou 



SCULPTURES DE NOTRE-DAME DE LA RÈGLE 



Le symbolisme joue un grand rôle dans les sculptures et les 
peintures du moyen flge, notamment à Uépoque romane. Les artis- 
tes de cette époque puisaient leurs inspirations dans les livres 
saints; c'est pourquoi on trouve très fréquemment dans les sculp- 
tures qui décoraient Fextérieur ou l'intérieur des églises, sur les 
châsses ou reliquaires ornés d'émaux champlevés, dans les pein- 
tures et miniatures sur vélin, le Christ bénissant, entouré des 
quatre animaux mystérieux, symbole des quatre évangélistes. Ce 
sujet est représenté sur la face orientale du tombeau de saint 
Junien ; sur cette même face, à droite et à gauche, figurent, Fun 
sur l'autre, les sept anges de l'Apocalypse, tandis que, sur les faces 
latérales, on voit les vingt-quatre vieillards, tenant à la main des 
instruments de musique et des vases de parfums. 

Ce n'est pas seulement dans la Bible que les artistes de cette 
époque puisaient leurs inspirations : ils trouvaient encore des 
sujets dans l'histoire ecclésiastique et dans les légendes des saints. 
Le triomphe de Constantin figurait dans un grand nombre d'églises 
de l'ouest de la France; et nos reliquaires limousins représen- 
taient quelquefois des scènes de la vie des saints dont ils renfer- 
maient des reliques. 

C'est ainsi que, sur quelques-uns de nos reliquaires, on voit 
différentes scènes de la légende de sainte Valérie, le martyre de 
saint Thomas de Cantorbéry (1), etc. 

(1) Abbé Texibr, Esaai sur les émailleurs de Limoges. — Poitiers, 
1843, p. 987. 

T. xxxvii. 10 



138 SOGlÉTé ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU ttMOUSltf. 

Mais ce qui est plus étonnant, ce qu'on n'a pas assez remarqué 
jusqu'à ce jour, ce que nous voulons aujourd'hui mettre en 
lumière, c'est que les sculpteurs du moyen âge se sont inspirés 
aussi des romans de çt^^çâlerie. Oui, l«s artistes chrétiens de 
répoque romane sculptaient sun la façade des églises, dans le 
tympan des portails, sur les grands chapiteaux des colonnes mas- 
sives, des scènes guerrières ou des personnages légendaires 
empruntés aux romans de chevalerie ou aux chansons des trou- 
badours. 

Npujs ^llons^ do^ifei; ]^Qur ejK^mpfe les^scu^uces qui ocn^kpt^be 
portail de Notre-Dame de la Règle, église bâtie au xi* siècle, et dans 
laquelle le pape Urbain II célébra une des trois messes du jour de 
Noël, le 25 décembre 1098. 

On voit au Musée de Limoges deux bas-reliefs très beaux qui 
proviennent du portail de cette église : l'un représente un cheva- 
lier armé de toutes pièces ; l'autre, un cheval sans son cavalier. 
Nous possédons un troisième bas-relief qui vient de ce même 
portail ; il était consecvé à la BibJdoihàque dju grand Séminaire 
(autrefois .abbaye d^ la Règle). Un des diceelieurs, Ifr. L'abbé Mieq, 
q,ui u'attachait aucune ixnpor.taiice à. ceUe seuiplure, la donna à 
M.. Muret de PagadiCvarcb/éologue de SadnL^uiuep, tequet i^onâ.en 
lili cadeau^ il y a plus de quarante ans. Elle représeoto un.guernier 
tombé à terre, tenant d'une main: sa jamlie blessée: et. de- l'autre 
sonnaat de la tarompe (1). 

Nous n'avions pajs cherché à deviner la. signiAcation. de^ ce basn 
relief, et nou& n'y avions va qu'ua oaf)rijce d'actistet ua sujeè de 
pure fantaisie. 

U y a neuf ou dix ans, M. Bmiie IMMinief^ paaaant. à 
Ijiimog^^ ^aîta le Musée> lapidaire, et ib s^'écuia em veyiaiié le 
superbe bas-reliefs qui neprésenta te chevalier' :> «. Tlenalr ^ilà 
Eolandl o'B3t ainsi qu'il est représenté dans, la tapisserie* de 
Ba^'QUxI ». -r*. GeUa parole, recueilliô pair M. Nlvet^Ecmlaubect^ qui 
étaijt; présent et qui nous. ïai rapportée, cette pairoln- în\> pour nous 
un trait; dtt Itimièire. Si le bas-nelief: qui pcovieiitL dui partaâl dfe 
li'^J>ba^e de la Règle et où est soulptée ku figurai d'un; cbeMalier 
représente Bioland. déboula, la cheval qui élail à) eôtée^tite destnter 
de Roland, appelé Veillantif dans le poème, eUlei fragmenô.que 
i)P^s, possédons* et: qui. pl*ovien^ de la même atibajiei nspcésente 
Èplapd blessé et. sonnant, du cop pous* appi^ft se& compagwms 
d'armes. 

Donnons une description de ces trois bas-reliefs. 

(1) Nous avons cédé ce bas-relief au Musée dugrand séminaÎPddè bbneges. 



&0S.AN1I OU seuLrrcBm^ b» mnn»^xwB ^ k« Éè^n^ f39 



PREMIER BAS-RELIEF. 

Le premier bas-relief est très précieux, en ce sens qu'il nous 
fournil de curieux détails sur le costume de guerre de cette 
époque. 

Dans un encadrement en forme de carré long, dans le sens de 
la hauteur (haut de 40 centimètres, large de 20), le* chevalier se 
tieut debeut, la tète en arrière; il porte le heaume ou casque 
pointu de forme conique, dont nous voyons d'autres exemples dans 
des monuments du xi* et xii' siècles, par exemple, dans 
U tapisserie de Baryeux, dans les sceaux de Guy IV de Laval, de 
Thibaud IV, comte de Blois, de Guillaume II, comte de Nevers, 
etc. (1), Derrière la tète, au bas du casque, pend un ornement en 
étoffe, rappelant, sinon par sa forme du moins par sa position, 
les deux fanons- qui pendent derrière la mitre des évoques. Une 
cotte de mailles, formée par Fassemblage de petites plaques 
d'acier, de forme carrée^ et percées de trous au milieu, couvre* le 
corps, tombe jusq4:fr'aux genoux et remonte jusque sous kir t^te, où 
elle forme comme un capuchon. On sait que cette cotte de mailles 
s'appdle le haubert, et la coiffe ou capuchon de mailles qui couvre 
la téta estr surmontée du casque pointu, du heaume, qu'on attachait 
sans doute â ce capuchon. Les pans d'une tunique ou vêtement de 
dessous émergent au bas de la cotte de mailles. Dans la Chanson 
de Roland, ce vêtement est appelé le bliant (vers 172). 

De la main droite, le» dievalier brandit- une épée à lame large 
et courte. Cette épée avait un nom : elle s'appelait la Durandal, 
comme c^e de Qiarlemagne s'appelait la Joyeuse, celle de Turpin 
VAlmace, celle d'Olivier VHaiteclére, eio. Le pommeau de la Du- 
randal. contenait de précieuses reliques. -^ Sur la cotte de mailles, 
du c6té gauche, se dessine le- fourreau de l'épée. 

Le- bras- ga;uche est couvert par un bouclier de forme ovale' et 
allongéeverslebas, au milieu duquel se- dessine une croix, dont 
le centre et les extrémités sont ornés de fleurons. Les boucliers ou 
écus- de-cette époque, formés de planches de bois couvertes de cuir, 
recevaient divers ornements, des fleurs de lys, des lions, des 
layons» fleuronnés-: nous n'en avons pas vu jusqu'ici qui fût orné 
d'unerGFoix. 

Durait la marchev les chevaliers pendaient leur bouclier à leur 
cou; dfims notre-bas-relief, on aperçoit sur l'épaule du chevalier la 

(1) Léon Gautier, la Chanson de Roland, édit 1876, p. 399. 



140 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET BlëTORlOUft DU LlkOtJStN: 

bande d'étoffe ou de cuir qui servait à suspendre le bouclier et 
qu'on appelait la guige. 

Le bas des jambes est'découvert et la chaussure pointue du che- 
valier est garnie de forts éperons. 



SECOND BAS-RELIEF. 

Le bas-relief qui représente le cheval de Roland est dans un 
cadre en forme de carré long, dans le sens de la largeur (large de 
25 centimètres, haut de 20). Ce cheval, aux allures vigoureuses, à 
large croupe et à queue allongée, semble se donner un temps de 
galop; la selle paraît riche et brodée; les arçons sont élevés devant 
et derrière ; les deux sangles sont distantes Tune de l'autre ; une 
large bande de cuir, garnie de boucles rondes, se rattache à la 
selle et fait le tour du poitrail; la bride, qui paraît semblable aux 
brides modernes, est formée de larges bandes de cuir, et les rênes 
se terminent par un ornement qu'on tenait à la main. 

Le cheval de guerre s'appelait le destrier, différent du palefroi^ 
sur lequel montaient les dames, et du sumier, ou cheval de 
somme. 

A cette époque, le cheval de guerre avait un nom : celui de 
Roland s'appelait Veillantif (2160), etc. ; d'autres s'appelaient Ta- 
chebrun, Saut-Perdu, Passe-Cerf. 

TROISIÈME BAS-RELIEF. 

Le troisième bas-relief, plus petit et moins remarquable que les 
deux autres, représente Roland blessé et sonnant du cor. 

Le cadre de ce bas-relief, de forme un peu triangulaire,, mesure 
15 centimètres en largeur et hauteur et semble avoir été encastré 
à la naissance ou dans la courbure d'un arc à plein cintre. Roland 
assis à terre et ployant le genou droit, tient de la main gauche sa 
jambe blessée; de la main droite il tient l'Olifant, où il souffle avec 
tant de violence que son œil droit semble sortir de son orbite; une 
épaisse ceinture serre sa forte taille, et sa tunique ou cotte de 
mailles remonte jusque sur sa tête, où le casque ne paraît plus. 

Si dans le premier bas-relief le chevalier ne rappelle- Roland que 
par son costume militaire traditionnel, ce troisième bas-relief le 
désigne d'une manière caractéristique, en nous rappelant une cir- 
constance remarquable de son dernier jour, en nous le montrant 
blessé et sonnant du cor. 



ROLAND OU SCULPTURES DE NOTRE-DAME DE LA RÈGLE. 141 

Nous voyons, par cet exemple, que les artistes chrétiens de 
l'époque romane ont puisé quelquefois des sujets et des motifs de 
sculpture jusque dans les romans de chevalerie. Cela suffit pour 
nous montrer que certains bas-reliefs et divers personnages qui 
ornent les chapiteaux des églises romanes, et qu'on a pris pour 
des sujets de fantaisie et des produits d'une imagination bizarre, 
peuvent être des personnages historiques ou légendaires, célébrés 
dans les écrits du temps. Ainsi, nous soupçonnons que deux 
chevaliers, qu'on voit sur un chapiteau, au bas du clocher de 
Saint-Léonard, et qui se couvrent de leurs boucliers, dans un com- 
bat corps à corps, sont des héros du cycle carlovingien, dans les- 
quels on pourrait voir Roland et Ferragus. Quoiqu'il en soit, en 
signalant cette sculpture de la mort de Roland, qui ornait le por- 
tail de Notre-Dame de la Règle, nous ouvrons une porte aux inves- 
tigations des archéologues; espérons qu'une étude plus approfondie 
de ces sculptures symboliques, qu'on signalait en les accompagnant 
toujours d'un point d'interrogation, espérons qu'une étude plus 
approfondie de ces énigmes donnera la clef de plusieurs de ces 
hiéroglyphes mystérieux, qui sont restés inexpliqués jusqu'à ce 
jour. 

L*ÂBBÉ Arbellot. 



PIERRE II NOUAILHER 

{ut VBJRS 4657, + « 4$ sKpmws mi) 



PHEMÏÈKE ET DEUXIÈME MANIÈRES 



TT^t» W t u » 



Le 21 juillet 1888, M""* Hamon, libraire à Blois, chargée dû la 
vente de pièces d*émaiUerie, envoyait chez nous, en communi- 
cation, à M. le commandant de Saint-Didier, collectionneur éclairé 
de cette ville,'vingt émaux peints anciens. Dans ce nombre, se trou- 
vaient trois émaux signés P. Nouailher, ou simplement Nouailher, 
et que nous attribuons, d'après la classification que nous avons 
faite d'émaux analogues (1), à Pierre II Nouailher. 

Ces trois pièces sont typiques : la première caractérisant les plus 
anciens et les meilleurs ouvrages de Pierre Nouailher (presque tous 
ceux de cette catégorie que Ton connaît jusqu'ici sont en grisaille) ; 
la troisième, les travaux en couleur beaucoup plus nombreux, d'un 
aspect si particulier, attribués sans conteste à cet artiste, et qui 
accusent une décadence accentuée; la seconde, établissant la tran- 
sition entre les deux autres. En vertu d'un axiome connu, s'il 
devient certain que cette dernière pièce émane du même auteur 
que les deux autres, il sera évident que la première et la troisième, 
signées P. Nouailher, sont d'un seul et même émailleur. 

Vu la différence J'aspect, plus apparente que réelle, de ces deux 
émaux, il faudra donc conclure, comme nous l'avions fait déjà, que 
Pierre II Nouailher a eu deux manières assez distinctes. 

(1) Voir nos « Emaux peints à V Exposition rétrospective de Limoges en 
Î886y page 187 ]e>. Limoges, Ducourlieux, 1888, in-8o. 



Si âotlë iWrâbbè atijorffd'htii feur cette (Jùestiôïi, c'est que, (Jàel- 
q«e évidwAè tju'elte Wft pour ûoas d^à, depuis l'éxawen appro- 
fondi tl«6 émaUK de Pierre II Nouaiifter 'exposés à Limoges en 4886, 
les trois pièces envoyées de Rlois fourtfesênl à Tappui de noire 
iM«e ^kè ^âémoi^faaoki qua^Hsci'efitifiqa^, à laquelle les per- 
soDMs qui ép^uvÀi^nt e^ot^^é des hésitations à partager notre 
BuaiiiAm èe "viit, Aè nous seibbleM pas ne pas ^uYoir se rendre. 



1° Un àAlNt ABBÉ (saint Bruno?). 

Plaque ovale en grisaille. Hauteur : 0",H0, — largeur : 0",090. 
— Le saint, à mi-corps, les mains croisées sur la poitrine, la tête 
de trois-quarts à gauche> regarde au ciel. Du bras gauche, il tient 
le bâton d'une crosse, dont la volute serait hors du cadre. Une 
auréole rayonnante en or entoure sa tête; des rayons d'or, partant 
du ciel en haut à gauche, %e tiirigenl vers lui. Le fond est une mu- 
raille grise, toute en imitation d'appareil régulier, obtenue par 
une légère teinte de blanc sur le fond général noir de la plaque et 
avec tracé de l'appareil rapporté eti noir au pinceau; elle est très 
sombre d'aspect. — Le costume noir du saint est produit par le 
fond, relevé de très légères lumières blanches modelant les plis. Il 
se compose d'une soutane et d'un manteau à capuchon recouvrant 
la moitié postérieure de la tête. Le travail en est mou, sans carac- 
tère «c peu habiter 

Les maiAs sont mtddelées assez délicatement en blané, quoique 
d*utie teçon un peu sommaire, tracées par nn enlevage très sec 
dessinant le contour des doigts, aveft lumières blanches posées 
aussi sèchement et avec une certaine dureté ; les parties les plus 
ttaires sont fortement ehipâiées. 

La télé est modelée de méhie, maiD plus lourdement; on y 
retrouTe eotbrs Tasp^ci trts affaibli dés modelés du commence- 
ment dh xvn* siècle, dé leatt I Lithosin, par exemple. Elle est, du 
reste, d'un dessin détestable, M ligne de la bouche étant en com- 
plet désàccoi^d avec celle des yeux. La physionomie^ au nez large 
et poîntii rappelant réellement le grbin d'un certétin animal, est, 
en sommes grotesques La tête est rasée^ une mince couronne 
BiônÀoale de cheveuit rapportés en t)etits traits hoirs fait le tour du 
crâne. Le ton de chair est léger, posé en' laviis^ et enlevé^ dans les 
lumières, avec grattages en blanc traversant la figure dans les deml- 
teiotes. Les yeni et le née soht ihedesslné^ sèchement en hoir 
(iomibé on le femafquë sui" led émau^ de le seconde manière. 



144 SOGlBTé ARCBÉ0L06IQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

seulement dans ces derniers les iraits sont plutôt bistres que noirs). 
Les lèvres sont (comme dans la deuxième manière) peintes en plein 
en rouge opaque, d'un ton corsé, et font une tache rouge dure 
dans la figure d*une tonalité assez pâle. 

L'auréole d'or est exactement la même que celle du Saint Joseph, 
la troisième pièce, que nous étudierons tout à Theure, et qui carac- 
térise la seconde manière de Pierre II Nouailher. Elle se compose 
alternativement d'un rayon ondulé et de trois ou quatre rayons 
droits; la facture est identique sur les deux émaux. 

Le revers est en fondant un peu oxydé de rouge. Nous avons 
calqué scrupuleusement la signature qui y est tracée, et nous la 
reproduisons ici : 



/lùuaum 






P.ti^ 



7 



Elle est écrite en noir au pinceau, probablement sous le fondant 
et à même le cuivre. Le fondant, absorbé sans doute, à la cuisson, 
par Voxyde noir des lettres, donne à sa surface une empreinte légè- 
rement creuse de la signature. 

Comme art, cette pièce est, en somme, très faible. Au premier 
abord, on y retrouve, avons-nous dit, l'aspect sombre et un peu 
léger de quelques travaux du cours du xvw* siècle. On ne peut, 
toutefois, par son dessin médiocre et la faiblesse du style, la faire 
remonter au-delà de 1682, date du Baiser de Paix du Musée Adrien 
Dubouché de Limoges, et il est parfaitement admissible qu'elle soit 
du Pierre Nouailher, auteur de ce dernier. C'est l'avis des mem- 
bres de la Société archéologique qui assistaient à l'examen des 
émaux envoyés de Blois, et notamment de notre savant secrétaire 
général, M. Louis Guibert, notre courtois mais obstiné contradic- 
teur. 

Si on examine attentivement la pièce, on y retrouve déjà, outre 
la faiblesse du dessin et du style, le goût maniéré des Nouailher de 



PIERRE U NOOÀILHBR. U5 

la déeadence ultérieure, ces yeux levés au ciel, cette sorte de chi- 
noiserie dans la physionomie affectionnée par eux, et que, du reste, 
Pierre II, même dans les émaux de la seconde manière, n'a pas 
poussée plus loin qu'ici, et que les derniers Nouailher ont exagérée 
à Texcès d'une façon grotesque. Le modelé blanc des nus est un 
peu mieux étudié ici (surtout aux mains) qu'au Saint Joseph, mais 
il faut en chercher la raison dans la date plus ancienne de l'exécu- 
tion, date à laquelle l'artiste était encore un peu influencé par les 
maîtres du xvu* siècle. Les chairs et les traits des nus sont déjà les 
mêmes que sur le Saint Joseph^ en lavis roses légers, et en lignes 
sèches extrêmement déliées au pinceau. Le glacé des carnations 
a le même brillant et le même éclat que sur eette autre pièce et 
tous les travaux de la deuxième manière. 



^ Saint Ignace de Loyola. 

Plaque rectangulaire, en émaux de couleurs, rehauts d'or. Hau- 
teur : 0»,092, — largeur : 0»,075. 

Le saint est vu à peu près à mi-corps, dans un ovale cerné d'un 
trait d'or et d'un liseré blanc de deux millimètres et demi de lar- 
geur. Coins en rocaille. Au bas, bande du noir du fond avec ligne 
horizontale d'or au-dessus pour la délimiter; inscription en or : 
S. IGNATIVS DE LOIOLA. Le saint a la main gauche appuyée sur 
un livre ouvert où se lit en noir sur blanc AD MAIOREM DEI 
GLORIAM (toutes ces inscriptions sont en lettres assez mal formées 
et sans élégance). Le bras droit est replié, la main levée et ouverte, 
la paume en avant. La tête est de trois-quarts à droite, elle regarde 
au ciel; une auréole exactement semblable à la précédente l'en- 
toure. 

Saint Ignace est vêtu en prêtre, d'un surplis blanc et d'une 
chasuble bleue à bandes gris-jaune, brochée de larges fleurs et 
ornements sur toute sa surface, exécutés en blanc sous l'émail et 
rehaussés d'or par-dessus. En haut, l'ouverture de la chasuble 
laisse voir le col d'un vêtement violet, orné de dessins analogues 
(ils sont un peu lourds, mais non sans ampleur et dans le goût des 
riches étoffes du milieu du xvii« siècle). Autour du cou apparaît le 
bord d'un linge blanc comme le surplis. Le sujet doit être exécuté 
d'après une gravure du temps de la canonisation du saint (1622). 

Le fond général de la plaque est noir comme dans la précédente 
et dans celle du Saint Joseph^ comme aussi, du reste, dans tous les 
émaux de Pierre II Nouailher que nous connaissons, tant à la pre- 
mière qu'à la seconde manières. 



4i% socitri ARCHÉodMïKitft «r b^mutHiB du limousim. 

le WDtre-émail est -en fondant -et porte la ^gnatûre ^(Ûvaûte, 
écrite par-dessus «ti rouge foncé opaqtre; ftotrs l^Vôùfe àécâlquèè, 
co»me la précédente, avec une mintitietise fidélité : 



iihi 






a Jii^moifQ^ 



On remarquera Tanalogie frappante des N initiales, des r^ des L 
dans Limoges, et surtout des ^ finales de ce mot, qui sont carac- 
téristiques; Torthographe du mot emaillieur est la même sur les 
deux pièces, ei la disposition des trois mots les uns a^essoud des 
autres, appuyant un peu plus à droite à chaque ligne^^Mi^licore à 
noter. 

Cette signature est écrite très couramment au piïiceati, coftime 
la précédante, et elle est tellement de la même main qMsi^ i 
l'aide de calques, on en applique chaque ligne sut la ligne cor^ 
respoadaate, les lettres tombent presque ttiathèmaliquôiûeat lé% 
uoes sur les autres. L'analogie est frappante. 

Cette pièce est très intéressante comme document de transition 
entre les deux manières ; elle doit dater de la fin du xW siècle 
environ. Elle a toujours le revers de fondant de là première toà>- 
nière, un air de famille (très éloigné, il est vrai) avec les predU6- 
tions du cours du xvti' siècle et ne sent pas encore le plein xVm*. 
Ainsi, la méthode y est toujours bonne, les modelés préparés par 
transparence de blanc, d'une façon surtout remarquable dââê leè 
dessins de la chasuble (1); la tête est presque eomplètemètil 6âl- 
p&tée, il est vrai, mais celle dXkSaint Bruno, précédemment étudiée, 
commençait à Tôtre beaucoup aussi. Le dessin n'en est pas trop 
mauvais, bien préférable même à celui de la tête du ^uiHt BruM% 

{\) La Vierge et V Enfant Jésus, plaque en émaux de couleurt sui* fond 
noir, de la seconde manière de Pierre II Nouailh^r, exposée à Limogés en 
I8S6^ sous le n° 303, oifrait une table recouverte d'un tapis vert à l*àrhà-'> 
ges préparés en blanc exactement de la môme façon* Nous pouiriom éli 
citer d'autres exemples. 



iriBBBK a ROOiilUm. 447 

L'aspect gëBéral delà plaque est assez rich««t hamomeQx.; son 
style seulement déjà très faible, la mam molle, ainsi que le modeift 
blaae. 

D'antre part, on Toit s'accuser déjà tous les caractères de la 
deuxième manière, de façon qu*à Texamen des pièces on soit 
aussi assuré que le Saint Ignace est dû à Tauleur du Saint Jwefk^ 
qu'il est certain qu'il émane de Témailleur qui a exécuté le Saint 
Brtmo, Etudié entre ces deux pièces typiques, qui ont l)eaiieoup de 
points de o»tact communs et d'analogies suffisantes défà pour 
perBiettfe d'en ideutifier l'auteur, il étairiit eutre «Hes un Uéb de 
paresité indéniable et force à reconnaître «u seal et uiéflie 
P. Nouailber pour Fauteur des tr<Hs èmaox. 

Ainsi, ce qui suffirait à faire ideatifier l'autettr du Saint Ignace et 
du Saint Jçseph^ e'est le laodelè des plis du surplis .compané au 
HMMMé du yéteoient blanc de i'Ëufant Jè$m pa^r eKemple. Dans, 
sa seconde manière, Pierre II Nouailher a une Cacon propne 4e 
modeler les Tétemeuts ea blanc^ U le lait en deux coadies : une 
première coiiebe de i>ianc léger ^t éteadue à plat partout^ puis 
des lumières de blanc sont habilement filées en traits longs et 
eis$âtés. Il arrive ainsi très vite et avec une remarquable facilité 
à modeler ses draperies; mais elles sont monotones et saos e:Set : 
la lumière jaa se fond pas avec la demi*teinle, les parties sdluées 
dans Tonabre sopl traitées d'une façon aussi lumineuse q«»e le tdié 
éclairé. A ce point de vue seul, on doit déclarer les deux pièces 
du même auteur, et ne fussent-elles pas signées, que Ton y recoih 
naîtrait sans hésitation Pierre II Nouailher. Le giacé de son blanc 
est superbe dans l'une et l'autre, comme toujours, mais l'effet un 
peu heurté et sans finesse, par suite des empâtements trop rapi- 
dement obtenus du premier coup, au lieu df^s gradations délicates 
et de l'eiiteoie du modelé par lesquelles se distinguaient les 
maîtres du xvr siède (1), 

En outre, les colorations translucides du Saint Ignace, le bleu 
de sa chape et le violet de son col sont bien propres à Pierre II 
Nouailher et se rencootrent sur toutes Iqs pièces de sa seconde 
manière, où elles deviennent seulement plus vives de ton, comme 
nous allons le constater sur le Saint Joseph. On ne trouve pas 
encore ici le rose tendre de celte dernière plaque qu'il emploie 
presque invariablement plus tard sur tous ses travaux. Ici l'har- 
monie; plus douce, rappelle un peu celle des émaux de H. Poucet, 

(4) Les Lsudîn empâtent aussi très vigoureusement leurs grisailles du 
premier eoup, ce qui les rend souvent lourdes et molles, mais ils fondent 
beaucoup plus doucement leurs diverses épaisseurs de blanc. 



448 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

qui a exécuté d'ailleurs bien souvent ce sujet (peut-éfre Pierre 
Nouailher copiail-ii un de ses émaux). 

Si l'on compare la figure du Saint Ignace à celle du Saint Joseph, 
la conclusion est aussi frappante que pour le modelé du blanc, 
mais plus facile à saisir encore pour tout examinateur. C'est abso- 
lument le même air de télé souriant (celles de la seconde manière 
ont toutes cette expression plus ou moins marquée), la même 
façoQi de redessiner les traits en brun foncé, déliés et secs, le 
même manque de transparence du blanc dans les figures^ où les 
lumières sont cependant empâtées très fortement, le même ton de 
chair rose assez léger posé en lavis avec lumières blanches enle- 
vées et ombres rechargées du ton de chair plus épais, posé peu 
délicatement, en accentuant fortement la teinte des pommettes 
des joues, les lèvres peintes en plein rouge opaque d'un ton vif, 
les cheveux et la barbe dessinés à l'aide de traits bruns sèchement 
posés les uns à côté des autres. 

L'auréole en or du saint est identique à celle du Saint Joseph (et 
à celle du Saint Bruno); les lettres des inscriptions sont aussi peu 
régulièrement et élégamment tracées sur les deux pièces. 

Enfin les rocailles des coins y sont elles-mêmes à peu près 
identiques. Elles se composent simplement d'une sorte de fleuron 
au milieu et de deux petits rinceaux de chaque côté, cela posé 
lourdement, en très fort relief, et sans rien de l'élégance de la 
rocaille des Laudin ^ des traits d'or contournés presque au hasard 
et posés grossièrement les accompagnent. Sur le Saint Ignace^ le 
blanc de la rocaille est retouché de petits traits noirs pour le ren- 
dre moins lourd ; sur le Saint Joseph (ici le goût de la décadence 
s'accentue, c'est absolument la seconde manière), il est rehaussé 
des touches rose et turquoise de la pleine décadence. 

Il devient certain que l'auteur du Saint Ignace est aussi celui du 
Saint Joseph, comme nous avons vu qu'il fallait lui attribuer le 
Saint Bruno. 

3<* Saint Joseph et l'Enfant Jésus. 



Plaque rectangulaire en émaux de couleurs, rehauts d'or. Hau- 
teur, 0",H8; — largeur, 0°,094. Sujet ovale, coins en rocaille. 

Saint Joseph, assis, tient l'Enfant Jésus sur ses genoux; de la 
main gauche, qui passe derrière l'Enfant, il montre une branche 
de lis fleurie. Sa tête, de trois-quarts à droite, est entourée d'une 
auréole d'or identique, comme nous l'avons observé déjà, à celle 
des deux pièces précédentes. L'Enfant Jésus, vêtu d'une chemise 



blanche, la tête à nimbe dor radié (celui-ci sans rayons ondulés), 
tient de la main droite une croix d'or et a la gauche appuyée sur 
le globe du monde, boule émaillée de bleu. La robe de saint Joseph 
est en rose tendre, son manteau en bleu d'un ton riche. — En 
arrière-plan, à gauche, une colonne; à droite, une muraille, en 
gris-jaune (ton des bandes de la chasuble du saint Ignace). A la 
place du ciel, simplement le fond noir de la plaque. Autour de 
l'oyale du sujet, liserés or et blanc comme à la plaque du Saint 
Ignace. Les quatre coins sont garnis de la même rocaille que ceux 
de cette dernière pièce, et au-dessous se retrouve la même bande 
noire avec Tinscriplion en or SAINT lOSEPH. Tout autour de la 
plaque, un filet en argent oxydé et noirci. 

Le revers ou contre-émail est en lavages (1) translucides d'un 
ton carmélite clair, marbré de taches bleuâtres plus foncées. La 
signature ci-dessous, en argent oxydé, y a été calquée par nous 
avec le même soin que les précédentes (2j : 

^' /louanLir Jit^e 



* JLiTtto 



CJ^ 



C'est toujours la même orthographe et la même écriture cou- 
rante sur les trois signatures, les mêmes N et L initiales, les mêmes 
r et s à la fin du mot Limoges. Sans tenir compte de l'analogie 
évidente des pièces au point de vue technique et artistique, la 
comparaison des trois signatures suffirait seule pour y faire recon- 
naître une même main. 

Nous avons fait ressortir déjà les principaux caractères de cette 
pièce, à propos du Saint Ignace; nous ne l'apprécierons pas en 
détail, car elle est typique, et personne ne contestera qu'elle appar- 
tienne au dernier Pierre Nouaiiher, émailleur, dont nous avons 
décrit ailleurs déjà le style dans sa seconde manière (3). 

(I) Résidus provenant da laoage des émaux divers après qu'ils ont été 
broyés; recueillis ensemble dans une capsule, ils constituent un émail 
d'un ton neutre, propre seulement à émailler le dessous des plaques. 

(3) Nous possédons une pièce caractéristique, comme sujet et comme 
revers, de la seconde manière de Pierre II Nouaiiher; sa signature calquée 
pourrait s'appliquer exactement sur celle-ci. 

(3) Voir nos publications sur les émaux peints exposés à Limoges en 



laO SOGIÂTÉ ARCHéoUMttQtMI.IV USTOM^E DU LIVOUSTN. 

bas rehauts d'«r du niaii;ieftir éiédYst robe é^ saÀ&t Joisepb senl 
pimës' en: petits Urait8 Iranaversaux Its uns ati^esaM» des- autres, 
snof» déiîdatesae et d'an dsBe2 mdtmns effet. On ae dislôogue 
é^ai>levageai à yaignitle laissaiit apparaître le ffMd neir, cemne 
im)y«n de? modelé dans le blaire des nus^ suir aueuce de» trois 
pi&êesc U faolt reimarquer fe façon diaot la r<>b€t sose est préparée 
en hbdBttiSouarétaaik : dans les plia sombires, la preiniëre coucha 
dttblanoe«t tiré» mince, el ils forment comme des silloas creux dairs 
ht' reste da vêlement très empâté de blanc, sans Iransition aueiuie 
enlve Feimbre et la lumière. Les physionomies soumntes, les 
chairs claires, tes traits secs et déliés des< nos, le beau glacé de la 
plaque, les colorations bien translucides mais un peu* vives,, la 
nicailte peinturlurée de turquoise et de rase, ete., tout cela carac- 
térise surabondammenfl la deuxième manière de Pierre II 
Mouailber. 

Seul, son revers n*est pas le revers t^rpique en fondant bleuté, 
mais cette variante n'a ici aucune importance, Taspect de la plaque 
et la signature ne laissant aucun doute sur son auteur. D'ailleurs, 
dans les travaux les plus accentués de sa seconde période de pro- 
duction, Pierre II Nouailher n'a rien d'absolument fi)Bedans l'adop- 
tion du ton de ses contre-émaux. Celui qui lui est bien particulier 
est le revers ci-dessus indiqué, en fondant bleuté; mais à l'Exposi- 
tion rétrospective de Limoges en f886, par exemple, sur onze 
contre-émaux de cette époque, cinq seulement offraient le ton ca- 
ractéristique et les six autres, bien qu'appartenant à des pièces non 
moins sûrement dues au méme.auteur, étaient de tons* différents, 
djont Tua (n« 337) offrait une certaine analogie- avec celui de notre 
Saint Joseph. 

Voici la coflclhsion qui découle de l'examen des trois pièeesque 
nous venons d'étudier. La plaque du Saint* It/nace est en somme 
équivalente, comme dessin et style, à celle du Saint Bninû ; la tête 
d^ l'a pièce de transition est même préférable. Outre l'analogie^rès 
sensible qui existe entre les deux émaux au point de vue du goût 
et'decenuîn^ ffélaite de décor ou d'exécution, ridenlité des* deux 
signatures nepermet pas'd'yreconnath-e deux auteurs différents. Or, 
si le Saint Ignace et le Saint Bruno ont un auteur commun, l'émail- 
lèur qui les a signés doit être aussi l'auteur du Baiser de Paia:, 
dix Musée de Limoges, signé Nouaiiher et daté de t883. Cette 
grisaille est plus fine et plus délicate que celle que nous venons 

1886; sur ceux de Tcxposition de Tulle en. 4887, et sur ceux du Musée de 
Qoérfit((lflfl8). 



è'éNtdiieff', OMite rieir:0le»(ié«hd de L'attritoorm aiéme aitatidr q««r le 
SmntMnna., Gm Iro^ piiècos» 3oo4 to«& par crtwfié<iu6nt i Pievm U 
HQimlb€^> s^9i ^myOtowr de e^nooi qui travaillât à Qe^l^l^ é{)Qque. 
— D'autre part, nous avons prouvé que le Saint Ignace est imoïk- 
ta9iaUeilieaAdâ.à:Vaii4eQrc}u5atni^ Ja$^ph, D^m^ Yém»iM%jiàv qui a 
ITQiieKmI ceatrctiiS^yièeeAna^Bai qtM. celle. daHtusée, esibiiaiile mât&e 
FJMTQ U Notttiilbdf , qoîf a eo deux rnaoÂères : finie,. a« début, piiis 
^ailiqm si Won. \eulk. ONt pluAôi, noèiâ oublieuâfe^ dBs tiradîtÂMs âe 
Ift btoM' ^quQ^ (è oe momefii il ik'ejxécutait: à. pgm près/qatt des 
grÎ9«Ale&); l'auj^f^^ flusr inAufeocée par la. rapide, décadetce- de 
notre art local (celle-ci surtout lui est biea personnelte)-. 

Bien pea d('ariistes qi^ Ira^versé nm période d'une! ce rteuxe durée 
,aaiia quie: teuFSi pi^od^clions ae rBaseiHiasent d'abojd(f «ne pireinâère 
ëdi«itôH<Hi reçue, Ql), pttis tard, du milieu (teua^ leqiielils iFavaillaieoit, 
.Q«d«;80ftt'dur.pu^lic. auquel ils étaient quelquefois portés, plns^siOtt- 
i^ftl oomlrainis à se conformer ; d'où des transforniatioiis plus ou 
9iorâ$'apeeiil:uées: dans leur œuvre. Poun ne citer qm deHOLcoiutea)- 
poiwns. dîB' Piîenre H' Nouaiiher,. ne voyons-nous^ pas Jacques l La»- 
4iA modj'fiekr j^ ll( fin die sa cairrièire sa. méthode etï le style' de ^es 
ifâivfiiiHK, et.s)i»Qt]»ev6tt, Jacques U,api^s avoir predaii des^ ouirragas 
(fune délicai^se. remarquabliOt,. eo; airriiveir m^ Titymf siècle, àt d^abo- 
minables peintures opaques et ternes, tout aussi pauvres d'aspeot 
que tes phisi mauvaises prod;ux;tions des depoieps Nouâilher. Et, 
cteB^eftdaoh leurs* divers^ émaux portent leurs signaiures- el leurs 
a^lcQsses et, q.U]e]que répugnance que l'on puisse, éprouver k les 
ranger s<»u&IB' nom d'un.imétne auteur, on.est!otbligé.de: sa pendre 
à l'évideooe^; ils oQteu aussi dieux raanière&. 

Uais^. ïtQM dï-trou. objecté, Nojnailfaer. signe « laytié^ >» siu* le Saint 
Jfi$ejthieijmp lapJlupaftdBs travaunanalogues, tandis quesur le Saint 
9vma et le Saint Ignace y ainsi qpe sur. les autres pièces qui consti- 
(«MftaieMtt.une première manière, il signe simplement de son nom', 
saQ^DaAOOtmpagnev die ce qualificalif. N'y> a-^i-il pas là* unie indica- 
tioQ B^meltaokt de distinguer deux bomonymes? L'argument est 
fmil0i ài Qélater el la réponse vient à l'appui de notre thèse; Stir 
Ie9^oa?rrag6iS)diB sa première manière, rémâilleui^ sigo« simplemient 
Sfcmiiher^Ri^mreNmMilèery P.Nomilher, ou P. N.^ paroe.qjBBà 
QOfimiiiiBQtil est.aeoi émailleur de son nom et qu'ils n/a- besoin, ptar 
conséquent, de se distinguer de personne. Plus tard, aa contraire, 
il devient Talné de huit frères ou soeurs, dont un au moins, Joseph, 
a sûrement exécuté, en. même temps que lui, des émaux qui nous 
sont connus, sans parler de ses nombreux neveux, également 
éisaillAurs^à la.méme époque. : aussi, sur les oiivrages, produits à 
ce moment (fin du \w et cammencemeat da x.vju« siècle),, la 



15S âOCilRTÉ ARCBÂOLOGIQUifc «T HISTORIQUE t>U LIMOUSIN. 

YoyoDs-ûoas faire saivre soigneusement son nom, au revers de ses 
plaques, de Tindication « layné », afin que Ton ne confondit pas 
ses travaux avec ceux de ses nombreux homonymes et <^ontempo- 
rains. 

On ne peut songer à attribuer les ouvrages de sa première ma- 
nière à Pierre I Nouailher. Ce dernier, grand-père de Pierre II, 
dit èmailleur dans les actes du temps, mais dont on ne connaît 
aucune production, était « collateur des tailles pour le canton des 
Bancs » en 1601. Il était donc mort à Tépoque où Pierre II, né 
vers 1687, a pu commencer à signer ses émaux, c'est-à-dire au 
dernier quart du xvii* siècle. 

On nous fait remarquer encore que, sur le Saint Joseph de la 
seconde manière, le mot « Nouailher » est précédé d'un « P. », 
tandis que le Saint Ignace ne porte pas Tinitiale du prénom. Il 
suffira d'observer que sur le Saint Bruno, de la première manière, 
au bas du nom on lit « P. N. » et que l'initiale du prénom se 
trouve aussi souvent sur les pièces de la première que sur celles de 
la seconde manière (1); quelquefois elle fait défaut sur les unes et 
les autres, comme sur le Saint Ignace; rien de fixe à cet égard. 
D'ailleurs, si on ne trouvait le P. que sur les pièces de la dernière 
période, cela s'expliquerait de la même façon que l'adjonction du 
mot « layné ». 

Enfin, si deux Pierre Nouailher avaient pu produire à la même épo- 
que, il serait surprenant que l'un n'eût exécuté que des travaux d'un 
caractère relativement artistique, à l'aspect pour ainsi dire plus an- 
cien et plus rapproché du plein xvn* siècle, tandis que l'autre n'aurait 
peint, en même temps et côte à côte avec lui, que dans le goût 
d'une décadence ultérieure. En effet, d'après les documents écrits, 
c'est bien un seul et même Pierre Nouailher, èmailleur, qui nait 
vers 1657, a sept frères ou sœurs, épouse Anne Faute et meurt le 
28 septembre 1717, dit âgé de soixante ans environ, laissant deux 
fils, Jean-Baptiste et Simon, et une fille, Marie (2). Ses travaux, en 
prenant à part chacune de ses deux manières, ont une analogie 
d'aspect et de procédés absolue, ne permettant pas de rechercher 
soit dans l'une soit dans l'antre, s'ils sont dus à deux auteurs 
différents. Chaque groupe appartient sûrement au même èmailleur 
et il est certain aujourd'hui que les deux ont pour auteur Pierre II 
Nouailher. 



(4) Voir nos Emaux peints à V Exposition rétrospectioe de Limoges en 
1886. Tableau de classement. 

(9) Voir notamment les documents publiés à la fin de nos Emaux peints 
à VExposUion rétrospectioe de Limoges en 1886, 



PIERRE II NOUAILHER. 453 

Gemment les textes, qui sont surabondants et précis sur les 
Noaailher de cette époque, relatant les naissances, baptêmes, ma- 
riages, contrats dé toute sorte, décès, etc., dans lesquels nous 
trouvons constamment mention de Témailleur auquel est consacrée 
cette notice ou de tous ceux dont les émaux nous sont aujourd'hui 
connus, seraient-ils muets sur un autre Pierre Nouailher, émail- 
leur, vivant aussi en 1682 et ayant fourni un nombre considérable 
de pièces, le Baiser de Paix du Musée (signé : « Nouailher i 682 ») 
et toutes celles que nous rangeons dans la première manière de 
Pierre II? Car, sans la signature et la date du Baiser de Paix, on 
pourrait, de prime abord, h Texamen superficiel des pièces, faire 
remonter la production du premier groupe de travaux à une époque 
plus ancienne, où notre émailleur ne travaillait pas encore; mais la 
pièce du Musée entraine son attribution et celle de tout le groupe 
au seul Pierre Nouailher qui produisit en 1682, à Pierre II (1); 
et la comparaison des deux séries d'ouvrages n'empêche nullement, 
nous l'avons vu, leur réunion sous le nom de ce dernier, montrant 
les particularités et les tendances communes. L'étude sérieuse et 
simultanée des deux séries d'ouvrages et des pièces de transition 
engageait fortement à leur assigner un auteur commun ; la date et 
la signature du Baiser de Paix du Musée de Limoges, constatant la 
production des premiers ouvrages en 1682, y oblige, puisqu'à ce 
moment, tant d'après les documents écrits que d'après les émaux 
connus, Pierre II Nouailher était seul émailleur de ce nom à 
Limoges. 

Si les documents écrits sont muets au sujet d'un autre Pierre 
Nouailher, émailleur, contemporain de Pierre II, c'est que cet 
homonyme émailleur n'a pas existé et que Pierre II Nouailher est 
réellement l'auteur de tous les divers émaux dont nous venons de 
nous occuper, ce que nous admettons volontiers d'après leur étude. 

L. BOURDBRY. 
M mai 1889. 

(i) n se pourrait très bien que la si^ature de ce Baiser de Paix 
a Nouailher Î682 v fût précédée de la lettre P, initiale du prénom 
« Pierre », car le revers de Témail a été recouvert de vernis, pour conso- 
lider la manette. Par un léger grattage, nous avons mis à jour la signa- 
tare ci-dessus, mais sans oser pousser assez loin notre opération pour la 
découvrir en entier. 



T. xxxvii. 11 



ESSAI DE CLASSIFICATION 

DIS 

ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES 

SAINT-YRIEIX, SOLIGNAG 

CONSBRTBBS 

AU MUSÉE NATIONAL ADRIEN DUBOUGHÉ 



Nous avons toujours eu à Limoges une élite de personnes 
savantes et laborieuses qui ont consacré une partie de leur temps 
à l'étude des différentes questions intéressant notre histoire 
locale. Les investigations de ces chercheurs se sont portées sur 
bien des points, mais certains objets les ont surtout retenus : c'est 
ainsi que Tinterprétation des anciens textes, l'archéologie monu- 
mentale, l'épigraphie, l'émaillerie champlevée ou peinte, etc., 
leur ont fourni la matière de monographies nombreuses ou 
môme de quelques importantes éludes d'ensemble. Parmi les 
sujets qui ont été le moins explorés, se trouve l'histoire de la 
céramique locale : dans cet ordre d'idées, à peine peut-on citer 
deux ou trois opuscules ou notices. 

Pour expliquer ou pour excuser une pareille indigence, on dira 
peut-être que pendant la longue période du n^oyen âge, à Tépo- 
que de la Renaissance, enfin aux xvii^ et xviii" siècles, les arts 
céramiques n\)nt eu chez nous que des manifestations assez hum- 
bles. Evidemment, il ne faudrait pas allerjiisqu'à prétendre que nos 
potiers ont égalé nos orfèvres et nos émailleurs, mais, en critique 
artistique, il serait dangereux d'admettre que ce sont les œuvres 
les plus parfaites qui sont les plus intéressantes ; tout au contraire, 
au point de vue de l'étude, souvent tel misérable fragment où 
se retrouvent quelques-uns des traits caractéristiques d'un art 
dont les manifestations ont presque toutes disparu, sera plus 
suggestif, pour employer un mot à la mode, que les majestueuses 
colonnades d'un temple qui a des analogues uu peu partout. 



ESSAI DK CLASSIFICATION DBS ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES. 155 

L'histoire de notre céramique locale pourrait peut-être présen- 
ter beaucoup plus d'intérêt qu'où u'est disposé à se Timaginer : 
nos potiers ont, je crois, constitué une école puissante et origi- 
nale ; notre faïencerie nous a laissé quelques beaux spécimens, 
en bien petit nombre, mais qui indiquent des tendances artisti- 
ques assez remarquables ; enfin Thistoire de la fabrication delà 
porcelaine à Limoges, l'étude des anciennes productions de notre 
fabrique arrivées jusqu'à nous, offrent certainement un champ 
considérable aux recherches et aux observations. 

Je voudrais aujourd'hui apporter une faible contribution à 
l'hisloire encore à faire des porcelaines limousines. Il s'agit 
d'essayer la classification raisonnée et chronologique des pièces 
conservées au Musée Adrien Dubouché, qui ont élé produites par 
nos anciennes fabriques. Je tiens à dire que je ne me dissimule 
pas les difQcultés du travail que j'entreprends, et si plus haut je 
rappelle dans quel abandon ont été laissées chez nous les études 
d'archéologie et d'histoire céramiques, c'€st parce que Tabsence 
d'ouvrages spéciaux constitue une circonstance atténuante des 
erreurs que je pourrai commettre. 

I. — MÉTHODE SUIVIE DANS CETTE ÉTUDE. 

Il n'est pas toujours facile de déterminer, même en se contentant 
d'une précision relative, la date qu'il convient d'attribuer à certai- 
nes pièces de notre ancienne porcelaine, car on se trouve parfois, 
souvent même, en présence de persistances de style et d'habitudes 
décoratives bien faites pour dérouter le chercheur. C'est ainsi 
que l'on rencontre fréquemment des pièces remontant à l'époque 
révolutionnaire et d'autres datant de l'Empire qui présentent 
entre elles des analogies très intimes. La série assez homogène 
d'ailleurs dont l'une des caractéristiques est la marque C. D. 
n'est pas d'une répartition beaucoup plus facile, car on constate 
que, de 1774 à 1784, les artistes de la manufacture de Limoges 
obéirent simultanément à des inspirations diverses. 

Pour résoudre certaines de ces difficultés, ou du moins pour 
tenter de le faire avec quelque chance de succès, il conviejit 
d'examiner à tous les points de vue les pièces douteuses et de 
recueillir avec le plus grand soin ' tous les indices, — même les 
moindres, — qui peuvent apporter quelque lumière sur la ques- 
tion. Il importe d'abord de relever, et très scrupuleusement, les 
caractères et surtout les particularités de la fabrication. L'étude 
de la décoration, considérée au point de vue technique, complè- 



156 SOGIlftTé ARfiaiOLOGIQUE ET BlSTOftlQUE t>0 LlttOUSllI. 

tera ce premier examen, dans lequel on aura coosidéi'é : I® la 
qualité de la pâte et de Témail, etc. ; 2^ la cuisson ; 3* l'étendue 
et la composition de la palette décorative; 4® la qualité, Téclat, 
le ton, etc., de Tor et des couleurs, la manière dont on les a em- 
ployées puis fixées par le feu, etc. 

Dans cette étude, il y aurait lieu Je tenir le plus grand compte 
des habitudes de fabrique et d'ateliers; malheureusement les 
notions qui permettraient de tirer parti d'un tel genre de remar- 
ques nous manquent encore, pour la plupart, et il est bien à crain- 
dre que beaucoup d'entre elles nous manquent toujours. 

Les caractères d'art donneront des indications plus nombreu- 
ses, plus variées et souvent plus précises. Ces caractères peuvent 
être ainsi classés : l"" la composition des formes : dans son étude, 
on essayera de suivre la lutte toujours ouverte entre les habitu- 
des de la fabrique ou de Tatelier et « les caprices de la mode », 
car l'introduction d'une nouveauté venant à remplacer une tra- 
dition peut déterminer une date; 2" le décor, plus variable encore 
que les formes, mais plus qu'elles individuel et soumis à la fan- 
taisie de l'artiste qui l'exécute. Le décor, plus souple que les 
formes, suit plus facilement les caprices de la mode, et se met 
plus vite à l'unisson de ses exigences. Souvent aussi^ par des 
raisons d'économie, les fabricants font le plus longtemps possible 
usage de leurs anciens moules et écoulent, après que la mode en 
est passée et en les rajeunissant en quelque sorte par une décora- 
tion d'un goût nouveau, des stocks de pièces dont les modèles ont 
été créés à une époque souvent assez éloignée. En résumé, le décor 
étant facile à changer de style peut donner des indications plus 
précises que les formes, lesquelles, pour les raisons qui viennent 
d'être dites, ont une certaine tendance à persister. 

11 existe un certain nombre de pièces à date certaine qui peu- 
vent donner des indications précieuses, qui permettront, par 
comparaison, de dater certains spécimens du Musée. Telles sont, 
par exemple, les productions de Sèvres; mais la fabrique limou- 
sine s'est beaucoup moins inspirée qu'on ne serait tenté de le 
croire des exemples de la Manufacture Nationale et les pièces 
de nos collections se rattachant, plus ou moins directement, à 
l'école de Sèvres sont assez peu nombreuses ; d'autre part, Limo* 
ges a imité quelques fabriques parisiennes, celle de Nast, par 
exemple : certaines pièces remarquables de ces fabriques nous 
sont connues, soit parce qu'elles font partie de nos Musées, soit 
qu'ayant figuré aux expositions nationales, elles ont été repro- 
duites dans les recueils spéciaux de l'époque; mais là encore les 
indications sont rares. 



RSSAl DE OLASSIFIGATIOR DES ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES. 197 

On comprend que ce doit être surtout la réunion des carac- 
tères dont quelques-uns viennent d'être énumérés qui peut éta- 
blir une présomption de date sur laquelle on puisse faire quelque 
fonds; Tobservali^n d'un seul caractère peut tromper, mais plu- 
sieurs indications de diverses natures, se fortifiant entre elles, 
offrent des garanties plus sérieuses. 

On trouvera à la fin de ce travail un tableau présentant une 
réunion aussi complète qu'il m'a été possible de l'établir de tou- 
tes les particularités de fabrication, de décoration, de style, etc., 
qui caractérisent les différentes périodes de notre fabrication. 
C'est sur l'observation de ces particularités que le classe- 
ment qui fait l'objet de ce travail a été basé. Parfois, il a bien 
fajlu se contenter de l'observation d'un seul caractère pour déter- 
miner une attribution de date, et, dès lors, il est possible que 
plus tard il y ait lieu de revenir sur certaines de ces attri- 
butions. 

La connaissance de l'histoire de nos principales fabriques 
pourrait être d'un grand secours dans un travail tel que celui-ci, 
aussi me suis-je efforcé de réunir toutes les notions qu'il m'a été 
possible de me procurer dans cet ordre d'idées, malheureuse- 
ment il est à la fois un peu tard et un peu tôt pour faire l'histoire 
de notre manufacture. Il y a quelques années, pour une telle 
étude, on aurait trouvé non seulement des documents écrits dont 
beaucoup ont peut-être été perdus, mais encore les témoignages 
verbaux de quelques vieux praticiens disparus aujoud'hui; 
d'autre part, étant donné le peu de recherches qui jtisqu'ici ont 
été faites sur l'histoire de la porcelaine limousine, il n'est pas 
surprenant que la plupart des documents qui nous restent n'aient 
pas encore été tirés de l'oubli. 



II. — Vn MOT SUR LA GÉRAMIQUB LIMOUSINS* 

Quelques remarques au sujet de la céramique limousine ne 
seront peut-être pas déplacées ici, bien que, en général, ces remar- 
ques ne se rattachent qu'indirectement à l'objet de cette étude. 

On sait que la céramique s'est manifestée chez nous sous trois 
formes bien distinctes. L'industrie des terres vernissées est cer"" 
tainement très ancienne dans le Limousin et l'histoire de nos 
fabrications locales, en ce genre, pourrait sans doute présenter 
un haut intérêt. Quelques rapides considérations au sujet de 
nos antiques poteries seront peut-être lues sans trop d'ennui. 

Un fait frappe tout d'abord, c'est qu'il ne semble exister 



458 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT HISTORIQUE OU LIHOUSUT. 

aucun rapport, aucun lien, aucune relation de parenté entre la 
céramique limousine et nos autres arts locaux. Si, par exemple, 
nous étudions notre poterie vernissée au point de vue de sa 
technologie, nous nous apercevons bien vite que ses procédés lui 
sont particuliers et ne doivent absolument rien aux arts voisins. 
Par exemple, nos potiers ne demandaient Toruementation de 
leurs produits qu'au façonnage à la main, et spécialement au 
façonnage à la main agissant sans le concours d'aucun outil. 
Dans le pays de l'émail champlevé, jamais le potier n'a eu l'idée 
de se servir de la pointe pour tracer des dessins sur les pièces 
qu'il exécutait (1) ; or, on sait combien fut répandue pendant tout 
le moyen âge l'habitude d'appliquer à la céramique l'ornementa- 
tion à l'aide de ce procédé (2). Dans le pays de l'émail peint 
jamais la couleur n'intervient dans la décoration de la poterie 
autrement qu'en couverte ou tout au plus en marbrures. Jamais 
aucun ornement en couleur, pas même un simplet filet; la pein- 
ture n'existe pas pour nos vieux potiers, qui n'ont peut-être môme 
pas connu l'usage du pinceau. 

Au point de vue de l'art et du style, nos anciennes poteries ne pré- 
sentent aussi aucune espèce d'analogie avec les autres arts locaux 
contemporains, et, tandis que, dès les premiers temps du moyen 
âge, nos orfèvres deviennent byzantins presque au même degré 
que les byzantins eux-mêmes, nos potiers restent jusqu'à la 
fin absolument fidèles aux traditions gallo-romaines, à tel point 
qu'il est certains de leurs ouvrages fabriqués, aux xvii* et xvni* 
siècles, où ces traditions se trouvent suivies, ponctuellement pour 
ainsi dire et sans qu'il paraisse 8*y être introduit de bien nota- 
bles altérations. 

Ce n'est pas ici le lieu de rechercher les causes d'une persis- 
tance que j'ai voulu seulement signaler. Le fait de l'absolue 
divergence, chez nous, des deux arts de la poterie et de l'orfè- 
vrerie semble extraordinaire, mais ce qui ne Test pas moins, c'est 

(1) Cette affirmation est peut-être trop exclusive : nos vieux cuviers à 
lessive portent souvent des filets à la pointe, mais je n'ai pas eu Tocca- 
sion d'étudier aucune pièce de cette classe remontant à une date vrai- 
ment ancienne. 

(2) Les carrelantes du xui^ siècle sont absolument analogues, à un cer- 
tain point de vue de technologie^ aux émaux champlevés, bien que, dans 
chacune de ces fabrications les mêmes résultats soient obtenus par des 
procédés assez différents. Dans les carrelages comme dans les émaux, la 
matière colorante a été déposée dans un creux estampé dans les carreaux, 
enlevés à Taide du ciselet dans les émaux. La céramique limousine n'a 
connu aucun procédé analogue à celui employé pour les carrelages. 



ESSAI DE CLASSIFICATION DBS ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES. 159 

que cette divergence se continue entre les œuvres de nos falen* 
ciers et celles de nos derniers émailleurs. 

Les pièces connues jusqu'ici de la faïence de Limoges nous 
montrent que les décorateurs employés â notre fabrique sui- 
vaient les traditions artistiques de Moustiers. Aucune assimila- 
tion ne peut être tentée entre les productions de cette manufac- 
ture et les œuvres des émailleurs contemporains. On a attribué, 
il est vrai, à un de ces derniers le grand plat de notre Musée où 
l'on voit la représentation d*une scène comportant un nombre 
considérable de figures. Mais c'est là une supposition toute gra- 
tuite, car rien, dans l'exécution de ce sujet, ne vient rappeler 
l'école d'émaillerie contemporaine. On sait d'ailleurs que les 
premiers faïenciers de Moustiers décoraient volontiers leurs 
pièces eu copiant des gravures de maîtres; les colonies de Mous- 
tiers persistèrent dans cette tradition ainsi que nous pouvons 
précisément le constater, sans sortir de notre Musée, en jetant 
un coup d'œil sur certaines assiettes de la fabrique d'Âlcora 
qui font partie de la collection Gasnault. 

Si maintenant nous examinons les premières porcelaines de 
Limoges, nous remarquerons que toutes les pièces de la période 
initiale que nous possédons — sauf une peut-être, dont il sera 
question plus loin — ne se rapprochent par aucune tradition 
décorative des pièces connues de la faïencerie limousine. 

D'ailleurs, ou devine aisément la cause d'un fait qui n'est certes 
pas sans précédents dans l'histoire des arts décoratifs. A Limoges, 
la fabrication de la faïence fut créée par des étrangers qui ame- 
nèrent certainement avec eux les artistes et ouvriers dont ils 
pouvaient avoir besoin. La faïence fut donc chez nous une pro- 
duction étrangère, et on ne saurait s'étonner qu'elle ne présente 
aucun des caractères de l'art limousin contemporain. D'autre 
part, la porcelaine fut également aussi chez nous une production 
exotique, au moins pendant la première période de sa produc- 
tion. Eu effet, il n*est pas douteux que les artistes et ouvriers 
qui furent d'abord employés à la fabrique étaient des étran- 
gers qui avaient acquis dans les manufactures existant déjà 
— plusieurs, sans doute, en Allemagne, — Texpérience techni- 
que qui leur était nécessaire pour la réussite de Tœuvre à laquelle 
ils étaient appelés à coopérer. Ces artistes et ouvriers apportèrent 
à Limoges les habitudes et pratiques d'atelier particulières aux 
fabriques où ils avaient appris leur difficile métier et il est pro- 
bable qu'ils n'étaient pas disposés à subir aucune influence 
locale. Sans doute, ils se croyaient très supérieurs à nos faïen- 
ciers et à nos derniers émailleurs ; le public et peut-être les 



460 SOCIÉTÉ abchAologiqub et historique du limousin. 

faïenciers et les émailleurs eux^mâmes partageaient probablement 
cette pensée : dès lors il n'est pas surprenant que l'art nouveau 
n'ait Cait aucun emprunt à Tart ancien, lequel d'ailleurs était 
bien loin, à cette époque, de briller d'un vif éclat. 

Heveuautà nos anciens potiers, je dirai que, si nous voyons 
leur art, modeste sans doute, différer absolument de Tart des 
émailleurs, cela tient également à une diversité d'origine et je 
saluerai, dans ces humbles travailleurs que l'on est trop disposé 
à dédaigner, les derniers représentants d'une école glorieuse. Nos 
orfèvres et nos émailleurs avaient reçu l'éducation artistique de 
leur temps et ils s'étaient imbus des théories esthétiques qui 
alors avaient cours; à côté d'eux, leurs modestes confrères les 
potiers étaient demeurés des artisans gallo-romains. Tandis que 
les premiers suivaient tous les caprices de la mode, les seconds 
restèrent constamment fidèles aux principes de Tart antique ; 
aussi produisirent* ils jusqu'à la un des pièces — des jarres, des 
grands vases surtout — qui, au point de vue de la pureté des 
galbes, doivent être citées avec éloges. Il ne s'agit pas ici, estnl 
besoin de le dire, de comparer un art très savant à une grossière 
industrie, mais il ne saurait être interdit de rendre justice à cette 
dernière, en constatant qu'elle conservait comme un reflet d'un 
art qui, alors que triomphaient nos orfèvres, semblait à jamais 
oublié. 

III. — BÂSBS DS Lâ GLASSIFiGATION. 

Les anciennes porcelaines de Limoges conservées au Musée 
national Adrien Dubouché forment un ensemble de cent soixante- 
cinq pièces environ, ainsi réparties : ancienne collection (1), 
cent soixante; collection Jacquemart, deux pièces; collection 
Gasnault, trois pièces (2). 

D'abord, il importe de s'entendre sur cette expression de 
<c porcelaines anciennes », expression qui a l'inconvénient de 
présenter trop d'élasticité. En effet, on peut évidemment étendre 
ou restreindre, avec plus ou moins d'arbitraire, la période pendant 
laquelle ont été fabriquées les porcelaines qualifiées d'anciennes. 
A cet égard, l'usage ne fournit aucune indication rigoureuse. 

(\) Je désigne ainsi la collection dont la formation, qui se continue cha- 
que jour, a été commencée avant l'entrée au Musée des collections Jacque- 
mart et Gasnault. 

(9) Pans ce total, je ne comprends pas les vingt-neuf pièces de la 
fabrique de la rue Fontaine au-Hoi, dont je m'occuperai cependant, à la 
fin de cette étude. 



ESSAI DB GLABSlFICATlÛJf DBS AKC1E1INB8 FORCELAINES DB LIMOGES. 161 

Dans le langage de la curiosité, ua objel est seulement dit 
ancien lorsque la fabrication à laquelle il appartient, le style 
dans lequel ses formes ou sa décoration sont conçues, ont été 
complètement abandonnés. Je me suis inspiré de ce principe et, 
arrivé à la période la plus voisine de nous, j*ai seulement consi- 
déré comme anciennes les pièces dont nos fabriques et nos ate- 
liers de décoration ne produisent plus les analogues. Pour méri- 
ter le bénéfice de Tancienneté, d'autres conditions sont également 
nécessaires. On comprend, par exemple, qu'il ne faudrait pas que 
l'abandon de la forme et de la décoration qui caractérisent la 
pièce dite ancienne fût trop récent. 

Quoi qu'il en soit, voici le tableau de la classification que je 
propose pour les ancienuea porcelaines de Limoges. On remar- 
quera que bien que cette classification ait été surtout basée sur 
robservaiion des caractères technologiques, artistiques et déco-^ 
ratifs, elle est en môme temps une classification chronologi- 
que (1). 

PremiArb époque. — Période comprise entre l'origine de la 
fabrication à Limoges et la réorganisation par Darcet de la fabri- 
que Hassié, devenue manufacture royale (1771-1784). 

§ 1''. — Pièces d'essai. — Pièces en biauc. — Figurines en 
biscuit, génies divers. — (Pièces ne portant pas de marque et sup- 
posées antérieures à l'époque où la fabrique a été placée sous la 
protection du comte d'Artois). 

§2. — Inspiration des pièces de Chantilly, librement imitées 
des pièces dites coréennes. — Imitation de la porcelaine de 
Saxe. — Formes dites Louis XV ou rocailles. — Pièces blanches 
ou dorées en filets et festons. — Décoration polychrome en bou- 
quets jetés, — (Marque G. D. en creux ou en couleur et eu ereux 
ei en couleur). 

§ 3. — Genres de transition. — Tendances vers la régularisa- 
tion des formes. — Changements analogues dans le décor, qui 
pi^ud les caractères de l'art de l'époque de Louis XVI. — Bou- 
quets semés régulièrement, etc. 

Deuxième époque. — Période postérieure à la réorganisation de 
Darcet (1784 à 1800 ou 1804, dernière limite). 

§ !•'. — Commencement de l'inspiration dite classique. — 
Formes de transition et formes dites Louis XVI. — Décor 



(1) On verra plus loin que, autant que la chose a pu se faire, les pièces 
ont aussi été rangées par fabriques. 



162 S0GIÉT6 ARCHftOLOGlQUB ET BISTOEIQUB DU LIMOUSIN. 

Louis XV, bouquets jetés. -*- Décor Louis XVI, bouquets disposés 
symétriquement. 

§ 2. — luspiration classique. — Formes de transition (tendance 
vers la régularité, pondération des lignes, etc. ), et formes Louis XVI 
(apparition de la ligne droite, etc.). Décor de transition et décor 
à rinceaux, inspiré de Salembier (pièces fabriquées pendant les 
dernières années du règne de Lous XVI et la période révolution- 
naire). 

§ 3. — Affirmation des tendances classiques; recherches des 
formes dites pures. — Persistance du décor dérivé de celui de Sa- 
lembier. — Décor franchement académique. — Commencement 
de la prédominance de l'or. — Apparition des fonds de couleurs. — 
— Décor au papillon, etc. — Inspiration pseudo-égyptienne (pièces 
fabriquées pendant la .Révolution et les premières années de la 
période suivante). — Marques rares. 

Troisième époque. — Période comprenant l'Empire, la Res- 
tauration et le commencement du règne de Louis-Philippe (jus- 
qu'en 1840, dernière limite). 

Affirmation et même exagération de l'inspiration académique 
(style de Percier). — Formes souvent directement copiées de l'an- 
tique. — Même observation au sujet du décor toujours froidement 
régulier, très souvent symétrique. — Fréquemment, des parties 
sont réservées en biscuit, très souvent décorées d'une fine orne- 
mentation, quelquefois au cachet. — Emploi très développé de 
l'or. — Fleurs peintes au naturel, dans le genre de Redouté. — 
Sujets et portraits très modelés, exécutés dans le genre des minia- 
turistes. — Fonds de couleurs, souvent verts, fréquemment usités. 

Quatrième époque. — Période comprenant la fin du règne de 
Louis-Philippe et la seconde République (dernière limite 1850). 

§ !•'. — Inspiration romantique. — Genres très divers. — Orne- 
mentation dans le style pseudo-gothique. — Genre dit trouba- 
dour. — Style pseudo-renaissance, inspiré des travaux de Chena- 
vard. 

§ 2, — Style pseudo-régence (1840 à 1850). 

CLASSIFICATION DES PIÈCES. 

FABRIQUES DE LIMOGES. 

Première époque. — Période comprise entre Torigine de la 



ESSAI DE GtASSlFlCATION DBS ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES. 163 

fabrication à Limoges et la réorganisation de la fabrique Massié, 
devenue manufacture royale (1771 à 1784) (1). 

§ 1". — Pièces d'essai. — Pièces en blanc, — Figurines en biscuit, 
genres divers. — Pièces ne portant pas de marques et supposées 
antérieures à l'époque où la fabrique a été placée sous la protection 
du comte d'Artois. 

Il ne peut être question de faire ici Thistoire des fabriques 
limousines, mais, pour la clarté de cette étude, il a semblé indis- 
pensable de présenter aux lecteurs quelques indications histori- 
ques au sujet des diverses manufactures dont il s*agit de classer 
ici les produits conservés au Musée céramique. 

Je placerai les détails sur chaque fabrique, très succinctement 
exprimés, mais aussi complets qu'il m'aura été possible de les 
recueillir, en tête de la liste des pièces qui pourront lui être 
attribuées. 

Fabrique Massié. — En 1737, M. Massié ou Massier fonda, à 
Umoges, une fabrique de faïence, d'où il est sorti des pièces impor- 
tantes, si nous en jugeons parles trois spécimens qui nous restent. 
En 1771, Massié, s'associant avec MM. Greilet et Fournérat, 
transforme sa faïencerie en fabrique de porcelaine, dont les pro- 
duits, (c pour la blancheur, la transparence, la solidité et la bonté 
ne le cèdent en rien à ceux de l'ancien Japon », lisons-nous 
dansle Calendrier ecclésiastique de 1772 (imprimé en 1771). Le 
même recueil nous apprend que « c'est le sieur Fournérat qui a 
procuré la connaissance et la combinaison des différentes terres 
nécessaires à cette opération (la fabrication de la porcelaine) et 
c'est aux soins de M. Turgot, intendant de cette généralité, que 
cet établissement doit sa naissance. La protection qu'il lui accorde 
laisse tout à espérer de ses succès, puisqu'il en sort déjà des piè- 
ces magnifiques en tous genres. Un semblable établissement est 
d'autant plus avantageux pour la province qu'outre le nombre 
de bras qui y sont employés on tire bon parti des terres dont les 
environs de Limoges sont abondamment pourvus ». 

D'autre part, dans un travail iotéressant, lu en 1879 par 
M. Taillebois, à la Sorbonne, nous trouvons le passage suivant (2) : 

(1) L'histoire de la première fabrique de Limoges est ici scindée. Cha- 
cune de ses phases est racontée à sa pince, c'est-à-dire en lête de la no- 
menclature des pièces qui lui appartiennent. 

{9)LaSociété ^agriculture du Limousin de i 763 à /79/...— Brive, 1879, 
in-8«. 



tC4 . SOCIÉTÉ AaCHÉOLOGIQVB ET BI8T0RIQUB DU LlHOUMN. 

«... Si le registre des procès- verbaux de la section de Limoges 
existe encore, oa pourra se rendre compte de la part considéra- 
ble qu'elle (la Société d'agriculture) dut prendre à la création de 
la fabrication de la porcelaine, « déjà prospère», écrit en 1771 
M. de PEpine, le secrétaire du HauL-Limousin, qui invite ses 
collègues de Brive « à rechercher le kaolin de Saint-Yrieix, qui 
doit certainement exister dans leurs envii-ons. » Une cafetière 
blanche allant au feu et un moutardier décoré, expédiés à Brive 
comme échantillons de la nouvelle fabrication, excitèrent l'en- 
thousiasme. Mais l'art de la peinture sur porcelaine avait encore 
des progrès à faire, « car le moutardier, touché avec des doigts 
» humides, abandonna toutes ses couleurs ». 

Au point de vue de cette étude, les deux citations que l'on 
vient de lire, lesquelles se corroborent parfaitement entre elles, 
contiennent des faifs très intéressants : nous y voyons que, dès 
ses débuts, la fabrication de la porcelaine obtient à Limoges un 
succès complet. Fournérat, qui probablement était un habile 
porcelainier, parait n'avoir eu besoin d'aucuns tâtonnements 
pour obtenir des résultats excellents. D'après les témoignages 
que l'on vient de lire, témoignages qui ont une véritable valeur, 
dès la première année de son fonctionnement, la fabrique de 
Limoges produisit des pièces dont « la blancheur, la transparence, 
la bonté et la solidité » sont constatées par les auteurs du Calen- 
drier {\) en termes exprès; d'autre part, nous voyons que les 
objets envoyés à Brive excitèrent Tadmiration des membres de la 
Société d'agriculture de cette ville. 

Le Calendrier nous apprend encore qu'il sort de la fabrique de 
Limoges « des pièces magnifiques dans tous les genres ». Ceci 
nous autorise bien évidemment à penser que les associés ne se 
bornaient pas à produire des pièces usuelles et il n'est pas inter- 
dit de croire que de l'usine Massié il est sorti des vases impor- 
tants et de gracieuses figurines en biscuits. 

Mais si, dès la première année, la fabrication du blanc à 
Limoges ne laissait rien à désirer, il n'en était pas de même de 
la décoration. IjO Calendrier vante bien la blancheur et la trans- 
parence de la nouvelle porcelaine, il est muet sur ses qualités 
décoratives. Et lorsqu'il parle de Fournérat, il nous le présente 
comme sachant composer les pâtes;' quant à la composition des 
couleurs, il n'en est pas question. • 

La seconde citation est encore plus caractéristique. Ce mou- 

(1) L*article du Calendrier cité n'a pas le caractère d*une annonce ou 
d'une réclame. On serait tenté d*y voir une communication officielle. 



ESSAI DB CLASSIFICATION DES ANCIBICNRS POBCBLAIRBS DK LIVOGKSc 465 

lardier, qai, « touché par des doigis humides, abandonne tontes 
ses couleurs », nous est une preuve que, à la fabrique de Massié, 
on ne savait pas décorer la porcelaine au moyen des couleurs 
vitrifiables. 

Nous verrons bientôt que les plus anciennes porcelaines sor- 
ties de la fabrique dite du comte d'Artois, qui succéda à la fabri- 
que Massié, sont complètement blanches ou relevées simplement 
de quelques filels d'or. Après 1774 (époque où la fabrique de 
Limoges fut mise sous la protection du comte d'Artois), on ne 
savait encore y fabriquer que le blanc : à plus forte raison devait-il 
en être ainsi pendant la période antérieure. C'est, eu efiet, ce que 
rétude de l'histoire de la fabrique Massié permet de constater. 

Il est donc à peu près certain que nous ne rencontrerons 
jamais de pièces décorées appartenant à la première période do 
la fabrication limousine; les blancs qui datent de cette époqne 
ou qui peuvent lui être attribuées sont rares. Voici la nomencla- 
ture de ceux que j'ai cru reconnaître au Musée : 

1» Médaillon circulaire portant à sa partie supérieure un trou 
de suspension. D'un côté, les armes de Turgot, dans un écusson 
en forme de cuir, surmontées de la couronne comtale et accostées 
de deux licornes. Inscription placée circulairement auprès du 
bord : A. R. J. Turgot, intendant de Limo&bs. Les deux ext!^- 
mités de l'inscription sont séparées par un petit vase dont les 
formes rappellent celles de nos théières en métal. Revers, au 
centre, l'inscription : Premières porgblaimbs du Limousin; au- 
dessous : un vase bas sur pied accompagné d'une guirlande de 
feuilles, puis la date : MDCCL.XXC. Le champ où se trouve 
l'inscription ci-dessus est entouré d'un ruban portant quatre 
nœuds. £n haut, près du trou de suspension, une couronne 
comtale. En bas^ la signature : Troy fegit. 

Biscuit. Pâte tj*ès légèrement bise* — Bonne fabrication. 

Dimension, 8 c. 

Don de M. François Alluaud. 

Quel est ce Troy qui signe cette pièce si intéressante à tant 
d^égards? 11 est assez difficile de le dire. Ce qui est certain, c'est 
que Tauteur du médaillon n'est point de Limoges, où son nom est 
absolument inconnu. Nous savons seulement qu'un peintre 
nommé Troy et qui peut-être se rattachait à la famille bien con- 
aue des De Troy, peignit, en 1774, un portrait de Turgot» qui fut 
gravé par Le Brun. Ce portrait a été reproduit en tête de l'opus- 
.cule de M. Taillebois, cité plus hauU 

Le médaillon dont il vient d'être quosliott est d*uu biscuit très 



166 SOCIÉtA AftCBÊOLOGIQUB ET HISTORIQUE OU UHOUflllI. 

flti de grain ; la pftle, qui présenta uae teinte jaunâtre extrême- 
ment légère, a du être très plastique : tous les détails décorati&, 
imprimés par moulage sur chacune de ses faces, sont bien dis- 
tincts, quoique d'un très faible relief; les ornements loin de pré- 
senter aucune sécheresse, s^estompent, au contraire, en quelque 
sorte, avec le fonds ; le métal le plus malléable n'aurait pu don- 
ner des résultats meilleurs au point de vue de la souplesse de 
l'exécution (!)• 

Le Musée possède un groupe et quatre petites figures d'une 
époque ancienne et qui, par leur style, appartiennent bien évi- 
demment à la période du règne de Louis XVl. Ces pièces ne 
portent aucune marque. U ne serait pas déraisonnable de les 
faire remonter jusqu'à Torigine de la fabrication limousine, 
mais le biscuit est tout à fait différent de celui du médaillon. 
Or, comme, au commencement de Texploitation de Massié, 
Grellet et Fournérat, une seule carrière était connue, il parait 
probable que tous les biscuits produits pendant cette période 
devaient être identiques, ou tout au moins très voisins, sous le 
rapport des qualités de la p&te, bien que, cependant, Fournérat 
ait pu modifier ses compositions. 

En résumé, il n'est pas impossible que les figurines en ques* 
tion sortent des fours de Massié, mais les différences d'aspect 
qu'elles présentent avec une pièce authentique, différences que je 
viens d'indiquer sommairement, ne m*ontpas paru autoriser une 
attribution qu'aucun indice certain ne vient d'ailleurs con- 
firmer. 

2^ Vase de pharmacie. — Porcelaine blanche. 
< Hauteur 60 c. 

Don de M. Du Boys. 

Ce vase est sur un piédouche placé sur une base carrée ; le corps 
cylindrique est rattaché au piédouche par une calotte en section 
de sphère ; l'ouverture est plus étroite que le diamètre du corps 
du vase et cette différence de largeur est amenée par une mou- 
lure en forme de gorge. Des moulures eu baguette ou boudins 



(4) Cette exécution très libre, très facile, mais pleine de saveur, rap- 
pelle absolument celle des monnaies et des médailles de Tépoque ; peut- 
on inférer de Taspect très particulier du médaillon dont nous nous 
occupons, que le moule en a été exécuté par un artiste de la Monnaie de 
Limoges sur les dessins du peintre Troy, qui .un peu plus tard devait « 
peindre le portrait de Turgot? 



ESSAI BB CLASSIFICATION DBS ANaBNNES PORGBLAINBS BB UVOGBS. 1(^7 

très légers se trouvent aux extrémités de la panse cylindrique. 
Des tdtes de satyres barbus remplacent les anses. 

Cette pièce n'a aucune marque. 

La composition des formes de ce vase appartient bien à Tart 
de répoque de Louis XVI; on y remarque même quelques rémi- 
niscences de Tart antérieur ; il n'est pas possible de le classer 
parmi les productions sorties de la fabrique de Limoges après sa 
réorganisation, en 1784, car le style dans lequel il est conçu le 
sépare absolument des pièces qui peuvent raisonnablement être 
attribuées à la manufacture royale; d'autre part, il n'est pas pos- 
sible non plus d'y voir un produit de la fabrique dite du comte 
d'Artois, car notre vase ne se rattache à aucun des genres suc- 
cessivement adoptés par les artistes de cette fabrique dont la pro- 
duction paraît avoir eu une grande homogénéité. D'ailleurs, la 
pièce en question ne porte aucune marque, et la marque était si 
usitée à Limoges de 1774 à 1784, qu'il serait bien surprenant 
qu'une pièce importante par sa grandeur et le soin qui a présidé 
à l'établissement de son modèle y ait échappé. Mais, rien ne 
s'oppose à ce que le vase qui nous occupe soit sorti des fours 
de Massié. A l'appui de cette hypothèse, je rappellerai que les 
faïenciers de l'époque ont produit des pièces analogues ou très 
voisines. On peut admettre que la pièce dont nous nous occu- 
pons est la reproduction en porcelaine d'un modèle exécuté 
d'abord en faïence par Massié. 

Quoiqu'il en soit, on ne voit pas à quelle fabrique autre que 
celle de Limoges on pdurrait attribuer le vase du Musée; il ne 
faut pas songer à prononcer le nom de Sèvres : le façonnage ra- 
pide, on pourrait même dire un peu grossier, de la pièce en ques- 
tion le défend absolument; son style indique une date très 
voisine de celle de la découverte des gisements kaoliniques de 
Saint-Yrieix, et aucune autre fabrique en France ne produisait 
alors régulièrement de la porcelaine dure; or il serait difficile de 
voir dans notre vase une pièce d'essai. 

D'aiUeurs le vase du Musée a été trouvé dans notre ville 
(pharmacie Du Boys), et il n*y a aucune raison à l'enlever à 
notre fabrique. 

3« Soupière ronde avec couvercle. — Porcelaine blanche. 

Hauteur 22 c, diamètre 24 c. 

Don de M. de Chabacque. 

Cette pièce rappelle, par l'élégance de ses formes, certaines 

,80upièi*es sorties de nos fabriques méridionales; elle est portée 

îBur trois pieds; ces pieds ainsi que les anses sont recouverts de 



16S SOCIÉTÉ ÂRCHÉOLOOIQUI ET HfSlOBIQUB BU LIKOQSIEI. 

feuilles ornemeDkalefl fîaement détaillées; sur le couvercle, se 
trouvent divers légumes : poireaux, céleris, choux-fleurs (for- 
mant bouton). 

Le Musée possède une pièce analogue à cello dont nous nous 
occupons; elle est décorée de bouquets jetés, avec quelques filets 
e( quelques traits d'or sur les nervures des feuilles ; elle porte la 
marque C. D. Le couvercle n'existe plus. 

Bien qu'elles soient presque identiques, un examen attentif fait 
remarquer certaines différences entre les pièces en question. 
Dans rornementation en relief de la soupière blanche, le détail 
est plus soigné, l'exécution est plus nerveuse, plus voulue. 

La pièce marquée C. D est d'une fabrication bien supérieure à 
sa congénère; cette dernière est recouverte d'un émail fumé, 
grippé, etc., mais la pièce à la marque C. D présentant une atté- 
nuation d'énergie dans les parties où se remarquent dos crue* 
ments en relief, il est à croira qu'elle est moins ancienne; 
cependant ce n'est pas sans une certaine hésitation que je pro- 
pose d'attribuer à la fabrique Massié la soupière blanche avec 
couvercle. 

En résumé, les pièces provenant de la fabrique de Massié qui 
nous restent encore paraissent être de la plus grande rareté; 
peut-être certaines d'entre elles ont elles reçu, plus ou moins 
postérieurement à leur fabrication, des décors qui les ont trans- 
formées et en tous cas empêchent de les discerner maintenant, 
puisque c'est parmi les pièces blanches que l'on est tenté de cher- 
cher les premières porcelaines limousines. 

D'autre part, lorsqu'on sut, à Limoges, dorer la porcelaine, 
puis la décorer en couleur, on dédaigna probablement les pièces 
restées en blanc qui, par suite, disparurent rapidement. Il ne 
semble guère permis d'espérer aujourd'hui que de nouvelles 
recherches nous fassent connaître un assez grand nombre de 
pièces de la manufacture Massié, pour que nous arrivions à nous 
faire une idée juste de ce qu'était la porcelaine limousine à l'ori- 
gine de la fabrication. Peut-être, cependant, découvrira-l-on des 
documents manuscrits ou imprimés qui éclaireront quelque peu 
le sujet. 

Fabriqub ditb du comtb d'Artois ÇsuiU de la fabrique Massié). 
— On a vu plus haut que, grâce aux connaissances spéciales de 
Fournérat, la fabrique de Limoges avait produit, dès ses débuts, 
des porcelaines de bonne qualité. Ce succès se trouve confirmé 
dans un document du plus haut intérêt et qui nous fournira plus 
d'une indication utile. Voici, en eS'et, ce qu'on lit dans la partie 



ISSSAl DK CLASSIt^ICAtlON DBS AKClRNNES PORCELAINES DB LIMOGES. 169 

cousacrée à la raanufaclure de Limoges du Compte-rendu présenU 
par Rolland à la Convention Nationale le 6 janvier (sic) de l'an II 
de la République : « Les essais de ces deux matières (kaolia et 
pétunzé) furent heureux et leur réputation s'étendit au point que, 
dès 1774, il fut question de réunir à la manufacture de Sèves 
(sic)j qui s'était bien trouvée de l'emploi des matières de Limoges, 
une manufacture qui s'était formée dans cette ville sous les aus- 
pices de Turgot. » 

Jusqu'ici^ les publicistes qui s'étaient occupé, toujours inci- 
demment^ de rhistoire de l'origine de la fabrication à Limoges 
(Rodgier-Chatbnet, Statistique de la Haute-Vienne; Ravenez, 
Aperçu statistique de l'Exposition de Limoges en 1858; Paul 
DucouRTiEux, Limoges diaprés ses anciens plans), ont bien dit que 
la fabrique Massié avait été acquise pour le roi en 1784, mais ils 
n'ont pas connu les négociations dont parle le Compte-rendu et 
qui remontent, comme on vient de le voir, à 1774. 

Ainsi, après avoir, dès la première année, réussi dans leur en- 
treprise et d'une manière qui devait leur paraître inespérée, les as- 
sociés, quatre ans seulemen t après l'établissement de leur fabrique, 
songent à s'en défaire en la vendant à la liste civile. Il y a là un 
fait singulier, surtout si Ton se reporte à Tépoque où il s'est passé. 
En effet, au.xviii' siècle, les personnes qui possédaient ou même 
croyaient posséder « le secret de la porcelaine » s'en montraient 
extrêmement jalouses, parce qu'elles le considéraient comme un 
moyen de fortune assuré, et l'histoire de la céramique nous mon- 
tre les premiers fabricants de porcelaine luttant énergiquement 
contre les mesures restrictives prises par l'Etat et repoussant 
parfois les propositions que Massié, Fournerat et les Grellet sol- 
licitaient au contraire. 

Il y a lieu de croire que M. Ravenez, lorsqu'il a publié la bro- 
chure citée plus haut, avait pris des renseignements auprès de 
M. François Alluaud, tout au moins pour ce qui concernait l'in- 
dustrie de la porcelaine. Cette circonstance, qui ne me paraît pas 
douteuse, donne certainement de l'autorité à l'opuscule en 
question. 

Dans Y Aperçu historique qui se trouve en tête du travail de 
M. Ravenez, nous lisons le passage suivant, inspiré probable- 
ment par M. Alluaud, fortau courant de la question : «On a eu trop 
souvent à constater dans les annales de l'industrie que les hom- 
mes d'initiative, qui ont fait faire un pas à la science, n'ont acquis 
leurs succès qu'au prix des plus grands sacrifices. Après dix ans 
de recherches et d'essais, MM. Grellet furent obligés de solliciter 
Tappui du roi. Leur demande fut entendue. M. le comte d'Anger- 
T. xxxvn. i% 



ItO SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE IST HlSTOMQUft DU LIMOUSIN. 

villers, alora ialendaut de la liste civile, comprit que le trésor 
royal pouvait seul fournir les fonds qu'il était nécessaire de sacri- 
fier à Tôtude de cette nouvelle branche de Tart céramique, et, en 
1784, il se rendit acquéreur, au nom du roi, delà manufacture de 
M. Grellet. d 

C'étaient, on le voit, des embarras financiers qui obligèrent les 
Grellet à vendre leur manufacture au roi; — peut-être cependant 
y eut-il une autre raison, comme nous le verrons plus tard. — 
Mais il semble que, au moment où se fit cette cession, la période 
des essais devait êtro close, puisque la fabrique de Limoges pro- 
duisait depuis plusieurs années ces belles porcelaines à la marque 
G. D., dont quelques-unes sont vraiment remarquables; il est 
possible, d'ailleurs, et je ne serais pas éloigné d'admettre cette 
hypothèse pour des raisons que je donnerai plus loin, il est pos- 
sible qu'après avoir fourni une carrière brillante, notre manufac- 
ture se trouvait fort déchue en 1784. 

Mais, tout ce que l'on vient de lire dans la citation ci-dessus 
s'appliquerait parfaitement âla situation où devaient se trouver les 
associés lorsque, en 1774, ils sollicitèrent, une première fois, Tin- 
tervenlion de la liste civile. En réalité, les associés ne possé- 
daient alors que la moitié du secret de la porcelaine : ils savaient 
bien fabriquer le blanc, mais, malgré leurs efiorts, ils ne réussis- 
saient pas dans l'application de l'or et des couleurs. S'ils étaient 
parvenus à produire des pièces dorées et décorées, il est probable 
qu'ils eussent trouvé les fonds nécessaires à leur entreprise. 

Quoiqu'il en soit, les négociations avec la liste civile ayant 
échoué, les associés réussirent à obtenir la protection du comte 
d'Artois dans l'apanage duquel se trouvait notre province. Il est 
probable que cette protection ne resta pas à l'état platonique et 
que, au contraire, les associés reçurent des subventions, grâce 
auxquelles ils purent compléter leur outillage et perfectionner 
leur fabrication. 

Toujours est-il que, au début de la période pendant laquelle 
nos porcelaines sont caractérisées par la marque CD., la fabri- 
que de Limoges continue à ne produire que des pièces en blanc. 
Bientôt, ces pièces sont relevées par une discrète ornementation 
dorée, puis enfin nous voyons la décoration polychrome jeter ses 
gaîtés sur les beaux produits de notre manufacture. 

Parmi les porcelaines décorées appartenant au groupe à la 
marque G. D. conservées au Musée céramique, on n'en rencontre 
aucune qui puisse être considérée comme une pièce d'essai : elles 
sont toutes bien réussies au point de vue de Tapplication* et de la 
cuisson des couleurs, certaines ont seulement été peintes à l'aide 



KSSAl 1» CLASSIFICATION DKS AlfCltîNFfes POUCfeLAItCRS DR UttOGBS. 174 

d'une palolle moins complète que les autres. 11 paraît donc 
probable que l'art de la peinture sur porcelaine fut introduit 
à notre manafacture par un artiste possédant tous les petits se- 
crets du métier; mais quel fut cet artiste? voici ce qu'il est 
encore impossible de dire. 

Dans l'opuscule cité déjà, M. Bavenez dit, sans doute d'après 
les souvenirs de M. Alluaud, que, lors de la réorganisation par 
Darcet de la manufacture de Limoges devenue nationale, un 
praticien nommé Cloostcrmann, venu de Paris avec d'autres ou- 
vriers ou artistes, fut chargé de la composition des couleurs. 
Hais on ne remarque pas que les pièces d'origine postérieure à la 
réorganisation soient décorées avec des couleurs plus belles ou 
plus nombreuses que celles qui portent la marque C. D.; tout 
au contraire, ces dernières sont peut-être supérieures sous ce 
rapport. L'intervention de Cloostermann ne se reconnaît donc pas 
sur les porcelaines que l'on peut raisonnablement attribuer à la 
Manufacture Royale et l'esprit du chercheur serait plus satisfait 
si l'on pouvait admettre qu'il y a eu confusion dans les souvenirs 
dent s'est inspiré M. Ravenez. En reculant, eu effet, de quelques 
années l'arrivée de Cloostermann à Limoges, on pourrait attri- 
buer à cet artiste l'introduction de la décoration en couleurs à la 
manufacture de Limoges (1). 

D'ailleurs, la question qui nous occupe en ce moment n'est pas 
insoluble et on peut espérer qu'il sera possible de retrouver un 
jour le nom de Tartiste ou du savant auquel la manufacture de 
lÀmoges a dû la connaissance de Tart de décorer la porcelaine. 

Quoiqu'il en soit, si nous éludions les produits de la fabrique 
dite du comte d'Artois, conservés au Musée, nous remarquerons 
d'abord que, à part un petit nombre de pièces exceptionnelles en 
quelque sorte, l'ensemble de cette production est très homogène, 
la composition des formes, la décoration, etc., sont inspirées par 
les mêmes principes, basées sur les mêmes données. 

Au sujet de la décoration, quelques observations me semblent 
nécessaires. 

Un problème se pose tout d'abord : certaines pièces se présen- 
lent sans autre décoration que quelques très discrets ornements 
en or et rappellent ainsi une classe de faïences, assez rares, qui 
se fabriquaient vers la même époque à Marseille ; on admet- 
trait volontiers que les pièces en question doivent prendre place, 
dans une classification des anciennes porcelaines de Limoges, 

(4) Dans la Statistique du département delà Haute-Vienne, on trouve, 
sar Cloostermann, les mêmes détails que ceux donnés par M. Ravenez, 



179 SOCIÂTÉ ABCHÀOLOGIQUB RT DISTORIQUE bO LIMOUSIN. 

immédiate ment après les pièces absolument blanches qui ne les 
précédèrent probablement que de bien peu ; mais, on trouve une 
autre catégorie de pièces ornées de bouquets jetés peints à l'aide 
de deux couleurs seulement, employées minces ou épaisses : le 
rouge de fer et le vert de cuivre, l'or n'intervient pas et les bords 
couverts sont en rouge de fer. On serait tenté de croire que les 
décorateurs qui ont orné ces pièces ne connaissaient pas le secret 
de la dorure, car leurs ressources décoratives étaient si restreintes 
qu'il paraîtrait surprenant que, le. pouvant, ils n'aient pas 
songé à ajouter l'or aux deux seules couleurs qu'ils possédaient, 
et cependant la composition décorative des porcelaines en ques- 
tion les rattachent très directement à d'autres pièces peintes à 
l'aide de la palette complète des artistes de la fabrique du comte 
d'Artois. A certains caractères, on croit reconnaître que les pièces 
peintes avec la palette restreinte sont plus réussies que les 
pièces dorées. Mais alors pourquoi l'or n'a-t-il pas été employé à 
Tornementation des premières? Peut-être trouverait-on l'expli- 
cation d'une telle singularité dans quelque disposition oubliée 
d'une des innombrables réglementations qui vinrent alors en- 
traver l'expansion de l'industrie porcelainière (l). 

Le caractère des décors, l'espèce des fleurs qui les constituent 
peuvent fournir quelques indications pour le classement des 
pièces. Il faut remarquer que certains décors très compliqués, 
comportant une assez grande variété de fleurs, sont plus anciens 
que d'autres, plus simples cependant. En général, c'est surtout 
l'exécution du décor qui peut mettre sur la voie d'une attribution 
de date. La facture est, sur les pièces les plus anciennes, large, 
simple et habile; à mesure que Ton se rapproche de 1784 elle 
devient plus précieuse, mais aussi plus froide. 



(I) L'arrêt du 46 mai 1784 confirmant les privilèges de la fabrique de 
Sèvres, rappelle dans son premier paragraphe que l'arrêt du 45 février 
1766 donne à la Manufacture Royale u le privilège exclusif de peindre 
en toutes couleurs, dorer et incruster en or les ouvrages par elle fabri- 
qués ». Mais on lit dans le même document a que cependant les restric- 
tions portées par les dits arrêts n'ont point été entièrement exécu- 
tés, quelques-unes de ces manufactures ayant obtenu des permissions 
particulières de décorer leurs ouvrages en or et en toutes couleurs; que 
môme toutes celles qui se sont établies successivement se sont prévalu 
de cette tolérance, etc. » 



ESSAI DE CLASSIFICATION DES ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES. HS 



g 2. — Inspirations des pièces de Chantilly, librement imitées des 
pièces dites coréennes. — Imitation de la porcelaine de Saxe. — 
Formes dites Louis XV ou rocaille. — Pièces en blanc. — Pièces 
légèrement relevées d*or, décoration polychrome en bouquets jetés, 
marque C. D. en creux ou en couleurs et en creux et en couleurs (1). 

4** Saucière avec plateau adbéreat, porcelaine blanche. 

Hauteur, 10 c. 

Marque C. D., gravés, caractères cursifs (2). 

Don de M. Bardy. 

Le corps de la saucière affecte la forme obconique sur un plan 
oval formé alternativement par des sections de cercles et des 
bandes. La composition de formes est évidemment inspirée par 
certains modèles de la fabrique de Chantilly, imitant, mais libre- 
ment, les porcelaines coréennes. La pièce dont nous nous occu- 
pons est fort jolie, bien qu un peu fumée. 

5* Corbeille ovale et à anses, fond plat, décoration en relief 
imitant la vannerie. 
Hauteur 7 1/2 c; longueur, 25 c; largeur, 16 c. 
Marque C. D., en creux, caractères cursifs. 
Don de M. Bardy. 

6» Plateau rectangulaire, bords festonnés, porcelaine blanche. 

liOngueur, 23 c; largeur, 23 c. 

Marque C. D., en creux, caractères cursifs. 

Don de M. Bardy. 

Les coins de cette pièce sont arrondis et les bords en sont dé- 
coupés, de manière à former, au milieu de chacun de ses côtés, 
une sorte d'accolade dont la pointe est tournée en dedans 

7*» Crémier forme rocaille, porté sur trois pieds, bords découpés, 
porcelaine blanche. 
Hauteur, 10 c. 

Marque C. D., en creux, caractères cursifs (sous un des pieds). 
Don de M. Freyssengeas. 

(1) Pour ne pas interrompre la suite des pièces de la fabrique de 
Limoges, les fabriques des autres localités ont été placées à la suite, bien 
que certaines pièces sorties de la Seynie eussent dû prendre rang dans la 
catégorie § «•. 

(i) Voir à la fin de ce travail le tableau des marques trouvées sur les 
anciennes porcelaines de Limoges qui font partie du Musée Céramique. 



474 iOCIKTÉ A^KCB&CLOGIQUK Et BISTORIQUB DU LlllOV9m« 

80 Plateau rectangulaire, bords festonnés; porcelaine blanche; 
filet or. 

Longueur, 17 c.; largeur, 24 c. 

Marque C. D., gravôs, caractères cnraifs. 

Cette pièce est analogue à la pièce n"* 6, mais les accolades ont 
leur pointe en dehors. La forme de ces deux plateaux a été 1res 
rarement employée; aucune pièce du Musée ne se rapproche de 
ces deux plateaux. 

8*» (bis) Trois crémiers forme rocaille, couvercle orné d'un 
petit fruit accompagné de quelques feuilles formant bouton; por- 
celaine blanche, filets or; le boulon et les feuilles sont dorés. 

Hauteur, 9 c. 

Marque C. D., en creux, caractères cursifs. 

Ces trois crémiers ainsi que le plateau précédemment décrit 
ont été ofiFerts par M°"« Baju. 

Le plateau et les crémiers font partie du même service. 

9» Petit sucrier, forme droite s'arrondissantà la partie infé- 
rieure. Couvercle orné d'un petit fruit formant bouton, porce- 
laine blanche, filet or; le bouton et les feuilles sont dorés. 

Hauteur, 12 c. 

Marque C. D., en creux, caractères cursifs. Marque de Sèvres en 
bleu. 

Don de M. Dubouché. 

Il est assurément singulier de voir les deux L de Sèvres 
figurer à côté de la marque C. D. La seule explication que Ton 
trouve à un fait aussi ins(>lite est que cette pièce fabriquée à 
Limoges a été dorée à Sèvres (i). Si quelque indice venait per- 
metti*ede croire que les quelques pièces de porcelaine simplement 
ornées de quelques filets d'or ont reçu cette décoration à Sèvres, 
certaines difficultés disparaîtraient. Par exemple, on n'aurait plus 
à se demander pourquoi certaines pièces décorées en rouge et 
vert n'ont pas été dorées, et pourquoi aussi les pièces dorées n'ont 
jamaisété ornées d'un supplément de décoration aux deuxcouleurs. 

10^ Cafetière sans pieds, forme rocaille, anse en S à ressaut. 
Couvercle orné d'un fruit accompagné de quelques feuilles 
formant bouton; porcelaine blanche, bord festonné autour du col 
et contouruant l'attache du bec ; fruit et feuilles, etc., dorés. 



(1) Mais la marque de Sèvres étant au bleu grand feu a éié appliquée 
avant la dorure. 



ESSAI DB CLASSIFICATION DBS ANCIENNES PORCELAINES DR LIMOGES. 175 

Hautear, 20 g. 
Marquée. D., gravés. 
Don de M. Dubouché. 

11« Cafetière portée sur trois pieds, forme rocaille. Anse à 
ressaut. Couvercle oraé d'ua petit fruit accompagné de quelques 
feuilles formant bouton; porcelaine blanche; bord festonné autour 
du col et contournant Taltache du bec, fruits et feuilles, etc., 
dorés. 

Hauteur, 16 c. 

Marque G. D. 

Don de M. Dubouché. 

i2* Théière (bec à demi-couvert), forme rocaille très simple sf? 
rapprochant de celle des pots-à-eau ordinaires. Anse en S sans res- 
saut. Celte pièce, sans pieds, est légèrement godronnée. Cou- 
vercle orné d'un petit fruit accompagné de quelques feuilles. 
Bords festonnés, les festons contournent l'attache du bec; fruits 
et feuilles, etc., dorés. 

Hauteur, 20 c. 

Marque C. D., gravés, caractères cursifs. 

Don de M. Dubouché. 

i3o Soucoupe forme obconique. La décoration, constituée par 
de légères fleurettes jetées, est exécutée à l'aide de deux couleurs 
seulement : rouge de fer et vert de cuivre. Bord couvert rouge 
de fer. 

Hauteur, 14 c. ; largeur, 4 c. 

Marque G. D., gravés. 

Don de M. A. Guillemot. » 

14* Petite écuelle à deux anses. Couvercle orné d'un petit fruit, 
accompagné de quelques feuilles. La décoration de cette pièce 
est constituée par des fleurs jetées, exécutées à l'aide de deux 
couleurs : vert de cuivre et rouge de fer, teintes nuancées. Sur le 
vase, des roses, probablement traitées avec une mauvaise cou- 
leur tirant sur le pourpre, ont presque absolument disparu. Les 
roses qui se trouvent sur le couvercle sont en rouge de fer. Peut- 
êlre le couvercle n'est-il pas celui de la pièce? 

Hauteur, 5 c. ; largeur, i 1 c. 

Sans marque. 

Don de M. Audoin, ancien maire de Limoges. 



176 ÔOClÉTé ARCHÉOLOGIQUK ET HISTORIQUE DU LIMOOSlM. 

t5<» Soucoupe forme obconique (analogue au n» 13). La déco- 
ratioïi, constiiuée par de légères fleurettes jetées (tulipes, mar- 
guerites, chèvrefeuille), ne comporte que trois couleurs : violet 
d'or, rouge de fer, vert de cuivre. Bord couvert rouge de fer. 

Largeur, 4 c; hauteur, 4 c. 

Sans marque. 

Don de M. Alhert Guillemot. 

16* Soucoupe (même forme que la précédente). La décoration, 
constituée par des fleurettes jetées (roses, marguerites, chèvre- 
feuille), ne comporte que les trois couleurs indiquées à la pièce 
précédente. 

Hauteur, 4 c; largeur, 4 c. 

Marque. Peut-être la marque C. D., en creux et en caractères 
cursifs, mais assez peu distincte. 

Don de M. Albert Guillemot. 

D*après une note manuscrite, M. A. Guillemot pensait que ces 
deux pièces provenaient de la fabrique Massié et étaient anté- 
rieures à la protection du comte d'Artois. Rien ne vient confir- 
mer cette indication qui ne paraît avoir été basée sur aucune 
donnée positive. 

17» Tasse (forme de la tasse à thé) droite, s'arrondissant à la 
partie postérieure ; anse en S, sans ressaut. La décoration, cons- 
tituée par des bouquets jetés, a été exécutée à Taide de la palette 
complète des artistes de la manufacture de Limoges, c'est-à-dire 
le bleu, le rouge, le vert, le violet et le jaune. L'anse est décorée 
eu violet par de légers ornements, semblables à ceux des faïences 
de la même époque. 

Hauteur, 6 c; largeur, 7 c. 

Marque C. D., en caractères cursifs. Deuxième marque en vio- 
let, caractères romains. 

Don de M. A. Guillemot. 

18^ Cachepot. Forme en cylindre droit, s'arrondissant à la 
partie inférieure. Anses ornées de feuilles ornementales. lia dé- 
coration, en bouquets jetés composés de fleurs très variées d'es- 
pèces : chèvrefeuille, œillets panachés, roses, etc. ; palette 
complète. Or en bordure festonnée, nervures sur les anses. Dans 
cette pièce, le caractère des formes et de la décoration appartien- 
nent bien au xvm^ siècle et accusent très nettement l'imitation 
de la porcelaine de Saxe. Une des meilleures parmi les poicelui- 
nes de même provenance. 



ESSAI DB CLASSlFltiATlOiN DBS ANCIENNES PORCELAINES OB LnO«Bft. i77 

Hauteur, 15c.; largeur, 16. 

Marque C. D., gravés ; G. D., peiuts, caractères romains. 

Don de M. Bardy. 

19* Grande assiette. Forme argenterie. Décoration bouquets. 
Palette complète. Or en bord festonné et en filets. Belle exé- 
cution. 

Largeur, 27 c. 

Marque G. D., gravés, caractères cursifs; G. D., peints, carac- 
tères romains. 

Don de M. Dubouché. 

Collection Gasnault, n* 1665. Petit sucrier à couvercle à bouton 
formé d'une pomme en relief. Décor, palmes en or formant rin- 
ceaux, auxquelles sont suspendues des fleurs peintes en poly- 
chrome. Sur la face antérieure, dans un médaillon ovale, des 
armoiries. Marque C. D. , en couleur (1). 

Hauteur, 5 c. ; diamètre, 8 c. 

20^ Gafetière ou théière. Forme rocaille très simple, manche 
en bois. Décor, bouquets jetés, toute la palette a été employée. 
Dorure, bords festonnés contournant l'attache du bec, filets. 

Hauteur, 15 c. 

Marque G. D. 

Don de M. Eugène de Gheygurat. 

21^ Gafetière. Forme presque identique à celle de la pièce 
précédente, mais la décoration semble moins ancienne de quel- 
ques années. 

Hauteur, 20 c. 

Marque C. D., peinte en rouge. 

Don de M. Dubouché. 

22^ Écuelle à anses. Forme rocaille très simple (identique aux 
formes des pièces n*"27* etSO*'). Décoration, bouquets jetés, toute 
la palette a été utilisée. Dorure en bord festonné, filets et rehauts 
sur les anses. 

Hauteur, 8 c. ; largeur, 14 c. 

Marque G. D. 

Don de M.Félix. 

23<* Assiette. Bords festonnés, forme identique à cellejsi usitée 

(1) La description sommaire de cette pièce est emprantée au catalogue 
de la collection Gasnault. 



f78 tOCIÊTÊ ÂWmÈOhOQlQVm BT BISTOHIQUB »U MII0U6IN* 

à Nevers. Décoration en bouquets jetés, toute la palette a été 
employée. 

Largeur, îJ2 c. 

Marque G. D., gravés, et G. D., peints, caractères cursifs. 

Don de M. Dubouché. 

24o Assiette. Forme identique à celle de la pièce précédente. 
La décoration est un peu différente; on y remarque parûii lés 
couleurs employées un rose très ûu et un beau violet. 

Largeur, 22 C. 

Marque C. D., gravés, et G. D., peints en brun (le D est effacé). 

Don de M. Dubouché. 

25*" Assiette à soupe. Forme ronde; décor; bouquets! Jôfés, 
toute la palette a été employée. Dorure en bord festonné, contre- 
filet bleu. Dans la décoration, ou remarque des fleurs (belles de 
nuit?) exécutées de pratique dans la manière des décorateur^ de 
Strasbourg. Des fieurs analogues se voient sur plusieurs autfe^ 
pièces déjà décrites, notamment sur la cafetière. 

Largeur, 23 c. 

Marque G.D., gravés, caractères cursifs, G. D., peints en rouge, 
caractères romains. 

Don de M. Alfred de Gheygurat. 

26* Soupière analogue pour la forme à la pièce n" 3* (le cou- 
vercle manque). Décor, bouquets jetés, toute la palette a été 
utilisée. L'exécution, plus sèche que celle des pièces précédentes, 
semble indiquer une époque plus moderne, mais de quelques 
années seulement. Dorure, en bord festonné, filets et reliants sur 
les anses et les pieds. 

Hauteur, 13 c. ; largeur, 24 c. 

Marque G. D., peints en rouge, caractères romains. 

Don de M"«Ferru. 

S?** Ecuelle. Forme rocaille (identique à la pièce n» 22*>). Le 
couvercle est orné d'une branche de céleri (?), formant anse ou 
bouton. La décoration, en or seulement, est constituée par de 
petits pseudo-chinois, dans des attitudes diverses, marchant sur 
une guirlande dans le goût rocaille et portant sur leurs épaules 
une autre guirlande plus simple. Le genre de ce décor, qui peut 
en quelque sorte être assimilé au genre grotesque de Moustiers, 
peut faire penser qull a été exécuté par uu ancien faïencier de la 
fabrique Massié. 

Hauteur, 8 c; largeur, 14 c. 

Marque G. D., peints en rouge. 

Don de M, A. Dubouché. 



fcSSAI DB CUSSIFICATION DES ANCIENNES PORCELAINES DE LIMOGES* 179 

§ 3. — Genres de transilmi, — Tendances vers la régularisation des 
formes. — Changement analogue dans le décor^ qui prend les 
caractères de l'art de Vépoque de Louis XVL — Bouquets semés 
régulièrement, etc. 

28<* Assiette festonnée dans le genre adopté à Nevers (le blanc 
de cette pièce est antérieur à la période dans laquelle son décor 
l'a fait classer). Sur le marly, une guirlande dorée serpentant et 
contrariant les circonvolutions d'une guirlande de feuilles vertes; 
Des roses sont placées dans les compartiments formés par la ren- 
contre des deux guirlandes ; — hachures et divers ornements en 
or. Sur le fond, roses et fleurettes disposées en semis régulier. — 
Toute la palette a été utilisée. 

Largeur, 21 c. 1/2. 

Marque C. D. (?) gravés, caractères cursifs, C. D., peints en 
rouge, caractères romains. 

Don de M. A. Dubouché, 

Collection Jacquemart^ n** 508. — Grande théière cylindrique 
à col rentrant. Bec en S. Bordure composée de filets d'or et 
d'une guirlande circulanc autour d'un filet bleu. En haut du 
corps, entre deux filets d'or, une guirlande de lauriers. Ad* 
dessus, des arabesques et guirlandes en couleurs et or. Bouquets 
semés sur le reste. Anse et bec à rehauts d'or (l). 

Marque C. D., en rouge. 

Hauteur, 123 millimètres. 

29*Ecuelleet son assiette. Identique comme blanc aux pièces 
n~ 22® el 27". Le décor, très particulier, est constitué par une 
guirlande. Branches de vigne avec des grappes de raisin en vert 
de cuivre et violet d'or. Ce décor est relativement récent. 

Marque C. D., en creux, caractères cursifs, et en rouge de fer, 
caractères romains. 

Don de M. Dubouché. 

(i4 suivre). Camille Leymarie. 

(I] La description sommaire de cette pièce est empruntée au catalogue 
de la collection Jacquemart. 



MONOGRAPHIE 



DE LA 



COMMUNE DE GOMPREIGNAC 



I. 



Compreignac est aujourd'hui une commune du canton de Nantiat, 
arrondissement de Bellac (Haute-Vienne). Il est aussi le chef-lieu 
d'un doyenné ecclésiastique qui comprend les paroisses de Ber- 
neuil, Breuil-au-Fa, Le Buis, Chamboret, Cieux, Compreignac, 
Nantiat, Roussac, Saint-Symphorien, Thouron et Vaulry. 

La superficie de la commune est de 4,690 hectares, peuplée de 
2,245 habitants. Au siècle dernier le nombre des habitants était 
beaucoup plus grand. Uabbé Nadaud nous dit dans son Fouillé 
qu'on y comptait alors 2,380 communiants, chiffre fourni par le 
curé de la paroisse ; et comme il faut ajouter environ un tiers pour 
les enfants et les non communiants, on voit que la population totale 
dépassait 3,000. Immédiatement après la Révolution, d'après la 
Statistique de la Haute-Vienne, il n'y avait plus que 4,773 habitants. 
L'observation des lieux confirme cette diminution, «ar dans la plu- 
part des villages on trouve de nombreuses maisons restées sans 
habitants et tombant en ruine, et dans les champs un grand nom- 
bre de terres autrefois cultivées qui sont maintenant en friche. 
Le nombre des habitants a augmenté ensuite régulièrement chaque 
année jusqji'en 1860, époque à laquelle il atteignit 2,427; depuis 
il n'a fait que diminuer. 

Ses limites sont : au nord, les communes de Saint-Pardoux et de 
Razès du canton de Bessines ; à l'est, celle de Saint-Sylvestre du 
canton de Laurière; au sud, celles de Bonnat du canton d'Ambazac 
et de Saint-Jouvent, canton de Nieul, et à l'ouest celles de Thouron 
et de Saint-Symphorien du canton de Nantiat. 



MONOtitlAPHtfe Dfc COllt>BKI6(VA(1. 48i 

Aspect général du pays. — La commune de Gompreignac est 
une des plus montagneuses du département. Les sommets, qui 
s'élèvent jusqu'à 889 mètres à Beausoleil, sont généralement dé- 
pourvus d'arbres, mais ils produisent du seigle partout où on les 
cultive. Dans les vallons et le long des ruisseaux, on trouve des 
paysages qui ne le cèdent en rien à ceux de la Suisse, pendant 
que sur les hauteurs on jouit d'un immense panorama qui embrasse 
les départements voisins. 

Les points qui attirent surtout la vue dans ce vaste horizon, sont : 
au sud, Limoges avec ses clochers et ses cheminées d'usine; au 
sud-est, Saint-Léonard, dont le beau clocher semble dominer tout 
le bassin de la Vienne ; au nord-ouest, Bellac, vers lequel court le 
Vincou sortant de nos montagnes. 

La vue s'étend au sud jusqu'aux montagnes du Périgord que do- 
mine Gourbefy, à 555 mètres au-dessus du niveau de la mer; à 
l'est elle s'enfonce dans la Creuse, que lui masquent un peu les 
hauteurs de Grandmont et de Sauvagnac, pendant qu'elle se perd à 
l'ouest dans les plaines de TAngoumois et du Poitou, derrière les 
montagnes de Blond, élevées de 515 mètres. 

Rivières. — Dans la commune de Gompreignac se trouvent les 
points de séparation de deux bassins : la Couse et le Vincou sont 
des affluents de la Gartempe, pendant que les ruisseaux qui des- 
cendent des hauteurs de Montaigut et de Beausoleil se rendent 
dans le Taurion et la Vienne. 

La Couse, dont une des branches prend sa source près de 
Sauvagnac, et l'autre à Grandmont, a un parcours de quarante 
kilomètres. Elle est large en moyenne de cinq mètres et arrose le 
nord de la commune de Gompreignac. Elle a son embouchure 
dans la Gartempe, à six kilomètres au-dessous de Châteauponsac. 
Elle est poissonneuse et renommée surtout pour ses truites. 

Le Vincou, qui a sa source entre Saint-Sylvestre et Gompreignac, 
est le principal affluent de la Gartempe dans notre département. 
Sa longueur est de cinquante kilomètres. Il serpente à travers la 
coDMnune de l'est à l'ouest, traversant les étangs de Margnac, de 
Pontabrier et de La Rode. Dans son cours inférieur, il a une lar- 
geur moyenne de quatorze mètres, et tombe dans la Gartempe un 
peu au-delà de Bellac. Les poissons voyageurs, tels que la truite, 
ne peuvent pas monter jusqu'à Gompreignac, son cours étant 
barré par les chaussées des étangs. 

Nature du sol. — Eléments qu'il fournit a l'industrie. — Tout 
le sol de la commune est granitique. Sur les hauteurs, la roche 
constitutive est à peine couverte d'une légère couche de terre 



Iftf SOCIÉTÉ AIICBèOLO€1QCR ET niSTOElOO* DO LiMOOSiN. 

végétale. On trouve des carrières de pierre de taille partout; mais 
la pierre la plus estimée de toutes est celle du massif montagneux 
qui s'étend à l'ouest du village de Faneix, sur là limite de la com- 
mune de Saint-Sylvestre. 

On trouve aussi le kaolin en plusieurs endroits dans la même 
chaîne de montagnes, mais en petite quantité. Une carrière assez 
puissante a été exploitée pendant plusieurs années au village de 
Margnac; cette exploitation a cessé depuis plusieurs années. 

Produits naturels pu sol. — Les montagnes les plus élevées sont 
nues à leur sommet. Un peu plus bas on trouve le bouleau, le 
chêne, le châtaignier, le cerisier et quelques rares touffes d*arbres 
verts. On rencontre aussi quelques hêtres. Le long des ruisseaux 
croissent le saule, l'aulne et un petit nombre de peupliers. 

Le seigle est cultivé partout, ainsi que le blé noir et les raves. 
On sème peu d'avoine et fort peu de froment. Le maïs et le trèfle 
sont aussi cultivés comme fourrage. Il n'y a aucune grande exploi- 
tation agricole, et la propriété est très morcelée. Aux siècles 
passés, on cultivait la vigne sur quelques coteaux les mieux exposés, 
mais on n'y en trouve plus aujourd'hui, et le nom seul de terre de 
la vigne sous lequel sont encore désignées quelques terres est le 
seul souvenir qui en reste. 

Le botaniste peut y recueillir dans quelques étangs : Trapa natans, 
L, et dans le bourg et ses environs Chrysanthetnum segetum, L. 

Langage. — On parle généralement patois, mais tout le monde 
comprend le français et même le parle avec les étrangers. 

Mœurs. — On constate facilement que les doctrines politiques et 
sociales répandues de nos jours, dans cette commune et dans le 
voisinage, ont fait baisser le niveau de l'honnêteté publique, des 
bonnes jnœurs et des pratiques religieuses. D'autre part, un grand 
nombre d'hommes quittent le pays pour n'y faire que de rares et 
courtes apparitions, abandonnant le soin de leur patrimoine et 
de leur famille aux vieillards, aux femmes et aux enfants. Au lieu 
du gain qu'ils vont chercher à Paris et dans d'autres grandes villes, 
ils n'en rapportent souvent que les défauts et la corruption. Quant 
à ceux qui n'émigrentpas, fort peu ou pas instruits de leurs devoirs 
religieux, ils les négligent souvent pour se livrer à des pratiques 
superstitieuses. 

Cette émigration apporte assurément quelque argent dans le 
pays, mais elle ne change en rien l'état d'infériorité dans lequel s'y 
trouve l'agriculture. Si tous les hommes qui abandonnent la culture 
des champs pour aller travailler dans les grandes villes employaient 
leur force et leur intelligence dans le lieu où ils sont nés, on n'y 



MONOGAA^mS DE COMMIEIGNAC. 1^3 

verrait plus tant de terres incuites ou mal cultivées, tant de champs 
susceptibles d'améliorations et n'en recevant aucune ; le travail et 
les bonnes méthodes doubleraient le revenu des propriétés et pro- 
cureraient à tout le pays un bien-être que l'émigration ne lui a 
jamais donné. 

On ne sait pas à quelle époque a commencé cette émigration. 
Un texte positif nous la montre antérieure à 1585 : « Le naturel des 
Français, dit Gabriel Chappuys, est fort soudain et actif, et cela est 
cause que l'Espagnol et l'Italien sont bien aises de se servir d'hommes 
Français, à cause de leur diligence et allégresse en tout ce qu'ils 
font : et pour celte raison voit-on que tous les ans il en passe un 
grand nombre en Espagne du pays d'Auvergne et du Limousin, 
pour y faire les œuvres de mains que l'Espagnol ne saurait faire à 
cause de la pesanteur de ses actions (1) ». 

Un siècle plus tard, cette émigration annuelle en Espagne conti- 
nuait toujours, car on remarque que le ministre Colbert, dans les 
instructions qu'il donnait au marquis de Villars, ambassadeur en 
Espagne, en 1679, mentionne cette émigration d'ouvriers et arti- 
sans Limousins, et lui demande de prendre des mesures pour les 
proléger. 

On sait aussi que ce sont les maçons limousins qui furent appelés, 
en 1627, pour construire la fameuse digue de La Rochelle. 

Aujourd'hui, les émigrants ne vont plus en Espagne; ils se diri- 
gent surtout vers Bordeaux et Paris. L'époque du plus grand essor 
de l'émigration pour cette dernière ville a été de 1860 à 1870. C'est 
à ce moment que les travaux entrepris pour l'embellissement de 
Paris, par M. Haussmann, enlevèrent presque tous les bras valides 
des campagnes. 

Ck)MMERCE. — Le commerce de cette commune consiste dans la 
vente des bestiaux, des grains et de la paille. Ses foires ont tou- 
jours été considérables. Aux siècles passés, il y en avait une le 
premier jeudi de chaque mois, et la foire royale du 12 novembre, 
lendemain de la fête de saint Martin, patron de la paroisse. Cette 
dernière, d'une grande importance, devait son origine, comme la 
plupart des grandes foires du Limousin, aux réunions religieuses 
qui avaient lieu à l'occasion des fêtes patronales. 

Le terrier de Compreignac nous fait connaître ce que payaient 
les aubergistes et marchands vendant à Compreignac en 1597. 
« Un pot de vin sur chaque hopte vendant vin, au jour de Saint- 



(I) L'Etat et description des Royaumes, par Gabriel Chappuys, Tou* 
pangeau. — Paris, 459«1, in-folio, p. 2 verso. 



Iè4 SOCtÉTÊ ARCHÉOLOGIQUE tT filStOBtQCIS DO LlHOUSltt. 

Martin. Quatre deniers de péage sur chaque marchand, au jour 
de Saint-Martin. » 

A cette époque, outre les foires indiquées ci-dessus, Gompreignac 
eut encore un marché qui se tint le mardi de chaque semaine, et 
fit la fortune du pays : il n'a pas survécu à la Révolution. Il fut 
établi par lettres patentes d'Henri IV, du mois de septembre 
1597, que nous fait connaître l'acte suivant : « Martial de Gay, 
seigneur de Nexon, Gondat et Gampagnes, conseiller du roi 
notre sire, et lieutenant général en la sénéchaussée du Limousin 
et siège présidial de Limoges, savoir faisons que aujourd'hui, 
sous écrit, en l'audience royale de la sénéchaussée, par devant 
nous ont comparus les scindics, manans et habitans du bourg et 
paroisse de Gompreignac, par M. Ghristophe Vincendon, leur 
procureur, assistant M* Pierre Martin, notaire royal dudit bourg, 
lequel en présence du procureur du roi comparant par Gibot 
et Des Goutures, avocat dudit sieur, nous a dit et remontré qu'il 
aurait plu à Sa Majesté leur octroyer un chaque jour de mardi de 
chaque semaine un marché public dans ledit bourg de Gomprei* 
gnac, pour y être dorénavant perpétuellement et à toujours gardé, 
observé et entretenu, que audit jour tous les marchands y puissent 
aller, venir et séjourner, vendre et acheter toute sorte de bétail et 
autres marchandises et qu'ils jouissent et usent de tous les droits 
et privilèges, franchises et libertés qu'on a accoutumé de faire es 
autres marchés du royaume comme a dit apparoir par lettres pa- 
tentes de Sa dite Majesté à nous adressantes, données à Paris au 
mois de septembre dernier, signées par le roi, à la relation du 
(Conseil, de Viliontreix, et scellées du grand scel dudit sieur en cire 
verte à double queue sur lac de soie verte et rouge, qu'il a commu- 
niquées audit procureur du roi, nous requérant ordonner qu'elles 
soient présentement lues et enregistrées au greffe de la présente 
cour, afin que personne n'en prétende cause d'ignorance, d'ordon- 
ner que les habitans dudit bourg et paroisse de Gompreignac 
jouiront de l'effet des dites lettres suivant leur forme et teneur, et 
leur permettra icelles faire publier par les cantons de la présente 
ville et autres lieux circonvoisins dudit bourg. Ledit Gibot a dit 
avoir vu les dites lettres patentes de Sa Majesté, obtenues par les 
manans et habitants dudit bourg et paroisse de Gompreignac, par 
lesquelles Sa Majesté a créé et établi à chacun mardi de chaque 
semaine, un marché public audit bourg et n'avoir moyen pour 
empescher qu'iceux habitans ne jouissent du vouloir et intention 
que Sa dite Majesté leur a octroyé, et à ces tins que les dites pa- 
tentes seront lues et enregistrées au greffe, afin que personne n*en 
prétende cause d'ignorance. Par quoi nous avons baillé acte de 1^ 



MÔNOGRA>»inE DE COttPREIGNAC. iÈi 

présentation des dites patentes et après que lecture a été faite 
d'icelles par le commis greffier, ouï et requérant le procureur du 
roi et sindics, manans et habitans dudit bourg et paroisse de Com- 
preignac, concède acte et ordonne que iceux sindics, manans et 
habitans dudit bourg et paroisse jouiront de Teffel des dites lettres 
suivant leur forme et teneur et qu elles seront enregistrées au 
fins que personne n'en prétende cause d'ignorance, et permis de 
les faire publier où bon leur semblera. Fait à Limoges, par devant 
BOUS lieutenant-général susdit, le 21* jour de janvier 1598. 
Signé : Gay, lieutenant-général, et Guy, commis-greffier. » 

Pendant la Révolution, ce marché disparut, ainsi que la grande 
foire du 12 novembre. Au commencement du siècle, les foires 
furent réglementées, comme l'indique la note suivante écrite par 
le maire de la commune en 1818. « Tout le monde sait que les 
foires de Compreignac, qui existent de temps immémorial, qui ont 
élé et sont toujours très fréquentées, ont été maintenues et conser- 
vées au 8 de chaque mois, tant par un décret du 2* complémentaire 
an XII (19 septembre 1804) que par un décret ministériel du 13 dé- 
cembre 180S. » 

C'est toujours le 8 de chaque mois que ces foires ont lieu, et 
attirent un grand nombre d'habitants et de marchands des com- 
munes voisines. 

Lorsqu'on 1867 le conseil municipal fut consulté sur les avan- 
tages ou les inconvénients qu'il y aurait à autoriser de nouvelles 
foires dans le voisinage, il répondit que cette autorisation « serait 
plus nuisible qu'utile à l'agriculture qui manque déjà de bras ; que 
cette multiplicité de foires est une grande perte de temps pour la 
plupart des gens qui s'y rendent non pour des affaires commer- 
ciales, mais plutôt pour se livrer à la débauche : y aurait-il une 
foire tous les jours qu'ils s'y rendraient, ne faisant nul cas de leurs 
travaux agricoles pour fréquenter les foires et les cabarets (1) ». 

Le bourg est en outre abondamment pourvu de magasins d'épi- 
cerie, quincaillerie, draperie, nouveautés, etc., pour l'approvision- 
nement des campagnes. 

Industrie. — L'industrie est à peu près nulle dans cette com- 
mune. On ne peut signaler qu'une filature de laine, près de la 
Couse et de la limite nord-est de la commune. 

Institutions. — Compreignac possède un bureau de poste, une 
étude de notaire, un percepteur qui a dans sa circonscription les 
communes du Buis, Compreignac, Roussac, Saint-Symphorien et 

(1) Conseil municipal de Compreignac, 16 juin 1867. 

T. XXXVII. 13 



186. SOaÉTÉ ABC«ÉO^OGI(UJE. ET HWtO^OÇ*. i>U LIMOUSIN. 

Thouron, Il y a au bourg. des é.coles primaires .municipal^», pQur 
les g^rçoi^s et. poiir. les. fines, et une école mixte au iVilULg€i<|e 
Népoulas. 

Une école libre et. un p.ensionjiat, tew^s par. les Soeurs de. la 
Croix, ont été fond^,s en 1864, pour donner rinslructionW l'édu- 
cation chrétiçnnes aux. jeunes fiUés, L,e, couvent a été bâti en 1872, 
à peu près sur remplacement de Tancienne chapelle de S^nt* 
Lépbon; il domine le bourg du côté du.levant. 

Voies de communication, — Jusqu'en 1777, la route de Paris pas- 
sait par Compreignac. Aussi trouve-t-on cette localité désignée 
coramie lieu d'étape, dans des documents de 1688. Elle Télait 
encore près d'un siècle après, comme le montre cette lettre de 
Turgot, iiitendant du Limousin de 1762 à 1774 : 

« A MM. les Syndics, à Compreignac, 

» Les représentatj,ons qui ootété faites, M^essieurs, àM.« le duc. 
de Choiseul sur le traitement par étape ,qui e^t accordé aux nwé- 
chaux-des-logis, l'ont déterminé à prendre les ordres, du roypar 
rapport ai^ rations de fourrage que ces hautes payes reçoivent, et il 
me mande que jusqu'à ce qu il paraisse un nouveau, règleo^ent, les 
maréchaux-des-logis recevront, comme par le passé.^ deux rations 
de fourrage. Je vous fais part, Messieurs, de cette décision afin flMe 
vous puissiez remplir les routes, que vous délivriez aux. élapiers la 
quantité de rations qu'ils doivent délivrer aux maréchftUXTdej- 
logis ; je vous prie de prévenir l'étapier de votre ville de cet arran- 
gement afin qu'il puisse s'y conformer.. 

» Je suis très parfaitement, M,essieurs, vptre très humble et tr^s 
obéissant serviteur. 

»,T|jRi;pT,^ ». 

Pour arriver à Compreignac^ cette route passs^it vers l6,M<^lagn{ic 
et^pren4it ensi^ite la direction de la ropte actuelle de Saifit^Pardoux. 
Elle est souvent appelée route des soldats, pour la distinguer d'uni?, 
autre qui contournait le bourg et passait au M^s-la-Roche, afin 
d'éviter une pente trop rapide, 

L*arpentement de 1742 signale des chemins allant dans les mêmes 
directions que les routes d'aujourd'hui, et deux de plus ; le chemin 
de Gcandmont et le chemin de Sauvagnac. Clest xme constaUttion 
de rimporlance qu',avaient ces deux localités et des rapports .que 
les habitauts de Cpmpreigns^c entretenaient avec eîles^. 

De nos jours, aucune ligne de chemin de fer ne passe dans la 
commune de Compreignac, qui se tr.ouye à peu près, à égale dis- 



ianoende la ligue de Paris et de celle de Poitiers. Un courrier faiit' 
le 8€mee<)e la poste par la gare de Nantiat aprpalteiiaiitàcett^ 
dernière. Les roules qu'oa y trouve sont : 

lia; roalè nationale (n<> 30), de Paris à Toalouse; qoi' passe ao 
Tillàgei de Népoulas, et a* remplacé Tancienne route de Paris, dont' 
il est parié ci-dessus. Elle fôt commencée en 1767 par ordre de 
M. Pajolde Marcheval, intendant de Limoges; elle a été contlntrée 
et finie en 1777 par les soins de M. Turgot et de M. d'Aine. 

Lescbemins de grande communication sont : n« 5, de Corfo^ 
lensà Bourganeuf, qui, venant de Nanliat et Thouron, traverse 
toute la commune de Touest à Test; et en sort au village de La 
llroisille; — n« 28, de Saint-Junien à Bénévent, qui vient de Safe!- 
Jeuvent et se dirige sur Razès,. par les viHages de Prassigoux et 
Vénaehat; — n* 60, de Compreignae à Saint-Pardoûx; — n* 96, 
de Bellac à Compreignae, passant au village de La Courède, en 
construction. 

Les chemins vicinaux sont : n<> 1, de Compreignae à Népoulas; 
— n» % de Compreignae à Saint-Symphorien par le Mas-la-Roche 
et le Puyménier; la partie qui regarde Saint-Symphorien est 
encore à faire, ainsi que l'arrivée dans le bourg de Compreignae; 
-=* n» 3, de Compreignae à Chaptelat; un ti^onçon de ce chemin 
passant sur la commune de Bonnat est encore à faire; — n* 4, de 
Oowprei^naG à Saint-Sylvestre, par Le Chfttenet, n'est pas encore 
achevé; ~ n^5, de Compreignae à Ambazac, par Angelard- n'est 
pa^eticore achevé sur la commune d'Ambazac;— n*6, de Com^ 
prélgriao à Razès, par La Roche et Chabannes. 

SouvENms HISTORIQUES. — EpoQue gauloise. — Les souterrains- 
refuges que l'on trouve au bourg, à La Jante, au Lac, à Chabannes, à 
Védrenne, etc., les monnaies gauloises de La Jante, le camp, retran- 
ché de Chabannes. 

Epoque gallo-romaine. — Deux cippes romains conservés à 
Côûipreignac ; des débris de constructions romaines près Villebert; 
des tuiles à rebord en plusieurs endroits ; les monnaies romaines 
de La Jante. 

Moyen âge. — L'église, les châteaux et les murailles qui défen- 
daient la ville de Compreignae. 

Chacun de ces monuments a sa description ci- après, accompa- 
gnée déà faits historiques qui s'y rapportent. 

II.' 

L'origine de Compreignae est fort ancienne. Nadaud,.dënrfls6ij 
Pouillé, nous dit que son nom vient de « compreor, acheter ; des 



kM SOCIÉTÉ ÀBCHéOLOGIQtJB ET ÉISTOElQtJK DU tlMOUSld. 

boutiques des marchands qui y étaient ». H. Deloche dans sa 
Géographie historique (1), fait remarquer que cette localité avait 
autrefois de Fimportance, car elle possédait, sous les rois de la 
première race, un atelier monétaire duquel est sorti Tun des plus 
beaux triens connus du Limousin, et Tun des plus remarquables 
assurément de toute la période mérovingienne. 

On y trouve aussi des traces des époques antérieures : quelques 
haches en silex, les nombreuses monnaies gauloises découvertes 
en 1811, les souterrains-refuges qui existent encore au chef-lieu, à 
La Jante, au Lac, à Chabannes, à Védrenne, nous prouvent que 
ce lieu était habité avant Tère chrétienne et avant que les Ro- 
mains aient conquis les Gaules. 

Pendant Tépoque romaine, son importance paraît augmenter, si 
on en juge par les tombeaux romains découverts au bourg. Il y a 
quelques années, on en voyait encore trois. Deux existent aujour- 
d'hui devant une maison où ils ont été trouvés en 1883. Le plus beau 
est un cippe funéraire en granit, formé d'un cube de 65 centimètres 
de côté, portant une pyramide haute de 50 centimètres, surmon- 
tée d'une boule. Le second est moins élevé ; il est vrai qu'il ne 
forme que le couvercle de l'urne où fut placée la cendre d'un mort. 
Il a 45 centimètres de hauteur, et se termine par une boule de 
20 centimètres de diamètre. La partie inférieure de sa base est 
taillée de manière à recouvrir une urne carrée. Il peut se faire que 
le premier de ces monuments ait porté une inscription, mais l'état 
dans lequel il est aujourd'hui ne permet pas de l'aflirmer. Avec 
quelques débris de constructions romaines signalés sur plusieurs 
points de la commune, et les nombreuses monnaies trouvées à dif- 
férentes époques, ce sont les preuves que la civilisation romaine a 
régné en ces lieux. 

Deux pièces en or nous révèlent l'existence de l'atelier monétaire 
de Gompreignac. 

G'est M. Deloche qui nous fait connaître en ces termes la mon- 
naie mérovingienne frappée en ce lieu : 

« CONPRINIAGO I. Tête nue de face ; les cheveux relevés et 
partagés sur le front et retombant sur les côtés ; buste habillé et 
orné de perles ; le tout dans un grenetis. 

» R. — ® SATVRNO MONE. Groix égale, légèrement potencée, 
sur un globule, accostée sur les bras des lettres L. M.; le tout dans 
un grenetis. ♦ 

» Tiers de sou d'or pur. Poids : 1 gr. 35. Deuxième quart du 
vu* siècle. (Gabinet des médailles de la bibliothèque nationale). 

(4) P. «94. 



MONOGEIAPHIB DB COMPRBIGIfAG. 189 

» Pièce frappée à Tefligie visigothe (dite de Bnineliaut), et d'un 
dessin supérieur à celui du sceau de Dagobert, dont elle reproduit 
pourtant l'aspect général. Son origine ne saurait être mise en doute 
en présence des initiales LE. (Lemovicum) qui disent nettement 
sa provenance limousine. Le Compriniacum de la légende est assu- 
rément le lieu nommé Compriniacum dans une charte de Féglise 
de Limoges, de Fan 1123 ; Comprinhacum, dans un Fouillé du dio- 
cèse, du XVI* siècle (1) ; Compreignacum, en 1303 (2) ; enfin, de nos 
jours, Compreignac. On a trouvé, à diverses époques, dans le bourg 
de Compreignac et aux environs, des médailles gauloises et ro- 
maines (3). 

» Le Satumus qui a signé le triens de Compreignac est vrai- 
semblablement le même qui en a signé à Limoges. Malgré la diffé- 
rence existant dans le type des deux pièces, elles sont d'un travail 
à peu près contemporain ; seulement, quand Saturnus passa à la 
monnaie de Limoges, il dut en adopter les dessins, et c'est là ce 
qui explique cette variété des œuvres du même monétaire (4) ». 

La seconde pièce provenant de l'atelier de Compreignac a été 
trouvée en 1868, à la Poudrière, près Limoges, et acquise par la 
Société archéologique pour le Musée de Limoges ; elle est en bel 
état de conservation et porte : 

« Au droit, une croisette et, à la suite, la légende circulaire : 
CVMPRINIACO. Tête à droite, ceinte d'un long bandeau perlé, 
d'où se détache, sur la nuque, la bande supérieure, également per- 
lée, du vêtement du buste. 

» Au revers, une croisette et, à la suite, en légende circulaire : 
ccATVKNVc» MO (monetarius); dans le champ, une croix légè- 
rement pattée, posée sur un point ou globe, et portant aux premiers 
et deuxièmes cantons les lettres L N, entourées d'une couronne de 
feuillage qui la sépare de la légende ; le tout dans une couronne 
de feuillage. 

» L'or de cette pièce est un peu pâle ; le poids est de 1 gramme 
20 centigrammes. 

» D'après sa fabrication, elle paraît remonter à la deuxième moi- 
tié du vu* siècle. 



(1) Mss. Bibliot. nat., fonds Saint-Germain, français, n^ 878, t. II. 
(9) Mss. Bfniot. nat., collection Gaignières, t. GLXXXVI, p. 136. 

(3) On a récemment découvert un denier d'argent consulaire de la fa- 
mille Cœcilia, au nom de Q. Metellus Scipio le Pieux. Voir le Courrier du 
Centre de Limoges et le Journal général de V instruction publique^ numéro 
du 27 octobre 4858. 

(4) H. Dblocbb : Monnaie» mérooingiennes, p. 82. 



^90 SOCIÉTÂ A^f;^4Plf<^^K^B (fCT HUSTO^lUiUW DU LIMOUSIN. 

■p E\lete&t incontestablemept d'qmgme liinpuâipe ; il -sulfH pour 
s'en convaincpe de rapprocher son type de celui de , plusieurs rpièces 
;déjà reproduite^ dans notre Description des monnaies mér4)mn- 
giennes du Livmusin (1). Les lettres L N du revers sqpt les deux 
oopsonnos de LESiO (pour J^EMO) ,qu'oa Ut 9i\ir ;upe .jpAQumUe de 
J[uini)hac. 

.» Cette pièce est signée par un mo^iétaire, Satqmus,4ont le nom 
se retrouve sur plusieurs triens limousins, et sur la rHionnaie .de 
Compreignac, qui précède. Qp ypit que le vocable de cette localité 
n'y diffère que bien peu du nom gravé sur la pièce dont il s'agit ici. 
Les effigies gravées sur les deux triens sont au contraire -très diffé- 
.rontôs Tune .de l'autire, puisque sur ce second triens ^Ue est .en .pro- 
fil, tandis que sur l'autre elle est de face. Mais cette circonstance ne 
peut a^ner aucun doute sur Tidentité de l'atelier dont l'une -et 
l'i^utre sont sorties (2). » 

Au moyen âge, Compreignac conservç encore de l'impartanoe, 
ce qu'indiguent l'église, les châteaux et la ville entourée 4e mur^ul- 
les, que aous allons étudier successivement. 

Eglise, t— L'église de Compreignac, bâtie au xii* siècle, fui re- 
construite au XV*. Elle est parfaitement orientée dans la direction 
de l'est à l'ouest, afin que selon les règles liturgiques, le Christ qui 
est sur l'autel, soit tourné, comme l'était Notre Seigneur Jésus- 
Christ sur le Calvaire, aux portes de Jérusalem, lorsqu'il mourut 
pour notre rédemption. 

Dans la reconstruction du xv siècle, on a conservé certaines par- 
ties de l'ancienne église, qui avait 6 mètres 37 centimètres de lar- 
geur à l'intérieur; ce sont : la porte primitive, augmentée, proba- 
blement, au xin* siècle, de trois rangs de voussures formant 
aujourd'hui le portail ; tout le pignon du côté du couchant ; le mur 
de la nef où l'on trouve une petite porte murée, et la chapelle de 
Saint-Eutrope qui lui fait suite. 

Cette première église avait été consacrée ; deux croix de consé- 
cration, peintes en rouge, sur le granit de sa muraille occidentale, 
en sont la preuve irrécusable. Elle dût perdre sa voûte et être en 
partie ruinée lorsque les Anglais prirent Compreignac en 1870 ou 
1371. Un peu plus tard, on la reconstruisit à peu près telle que nous 
la voyons aujourd'hui. 

L'église actaey^ a 29 mètres de longueur et 6 mètres 37 centi- 
mètres de largeur. Elle est formée de cinq travées ^veç deux çha. 

(1) |n-89, 1,883. — Paris, eh^z Rollio et Fe^ardetit. 

(2) M. Dklocre, Bulletin de la Société archéologi^ufi ^ Uffiçi^si^^ 
t. XVlll, p. 131. 



MONOGRAPHIE DE cÔMPRBIGNAC. 491 

pelles latérales, qui donnent à son plan la forme d'une croix. Son 
àxe est brisé, la nouvelle construction n*étant pas exactement dans 
le môme axe que la première. C'est assurément une pieuse pensée 
qui fait voir dans Tinclinaison de l'axe de nos églises l'image de 
Notre Seigneur inclinant la télé sur la croix au moment d'expirer, 
mais je ne crois pas que cela ait été fait à dessein, ce qui est cer- 
tain pour Compreignàc. 

Au chevet, elle est éclairée par la belle fenêtre qiie reproduit 
nôtre dessin exécuté par M. J.de Verneilh, d'après la photographie 
de M. C. Marbouty. la chapelle du midi a aussi une fenêtre de la 
même époque; deux autres à pleiri-cintre ouvç*ent dans la nef du 
mêine côté, et une semblable dans la chapelle du nord, où Ton en 
remarque encore une petite, étroite et longue, comme on les faisait 
au xîi* siècle. 

Les voûtes, qui, vers le sanctuaire, ont 9 mètres d'élévation, sont 
ornées de nervures prismatiques. A la clef de voûte de la première 
travée, un écusson décoré à la manière du xv* siècle est peint : de 
guevles, au chef d^or, chargé de trois merlettes de sable. Dans la tra- 
vée suivante, un autre écusson, sans aucun ornement, est aussi 
peint : d'azur^ à la croix ancrée d'or. La clef de voûte de la troi- 
sième travée porte encore un écusson, qui n'a aucune trace de pein- 
ture ni de sculpture. 

Plusieurs chapiteaux de l'ancienne éghse ont été conservés sur les 
colonnes cylindriques engagées dans les murailles qui portent la re- 
tombée des voûtes. 

La porte qui s'ouvre au midi, à l'extrémité de la nef, accuse le 
style de transition. Elle appartient à l'ancienne église. A ses deux 
colonnes dépoun ues de base, décorées de quelques ornements à la 
place des chapiteaux, et surmontées d'un cintre en ogive, on a 
ajouté plus tard trois voussures avec colonnes pourvues de bases 
circulaires, de chapiteaux à crochets, surmontés d'arcatures se rap- 
prochant insensiblement du plein-cintre jusqu'à l'archivolte, qui 
couronne le tout. Ce passage de l'ogive au plein-cintre de l'arcade 
maîtresse est une singularité qui n'a rien de choquant. 

Un cordon, soutenu par une rangée de modillons, la décore un 
peu plus haut, et au sommet règne la galerie que portent d'élégants 
mâchicoulis, destinés à défendre l'accès du monument. Cette même 
galerie de défense se retrouve à chacune des chapelles latérales au 
chevet de l'église et au grand contrefort du nord-ouest. Elle est 
dans un état parfait de conservation et a toutes ses meurtrières in- 
tactes. Ces mâchicoulis donnent au monument un aspect pittores- 
que. En outre, ils sont d'un bon profil et d'une exécution soignée, 
Malgré la dureté du çranit. On voit que les maçons de ce pays 



192 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQOB ET HISTORIQUE OU LIMOUSIN. 

s'étaient perfectionnés dans l'art de tailler la pierre, car les parties 
du style de transition comme ce qui est flamboyant sont supérieu- 
rement exécutées et d'un bon dessin. 

Cette église était une espèce de citadelle. Elle faisait partie des 
fortifications de la ville auxquelles elle se rattachait, et elle sou- 
tiendrait parfaitement un siège, si on ne se servait que des moyens 
d'attaque de l'époque où elle fut fortifiée. Le vaste dessus des voûtes 
pouvait abriter et môme loger un grand nombre de défenseurs. 

Le grand contrefort du nord-ouest, qui forme à son sommet un 
élégant réduit bien propre à défendre deux côtés du monument, n'a 
été construit que par nécessité. Lorsqu'on surchargea l'église des 
murailles qui élèvent sa toiture et la transforment en citadelle, on 
s'aperçut que les fondations cédaient en cet endroit. Un souterrain- 
refuge de l'époque gauloise qui se trouvait au-dessous en était la 
cause. On éleva alors, comme point d'appui, ce contrefort, qui, par 
ses vastes proportions, ne ressemble en rien aux autres. Aux der- 
nières réparations exécutées à l'église en 1859, plusieurs personnes 
sont encore descendues dans ce souterrain, et la description qu'elles 
m'en ont faite ne laisse aucun doute sur sa nature. 

La plupart des grandes églises transformées en citadelles avaient 
un puits nécessaire pour les besoins de leurs défenseurs. On en con- 
naît encore à la cathédrale de Limoges, dans l'église de La Souter- 
raine et dans plusieurs autres du diocèse. Celui de l'église de Com- 
preignac, qui était de forme carrée, existe toujours, mais son 
ouverture est couverte. Il est placé au milieu du sanctuaire, un peu 
du côté de l'épître. 

Des six fenêtres qui éclairent l'intérieur, quatre sont pourvues de 
vitraux remarquables, venant de la maison Lobin, de Tours. Le 
plus considérable est celui du sanctuaire. Il est partagé en trois 
grandes baies par deux meneaux. Notre Seigneur Jésus-Christ oc- 
cupe celle du milieu. Au-dessus, dans les lobes du tympan, on voit 
le Saint-Esprit sous forme de colombe et le Père Éternel. Des an- 
ges et deux séraphins en prière complètent cette partie. Dans les 
baies latérales, saint Martin, patron de la paroisse, est à la droite 
de Notre Seigneur, et saint Eutrope, patron de la Monge, est à sa 
gauche. Ce vitrail a été acheté par la fabrique en 1869. 

Le vitrail de la fenêtre du midi, qui éclaire aussi le sanctuaire, a 
été placé en 1869 ; c'est une grisaille donnée par M. Duchiron, curé 
de Gompreignac. 

En 1874, les deux fenêtres des chapelles reçurent aussi des vi- 
traux offerts par M"' Bariat. Celui de la chapelle du nord est une 
grisaille, mais celui de la chapelle du midi rivalise de beauté avec 
la grande verrière du sanctuaire. D'un côté on voit la Sainte-Vierge, 




Chevet de réglise de Compreigoac. 




Souterrain-refuge au village de La Jaote, commune de Compreignûc. 



MONOGRAPHIE DE COMPRBIGNAC. 193 

Regina mundi, portant son divin fils ; de Tautre, sainte Catherine, 
palronne de la donatrice. 

Le maîlre-autel a élé consacré par M»' Duquesnay, évêque de 
Limoges, le 10 juin 1873. Il est en pierre blanche et sort des ate- 
liers de Saint-Hilaire, à Poitiers, maison Charron elBeausoleil. Sur 
le tombeau sont sculptées trois scènes de la vie de saint Martin. 
Celle du milieu le montre disant la Sainte Messe lorsqu'un globe 
lumineux apparut sur sa télé. D'un côté, on le voit partageant son 
manteau avec un pauvre, et de Tautre Notre Seigneur lui apparaît 
vêtu de cette moitié de manteau. 

En même temps que Taulel, et venant de la même maison, deux 
statues furent placées au mur absidial aux deux côtés de la grande 
verrière : saint Joseph et saint Roch. Cette dernière est en sou- 
venir de la chapelle qui avait été dédiée à ce saint dans la paroisse. 

Les autels des deux chapelles sont en bois sculpté. 

Le pignon de Fouest, qui forme le clocher-arcade, ayant été forte- 
ment endommagé par la foudre, fut réparé en 1873. Il porte à une 
assez grande hauteur une élégante fenêtre plein-cintre qui éclaire 
la nef. Elle est accompagnée à Tintérieur et à l'extérieur de colon- 
nettes romanes et sa seconde voussure est semée d'étoiles ou de 
pointes de diamant, puis le tout surmonté d'une archivolte. 

Le sommet du pignon, que termine une croix de pierre, est 
pourvu de deux baies à plein-cintre où sont placées les cloches. On 
lit sur Tune : 

« Jean-Baptiste Barriat, maire, parrain. — Elisabeth Dupeyrat 
des Flottes, marraine. — Geoffroy des Flottes, adjoint. — Mathieu 
Bord, juge de paix, président de la fabrique. — Pierre Martin- 
Compreignac, curé. — L'an 1813. — Bernard et Alexis Martin frè- 
res, fondeurs. » 

Sur l'autre on trouve cette inscription : « Bénite en 1822. — Par- 
rain : François Jjéger, curé de Compreignac. — Marraine : Marie- 
Angèle Constant, née Laforêt. — M. Jean-Baptiste Barriat, maire. — 
MM. Mutel et Forgeot, fondeurs. » Par le procès-verbal de la séance 
du Conseil municipal du 22 août 1822, on voit que la refonte de la 
cloche cassée, l'achat du métal et les frais pour la replacer ont 
occasionné une dépense de 900 francs. 

A l'intérieur comme à l'extérieur de l'église, on reconnaît les 
restes de la litre funéraire qui y avait été peinte ; mais on ne dis- 
lingue plus rien des armoiries qu'elle portait. 

Depuis 1882, on possède des reliques de saint Martin et de saint 
Eutrope; elle sont placées dans deux petites châsses modernes en 
cuivre doré. On conserve aussi depuis 1790, époque de la distribu- 
tion du trésor de Grandmont, des ossements de huit compagnes de 



^f(lé SOCIÉTÉ AIKSflÉIlteOOIQ^ ET ëitITbBtQDB DU LIMOUSIN. 

.Sttiate'Ursule/prac^'s datisube chiflLsète éh'bofs'ifôspltrs rtiôflesles. 
Leurs noms y sont écrils : Sanctœ Àlbinœ;^Pàmfrètœ;Ortinariœ; 
Se&undW; Bû^rrœ; Victoriœ; Anathnîiœ; Essètitiœ. A ht même 
époqae, «ne grande châsse en cuivre doré et èmaillé, comme celle 
que possède actuellement Ambazac, avait été donnée âComprei- 
gtiac^; foate te ctiré d'alors n'ayant pas voulu faire une petite 
ftepense '<itfë nécessitait Tétat de cette châ^e, elle fut ^attribuée à 
itne 'autre paroisse. 

Jusque vers 1776, oti enterra dansTégKâe flè Compi'èignkc, mais 
à cette époque un décret vint interdire cet usagfe. Le sanctuaire 
iôtait réservé aux prêtres de Ifet paroisse. Il y eut aussi denOtaln'eu- 
isefe sépultures dans la nef et dans les chapelles ; voici riddication 
•dfe Quelques-unes : 

Le 27 janrvier 1628, Léonard Duclou est inhumé dans là chapelle 
de Saint-Jea». 

Le 47 février 1693, Léonard Demàtys, âgé de qtiarântè^cinq ans, 
procureur d'office de la terre et baronnie de Compreignkc, est en- 
terré dans réglisse. 

Le 7 octobre 1792, Pierre Lesseyne, prétre-chanoine de Saint- 
-Mat'ttal de Limoges, âgé de soixante-quatre ans, est enseveli dans 
Féglise. 

• Le 48 novembre 1722, Marie Faucon, âgée de trente ans, épouse 
#e Pierre Lesseyne, est inhumée dans Véglise. 

Le 2 juillet 1728, Pierre Dubois, âgé de quatre-vingts ans, juge de 
CompreigAac, est enterré dans la chapelle de Saint-Jean. 11 fonda 
ttïi service pour le jour de saint Pierre, et un atitre bu jour de 
son décès. 

Le 22 décembre 1731 , Françoise-Marguerile Blondeau, âgée de 
vingt-sept mois, fille de Mathieu Blondeau de Compreigndc et de 
Marie de Vaucourbeix, est ensevelie dans Téglisfe. 

Le 12 février 1732, Jèrémie Martin, âgé de soixante-quatorze ans, 
bourgeois et marchand de Limoges, veuf de Marie Ardant, est en- 
terré dans Téglise; il était père dû curé de Compreignac. 

Le 2 février 1734, sépulture dans l'église de Marie Martin, âgée 
de six mois, fille de Pierre Martin, greffier de la juridiction, et de 
Marie Ducoudier. 

Le 3 mai 1739, a été inhumée dans l'église de Compreignac Thé- 
rèse Benoit de Compreignac, âgée de soixante-quatorze ans, veuve 
de Pierre Blondeau. 

Le 21 juillet 1754, enterrement dans l'église de Marie de Cou- 
teillas de La Ribière, âgée de vingt-deux ans, épouse de )ean- 
Baptiste Bârbou de Leymarie. 

Le !•* avril 1760, sépulture dans l'église de Mathieu Dorât des 



noMoaftàPaiB DE .eoMMiiieif AC >495 

Honts, gdadaanne de :]fi .garde, âgé de^ingtr«eptt'anB/fils de Bar- 
thélemyfiorat des Monts.et d'Anne d'Aubirnson. 

Le 42 mars 1763, Françofe Martin, âgé de vingt-çuatre ans, fils 
de Jean-Jacques Martin de Beaumoulin et de Marre-Charlotte du 
Fau-de-Pontcharaud, est inhumé dans Téglise. 

Le 2 juin '.1768, sépulture dans TégUse de Léonarde Dubois, âgée 
de quatre-vingt-trois ans, veuve de François TMartin,l)ourgeois. 

Le 19 janvier 17.64, Pierre Martin, bayle des âmes, notaire et 
juge des juridictions ordinaires de Coiqpreignac ^ de Bonnat, âgé 
de cinquante-quatre ans, époux de Marie-Louise Duclou de La 
Garde, est inhumé dansfégliee. 

«Le 48 juin 1774, enterrement dans Téglise de Suzanne-Cathei^ine 
Dupeyrat, âgée de cmq ans, "flUe de Joseph Dupeyrat, dhcfvaïier, 
'Seigneur et baron de Thouron et d'Elisabeth 'G^uteillas de La M- 
bière. 

Le S novembre 1778, sépulture dans T'églrse d-e Marie Tauconr- 
beil de Compreignac, âgée de soixante-quinze ans, "veuvede mes- 
sire Alondeau, écuyer, 'seigneur de Compreignac. 

Le 80 juin 1777, enterrement dans l'église de Jean-Bapti^e Mar- 
tin, âgé de sept ans et demi, ftls de Joseph-Mathieu Marfin, notaire 
royal -et juge de la présente juridiction, et 4e Marie Buchâteau. 

La mort des seigneurs de Compreignac est indiquée daïis les re- 
gistres paroissiaux, quoiqu'ils soient enterrés 4 Limoges, dm^HHie 
sépulture de famille : 

» Le 7 octobre M35 fut sépulture Teii Mons le général [Martial 
Benoit], seigneur de Compreignac, ô(mt le «corps gil «n régU^e de 
Sak)t-Pierre-daQueyroix, à Limoges. 

» Le 2S sep4embre 1829 a été sépulture feu Mons de Comprei- 
gnac [Pierre Benoit, fils du précédent], dans l'église de Saiat- 
Pierre^tt-Queyroix. » 

Martial Benoit avait fait une fondation à l'église de Compreignac, 
ftOA fils, Pierre Benoit (ii poser dans le sanctuaire une plaque en 
cuivre, fMrijaot Tinscription suivante, destiaéeà^n conserver le 
souvenir. Ce morceau de cuivre a tenté la «upîdité de quelqu'un 
ei a disparu au moment de la Révolution : 

Le sixi^e octobre mille six cent viagi-einq, deœda 
monsieur Martial Benoist, escuifer, seigneur du 
Mas-de-Lage et Gomprenial, conaelier du roi, président 
et trésorier général de France au bureau des finances 
en la généralité de Limoges : lequel, par son dernier 
testament du vingt-huitiesme octobre mille six cents 
vingt-un, signé Leyssene, notaire royal, fonda en 
Té^^lize de ceans^ un service pour les morts, le sixiesn^e 



id6 SOGlKTé: ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DO LlMOUSliC. 

de tous le9 mois de Tannée, tel jour qu'il décéda; or- 
donne de plus qu'il sera toujours entretenu une 
lampe ardente, jour et nuit, devant le Saint- 
Sacrement, de quoi il a chargé son fils et héritier, 
lequel a fait poser cette lampe, a6n qu'à l'advenir 
les susdites fondations soient bien exécutées, et pour 
perpétuelle mémoire de la piété et dévotion du défunt. 
Rcquiescat in pace 
juxta quidem séries patri succedere : verum 
esse simul dominos ; gratior ordo piis. 

La paroisse de Compreignac a toujours eu pour patron, comme 
aujourd'hui, saint Marlin de Tours. Nadaud, dans son Calendrier 
manuscrit, après avoir énuroéré les paroisses du diocèse dont ce 
saint est le patron, ajoute cette observation : « Le titre de Saint- 
Martin que portent ces églises est un indice de leur antiquité» 
parce que nos premiers rois étaient très dévots à ce saint. » 

En 1233, Pierre des Cars, chevalier, seigneur de Compreignac, 
fondait une vicairie dans cette église, à Tautel de Saint-Jean. Son 
droit d'y nommer un prêtre avait passé, en 1478, à Marguerite 
d'Àubusson, dame de Fraisse et de Mërignac, épouse de Jean de 
Saint-George, chevalier, seigneur de Fraisse. Elle était probable- 
ment veuve à cette époque, car la nomination est faite par elle et 
son fils, Gabriel de Saint-George. Plus tard, en 1673, ce droit de 
nomination appartenait à Tévêque de Limoges. 

Albert Blanchard était vicaire de la vicairie de Saint-Jean en 
15S8, — François Fougères en 1694 (1). 

Le cimetière paroissial touchait à l'église au midi et au cou- 
chant et n'était pas très vaste; aussi, outre ceux dont on constate 
l'existence à Montaigut, Angelard et la Monge, y en avait-il un 
second au bourg, appelé le petit cimetière. Il était situé hors des 
murailles de la ville, où se trouve celui de nos jours. On n'a eu 
besoin que d'en augmenter l'étendue pour en faire un cimetière 
fort convenable. 11 est parfaitement tenu et on y remarque un bon 
nombre de riches monuments funéraires. 

Une chapelle de saint Léobon existait autrefois à Compreignac; 
il en est fait mention dans plusieurs actes et en particulier dans un 
du 5 novembre 1536, en ces termes : « Un verger, situé au bourg 
de Compreignac, confrontant au chemin qui va des Perdrigiersà la 
chapelle de Saint-Léobon (2). » Il ne reste aucune trace de cette 
chapelle, si ce n'est le nom d'une terre près le cimetière, qui est 
encore appelée Les Chapelles. C'est là où a été bâtie en 1872 la 
communauté des Sœurs de la Croix. 

(t et 3) Terrier de Compreignac. 



yONOéBAPUfB DE GOHPREIGNAC. 49t 

Les carés de Compreignac étaient nommés par les abbés de 
Saint-Martial de Limoges. Nadaud a trouvé des nominations faites 
par eux aux dates suivantes : 1482, 4512, 1578, 1579, 1586, 1587, 
1591, 1641, 1651, 1652, 1706, 1720, 1727, 1754. Voici les noms de 
ceux que j'ai découverts, avec les dates auxquelles ils étaient en 
fonction : 

Pierre Normand, alias de Monlcocu, était curé de Compreignac 
en 1298 (Manuscrits Legros). 

Ayraud, Ayraudus, vivait en 1334 f Ibidem J. 

Pierre Roubis, ou Rouby, ou Robin, fait un arrangement en 
1405 avec Pierre Sarrazin, seigneur du Mazet; il était curé en 
1434 (Reg. de la pitancerie de Saint-Martial, fol. 32). 

Guillaume Sandelis, chanoine de la cathédrale de Limoges et 
curé de Valière, était curé de Compreignac en 1457 et 1458 (terrier 
de Compreignac). 

Pierre Cantays, ci-devant syndic de la communauté des prêtres 
(le Saint-Martial de Limoges, était curé de Compreignac le 13 mai 
1490 (Manuscrits Legros). 

Jacques Piquet, 12 juin 1550 (terrier de Compreignac). 

Pierre Cibot, chanoine de Téglise cathédrale, curé de Comprei- 
gnac, le iS avril 1558 f Ibidem J. 

Léonard Teyteyx, dont on trouve la signature sur les registres 
paroissiaux en 1608, 1611, 1632. Ces registres, qui commencent 
en 1603, renferment les actes de baptême, de mariage et de décès, 
qui ne sont que rarement signés. La plupart sont faits par P. Cous- 
turier, vicaire de Compreignac de 1604 à 1640. Ils contiennent 
aussi à cette époque la mention de Mathurin Pontabrier, prêtre de 
Compreignac, 4 juin 1605; André Demarzet, religieux de Tordre 
de Grand mont, 5 mars 1607; Rallhazard Dubois, curé de Saint- 
Justt 24 septembre 1613 ; Martial de Lacour, prêtre, 14 mars 1615; 
Jean Pontabrier, vicaire de Mallemort, 26 janvier 1624. 

Guillaume Jauviond, le vieux, est dit curé de Bruteille en Péri- 
gord et de Compreignac le 16 mai 1614 (Manuscrits Legros). 

Jean Baillol, chanoine de Saint-Martial de Limoges et curé de 
Compreignac, puis de Saint-Maurice, près Nexon, le 14 octobre 
1652 (Invent, arch., Eymoutiers, GG, 3, p. 107). 

Martial de Leyssène, docteur en droit canon de la Faculté de 
Paris, fut curé de Compreignac de 1665 à 1703. Pendant ce temps, 
il eut pour vicaires : F. Bastier, 1665 ; P. Caude (?), 1667 ; Lemar- 
que, 1667; Desthèves, 1667; L. Landy, 1675; Labrousse, 1681- 
1685; de Leyssène, 1686 1689; Duboucheyx, 1700-1701. 

Antoine Reculés, était curé de Compreignac en 1706. Il eut pour 
vicaiies : David, 1709-1711; Palier, 1712; Turain, 1712-1713; 



l4t sOciiri ARCHieto«Htfri'iet:BistoMQOv'iMr lihousin. 

Plèrre> AVrilf so» nev6o< 1713-11718; M; Laii4lD, 1748; DUtreii, 
1719^1 720i II fiiipTobableiBeat'nèparerrla chapelle niéridloBiale àt 
régHse deGémpre^oac, car*une deses pierres porte la (Ia4ei717. 
II fat «ictimraèdaiïs l'église: «le neoYiesme avril mil sept cent vii>gty 
MMsiMnÂotoine Recules^ prêtre, ciir6 de la paroisse de Coroprei- 
gnac, étant décédé après avoir reçu tous les sacrements de Noire 
Mère Saioie Eglise; a étéinhiiDué parimoy soussigné dans le sanc- 
tuaire de ladite paroisse, en présence de Monsieur Léonard AMaot^ 
curé de Saint-Sylvestre, et de Monsieur Pierre Avril, son neveu, 
curé de Razès, qui ont si|^nè avec moy. L. Ârdant, curé de Saittt- 
Sylvestre; Xi Origet, curé de Sainl-Jouvent. » 

Pierre Ardelier^ était »coré de Gompreignac le 20 'avril 1720: Il 
eut poof'Vicaires : Parreau, 1720; Penillade, 1724; Pierre Samie, 
1724: «. Le viûgt-f£fuatre avril mil -sepi cent vingt-sept, Messire 
Pierre Ardelier, prêtre, curé de Gompreignac, étant mort le jour 
précédeat^ après avoir reçu les sacrements de Notre Mère la Sainte 
Eglise, âgé de quarante-deux ans, a été inhumé dans Téglise de 
cette paroisse, par moi soussigné, en présence de Messires Arnaud 
Ijatreilhe, curé de Boonai; Jeaa Fraixes, curé de Thouron; Pierre 
Sanid; vicaire' delà pari)i6se) qui ont signé avec* moi.— Jylebas (?), 
curé de Saint-Jouvent. » 

François MirtÎDs était curé, de Gompreignac le 7 maiitT27. Il 
coosecvaie vicaice qu'avait son prédécesseur^ mais ce ne fut pas* 
pouir àè» longues anaées.. «Le premier jour de juillet mil sept cent 
trente.et*unvsuf le soir, a. été inhumé dans le sanctuaire de cette 
égliset! maître Pierre Samie, prêtre, vioairede celte* paroisse, 4é-* 
cédé la inuijt pnécédenle, après avoir reçu les sacrements derEgplîMv • 
âgé..<][environirenlre'troisaiiset huit mois, en présence de Mes- 
sieuns lea>cucés -soussignés : Avrils curé de/Razès ; Latreilbe^ xuré 
deddonaL; Pacaille, curé de iThtwroni Pelity prêtre; F* IfertiOt-. 
curé de Gompreignac: » Lësjricaires, ses successeurs^, forent: Des^ 
champs,ii731{Mavtin, 1736^1739; Noailhé, 1739*1740-, A. Boissd, 
1740-i74a? Tbéveniu, 1744-174S; L Lageneste, 17484780; Nico^ 
laai 1780; P. Favard,; 1780-1783; Gérardin, 1783. MC François 
Mantiavçiui ëtaiX fils dé Jérémie Martin et de Marie Arxiant, bouP4 
geois et marchands, de ( Limoges, ne parvint pas à. une grande; 
vieillesse : « Le diX-huit janvier mil sept cent cinquante-quatne, a 
été.iohumé au milieu du sanctuaire de Téglise Messire Francis* 
MartHXv.cuné' de. cette paroissû, décédé lëijour précédent, après: 
avoir.reçtt les:saaremeDts.de pénitence, eudiarislie et :extréme- 
onction, à Tàge d'environ cinquante-^ept ans, après avoir gouverné-' 
pendaniiivingirsept ans cette pfkroisse.. Ontas8isi<é aux obsèques' les 
sonssîgnés ù Martin» Mactîn éls^ Msùrtipr dec Gottpreigaao, de^ Goo^i 



MONOGBAPBilï l)B CQM|»RfilONAC. i9d^ 

te^Ua|ÇiJDuç;l9U4 Duro^^savtrie^ F: Jabet, religieuiL- de Grandioontg: 
Gé^aldf.curé^ de.Razès; Deschamps, curé de Thouros; Navièrft}. 
curëde-Sai^t-r^ylvestre; Gérardin, vicaire de. CofDpreignac; »i 

Joseph I^my de.Lurel, élail fiU d'autre Joseph Larny de Luret 
ei<4ei Marie-Thérè;se de la Qhasaague.; il étall né à Li/noges. le* 
30 j^i^vier 1723; parnM ses frères aines, on Irouve, Gabri^^l-Jacques 
Larny, curé d'Api^ac en 1780; Jean Laroy, professeur de tb^olo-. 
^e ptç^dant viogl ans aq coUëge de Limoges, et confesseur de la 
foi pendant la Révolution. Joseph Lamyavait été ordcAué prêtre 
eoi74i&; lorsqu'il fçit i\ommé à,la cu^e dç Gompreignac ea)i7^, 
il était, au moins depuis 1750, chanoine de la cathédrale de limo-. 
ges, titre qu'il résigna eu faveur de soa. neveu. Peadaot qu,'il 
administra celle paroisse, il eut pour vicaires : Gera^din, jusqu'ea 
1760; Barret, 1760-1762; Montaigul, 1762; Dach^s, 1762; Mazey- 
raud, 1762-1767, puis conjointement avec le suivant jusqu'en 1771 ; 
Martin, 1767-1772; Cosse, 1772-1773; Dubois, 1774-1775; Martin,, 
le même que précédemment» 1776-1785. « Le neuC de juin mil sept 
cent quatre-vingt-cinq a été inhumé messire Josepfi J^amy d.el4ir0t, 
prêtre, curé de la présente paroisse et visiteui: des églises, déoédé 
le jour précédent à trois heures et demie du soir, en sa maison 
presbytérale, âgé de soixante-deux ans et cinq mois. OnjL assisté- 
au convoi messire Pierre Lamy, écuycr, seigneur de la. Chapelle, , 
procureur du roi aux sièges royaux de limoges; messire Gabriel: 
de Luret, écuyer, ses neveux et autres, qui ont signé avec moi : : 
Lamy de Lachapelle, Lamy, Gerald, curé de Razès; Tramonteil,. 
curé de Bonoat; Duchàteau, curé de Saint-Symphorien: ÀrE. Laur 
rier, prêtre, curé de Thouron; Dupeyrat, baron de Thoiiron,-; 
Roulhac de Razès, Cantillon de La Lande, AÎlartin, vicaire de Gom- 
preignac. » Il n'est pas dit dans cet acte, comme dan^ celui dies icuf es . 
précédents : « inl^umé dans le sanctuaire de Téglise », p^fce que. 
depuis .1776 il y avait inlerdiption d'inhumer dans les églises. 

Lépnard fiay ;de Vernon, fut nomnjé le 22 juin 1785, prit pos^esr- 
sion ie raême^mois. Il donna dans tous les excès de la RévQhitîQn^ 
fat éluévéque sçhismatiquede laHaufe-Vienae. Ie.l4 février il79il. 
Les vicaires de Compreignac prêtèrent ensuite le serment schi^ma- 
ligue de la Gonstitulion/civile du clergé; ce. furent : M^gy, du 31 
décembre.! 785 au 13 avril 1791; Martelly, vicaire régent, dq 2?. 
avril 1791 au 26 septeml^re mêo^e année; Pegrateyr(>ll6S> .qui signe 
vicaire rég&aij le 28,septembrel79i, puis curé jusqu'au 31 octobre 
1792, enfin ofBcier public jusqu'au 18 mai 1793. 

François-Thyrse G^illebaqd, ancien vicaire de Nieul, de^seif-vait 
provisQiriwent^ paroisse de Corppreiguae en 186@etl9Q3. . 
. Fra4{oisrAnne.Riou))laDc, fut le premier curè.d^ Gpa^n^igQMp 



iOÔ SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGTOtlË ET talStORIQÛB DÛ LIMOUSIN'. 

après la RëvolutioD. Il était curé de seconde classe, mais n^avait 
pas le litre de doyen du canton. Ce titre ne fat attaché à la cure 
de Compreignac qu'après de nombreuses délibérations des con- 
seillers municipaux et des autorités civiles et ecclésiastiques, par 
décret du 26 mai 1819. —M. Rioublanc devint curé de Bessines. 

Jean-Baptiste Goujaud, natif de Châteauponsac, nommé en mai 
1806, fut curé de Compreignac jusqu'en février 1813. 

Pierre Martin de Compreignac, chanoine honoraire de la cathé- 
drale, fut nommé en février 1813, et mourut le 14 mai 1817. 

Jean-BapUste Joseph Guiot du Dognon, 1817-1819, fut ensuite 
curé de Blond. 

François Léger, du mois d'octobre 1819 au mois de septembre 
1836, se retira à Beaune, où il est mort à Tâge de quatre-vingt- 
quatre ans, le 15 octobre 1839. 

Auguste-Jacques Boutineau-Grandpré, vicaire-régent en 1836, 
curé en novembre 1837, est mort le 7 mars 18Q7. 

Louis-Marie-Sylvestre Duchiron, 1867-1882. 

Auguste Cocq, 1882-1883. 

André Lecler, 1883. 

Une maison en style de la Renaissance, qui existe encore près de la 
grande porte de l'église, dont elle n'est séparée que par un jardin, 
était la maison curiale. C'est là que fut hébergé Henri IV à son 
passage à Compreignac. On ne sait ni quand ni comment cette 
maison a cessé d'appartenir à la cure pour devenir la propriété de 
la famille Duclou ; toutefois, l'arpentement fait en 1742 la désigne 
encore comme étant la cure, et le jardin par lequel on communi- 
quait avec l'église était aussi possédé par le curé. 

Un logis, avec tour ronde renfermant l'escalier, placé en dehors 
de l'enceinte de la ville, mais proche de l'église, est ensuite devenu 
le presbytère. Il a un jardin s'étendant à l'est et formant terrasse, 
d'où l'on jouit d'une splendide vue sur les montagnes, et à l'ouest 
une cour et des dépendances. Ces dernières viennent de M. Lamy 
de Luret, curé de Compreignac, qui, par contrat du 25 mars 1777, 
avait acquis une maison et un terrain, qu'il convertit en grange et 
écurie. 

Pendant la Révolution, le tout fut mis en vente. Le presbytère ne 
trouva pas d'acquéreur, mais les dépendances furent vendues par 
contrat du 28 germinal an III (17 avril 1795). M. Guiot du Dognon, 
curé de Compreignac, les a rachetées par contrat du 10 juillet 
1819. 

L'ancien logis, qui continua à servir de presbytère, semble avoir 
été bâti en 1608; c'est au moins la date que porte une de ses pierres. 
De nos jours, il tombait en ruine et ne pouvait plus être réparé. 



1IONOGRAI»HIR DE COMPUSIGMAC. SOI 

Démoli en 1870, oa a b&li sur le môme emplacement celui qui 
eûste aujourd'hui. 

Les Chatbaux. — II y avait au chef-lieu de Comprelgnac deux 
fiefs différents, qui, plus tard, ont été réunis ; ce sont les Cars et le 
Mazet, placés Tun à Fest, Tautre h l'ouest du bourg. 

I. — Le château des Cars semble avoir été ruiné par îarmêe 
anglaise, lorsqu'elle prit Compreignac, en 1370 ou 1371. Il était 
séparé de l'église par deux jardins et se trouvait ft Fendroil où le 
cadastre indique encore des masures. Une reconnaissance dd jardin 
des Cars, du i3 novembre 1600, fait connaître sa position î « Ledit 
jour 13 des dits mois et an que dessus, par devant nous )nge% sus- 
dits, se sont aussi comparus en leur personne et jvdiciellement 
Pierre Penichon l'aîné, marguillier du dit bourg, et Jacques dit 
Jamme Marchandon, du dit bourg, lesquels ont dit, connu et con- 
fessé tenir et posséder deux jardins, joignants et contigus ensemble, 

appelés des Cars renfermés de murailles..... confrontant 

au petit cimetière de Comjpreignac et dans lesquels jardins soû- 
laient être les mazures et soulars du dit ilef noble des Cars >> (1). 

Voici les membres de cette famille qui me sont conaas : 

Adémar des Cars est témoin dans l'acte de donation de la cha- 
pelle de Courrieux au prieuré d'Aureil, acte fait entre 1147 et 
118&-0nnedit pas qu'il soit seigneur de Compreignac, mais il 
figure dans cet acte avec plusieurs autres habitants du pays, tels 
que son voisin, Pierre-Etienne du Puy-Ménier (2). 

Nicolaus deu Cat9 est témoin dans la donation faite au prieuré 
de Montaignt-en-Gompreignac, en 1196. Acte publié aux docu- 
ments. 

Pierre des Cars, seigneur de Compreignac, vivait en 1233 et 
1234 (3). II fonda une vicairie à l'autel de Saint-Jean dans 
l'église de Compreignac (4). On trouve une assence perpétwelle 
faite par Guillaume Palmier l'aîné en faveur de sire Pierre des 
Cars, chevaher du Mas de Bassac, situé en la paroisse de Com- 
preignac, le mardi avant la fête de saint Luc 1304. Dans un acte de 
1438, rapporté au terrier de Compreignac, on cite praltfm domini 
Pétri de QxMdris, militis de Campo peîo (Champeux, paroisse de 
Compreignac). 

C'est à tort qo'on place Pierre des Cars dans \z généalogie de la 
famille Pérusse des Gars. On voit, en effet, dans la généalogie de 

(I) Terrier de Compreignac. 

(9) Cartulaire d'Aureil, par Bf. de SenneviKe, en cours de pablfcâtion. 

(3) Nobiliaire du Limousin, 1. 1, ?« édition, p. 307. 

(4) PouiUé de Nadaud. 

T. XXXVIK 1( 



t(tî BOCttri ARCBÉOLOGtQdE Et BlStORIOtlB DU LtHOtlSlfr. 

cette dernière famille, une convention faite Tan 1260, entre Geoffroy 
de Pérusse, et les filles de Gautier de Pérusse, son cousin-germain, 
d'après laquelle « ses descendants quitteraient le nom de Pérusse 
pour prendre celui delà terre des Cars » située aujourd'hui dans le 
canton de Chàlus. Le père Anselme, dans son Histoire des grands offi- 
ciers de la couronne, nous dit qu'Âudoin de Pérusse, fils de Geoffroy 
de Pérusse, se maria en 1281 et qu'il est « lé premier dont il soit 
fait mention sous le nom des Cars )>. Les des Cars de Gompreignac 
existaient donc un siècle avant que les Pérusse aient pris ce nom. 
Un autre généalogiste. Le Laboureur, conjecture que Marie de 
Carrio ou de Carris, seconde femme d'Adémar, vicomte de Limoges 
en 1114, pouvait être de la maison de Pérusse des Cars. Ce qui 
précède montre que cette famille n'existait pas encore sous ce 
nom, et qu'il est plus naturel de rattacher cette Marie des Cars à 
ceux de Gompreignac. 

Le jour de Saint-Pierre et de Saint-Paul 1344, Guillaume d'Ar- 
feuille, damoiseau, reconnaît qu'à cause de Guiotte des Cars, sa 
. femme, il tient à foi et hommage de l'évêque de Limoges, sur le 
jardin des Cars, une rente de quatre septiers seigle (1). 

Plusieurs autres membres de cette famille sont désignés simple- 
ment sous le nom de Compreignac ; ce sont : 

Martial de Compreignac, curé de la Maison-Dieu à Limoges, 
« rector capellanie Domûs Dei leprosorum », qui, agissant au nom 
du prieur de cette maison, reçoit en 1262 une reconnaissance de 
Pierre de la Chièze, damoiseau de Rilhac-Lastours (2). 

Le Père Itier de Compreignac, d'une noble extraction, était 
dominicain et éloquent prédicateur. Il mourut à Saint-Junien, le 
20 août 1304, en descendant de chaire, après avoir prêché un beau 
panégyrique de la Sainte- Vierge. On mit cette épitaphe sur son 
tombeau : 

Ghrisliferam venerans, sic clamans magnificavit, 
Quod verbum superans devotio debililavit. 

Rapla fuit mens flens siluit praeco Mariae 

Dumum docuit, tune occubuit lux, arca Sophise (3). 

Autre iLhier de Compreignac, pour lequel le chapitre provincial 
des Frères prêcheurs tenu à Limoges en 1327 ordonne une messe 
des morts. 



(1) Uore des Hommages de VEoéché, p. 228. 

(2) A. Leroux, Inoent, des arch. hospit. de la Haute-Vienne. — liaison 
Dieu de Limoges, B: H, p. 4. 

(3) M. ÂRBBLLOT, Reoue archéologique, p. 256. 



MONOGRAPBIB DE COMPRKIGNAC. 903 

Goulfier de Gompreignac, dont on trouve le nom vers la même 
époque. 

Jean de Gompreignac, qui vivait aussi vers le môme temps (1). 

Le cimetière paroissial conserve encore une pierre tombale sur 
laquelle ont voit le bouclier et l'épée d'un chevalier ; elle a dû cou- 
vrir la dépouille mortelle d'un membre de cette famille. 

Le château des Cars ne fut pas rebâti. La propriété et les diffé- 
rents droits qui en dépendaient étaient passés au siècle suivant 
dans la famille de Saint-George. En i478, Gabriel de Saint- 
George, chevalier, seigneur de Fraisse, fils de Jean et de Margue- 
rite d'Aubusson, nommait avec sa mère à la vicairie fondée par 
Pierre des Cars, en 1233, dans l'église de Gompreignac. La croix 
ancrée qui se trouve à une clef de voûte de l'église, doit être son 
écusson, ou celui de sa mère; Saint-George porte : d'argent à la 
croix de gueules, et Aubusson : d'or à la croix ancrée de gueules. 

En 1614, François de Saint-George, chevalier, seigneur de 
Fraisse, vendit tous les droits qu'il avait sur le fief des Cars à 
Martial Benoit (2), qui les réunit à ceux du fief du Mazet, comme 
on le verra plus loin. 

IL — Le fief du Mazet était situé à l'extrémité occidentale du 
bourg, sur le point où a été construit le château. Les plus anciens 
propriétaires connus sont les Bodoyer, qui depuis une époque 
reculée rendaient hommage à l'évoque de Limoges pour leur 
« repaire et hébergement » de Gompreignac (3). Elie Bodoyer 
vivait en 1266; il fut le bisaïeul de Pierre Sarrazin. 

Noble Jean Sarrazin épousa Sibille Bodoyette; ils vivaient en 
1388. Leur fils, Pierre Sarrazin, seigneur du Mazet, fonda un ser- 
vice à Gompreignac le 7 septembre 1408. Le 7 octobre 1438, il ren- 
dait hommage à l'évoque de Limoges, comme seigneur de Gomprei- 
gnac (4). François de Sarrazin avait épousé Isabeau du Breuil. 
Cette dernière, tutrice de leur fille Charlotte, était veuve en 1829. 
Charlotte Sarrazin épousa François de Neuvic, écuyer et seigneur 
de Villefort. Il vendit le fief du Mazet à Albert de Grandchaud, qui 
se disait seigneur de Gompreignac en 1848, mais cette vente ne 
tint pas et Charlotte de Sarrazin vendit, par acte du 24 février 1883, 
il Léonard Bamy. La famille de Sarrazin porte : de gueules à trois 
fletATs de lis d'argent mal ordonnées. 

Léonard Bamy, avocat au siège présidial de Limoges, seigneur 

(I) Nobiliaire du Umousin, t. I, 2« édit., p. 418. 
(3) Terrier de Gompreignac. 

(3) Archives de la Haute-Vienne. — Fonds de rEvécbé, 

(4) Voir cette pièce aux document^. 



%ê4 SOCIÉTÉ ARGBBttOaHliE IkT MlSlèai^l» DU LIMOUSIN. 

du flef noble du Mazet de GompreigDaCt aoquil âmsi, le ii aep^tem- 
bre 1576, la tiercerie et la fondalilé de Coudert-Jourde, de Foucault 
Faucon, seigneur de Thouron et de la Madeleine; Antoiae et 
Léonard Barny, fils de Léonard, sent seigneurs de Gampreignac 
en 1584. Antoine, qui était tioenoiè è»-loi9, juge des iuridictioEs de 
Grandmont, Razès, Bessines, aeheta, le 28 septembre 4589, le 
fief de Puymenier, à Martial de Hoffignac et à sa mère Valérie 
Fauicon. C'est aussi lui qui revendit le tout à Martial Benoit. Les 
Barny portent pour armes : un chevron atcompagné de iemao roses 
m chef et d'un lien en pointe. 

La famille Benoit a joué ue grand rtie dans la paroisse de Gom- 
preignae et mérite qu'on s' arrête uii peu à son histoire. Martial 
Benoit, par ses acquisitions, devint seigneur de Gompreigme; mais 
ses ancêtres depuis longtemps étaient propriétaires dans la paroisse. 
Etienne Benoit marque dans son livre de raison que sa nièce 
Catherine Benoit se faisant religieuse à La Drouille-Blanehe, pa- 
roisse de BoMatt le 7 janvier 1403 (vie«x style), il donna à Féglise 
de ce prieuré une rente de six setiers de seigle, sur son domaine 
de La Vedrenne, paroisse de Compreignac. Cette Catherine Benoit 
était pcieure de La Brouille-Blanche en 14ia. 

Maiis ee ne fut qu'à partir de 1597 que cette famille prit une 
grande importance dans la paroisse par les acquisitions qu*y fil 
Martial Benoit. 

Pierre Benoit, élu eut l'élection du Haut-Limoutsin, eut deux fils. 
Martial, qui devint seigneur de Compreignac, et Pierre^ dit le pré- 
vôt de Compreignac, areiûdiacre deMalemort et catéchisted*HenrilV. 
Il fut, en (^t, un des docteurs avec lesquels le roi voutut entrer 
en conférence» à Saiat-Denis, le 23 juillet 1598, avant de prendre 
la détermination qu'attendait la France (1). Après sa couversioii, 
Henri IV le protégea d'une manière touti> parlicidhèrev et le nomma 
soA aumônier et «on prédieateur« 8oa brevet est signé die la main 
mette du roi (2). « Il mourut à Toursi ea revenant de Paris en 
Limousin d'où il était natif, ayaat été empoisonné dans une mala- 
die par un chirurgien huguenot, qui crut rendre un grand service 
à sa religion de taire périr un grand prédicateur cnlhoMque >» (3). 
il tenait son litige de prévôt de ComfMreignao de révé<}ne de Limo- 
ges et non de sa famille, comme le donne k croire TauHeur de la 
Biogrtifàiç iee hommes iUu8$res dÉi Limemm; car il mmnrut le 
22 septembre 1596, et ce n'est que le 9 juin 1619 que son frère 

(I) BuUetln de la Société archéologique du JUht9iiaa%, t. XX?1, p, f39 

(9) Voir cette pièce aux doc»nients. 

(3} Bibliothèque nationale. Manuscrit» fhmçaifl, M,T98| fM. 969; 



Martial achdtt> de Mer Raymond de La Marttmie, là jastice de Gom- 
preignae. Il ne faut pas te confondre, comme on l*a fiait quelquefois, 
avec René Benoit^ originaire de TÀnjou, et curé de Saint-Eustaclie 
à Paris, qui était ausâi au nombre des doeteurs consultés par 
Henri IV. 

Martial Benoit était président trésorier général de France en la 
généralité de limoges, seigneur de Gompreignac et du Mas-de- 
Lage. Il fut aussi commandant de Limoges, et se distingua dans 
les affaires de la Ligue. On l'appelait « le général « à cause de sa 
charge de trésorier. En 4598, il eut la commission de la vérifica- 
tion de la noblesse de Guyenne, conjointement avec M. de MariUac^ 
garde des sceaux. Sa fidélité lui procura celle de grand-voyer, 
dans la généralité de Limoges, ce qui lui fit faire des réparations 
considérables aux ponts et chaussées, et servit grandement à réta- 
blir le commerce, qui avait beaucoup souffert par le mauvais état 
des diemine» 

Il acheta, le 15 juillet 1897, les fiefs nobles de Gompreignac, 
alias du Maaet et du Puymenier; le 24 Juillet 4609 des rentes sur 
le grand et le petit Malagnac ; le 30 janvier 1613, des rentes sur 
les tenanciers de Bachellerie, Daumar et Gloupeix, sur Tétang du 
Gouzet et sur le village de La Roche de Boussac, le tout dans la 
paroisse de Gompreignac; le 9 juillet 1614, le fief des Gars; 
le 18 février 1619, le moulin de Pontabrler; le 80 mai 1619, de 
Jacques de Lescours, écuyer, seigneur, baron de Nleul, les rentes et 
la justice qu'il avait sur Gouteillas, le Lac, Malagnac, La Jante, Puy- 
mélier et Puy-Nartin; le 9 juin même année, la justice de Gom- 
preignac (1). 

Dès qu'il fut en possession du Mazet, il songea à bâtir un châ- 
teau en rapport avec sa position. En 1606 et 1608 il faisait élever 
celui de Gompreignac, dont il ne reste aujourd'hui que deux tours 
portant chacune une de ces dates. Ge château, comme presque 
tous ceux du Limousin, avait la forme d'un quadrilatère, et chacun 
de ses angles était flanqué d'une tour ronde. Les vastes et belles 
terrasses qui l'accompagnaient existent toujours. Martial Benoit 
mourut le 6 octobre 1625, âgé de soixante-douze ans. Il fut inhumé 
à 8aint-Pierre-du-Queyroix, à Limoges, dans les tombeaux de sa 
famille. Son fils fit placer dans le sanctuaire de l'église de Gom- 
preignac rinscription relatée plus haut. 

Il avait épousé Jeanne de Douhet, le refuge des pauvres et des 
religieux, la consolation des affligés, qui mourut en grande odeur 
de sainteté, en 1646, âgée de près de cent ans ; elle fut inhumée 

(1) Voir les contrats d'acquisition aux documents. 



206 sociâré archéologique et historique du limousin. 

dans le cloître des Carmélites de Limoges, avec leur habit, en re- 
connaissance de ses bienfaits envers ce monastère (l). Leurs 
enfants furent : 1* Catherine, épouse de Joseph du Bemet, premier 
président au Parlement de Bordeaux; ** Peyronne, épouse de 
Mathieu Maledent, receveur des tailles en Télection de Limoges ; 
3® Marie, épouse de Gaspard Benoit, trésorier de France ; 4** Fran- 
çoise, sœur Françoise de Jésus, qui fonda les Carmélites de Limo- 
ges ; 5"* Pierre, qui suit. 

Pierre Benoit, héritier des vertus, des biens et de la charge de 
son père était, en 1613, lieutenant particulier criminel en la séné- 
chaussée du Limousin. Il soutint sa maison avec honneur et s*acquit 
Festime et Tamour de tous. Il mourut le 23 octobre 1629, entre les 
bras de révoque de Limoges, TA«^ François de La Fayette, qui lui avait 
donné TExtrôme-Onction, et qui assista le lendemain, les yeux bai- 
gnés de larmes, à son enterrement, dans Téglise de Saint-Pierre- 
du-Queyroix. N'ayant pas laissé d'enfants, son héritier fut Pierre 
Benoit, son neveu et son filleul. 

Pierre Benoit, seigneur de Compreignac et du Mas-de-Lage, était 
Qls de Gaspard et de Marie Benoit. Il fut conseiller au Parlement 
de Bordeaux. Il avait acquis des connaissances étendues sur This- 
toire du Limousin, et composa un ouvrage plein de critique intitulé : 
Remarques sur les fautes et fausseté de la table chronologique de 
Collin. Ce n'est pas lui toutefois qui en fut l'éditeur; cachant son 
nom sous le pseudonyme de Maldamnat (2), il chargea son érudit 
contemporain, Baluze, de retoucher son œuvre et de la publier. 
C'est ce qu'il lit, et l'ouvrage fut imprimé à Lyon en 1668 (3). 

Pour composer son ouvrage, il avait besoin des Annales ou Chro- 
niques manuscrites de Limoges ^ écrites par Jean de Lavaud, le prc- 

(i) Labiche de Rbignefoat, Six mois de la oie des Saints, t. II, p. 353. 

(3) On a cherché à découvrir ce que voulait dire ce pseudonyme Mal- 
damnat. Je n'y vois autre chose que le nom Maldant écrit en latin. Il y 
avait des alliances entre les famille Benoit et Maldant. On trouve dans les 
actes de celte époque Petrus Maldanus, Johannes Maldannus, et lors- 
qu'il est question d'une femme Maria Maldana, Anna Maldanna, Vitrac 
dit que ce nom est celui d'une terre de la seigneurie de Compreignac. 
En effet le lieu de Maldent, qui touche Blémont dans la commune de 
Ghaptelat, au sud de Compreignac, pouvait appartenir au frère de Pierre 
Benoit qui était seigneur de Blémont, Le même auteur y voit encore un 
anagramme d*Anne d'Alesme, épouse de Pierre Benoit, qui donnerait 
Maldannesse ; c'est toujours le nom de Maldant féminisé en français lout 
comme ci-dessus en latin. 

(3) Voy. Une œuore de BaXme oubliée^ par M. A. Leroux, Annales 
du Midi, 1. 1. 



MONOGRAPBIB DE GOMPRBlONAC. $07 

mier historiographe du Limousin, qui étaient conservées à THôtel- 
de- Ville de Limoges. Il trouva moyen de les faire enlever par le 
capitaine qui commandait les soldats commis à. la garde de la 
maison de ville (1). C'est au moins ce dont on l'accuse. 

On l'accuse aussi d'un autre vol encore plus audacieux. Il y 
avait à Limoges une fontaine monumentale dite du Chevalet ou du 
Chevalier, tirant son nom de la stalue équestre de Constantin qui 
la surmontait. Cette statue en bronze mesurait un demi-mètre de 
hauteur, et était regardée comme une œuvre d'art remarquable. 
Pierre Benoit aurait encore trouvé le moyen de la faire enlever 
nuitamment par des gens habitués à faire ces coups de main et il 
en orna la cour de son château de Compreignac (2). 

L'auteur responsable de ces vols ne fut pas poursuivi par la jus- 
tice à Limoges, probablement à cause de sa famille qui y était fort 
considérée et y occupait de hautes situations. Mais la justice du roi 
ne laissa pas passer ces faits et d'autres semblables. « Un arrêt du 
grand conseil, du 26 septembre 1667, défenses et contumaces contre 
lui bien et dûment obtenues, le déclara atteint et convaincu d'assas- 
sinat et rébellion, commis aux troupes du roi et à ses officiers de 
justice, d'impositions et levées de deniers de son autorité privée 

sur les sujets du roi, etc Pour réparation, fut condamné, par 

couluraace, d'avoir la tôte tranchée, le château de Compreignac 
démoli et rasé, les bois qui en dépendent coupés à hauteur 
d'homme, la justice réunie à celle du roi, tous les actes, contrats, 
transactions passées entre lui et les habitants à son profit cas- 
sés, etc. (3). » 

Celte sentence ne fut pas exécutée. Cessant d'être contumace, 
il voulut présenter sa défense et réfuter les faits dont on l'accusait. 
Toutefois il fut incarcéré, et mourut en prison à Paris en 1677. 
On dit qu'il y fut empoisonné. Il avait épousé Jeanne d'Alesme, et 
leur fils aîné, Mathieu Benoit, alla servir le roi pour obtenir la 
rémission de l'arrêt rendu contre son père. Leur flllô Thérèse 
Benoit, dame de Compreignac, épousa Pierre Blondeau et lui 
porta la terre de Compreignac ; les armes de la famille Benoit sont : 
d'azur au chevron d'or, accompagné de trois maim bénissantes 
d'argent. 

De ce dernier mariage est né Mathieu Blondeau, seigneur de 
Compreignac, qui épousa, le 6 février 1720, Marie de Vaucourbeix. 
La famille Blondeau porte : d'azur au lion d'or. 

(4) A. Leroux, BuU, Soc. arch, Limoges, L XXXVl, p. 584. 

(9) Ibidem. 

(3) Nobiliaire du Limousin, t. I, 2* édition, p. 176. 



206 SOCIÉTÉ AHeflÉ<»LOGIQl!B ET UlSVOftfOVB M! LIMOUSIN. 

Marie Blondeau, fille unique des préeédents épousa, le 9 septem- 
bre 4748, François Martin, écuyer, auquel elle porta aussi la terre 
de Gompreignac. Cette famille a pour armes : écartelé, aux /** et 
4* d'azur à la tour d'or; aux 2^ et 3* de gueules à la fasce d'or. 

Joseph Martin, fils aîné des précédents, assista à rAssemblée 
générale de la noblesse en 1789, où il est dit chevalier, seigneur 
delabaronnie de Gompreignac etduMas-de^Lâge. Pendant la Révo* 
lytion, il fut longtemps retenu en prison, et le château de Gomprei- 
gnac fut pillé, puis démoli. Il avait épousé, en 1784, Marguerite 
Noailhé des Bailles, et a transmis à ses descendants, qui le possè- 
dent encore, ce qu'il a pu sauver de la terre de Gompreignac. En 
1820, il bâtissait une nouvelle habitation « sur l'emplacement de 
son ancien château abattu par la sape révolutionnaire (1) », et 
mourait le 19 juin 1835 à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Il était 
ancien capitaine de cavalerie et chevalier de Tordre de Saint-Louis. 

Le Bouno. — « Le bourg de Gompreignac avait le titre de ville 
et était entouré de murailles; l'église elle-même était crénelée. La 
route de Paris y passait il n'y a pas plus de quarante ans, et on en 
avait fait un lieu d'étape pour les troupes. » G'est en ces termes 
qu'en 1821 AUou parle de Gompreignac (2). Ge bourg se com- 
pose aujourd'hui de soixante-seize maisons", quatre-vingt-douze 
ménages et trois cent vingt-cinq habitants. Il est situé au milieu 
des montagnes, à 21 kilomètres au nord de Limoges, occupe 
un plateau qu'entourent de petites vallées où courent le Vincou et 
ses affluents Par sa position, il était facile à défendre, aussi a-t-il 
dû être habité dès les temps les plus reculés. Les Gaulois et les Ro- 
mains y ont laissé des traces de leur séjour. On ne connaît rien de 
particulier de son histoire pendant ces époques, et après avoir si- 
gnalé ses monnayeurs de la période mérovingienne, il faut aller 
jusqu'au xu* siècle pour trouver les grandes familles qui l'habitè- 
rent alors. 

Un fait particulier dont le souvenir est resté dans la mémoire des 
habitants est la prise et presque la destruction de Gompreignac 
par l'armée anglaise, en 1370 et 1371. Un petit chemin rapide, qui 
monte à l'endroit où était la porte nord de la ville, conserve encore 
le nom de chemin des Anglais, comme étant celui par lequel ils en- 
trèrent dans la place. Le château des Gars qui en était la citadelle 
fut pris et presque ruiné, et il ne se releva pas de ses ruines. L'é- 
glise fut fortement endommagée, mais sa reconstruction partielle 
fut différée jusqu'au xv" siècle. Le plus ancien chroniqueur qui rap- 

(1) Registre de la municipalité de Gompreignac, n'» <46. 
{t} Description des monumenta de la Haute- Vienne^ p. 3Sl. 



■ONOft&AveiB DE coHPmeifâc. 209 

porte cette prise de Gompreignac est Jean de Layaud, le premier 
rédacteur de« Annales de Lmoges, qui éerivait en ISiO, c'est-i-dire 
^140 ans après Tévénement : « Les Anglais, dit*il, en se retirant 
{après la prise de la cité de Limoges], abattirent Rançon et Gom- 
preignac, brûlèrent Hontmorillon et autres (i). » Il fixe ainsi ce 
fait à Tannée 1370, après la prise de la cité de Limoges. La 
Chronique de Froissard, n'en parle cependant pas ; aussi faut-il pro- 
bablement rapporter cet événement à l'année suivante. En 1371 les 
Anglais étaient encore dans le pays; ils s'étaient emparé de Morte-^ 
rolie et y gardaient leurs prisonniers. Cette même année, du Oues- 
clin se fit rendre plusieurs châteaux situés sur les confins du Li« 
mousin, qui étaient tombés au pouvoir des Anglais. Gompreignac 
pouvait être du nombre. 

Peu après, la ville reconstruisit ses murailles pour se préserver 
de nouveaux malheurs, et lorsqu'on releva l'église, elle fut surmon* 
tée de la couronne de mâchicoulis qui existent encore. Les rem- 
parts que Ton reconslruisit alors existent en partie à Test de l'église, 
et ils sont reconnaissables au nord par la différence de niveau que 
l'on remarque dans le terrain. Plus tard, lorsque Martial Benoit, 
en 1608, construisit le nouveau château de Gompreignac, il conti* 
nua ce mur d'enceinte qui renferma dès lors la ville et le château. 

Une autre tradition rapporte que Henri lY a logé dans l'ancienne 
maison curiale qui est près de la porte de l'église. Ge fait n'a 
jamais été signalé par aucun historien ou chroniqueur ; il est cepen* 
dant exact, comme on peut s'en convaincre en se reportant & ce 
qui se passa à Limoges lorsque Henri IV y vint en 1608. A cette 
époque Martial Benoit, seigneur de Gompreignac, était un des hom- 
mes les plus influents de cette ville. G'est lui qui, à la tête de la 
milice bourgeoise, harangua le roi à son entrée solennelle ; et, 
selon l'expression d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale (2) : 
« Henri IV le caressa fort, et luy dit qu'il luy fust aussi fidèle ser- 
viteur, qu'il avoit esté bon et sincère ligueur. » Martial Benoit 
était frère de Pierre Benoit, dit le prévôt de Gompreignac, qui avait 
travaillé à la conversion du roi et en avait été honoré d'un brevet 
de prédicateur et d'aumônier de Sa Majesté. Il est tout naturel 
qu'en traversant Gompreignac pour se rendre à Morterolle, le roi se 
soit arrêté dans ce lieu qui était sur sa route et à peu près à moitié 
chemin. Il avait écrit de Limoges, le 21 octobre 1606, à M. Somin 
de Morterolle, seigneur de La Groix-du-Breuil ; « Mon cher Somin, 
— Je me rendrai chez toi après-demain. Préviens^en Ghamborant 

(1) Annales manuscrites de Limoges, p. %T4, 

(2) Bibiioihèque uationale : Manuscrits français a» 20» 783, fol. 2(19. 



tlO SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE KT BISTORIQUS DO LINOUSIM. 

de Droux et les autres gentilshommes du pays, qu'ils amènent leurs 
chiens; nous ferons ensemble une partie de chasse. » Il partit de 
Limoges le 23 octobre, et arriva à Compreignac, accompagné de 
Martial Benoit, seigneur du lieu et des autres membres de sa fa- 
mille. On n'a aucun détail sur ce qui se passa à Compreignac à cette 
occasion. On pourrait être étonné de voir, selon la tradition 
locale, Henri lY loger dans la maison curiale, et non dans le châ- 
teau, si l'on ne savait que la construction de ce dernier était à peine 
commencée, puisque la plus ancienne tour porte la date de 1606. 

En 1631, la peste fit de grands ravages à Compreignac. Il y a 
plus loin quelques détails sur ce sujet à l'article Saint-Roch. 

Pendant plus d'un siècle, on ne trouve aucun fait historique se 
rapportant à Compreignac. En 1736, la famille des Flottes, dont 
une branche habitait Leychoisier, paroisse de Bonnat, fit construire 
son habitation au bourg de Compreignac. Quelques années après 
elle était représentée par Jean-Baptiste des Flottes de Fombesse, 
seigneur des Bordes, dont le fils aîné, Geoffroy des Flottes, était à 
dix-sept ans garde du corps du roi dans la compagnie du duc de 
Luxembourg. Il eutThonneur de défendre l'entrée de la chambre 
de la reine Marie-Antoinette contre la fureur des populations ve- 
nues de Paris dans les journées des 8 et 9 octobre 1790. 11 émigra 
pendant la Révolution, rentra en France en 1806, et reprit son épée 
en 1815 pour servir en qualité d'officier supérieur dans la compa- 
gnie des gardes du corps de Raguse. Nommé successivement che- 
valier de Saint-Louis et chevalier de la Légion d'honneur, il revint 
peu de temps après dans ses propriétés de Compreignac, où le gen- 
tilhomme et le vieux soldat employa, comme juge de paix, les der- 
nières années de sa vie à apaiser les discordes dans les familles, et 
à éteindre les procès, n'épargnant dans l'exercice de ses fonctions 
ni les conseils bienveillants, ni les secours de sa bourse pour attein- 
dre son charitable but. Il est mort à Compreignac. le 11 décembre 
1842 (1). 

En 1741 les habitants de la paroisse de Compreignac, par une 
délibération du 3 septembre, décidèrent de faire faire l'arpente- 
ment général de la paroisse. Il fut exécuté en 4742 par le sieur 
Jean de La Barde, arpenteur royal, demeurant à La Barre. Il se 
compose de quatre gros in-foUo conservés aux archives de la mai- 
rie de Compreignac. 

L'année 1788 fut des plus calamiteuses. « Après six mois de froid 
et de neige extraordinaires, il a fait des chaleurs et des sécheresses 
si excessives que toutes les semences vertes ont séché sur pied. Le 

(I) NobUiaire du Limousin, t. Il, p. 480« 



MONOGRAPHIE DR COHPREIGNAC. 241 

foin s'est vendu, pris au pré, 7 livres 40 sols le quintal. Les chan- 
vres ont péri entièrement. Il y a eu beaucoup de raisins, assez de 
blé dans le bon pays et quelques châtaignes. La plupart des parti- 
culiers ont été obligés d'abandonner leurs bestiaux. Après Tosten- 
sion des reliques, par mandement de MM. les Vicaires généraux, 
toutes les églises de Limoges et de la campagne ont exposé le Très- 
Saint-Sacrement, fait des processions générales pour obtenir la 
pluie, et le-ciel s'est refusé à nos vœux. Les sources ont presque 
tari entièrement (1) ». C'est dans ces circonstances que le curé de 
Compreignac publie le 21 août « à Tissue de la messe de paroisse, 
un arrêt du Parlement de Paris, par lequel la Cour défend à qui 
que ce soit de faire aucuns achapts en foin, paille et autres four- 
rages au-delà de la quantité nécessaire à chacun, sous peine de 
100 livres d'amende, et ordonne que tous ceux qui auront du 
fourrage à vendre, le fassent taxer par les juges des lieux, et que 
rien ne soit vendu hors de la paroisse sans la permission expresse 
des juges des lieux ». Cet arrêt est du 19 juillet 178o; il fut rendu 
pour empêcher les accapareurs de s'emparer du peu de fourrage 
qu'il y avait, pour en faire augmenter le prix. Il est publié par le 
curé à la messe de paroisse. Le prêtre qui présidait aux actes prin- 
cipaux de la vie et en tenait les actes devenait encore à cette 
époque l'organe de la loi, en faisant connaître à ses concitoyens les 
décrets de l'autorité supérieure. Pendant de longs siècles, le prône 
ne fut pas seulement une instruction purement religieuse, il fut 
encore une instruction administrative et quelquefois judiciaire. 
C'était du reste, le meilleur et presque l'unique mode de publicité 
de l'époque (2). 

Avec Tannée 1789, les troubles commencèrent, à la suite des 
événements politiques d'alors. Le curé de Compreignac, avec ses 
deux frères qui étaient aussi curés dans le diocèse, travailla à révo- 
lutionner le clergé, à l'assemblée du mois de mars, pour la nomi- 
nation des députés aux Etats-Généraux. Mais cette entreprise n'eut 
pas de succès. Le 14 février 1791 . à la suite d'une prétendue élec- 
tion, le curé de Compreignac devint évêque schismatique de la 
Haute- Vienne. Il fut ensuite député, régicide et apostat. 

Par suite du décret du IS janvier 1790, sur la division du terri- 
toire français en quatre-vingt-trois départements, Compreignac fut 
compris dans le district de Bellac, et devint chef-lieu de canton. 

(1) Registres paroissiaux de Thouron. 

(î) Voir à ce sujet les Lettres circulaires de Turgot, aux curés de la 
généralité de Limoges, pour leur demander leur concours dans diverses 
opérations administratives, CSuores de Turyot^ 1, p. 633 et suivantes, 



d12 SOCIÉTÉ AacaioLoa«<HJB bt ntsTomûiiff pu umousin. 

Les eoQuAuùeB iqrui composaient ce caliton étaient : Gompreigjiae. 
La Garde-âaint-Gérald, Baiot-Symphorien, Saint-Sylvastre et Thou- 
ron (1). 

DariR les premiers jours de janvier 1794 on apposa à Gonq[)rei- 
gnac rafficfae suivante : 

« Afrété iet représentants du peuple dans les départements de le 
Corrèze et de la Saute-Vienne, 

» Les représentants du peuple dans les départements de la Cor- 
rèze et de la Haute-Vienne, considérant que les troubles excités par 
l'aristocratie expirante et le fanatisme aux abois n'avaient d'autre 
but que de rétablir l'ancien régime, les dixmes, les rentes, les cor- 
vées, et qu'il est essentiel de détruire les anciens châteaux, qui 
dans ces circonstances deviendraient autant de repaires pour ces 
scélérats, sans cependant que, sous ce prétexte, les bâtiments né- 
cessaires à l'agriculture puissent être détruits ni dégradés. 

» Arrêtent ce qui suit : 

» !• Les propriétaires des ci-devant châteaux-forts, dans les dé- 
partements de la Corrèze et de la Haute- Vienne, seront tenus de 
les faire détruire dans le courant de la seconde décade du mois 
nivôse, et seront réputés châteaux-forts tous ceux qui sont défen- 
dus par des tours, des mascoulies, des fossés ou ponts-levis ; 

» 2** Dans le cas où la dite démolition ne serait pas effectuée dans 
le dit délai, tous les citoyens sont invités à les démolir, chacun 
dans leur commune respective, sans que cependant sous ce prétexte 
les habitants des dites communes puissent sortir de leur territoire 
pour se prêter secours ; 

» 3* Tous les citoyens des dites communes qui ne sont point 
logés, ou dont les bâtiments ont besoin de réparations urgentes, 
prendront parmi ces matériaux tout ce qui leur sera nécessaire, et 
le partage en sera fait entre eux par les officiers municipaux, en 
raison de leurs besoins respectifs ; 

» 4*» Les officiers municipaux veilleront de tout leur pouvoir à 
ce qu'il ne soit commis aucun pillage, ni détruit d'autres bâtiments 
que les châteaux, les bâtiments nécessaires à l'agriculture devant 
être conservés en entier ; 

» {}• Les citoyens sont tous invités à célébrer les décades par la 
démolition des dits châteaux, en y mettant le plus grand ordre pour 
éviter tout accident ; 

» 6* Les agents nationaux, tant des districts que des communes, 

(I) CalendrUr de la Hat^ie- Vienne, année 1791} p» 70» 



MONOOKAFfitR DE ÛaMPBfilGNilCÎ. îlâ 

mlleront âe tout leur pouyoir à Tenlière exécution du prés&nt 
arrêté. 

» Tulle, le 8 nivôse l'an second de la République française une 
et indivisible [S8 décembre 1793]. 

» Nota, — Il ne faut pas confondre les maison» de campagne qui 
ont des petites tours faites en eul-de-tarape, ou dont TescaUer est 
placé dans une tour ; oes maisons ne doivent pas âtre détruites. 

[Signé] : « Brival, 

» BoRiB, secrétaire » (1). 

Après une semblable invitation, faite par des hommes quî avaient 
des pouvoirs illimités, la population ne se fît pas prier. Elle envahit 
le château, le pilla, et après l'avoir pillé se mit à le démolir. Elle 
s'arrêta seulement lorsqu'elle ne trouva plus rien à emporter, et 
que la démolition hii demanda un travail trop considérable. 

Il y avait à Compreignac un meunier nommé Pierre Deglane, dit 
Lafleur, natif de la paroisse de Saint-Jouvent. La tradition nous le 
représente comme un homme bon et honnête, fort charitable pour 
les pauvres, aussi était-il généralement estimé. Malgré cela, un de 
ses concitoyens, dont il n'est pas utile de conserver ici le nom, le 
dénonça aux autorités républicaines, comme ayant mal parlé des 
hommes sanguinaires qui étaient alors au pouvoir. Il n'en fallut pas 
davantage ; le meunier de Compreignac fut arrêté le 19 ventôse 
an II (9 mars 1794). On l'envoya à Paris pour être jugé par le tri- 
bunal révolutionnaire, et quand il eut souffert pendant trois mois 
dans les prisons que de nombreuses exécutions ne venaient pas k 
bout de vider, il comparut devant ce tribunal, qui Fenroya à la 
guillotine avec une vingtaine de ses eodétenos, comme 11 le feisait 
tons les jours. C'était le 27 prairial an II (15 juin 1794). Pierre 
I^eglane était alors âgé de trente-six ans, et laissait à Compreignac 
une femme et six enfants orphelins (4). 

Parmi les hommes qui composèrent la municipalité de Comprei- 
gnac pendant la Révolution, on n'en remarque aucun qui ait donné 
la moindre preuve de talent ou d'instruction. Ce sont des hommes 
médiocres, obéissant à un mot d'ordre venu d'ailleurs. Celui qui 
tient le plus souvent la plume, tant pour la rédaction des actes de 
Fétat civil que pour les procès-verbaux des séances, et qui semble 
diriger les autres, n'a presque jamais manqué de mettre à la fin d^ 

(1) On trouve cet arrêté, imprimé en placard, à la bibliothèque natio- 
nale, sous Ite ir^ 997 de la série L. 41 . 

(J) Archives de la Hauie-Vienne, L. 165, et Archives nationales, W. 
387, Qo 899, et388, Qoaoa. 



iU dOClÉTÉ ARCRÂOLOGIQtlE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

ce qu'il écrivait, le signe employé alors par les francs-maçons dn 
grade le plus inférieur, consistant en une barre entre deux 
points ./. 

Lorsqu*en exécution de Tarticle 25 du Sénatus-Consulte organi- 
que du 16 thermidor an X (4 août 1802) Ton dressa la liste des 5S0 
plus imposés du département de la Haute- Vienne, aucun des habi- 
tants de Compreignac n'y fut compris, pendant que toutes les com- 
munes voisines y étaient représentées. 

Au rétablissement de l'ordre, la division territoriale reçut de 
nouvelles modifications. Les deux cantons de Compreignac et de 
Cieux furent réunis pour n'en plus former qu'un seul, et Nantial 
fut choisi pour être le chef-lieu, comme étant la commune la plus 
centrale. La cure de Compreignac fut alors cure de 2' classe, et 
celle de Nantiat cure décanale. Mais le Conseil municipal de Com- 
preignac réclama, comme étant « la cure la plus importante par sa 
population, sa belle église et son agréable presbytère », pendant 
qu^ Nantiat n'avait alors « qu'une population de 900 âmes environ, 
une église non-seulement très petite et très malsaine, mais encore 
menaçant ruine, et aucun logement pour le curé de canton, qui 
était obligé de se retirer au heu de Frédaigue ». Il eut enfin gain 
de cause, et par une ordonnance du 26 mai 1819, la cure décanale 
du canton de Nantiat fut fixée à Compreignac (1). Plus tard un vica- 
riat fut aussi érigé à Compreignac, par décret du 31 décembre 1863. 

Le plan cadastral de la commune a été fait, en vertu d'un arrêté 
du gouvernement du 3 novembre 1803, par M. Hippolyte Pristou, 
ingénieur-vérificateur, et M. Betoulle, géomètre de 1" classe. 

Pour dresser la carte de France, dite de l'Êtat-Major, les tra- 
vaux ont été faits sur le terrain, à Compreignac, en 1842, par M. le 
capitaine Tabuteau, qui étabht un signal sur la hauteur de Beau- 
soleil, à 589 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces travaux ne 
semblent pas avoir été exécutés avec tout le soin désirable, car, 
outre un grand nombre d'habitations isolées qu'on ne trouve pas 
sur cette carte, les villages suivants, dont plusieurs sont assez con- 
sidérables, n'y sont pas indiqués : Le Lac, PuymeUer, La Jante, 
Maudan, La Courède, Le Châtenet, Massauvas, Les Chevailles, Le 
Malagnac, Le Mas, Couteillas et Daumar. Pour les quatre derniers, 
la place des maisons est figurée sur la carte, mais les noms n'y sont 
pas. 

Pusieurs municipalités de notre département, prenant pour 
modèle les armes de la ville de Limoges, se sont composé un écus- 
son où figure le buste du patron de la paroisse. En faisant cela elles 

(1) Registres de la municipalité de Compreignac. 



HONOÔRAPHlE DE â01I^RBl6NA<i. Î\H 

reproduisent le sceau paroissial, mais elles ont poussé Timitation 
jusqu'à y mettre le chef de France. C'est ce qui a été fait à Com- 
preignac. Aussi trouve-t-on sur quelques pièces modernes les 
armes suivantes : de gueules au buste de saint Martin vêtu et nimbé 
d'or y accosté des lettres S. M., au chef cousu d*azur à trois fleurs de 
lis d'or. 



III. 



On compte dans la commune de Compreignac quarante et quel- 
ques villages, répandus inégalement sur son territoire. Nous 
allons les parcourir en signalant ce qu'on trouve dans chacun 
d'eux. 

Angelard. — Douze maisons, douze ménages, soixante-deux 
habitants. — C'était une commanderie ou un prieuré régulfer, 
dont la fête patronale était l'Assomption de la Sainte Vierge. Le 
prieur de la Maison-Dieu de Montmorillon y nommait des titulaires 
en 1473, 1569, 1596, 1613. Les PP. Augustins de Montmorillon 
prétendaient qu'il était uni à leur mense. Il fut cependant obtenu 
du pape en 1659. Le prévôt de La Souterraine y nommait en 4710; 
ce fut ensuite l'abbé de Saint-Martial, lorsque la prévôté de La 
Souterraine fut unie à la mense capitulaire de Saint-Martial en 1747, 
Drovineau était prieur d'Angelard en 1759, et Fournier en 1783. 

Angelard, en outre de son prieuré, a encore été paroisse pendant 
quelque temps. Celle-ci comprenait les villages de Beaumont, 
Beausoleil etMassauvas. C'est ce que les registres paroissiaux de 
Compreignac servent à constater, mais il semble aussi que ce titre 
ne lui ait été donné que du vivant de M, de Leyssenne, curé de 
Compreignac, de 1665 à 1703. Voici toutefois les textes qui s'y rap- 
portent : 

« Le dix-huit décembre 1677 est décédé Jacques Rebet, il a été 
enterré à Angelard ; il était âgé de quarante ans ou environ. — 
Deleysenne. 

» Le vingt-six du mois d'octobre mil six cent quatre-vingt-dix- 
neuf, après avoir reçu les sacrements, est décédée Marguerite 
Faure, du village de Massauvas, et a été inhumée dans le cimetière 
de la paroisse d'Angelard ; elle était âgée de soixante ans ou envi- 
ron. — Deleysenne. 

» Le vingt-six du mois de décembre mil six cent quatre-vingt-dix- 
neuf, après avoir reçu les sacrements, est décédée Catherine 
Matissonne, femme de Jean Bourbonnaud, de Beausoleil, paroisse 



tiê SOCIÉTÉ ARÛBÉOM^lQUft RT HISf ORIQOII W LIUOOSIIV. 

d'Angelard, âgée de quatre-yingt-41x ans et a été enterFée dans le 
dmetière paroissial d'Angelard — Delejsenne. 

» Le premier jour du mois de juin mil sept ceats, dans Véglise 
paroissiale d'Angelard, par moi soussigné, prêtre, do&teur en la 
teeulté de Paris, curé de Gorapreignac, servant la paroisse d* Ange- 
lard par ordre de feu Monseigneur Louis Lascaris d'Urfé^ d'heu- 
reuse mémoire, a été enterrée fille de Léonard Vergnaud, du 

village du Lac, âgée de deux ans ou environ — Deleysenne. » 

Si les enterrements avaient lieu à Angelard, il n'en était pas de 
même des baptêmes : « Le 4 février 1700, Léonarde Bonneteau, 
du village de Beaumont, paroisse d'Angelard ; le 27 novembre 1700, 
Louise Texier, de Massauvas, paroisse d'Angelard; le î janvier 
1701, Léonard Bourbonnaud, de Beausoleil, etc., etc. » sont bapti- 
sés dans réglise paroissiale de Compreignac par M. Deleysenne. 

M. Reculés, son successeur, ne fait aucune mention de la paroisse 
d' Angelard dans les actes se rapportant aux habitants de ces 
villages; et tous les enterrements ont lieu à Compreignac. 

Le 12 février 1776, le curé de Compreignac fait un mariage dans 
la chapelle rurale d* Angelard, après en avoir obtenu la permission 
de Monseigneur l'évéque. 

Le cimetière d'Angelard n'a laissé aucune trace. L'église^ qui a 
existé jusqu'à la Révolution, était placée au nord du village, dans 
un lieu transformé en prairie. On y voyait encore, il y a peu 
d'années, une partie de ses murailles. A l'angle de cette prairie, et 
sur le bord du chemin de Népoulas, se trouve une statne en pierre 
calcaire, représentant la Sainte Vierge, patronne de cette égUse. 
Elle est assise et ses vêtements parfaitement drapés semblent indi- 
quer une œuvre soignée du xni* siècle. Elle avait un mètre de hau- 
teur, en mesurant la tête qui manque aujourd'hui, ainsi que les 
mains. 

Bachellèriè. — Dix maisons, dix ménages, cinquante-huit 
habitants. — Antoine Dubois, bourgeois et marchand de limo- 
ges, acheta îe 2 avril 1472 la fondalité et seigneurie du lieu de 
Bachellefie, à Louis Faulcon, damoiseau, seigneur de Nantiat et 
du Puymenier(l). 

Audoin Dubois était seigneur foncier et direct du lieu et village 
deBachellerîe et du petit étang du Couzet en 1597. Son père, Antoine 
Dubois, avait acheté cet étang à Foucaud Faulcon, seigneur de 
Thouron, par contrat du 23 août 1571 (2). La famîHe Dubois porte: 

(t> Torriev d6 Gattpeeif naev 
(2) Ibidem, 



MONOGRA^HIR DR GOMPKElONAC. il7 

i'ar à l'arbre de simple, à la bordure de gueules, chargée de sept 
boucles d'argent, 

Bâchellerie semble être passé de la famille Dubois dans la famille 
Martin, par suite d'une alliance; car on trouve Messire Pierre 
Martin, sieur de Bâchellerie, lieutenant de la juridiction et baronnie 
de Compreignac, époux de Marguerite Vauzelle, dont la fille Léo- 
narde, baptisée à Compreignac le 17 janvier 1699, avait pour par- 
rain Jean Martin, sieur de La Valette, son oncle, et pour marraine 
Léonarde Dubois, sa tante. 

Beaumont. — Cinq maisons, cinq ménages, vingt-cinq habi- 
tants. — Ce village, ainsi que le suivant, est situé près du 
sommet et sur le versant occidental de la montagne la plus élevée 
de la commune. En 1700, il faisait partie de la petite paroisse 
d'Angelard, comprise dans celle de Compreignac. 

Beausoleil. — Cinq maisons, cinq ménages, trente-deux habi- 
tants. — Ce village est près du point élevé de 589 mètres au- 
dessus du niveau de la mer, où les officiers d'Etat-major établi- 
rent, en 1842, leur signal pour dresser la carte de France. En 
1700, ce lieu faisait partie de la petite paroisse d'Angelard, com- 
prise dans celle de Compreignac. 

Léonard de Villelume, né en 1622, est dit seigneur de Beausoleil, 
de Trasforôt (commune d'Ambazac) et de Royère (commune de 
Bonnat). 

Bellevue. — Une maison, un ménage, trois habitants. — SUr la 
rive droite du Vincou, en face de Compreignac. 

Le Boucheron. — Douze maisons, douze ménages, cinquante- 
cinq habitants. — En 1405, Pierre Sarrazin, seigneur du Mazet, 
céda à réglise de Compreignac, pour la fondation d'un service, les 
droits qu'il avait sur Le Boucheron. — Le 1" février 1698, Jacques 
Couteillas, notaire royal et greffier de la juridiction de Compreignac, 
était seigneur du Boucheron. 

Le Coudert-Jourde est aujourd'hui joint au Boucheron. Le 
21 septembre 1576, Léonard Barny, seigneur de Compreignac, 
avocat au siège présidial de Limoges, acheta la tiercerie et fondalité 
de Coudert-Jourde à M. Foucault Faulcon, seigneur de Thouron 
et de la Madeleine. Ses fils, Antoine et François Barny, seigneurs 
de Compreignac, en étaient encore possesseurs le 18 mai 1584 (1). 

Le Breuu-. — Trois maisons, trois ménages, vingt-quatre habi- 
(\) Terrier de Compreignac. 

T. XXXVII. <5 



2tB SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET BiSTOftIQUB DU LÎMOCSiN. 

tants.— Arbert de La Celle, était seigneur de Thouron et du Breuil 

enl6U(l). 

Le Buisson. — Une maison, un ménage, trois habitants. 

Ghabannes. — Dix-sept maisons, dix-sept ménages, soixante-huit 
habitants. — A Touest de ce village, on trouve dans un taillis 
un petit camp retranché assez bien conservé ; on l'appelle Le Châ- 
teau. Un souterrain-refuge de l'époque gauloise a aussi été décou- 
vert dans une terre voisine. 

Au nord de ce village, sur le bord de la Couse, est l'ancien mou- 
lin de Chabannes et, à côté, une filature moderne. 

Chatenet-Maussan. — Dix maisons, onze ménages, soixante- 
deux habitants. — - Le surnom donné à ce heu est probablement 
celui des anciens propriétaires, et il sert à le distinguer des 
autres villages du môme nom, tels que Châtenet-Marty, commune 
de Bessines, Châtenet-Colon, commune de Saint-Pardoux. 

En 958, Umbert et Plectrude, sa femme, firent don au monas- 
tère de Saint-Martial de Limoges d'une mense située dans la vicai- 
rie de Nantiat et dans la villa du Châtenet, et de deux autres men- 
ses, situées dans la villa de Adillavernia (2). La première de ces 
localités est probablement le Châtenet, commune de Compreignac, 
et la seconde la Vergne, commune de Nantiat. 

Les Chevailles. — Deux maisons, deux ménages, douze habi- 
tants. 

La Courède. — Cinq maisons, cinq ménages, vingt-sept habitants. 
— La route de Bellac à Compreignac, actuellement en construction, 
doit passer dans ce village. 

CouTEiLLAS. — Une maison, un ménage, quatorze habitants. — 
Le 21 décembre 1513, Martial de Villebert, demeurant à Cou- 
teillas, déclare devoir une rente foncière sur ce lieu à noble et 
puissant François de Pontbriant, conseiller et maître d'hôtel 
ordinaire du roi, capitaine de Loches et de Blois, et à Mathive 
Formière, sa femme, seigneur et dame de la Vallette et de Sainl- 
Gence, absents, mais Marin de Montchenu, leur beau-fils, stipu- 
lant (3). 

(\) Terrier de Compreignac. 

(2) Archivesdépartementales. Fonds de Saint-Martial, n^ 9163. a Qui est 
in vicaria Nantiacensis, in villa que dicunt Gastancdo, ubi Berne cum 
uxorc sua et cum infanlibus suis visus est manere. * 

(3) Terrier de Compreignac. 



tiONOGRA1>DI« DE COAIPREIGNAC. 314 

Le nom de Couteillas, comme celui de la plupart des villages, 
était aussi porté par une famille du pays. Ainsi, outre Jacques Cou- 
teillas, seigneur du Boucheron en 1698, on trouve Martial Couteillas 
de la Ribière, bourgeois de Compreignac, dont la fille Marie épou- 
sait, en 1781, Jean-Baptiste Barbou de Leymarie. François Couteil- 
las, avocat au Parlement, maria en 1773 sa fille Marie avec 
François Juddes, seigneur de la Rivière, gendarme de la garde du 
corps du roi (1). 

La Croix. — Trois maisons, trois ménages, quatorze habitants. 

Daumar et le moulin de Daumar. — Huit maisons, huit ménages, 
trente-neuf habitants. — Placé à une altitude de 447 mètres, ce 
village domine le Vincou qui, dans son voisinage, a des bords très 
pittoresques. Le moulin est aussi appelé Las Vaurias. 

L'EcHALEER. — Une maison, un ménage, cinq habitants. 

La Faye. — Six maisons, six ménages, vingt-huit habitants. — 
La Faye et le moulin de La Faye sont situés à l'extrémité méri- 
dionale de la commune, aux sources d'un petit ruisseau qui va 
se jeter dans l'étang de Tricherie. 

Gatebourg. — Trois maisons, quatre ménages, dix-sept habi- 
tants. — Village placé à quelques centaines de mètres du bourg 
de Compreignac, près de la rive gauche du Vincou. 

La Jante. — Cinq maisons, cinq ménages, vingt-six habitants.— 
Ce village est à i ,600 mètres du bourg de Compreignac, sur la 
route de Limoges. Une maison du xsv siècle, dont la porte était 
défendue par d'élégants mâchicoulis, a perdu, dans de récentes 
réparations, tout ce qui caractérisait son ancienneté. C'était 
l'habitation de la famille Gayte, qui y résidait très anciennement. 

Une autre maison, dans le milieu du village, porte aussi quel- 
ques ornements du xvu* siècle. Une de ses pierres donne la date 
1672, qui, quoique écrite d'une manière assez bizarre, ne peut pas 
être lue différemment. 

La peste de 1631 fit beaucoup de mal dans ce lieu, qui semble 
n'avoir jamais eu plus de quatre ou cinq habitations. 

C'est à côté de ce village qu'ont été faites d'intéressantes décou- 
vertes. 

Le 3 décembre 1811, le domestique du sieur Jean Gayte, en tra- 
vaillant dans un des champs de son maître, à l'est du village, brisa, 

(1) Registres paroissiaux. 



îiù SOCIÉTÉ ARCDÉOLOGIQOE ET tllSTORlQUB DU tlMOtJSm. 

d'un coup de pioche un pot de terre noire, qui contenait environ 
cent vingt médailles romaines et cinq à six cents gauloises ou cel- 
tiques. Le temps et Fhumidité leur avaient donné une teinte verdâtre 
qui fit croire au domestique qu'elles étaient en cuivre ; cependant il 
les ramassa avec soin et les porta à son maître. Celui-ci partagea 
d'abord l'opinion de son domestique; néanmoins, il les fit bouillir 
dans du lessif, et cette opération les ayant un peu nettoyées, ils les 
crurent alors d'étain ou de plomb. D'après cette opinion, le domes- 
tique les donnait, soit gratuitement, soit pour le prix modique de 
dix centimes. Les amateurs choisirent et ce trésor fut ainsi dispersé. 
Un assez bon nombre furent recueillies par MM. Martin et Duroux 
et ont passé dans le médailler formé par la Société archéologique, 
devenu depuis la propriété de la ville, puis de l'Etat. 

Quatorze de ces pièces, en argent, ont été décrites dans le Bulle- 
tin de la Société archéologique (1). Elles sont toutes romaines. Mal- 
heureusement on n'a pas fait la môme chose pour les gauloises. 

Il y a trente ans, je vis chez M. Courdeau, propriétaire à Gom- 
preignac, neuf monnaies ayant fait partie de ce trésor. Il y en avait 
trois gauloises et six romaines ; elles étaient en assez mauvais état. 
Voici les descriptions sommaires que j'en pris alors : 

Gauloises : — 1° Tête tournée à gauche, couverte d'un casque 
avec ornements; sur le devant, une rangée de points, peut-être plus 
probablement de lettres? — R/ Frappée de côté : Cheval allant à 
gauche (il n'y a que la moitié antérieure du cheval), une rangée de 
points forme sa crinière. Au-dessus, il y a trois points ou probable- 
ment des lettres ? 

2** Différents ornements avec un grenelis. — R/ Cheval, avec 
sa bride, allant à gauche (la moitié antérieure seulement); 

3* Le côté de la face est complètement fruste. —■ R/ Cheval 
dont on ne voit que le cou. Grenetis dans la bordure. Au-dessus 
du cheval on voit les lettres : SOAIA» ^^ ^ *'^^ détourne la 
pièce VIVOS (2). 

Romaines. — - 4° LIBO (?). Tête de Rome couverte d'un casque 
ailé, regardant à droite; au-dessous du menton : X; — R/ Les 
Dioscures à cheval, la lance abaissée; exergue : Q. MRC. ROMA. 
Deux centimètres de diamètre (3). 

5* Q. CVRT. Tête de Rome couverte d'un casque ailé, regardant 

(4) T. Vil, p. \n. 

(9) M. J.-B. A. A. fiarlhélemy attribue les monnaies gauloises dans les- 
quelles le cheval ne se voil qu*à mi-corps à la Gaule cisalpine. 

(3) Denier de la famille Junia : G. Junius Libo, Caii filius (J.-6. A. A, 
Darlhélemy). 



MO.^OGRAPHIB DE COUPREIGNAC. 991 

à droite; derrière la télé : X., le tout entouré d'un grenetis. — 
H/ Homme assis dans un quadrige ; exergue : MSIA. ROMA (1). 

6^ C. MARI. CAPIT, VIIII. Tête de Cérès à gauche. — R/ Un 
homme labourant avec deux bœufs et allant à gauche; exergue : 
VIIII (2). 

7» DOSSEN. Tête laurée de Neptune tournée à droite. — R/ Vic- 
toire au-dessus d'un char traîné par quatre chevaux, allant à 
droite; exergue : I. RVBRI. Grenetis dans la bordure (3). 

8** Tète de Mars, regardant à droite, S. C. Grenetis. — R/ Un 
bélier allant à droite ; exergue : RVST. avec grenetis dans la bor- 
dure (4). 

9* Tête de dieu Therme, regardant à droite. — R/ I. Q. TITI. 
Pégase allant à droite (5). 

Vers 1858, on a découvert dans le môme lieu un denier d'argent 
consulaire de la famille Cœcilia au nom de Q. Metellus Scipio le 
Pieux, que M. Deloche décrit dans le Journal général de rinstruc- 
tion publique du 27 octobre 1858 (6). 

Enfin, au mois de mai de cette année 1889, M. Betou, proprié- 
taire du champ où fut trouvé ce trésor, y a recueilli une monnaie 
en argent, parfaitement conservée. Elle a deux centimètres de 
diamètre, et chaque face est bordée d'un grenetis. C'est un denier 
de Lucius Gassius Longinus, triumvir vers Tan de Rome 700. Il a 
été décrit par différents auteurs, mais il offre quelques variantes 
avec les types connus : 

(4) Le médaillier du Musée national Adrien Dubouché exposé dans la 
Salle des Fêles, à l'Hôlcl-dc-VilIe de Limoges, conserve les monnaies de 
La Jante recueillies par la Société archéologique. 11 possède cinq deniers 
de la famille Junia alliée à la famille Curlia. L*un d'eux a beaucoup de 
rapports avec celui-ci. Au droit : Q. CVRT. Tôte de Rome casquée à droite. 
Derrière X. — R/ M. SILA, ROMA. Quadrige. 

(3) Le Musée national Adrien Dubouché possède deux deniers de la 
famille Maria. L'un porte au droit : G. MARI. C. F. CAPIT. XVIIL Tête de 
Cérès à gauche. — R/ Duumvir conduisant deux bœufs dans les champs; 
au-dessous, XXIIL L'autre ne diffère du premier que par les chiffres de 
la face et du revers : XXXXV. 

(3) Le Musée national Adrien Dubouché possède quatre deniers de la 
famille Rubria, dont un absolument semblable au nôtre. 

(4) Le Musée national Adrien Dubouché possède un denier de la famille 
Rustia absolument semblable au nôtre. 

(5) Le Musée national Adrien Dubouché possède trois deniers de la 
famille Titia, dont deux absolument semblables au nôtre. 

(6) Le Musée national Adrien Dubouché possède six deniers de la 
famille Cœcilia de types différents, dont Tun est semblable à celai décou- 
vert en 4858, / 



iSS SOCIÉTÉ ARCUÉOLOGIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

Tête voilée de Vesta, regardant à gauche ; derrière, une lampe 
(les descriptions disent le simpuluniy mais ici il ne peut pas y avoir 
de doute) ; devant, une lettre qui semble être L (les mêmes des- 
criptions disent : une lettre alphabétique variable). — R/ Citoyen 
romain debout, de face, déposant dans une ciste, placée à sa droite, 
un bulletin de vote, marqué d'une lettre qu'on ne distingue plus. 
On lit à côté : LONGIN. III. V. {Longinus triumvir.) (1). 

La tête de Vesta fait allusion au procès fameux intenté aux ves- 
tales par le préteur Cassius Longinus Ravilla en 64i (2). 

Le personnage du revers, déposant son bulletin de vote, fait allu- 
sion à la loi Cassia que fit décréter en 617 le tribun L. Cassius 
Ravilla, et qui ordonnait le vote par bulletin écrit dans les 
jugements du peuple (3). Le Dictionnaire des antiquités roinaines, 
par A. RicH, décrit et représente la ciste romaine d'après cette 
monnaie. 

Ce trésor a pu être enfoui au commencement de notre ère, car 
de toutes les pièces que l'on connaît, la plus récente a été frappée 
trois ans avant la naissance de N. S. J.-C. 

Depuis cette découverte, le lieu où elle a été faite porte le nom 
de champ du trésor. En le visitant j'y ai trouvé quelques rares dé- 
bris de briques romaines, sans aucune autre trace de construction. 
A la suite de ce champ se trouve une pièce de terre qui le limite à 
l'est, connue sous le nom de terre du Temple ; elle est aujourd'hui 
plantée en châtaigniers. Elle a probablement appartenu à quelque 
maison des Templiers ou de l'ordre de Malte. Je ne puis pas croire 
exacte la tradition qui y place un couvent d'hommes. 

Dans un champ cultivé et à deux cents mètres environ à l'ouest 
du village de La Jante existe un souterrain-refuge de l'époque gau- 
loise qui est encore assez bien conservé. On rapporte qu'il avait été 
ouvert une autre fois, sans qu'on puisse en préciser l'époque, et 
cela à la suite d'un accident qui arrive fréquemment. Le terrain 
s'affaissa sous les pieds des bœufs qui labouraient. Après qu'on 

(1) Le Musée Dational Adrien Dubouchô possède cinq deniers de la 
famille Cassia. Deux de ces monnaies portent au droit la tôle voilée de 
Vesta. Derrière la léte de Tun, un vase de sacrifice, et au revers : 
LONGINUS. in. VIR. Citoyen romain debout, de face, déposant, dans une 
ciste placée à sa droite, un bulletin de vote marqué de la lettre A. 

Nous devons les communications relatives au Musée à M. P. Ducourlienx, 
l'un des sous-conservateurs. 

(2) TiTE-LivE, LKllt. — Valère Maxime, t. III, p. 7, 9. 

(3) CiCERO, De leglbus, III, 16, 35, 37. — Pro Sexto, 48, <03. 



HOMOGRAPHIE DE GOMPRBIGNAC. 323 

y eut pénétré, on se contenta de combler Touverture produite par 
cet accident. De nos jours il a été ouvert en soulevant la pierre qui 
en couvre l'entrée principale. Je Tai visité le 20 octobre 1870. 

L'entrée est un puits de forme carrée (A). On y a ménagé des 
trous dans les parois pour en faciliter l'ascension. C'est la seule 
partie où se trouve de la maçonnerie, tout le reste est taillé au pic 
dans le tuf dur. Arrivé au bas de ce puits, on trouve une galerie 
de 8 mètres de longueur et en ligne droite, assez haute pour qu'un 
homme puisse s'y tenir debout. A son origine on remarque des 
deux côtés des rainures qui ont servi à fixer une porte. Au milieu 
et à son extrémité, elle tourne à gauche en formant un angle 
droit (B C). 

Avant de la suivre plus loin, remarquons dans la paroi un sim- 
ple trou, de forme ronde, placé à 0,50 centimètres au-dessus du 
sol (D); on dirait l'ouverture d'un four. Un homme d'une taille 
ordinaire peut juste y passer. En nous y introduisant nous pénétrons 
dans une salle rectangulaire, arrondie à une de ses extrémités. Elle 
est large de 1",85 et longue de 4",65. Un banc, conservé dans le tuf 
môme, règne tout autour et offre un siège assez commode pour un 
bon nombre de personnes. Tout autour de cette salle on voit des 
niches ou espèces de placards destinés à recevoir différents objets, 
et dans la partie la plus élevée, d'autres trous plus petits, proba- 
blement pour le môme usage. On remarque une semblable disposi- 
tion dans les autres parties de ce souterrain. A une des extrémités 
de cette salle (E), se trouve un passage qui s'enfonce profondément 
dans le sol, et descend probablement à un étage inférieur. Je n*ai 
pu le suivre, car il est obstrué par de la terre et des pierres. A l'au- 
tre extrémité (F) il existe un passage fermé par une grosse pierre. 
Ce doit être l'endroit où se fit l'ouverture dont j'ai parlé plus haut. 
On est obligé, pour sortir de cette salle, de repasser par où l'on est 
entré. 

Lorsqu'on est revenu dans la première galerie, au point (C) où 
elle tourne à angle droit sur la gauche, on remarque qu'elle a une 
pente assez rapide et qu'elle forme un demi-cercle autour de la 
salle que nous venons de visiter. En la suivant on arrive à un em- 
branchement (G), et à un carrefour, où la voie s'élargit en forme 
derotonde. En face, cette galerie se resserre subitement de chaque 
côté et l'on se trouve à l'une des anciennes portes (H) chargée de 
fermer et de défendre celte retraite souterraine. La place de la 
porte est très apparente, et les trous dans lesquels on plaçait les 
barres pour fermer sont encore intacts. Après avoir passé cette 
porte, la galerie tourne à droite; mais ici une meule de moulin, 
passée dans les rainures qui existent de chaque côté, nous ferme 



i24 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

le passage, et nous ne pouvons plus continuer notre course vers 
une issue extérieure ou une autre partie du souterrain. 

Revenons sur nos pas et prenons la galerie que nous avons 
laissée (G). Après avoir fait un coude elle nous conduit dans une 
vaste salle de forme rectangulaire et se courbant un peu dans le 
sens d'un arc de cercle (I). Elle a 7 mètres de long et plus de 
deux mètres d'élévation. A un des angles (J), un passage élevé de 
0°,50 au-dessus du niveau du sol est fermé par ime forte pierre 
qui arrête encore notre course, et nous sommes obligé de prendre 
une nouvelle galerie (K) qui nous conduit au milieu de la première 
où nous sommes descendu. 

J'ai remarqué que les personnes placées à l'intérieur de ce sou- 
terrain entendaient parfaitement celles qui parlaient à l'extérieur, 
quoique les soupiraux pratiqués obliquement dans ses voûtes soient 
tous complètement fermés. 

L'état de conservation de cette antique retraite ne laisse rien à 
désirer dans les parties visitées ; si on pouvait ouvrir les galeries 
qui sont obstruées, on aurait dans un état parfait le plus beau type 
que je connaisse de ces souterrains-refuges de l'époque gauloise, si 
nombreux dans nos contrées. 

Le Lac. — - Neuf maisons, onze ménages, quarante et un habi- 
tants. — Au mois de janvier 1886, en nivelant l'extrémité méri- 
dionale de la prairie qui touche ce village, on découvrit un 
souterrain-refuge de l'époque gauloise. Comme il était rempli d'eau, 
il n'a pas été possible d'y descendre. En y faisant pénétrer de lon- 
gues perches, on a pu constater en un endroit l'existence d'un long 
corridor, et dans un autre celle d'un appartement de forme circu- 
laire. Le propriétaire a fait combler le tout, et a transformé en 
prairie le monticule dans lequel se trouve ce souterrain. 

Lavaud-Couteillas. — Deux maisons, deux ménages, douze habi- 
tants. — Ce village de Lavaud est placé près de Couteillas, et il 
est ainsi nommé pour le distinguer du suivant. 

Lavacd-Fleuret. — Dix maisons, dix ménages, quarante-huit 
habitants. — La peste de 1631 fit de grands ravages dans ce lieu. 
Les registres paroissiaux l'indiquent comme un de ceux où il y eut 
le plus de décès au printemps de cette année. 

Malagnac. — Onze maisons, onze ménages, cinquante-quatre 
habitants. — Ce village était autrefois nommé le Grand-Malagnac. 
L'ancienne route de Paris y passait. 



MONOGRAPHIE DE COUPftElGNAC. $95 

On trouve encore ici une famille portant le nom du lieu. Les cinq 
frères qui composaient la famille de Malagnac sont nommés, en 
1472, dans Tacte d'acquisition faite par Louis et Antoine Dubois (1). 
Au siècle suivant nous retrouvons encore cette famille dans une 
reconnaissance du 27 février 1554 : « A tous ceux qui les présentes 
verront, nous garde du scel autentique royal établi aux contrats au 
baillage de Limoges pour le roi notre sire, salut. Savoir faisons 
que pardevant le notaire royal ci-de^ssous écrit et signé, et témoins 
ci-après nommés, ont été présents et personnellement établis 
Mathelin, Jacques dit Jaminet et Léonard de Malagnac, habitants 
dudit lieu et village de Malagnac, tant pour eux que pour les 
autres cotenanciers dudit lieu... d'une part; et sieur Hélie Dubois, 
bourgeois et marchand de la ville de Limoges... d'autre part... » 
Ils déclarent devoir audit Elle Dubois 7 setiers seigle, mesure de 
Limoges, 22 sols 6 deniers et deux gelines de rente annuelle et 
perpétuelle. 

Margnac. — Quatorze maisons, quatorze ménages, quatre-vingt- 
deux habitants. — Ce village est sur la rive droite du Vincou, qui 
traverse son pittoresque étang. En 1300, Ahélide de Penneveyre, 
dame de Montanet, avait des propriétés dans ce lieu (2). 

On remarque dans le village une maison et une grange qui se 
distinguent des autres par leur construction en pierre échantillon- 
née et qui portent la date de 1651. La tradition locale nous apprend 
qu'elles appartenaient aux religieux de Grandmont. Ces religieux, 
ont défriché le Limousin. M. L. Reclus, professeur d'agriculture 
du département constate avec raison que « les couvents seuls, 
pendant le sombre moyen âge, furent les apôtres du progrès 
agricole » (3). Ils ont créé dans nos montagnes un grand nombre 
d'étangs qui leur permettaient d'établir de vastes prairies. Celui 
de Margnac est du nombre. Il est ainsi indiqué dans l'arpentement 
de 1742 : « N*» 5459. — Un étang, appelé l'étang de Margnac, 
appartenant aux Messieurs de l'abbaye de Grandmont, et par eux 
joui, de la contenance de quatre setérées. » Il leur appartenait 
encore lorsque la Commission dite des Réguliers détruisit leur 
ordre. Cet étang fut mis en vente par le district et l'administra- 
tion des domaines, le 23 mai 1791. A ce moment, il ne se trouva 
pas d'acquéreur (4). 



(4) Voir cet acte aux documents. 

(2) Nobiliaire du Limousin, t. lll. p. 315. 

(3) Almanach limousin^ année 1890, p. H6. 

(i) BulleUnde la Société archéologique, t. XXIV, p. 3&9. 



2S6 SOCIÉTÉ ABCHÉ0L0G1QUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN, 

Le moulin que les religieux avaient construit au-dessous de la 
chaussée existe toujours. Ils transportèrent sur cette chaussée une 
colonne de granit que Ton y voit encore et qui semble taillée à 
répoque romaine. Son fût, sur lequel ils fixèrent une croix en fer, 
a 0,60 centimètres de diamètre, et sa base, ornée de trois nervures 
circulaires repose sur un socle carré de 0,90 centimètres de côté. 
Cette colonne ressemble en tout aux colonnes romaines trouvées à 
Limoges en 1888, en creusant la tranchée du chemin de fer de 
Limoges à Brive. 

Le village de Margnac possède, dans sa partie nord, une carrière 
de kaolin dont l'exploitation a cessé depuis quelque temps. 

Le Mas. — Deux maisons, deux ménages, onze habitants. — 
C'est probablement ce village qui s'appelait jadis le Mas-de- 
Bassac, dont parle l'acte suivant : « Assence perpétuelle en faveur 
de sire Pierre des Cars, chevalier du Mas de Bassac, situé en 
la paroisse de Compreignac qu'il a acquis de Guillaume Nor- 
mand de Bassac, plus le Mas de La Vedrenne, sis dans la dite 
paroisse, qu'il a acquis de sire Robert de Resés, chevalier, plus 
le Mas du Vieux-Bassac, sis dans la dite paroisse, qu'il a acquis 
du dit seigneur de Resés, plus trois setiers moins quarte de rente, 
à la mesure de Razès, qu'il a acquis de Guillaume Puymenier, sur 

le Mas du Yieux-Bassac Le lundi avant la fête de saint Luc, 

1304(1).» 

Le Mas-la-Roche, — Douze maisons, douze ménages, qua- 
rante-huit habitants. — Placé sur la rive droite du Vincou, ce lieu 
conserve encore une maison bâtie en 1621. Elle doit avoir été 
l'habitation de la famille Châtenet. Jean Châtenet, écuyer, était 
seigneur du Mas-la-Roche en 1788. 

Massauvas. — Trois maisons, trois ménages, quinze habitants. — 
On devrait écrire ce nom Mas-sous-Vent. Ce lieu est placé presque 
au sommet de la montagne, dans un repli du terrain qui le met 
à l'abri du vent. 

Auprès, et au nord-ouest de Massauvas on trouve une pierre 
curieuse, couverte de bassins et de rigoles. L^imagination popu- 
laire veut y voir un lieu où les payens offraient des sacrifices san- 
glants à leurs dieux. Ces pierres à bassins se trouvent sur toutes 
nos montagnes granitiques. Plusieurs auteurs, ignorant sans doute 
l'explication scientifique de la formation de ces bassins donnée par 

(I) Terrier de Compreignac. 



MONOGRAPHIE DE COMPRKIGNAC. 227 

les minéralogistes, n*ont pas su rejeter cette fable qui n*a aucun 
fondement. 

Maudàn. — Deux maisons, deux ménages, douze habitants. 

La Monge ou La Mongie. — Ancien prieuré d'hommes qui avait 
pour patron saint Biaise et saint Eutrope, placé à côté de Népoulas, 
sur la route de Paris. On Ta quelquefois confondu avec La Mongie 
ou Le Dognon, prieuré situé dans la paroisBe de Saint-Etienne de 
Versillac. 

Il existait en 1157. Le prieur de Saint-Gérald de Limoges y 
nommait des titulaires en 1557, 1573, 1609. L'évéque de Limoges y 
faisait une nomination en 1659. Ce droit de nomination est ensuite 
passé au roi lorsque le prieuré de Saint-Gérald a été uni à Fhospice 
de Saint-Alexis. 

Peu de prieurs de La Monge sont connus : Etienne de RoflBgnac, 
qui avait été tonsuré en 1572, fut prieur de La Monge; il était fils 
de Léonard de RoflBgnac, de Grimodie, paroisse de Roussac. N..:.. 
Devoyon, chanoine de la cathédrale de Limoges était prieur en 
1742. Joseph Lamy de Luret, né à Limoges en 1723, fut curé de 
Compreignac en 1759, et prieur de La Monge en 1770. Il mourut 
en 1785. Jean Pineau, curé dlsle, le fut en 1785 jusqu'à la Révo- 
lution. 

Pendant la Révolution, ce prieuré fut vendu comme bien national, 
et il ne tarda pas à tomber en ruine. Les héritiers du sieur Luguel, 
qui en était l'acquéreur. Tout revendu en réservant pour le culte 
remplacement de la chapelle. 

Lorsque les autorités révolutionnaires mirent en vente cette cha- 
pelle, les habitants du voisinage se concertèrent pour sauver la 
statue du saint, et ils y réussirent. Elle fut alors placée chez un 
nommé Léonard Déliot, habitant le heu de la Pêcherie, à proximité 
du prieuré. Pendant les mauvais jours, et malgré la persécution, ce 
fut dans sa maison que les pèlerins allèrent vénérer le saint le jour 
de sa fête. Lorsque Tordre commença à renaître, et qu'un peu de 
liberté fut accordée au culte catholique, Déliot prit Thabitude de 
porter cette statue sur les ruines de Tancienne chapelle, et de l'ex- 
poser à la vénération des fidèles, le 30 avril, jour de la fête de 
saint Eutrope. 

Les choses continuèrent ainsi pendant quelques années, mais 
le 30 avril 1804, le maii-e de Compreignac se transporta sur les 
lieux pour ordonner audit Déliot de se dessaisir de cette statue, 
« afin qu'elle fût transférée dans l'église de Compreignac, lieu 
indiqué et seul toléré par les lois pour recevoir le peuple à la véné- 



^28 SOCléTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT HISTORIQUE DU LIUOUSIK. 

ration de ce saint ». — « Je ne fus pas écouté, écrit-il lui-même au 
préfet. Je fus obligé de garder le silence parce que je m'aperçus 
qu'en voulant employer la force j'aurais peut-être été cause d une 
rixe populaire : de manière que la loi, dont j'avais demandé l'exécu- 
tion, ne fut pas observée. » 

Le 30 avril 1808, les populations vinrent à La Monge, encore 
plus nombreuses que par le passé. La statue du saint y fut portée 
de la môme manière. Le maire de Compreignac, dans un rapport 
sur cette réunion, dit : « Je n'ai pas voulu m'y rendre dans la per- 
suasion de ne pas mieux réussir que Tan passé », et il termine en 
demandant l'intervention de l'autorité préfectorale. Celle-ci ne se 
fit pas attendre, comme le montre la lettre suivante : « Le 28 floréal 
an XIII (18 mai 1805) . — A Léonard Déliot à La Pêcherie. — Je vous 
envoie et vous notifie l'arrêté du préfet du 19 de ce mois (9 mai 
180S), qui vous ordonne de transporter [à l'église paroissiale] dans 
le délai de trois jours, la représentation de saint Eutrope dont 
vous êtes illégalement dépositaire. — Si dans trois jours vous 
n'avez pas obéi à cet arrêté, j'en rendrai compte au préfet, qui 
prendra contre vous les mesures jugées nécessaires et requises 
par les lois. — Bariat, maire de Compreignac (1). » 

La statue fut alors portée à l'église et mise par M. Rioublanc, 
curé de Compreignac, dans la chapelle nord ; c'est là où elle est 
encore conservée. Depuis ce jour, elle est transportée chaque 
année sur les ruines de l'ancien prieuré, le 30 avril, fête de saint 
Eutrope, et une foule considérable de pèlerins y vient l'invoquer. 

Il ne reste rien des anciens bâtiments qui s'étendaient au sud- 
ouest de la chapelle. Une belle porte du xvi* siècle était encore 
debout il y a quelques années; elle a été transportée près du 
village de La Pêcherie et utilisée dans un bâtiment sur le bord 
de la route. 

La chapelle qui dominait les autres constructions n'était pas très 
vaste ; elle avait à l'intérieur douze mètres de long sur six de large. 
On n'a rien trouvé dans ses ruines qui put faire connaître le style 
de son architecture. Elle était accompagnée d'un cimetière, que 
l'arpenlement de 1742 indique ainsi : « N° 5,396. — Une chapelle 
et un cimetière au-devant, appelés de La Mongie, appartenant au 
sieur Devoyon, prieur d'icelle, chanoine de Limoges, de la conte- 
nance de quatre perches trois quarts. » 

En 1884 la partie de cette chapelle qui formait le sanctuaire a été 
rebâtie sur les mêmes fondations; elle sert maintenant d'abri au 
clergé paroissial le jour de la fête de saint Eutrope. Dans la pre- 

(i) Archives communales de Compreignac. 



MONOGRAPblE DE COMPHRIGNAC. fiO 

mière assise, à Tangle sud-est, on a placé une plaque en plomb por- 
tant Finscription suivante : 

ÀNNO DOMINI M D CCG L XXX IV 

HOC PERANTIQLUM S^i EUTROPI SAGELLUM 

JAM AB UNO S(£CIL0 DIRUTUM 

A. LECLER COMPREINIAGI DECANUS 

REi£OlFICARE COEPIT. 

MoîiTAiGUT. — Douze maisons, douze ménages, soixante-trois 
habitants. — Montaigut-le-Noir est situé vers l'extrémité méri- 
dioDale de la commune, dans des montagnes dont le point culmi- 
nant atteint 555 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est la 
forme de ce sommet qui lui a fait donner le nom de Mont-Aigu. 
Dans quelques anciens documents, on le trouve désigné par le nom 
de Montaigut-en-Compreignac. L'abbé Nadaud nous dit dans son 
Pouiîlé: « A Montaigut-le-ft/awc, archiprétré de Bénévent, le curé 
était habillé de blanc, comme étant chanoine de Bénévent. Ici, les 
religieuses étaient vêtues de noir, et pour différencier ces deux en- 
droits on Ta appelé Montaigut-le-woir. » 

Il y avait, en effet, à Montaigut, un ancien prieuré de filles, sous 
le patronage de sainte Anne. Il existait avant H28. En 1196, Tabbé 
et le couvent de Saint-Martin-lez-Limoges lui donnèrent, moyen- 
nant les redevances spécifiées, le Mas de Vaupilou, aujourd'hui 
Goupilou, commune de Beaune (1). 

Guy Foucaud, chevalier de Saint-Germain, par son testament du 

29 juillet 1302, fit aussi une donation à ce prieuré : « Item lego 

monialibus de Monte-Acuto decem solides semel solvendos. » (2). 

Malgré ces donations, la prieure de Montaigut n'était pas riche, 
elle ne payait qu'avec peine ce qu'elle devait annuellement à l'ab- 
baye de Saint-Marlin-lez-Limoges. Aussi trouve-t-on, vers 1376, 
trace d'un « procès pour l'abbé et le couvent de Saint-Martin, con- 
tre la prieure de Montaigut à cause de XIX sexliers de seigle de 
pension dues par elle à l'abbaye de Saint-Martin ». 

En 1262 et 1396, il n'y avait au prieuré de Montaigut que cinq 
religieuses. Un peu plus tard, cette maison ne pouvait plus se sou- 
tenir. Aussi, le 14 mai 1437, Guillaume de l'Hermite, abbé du 
Dorât, l'unit, par composition, au monastère de Ligneux. Ligueux 
était une abbaye royale de Bénédictines de la congrégation de 

(l) Voir aux Documents le texte encore inédit de cette charte. 
(S) Ce testament est publié par Tabbé Texier, dans le Bulletin de la 
Soc. arcA. du LimoutUif IX, 129. 



^3é SOCIÉTÉ ARCBiOLOGlQtJE ET ËIStOHtOtlE bU UMOUSlfl. 

Gluny, située dans la paroisse de ce nom, canton de Savignac-les- 
Eglises, arrondissement de Périgueux. 

En 1627, l'abbesse de Ligneux avait affermé ses biens de Mon- 
taigut; mais, soit que ces biens ne rapportassent pas ce qu'on 
croyait, soit pour d'autres motifs, il s'en suivit entre elle et ses 
fermiers un procès qui n'était pas encore terminé au moment de 
la Révolution. 

On ne connaît pas les prieures de Montaigut, si on en excepte 
Marguerite de Razès de Monisme en 1332, et Marguerite Derbeau 
à une date inconnue. 

Aujourd'hui, tous les bâtiments anciens ont été détruits. L'em- 
placement de la chapelle est très reconnaissable près delà fontaine 
du village. On y voit encore la clef de voûte de ce petit édifice. Elle 
porte une croix, en forme de rosace, inscrite dans un cercle, comme 
le xn" siècle en mettait à l'intersection de ses nervures rondes. 
Il y avait un cimetière, qui est ainsi indiqué, en 1742, dans l'ancien 
arpentement de la paroisse de Compreignac : « N° 3277. — Cime- 
tière, de la contenance de deux perches et quart, appartenant au 
village. » 

Le village de Montaigut, qui s'est formé autour des bâtiments du 
prieuré, eut beaucoup à souffrir de la peste de 1630. Il fut des pre- 
miers atteints, dans la première quinzaine d'octobre, et en peu de 
jours dix-huit de ses habitants succombèrent. 

MoNTCHAUD. — Douze maisons, douze ménages, cinquante-sept 
habitants. — Ce village doit son nom à sa position méridionale, 
sur le versant d'une montagne élevée de 483 mètres au-dessus du 
niveau de la mer. 

MoNTiMBERT. — Quatre maisons, quatre ménages, treize habi- 
tants. — Près de ce lieu, qui est sur la route de Compreignac à 
Saint-Pardoux, on trouve une partie de l'ancienne route de Paris, 
qui passait par Compreignac. Bien conservée jusqu'à nos jours, 
elle a été peu près détruite par Textraction récente de son maca- 
dam. 

Népoulas. — Trente-quatre maisons, trente-quatre ménages, 
cent trente-cinq hcibitants. — Ce village était un point important 
pour le roulage avant l'ouverture de la ligne du chemin de fer de 
Paris. Il forme deux groupes d'habitations. L'un, sur le versant 
oriental des montagnes, et l'autre le long de la grande route. 

Une partie des eaux de la ville de Limoges vient de sources 
répandues entre Népoulas et Angelard. 

Le vendredi 28 janvier 1814, Notre Saint-Père le Pape Pie VII 



MONOORAt»BIE DE COMPREIGNAC. ÎM 

passa au village de Népoulas, lorsqu'il était reconduit de Fontai- 
nebleau en Italie. Il avait couché à MorteroUe, et alla s arrêter, 
pour prendre son repas, à la Maison-Rouge, un peu au-delà des 
limites de la commune de Compreignac, dans celle de Bonnat. 

Nespoux. — Trente-cinq maisons, trente-cinq ménages, cent 
cinquante-cinq habitants. — Par le nombre de sa population, Nes- 
poux est un des villages les plus considérables de la commune. Il 
avait un étang, qui a été desséché depuis peu. 

Le 24 novembre 1619, une saisie eut lieu sur les fruits de ce 
>111age au nom de Jamette Dupeyrat, femme de sire Pierre Verrier, 
marchand et orfèvre de Limoges, comme héritière de feu Pierre 
Audier, son fils, héritier universel de feu Martial Audier, son père, 
de son vivant bourgeois et marchand de Limoges (1). 

Palustras. — Au sommet des bois de Palustras, qui sont, comme 
l'indique leur nom, au-delà d'un marais fpalus transj, on trouve 
une pierre appelée le fauteuil du juge. C'est une roche ordinaire 
sur laquelle on remarque une excavation affectant la forme d'un 
fauteuil. Peut-être la main de l'homme a-t-elle un peu aidé la 
nature à transformer ce bloc. Toutefois cette curiosité n'offre au- 
cun intérêt pour l'histoire. 

Pekny. — Neuf maisons, neuf ménages, trente-neuf habitants. — 
Le village de Penny domine le moulin du même nom, qui est placé 
sur la rive gauche du Vincou, dans une gorge des plus pittoresques. 

Planchevieille, -r- Il ne reste plus rien des habitations, du mou- 
lin et de l'étang de Planchevieille. 

Le 15 avril 1630, Pierre Benoit, chevalier, seigneur de Comprei- 
gnac, permit, moyennant une geUne par an, à François Martin, 
notaire royal du bourg, de construire un moulin à chanvre au- 
dessous de la chaussée de l'étang de Planchevieille (2). 

Les registres paroissiaux signalent le lieu de Planchevieille 
comme un de ceux où la peste fit le plus de mal, au printemps de 
1631. 

PoNTABRiER. — Trois maisous, trois ménages, douze habitants. 
— Ce lieu, placé sur la rive gauche du Vincou, doit tirer son nom 
d'un pont établi sur cette rivière. Dans l'arpentement de 1742, 
il est souvent appelé simplement Le Pont ; mais dans l'hommage 
de 143811 est désigné sous le nom de Pons Aberi. 

Jean de Pontabrier, prêtre, et autre Jean de PoDtabrier, son 



(1) Terrier de Gompreignac. 



^ii SÔCléré ARCHEOLOGIQUE ET âtSTORlQUB DO LlltOUSlN. 

frère, chirurgien, achetèrent, le 21 février 1614, de Vincent 
Descoudier, de la ville de Grandraont et y demeurant, procureur 
fiscal des juridictions des dits Grandmont et Moncocu, une maison 
dans le bourg de Corapreignac. —M* Jean de Pontabrier, praticien, 
habitait Compreignac le 11 mars 1655. 

Le moulin de Pontabrier, sur l'étang de ce nom, que traverse le 
Vincou, fut acheté, le 18 février 1649, par Martial Benoit, seigneur 
de Compreignac : « Sachent tous que, pardevant le notaire royal 
soussigné et les témoins ci-après nommés, a été présent et person- 
nellement établi M" François Decoudier, bourgeois de la ville de 
Limoges, lequel a vendu à noble homme Martial Benoit, chevalier, 
conseiller du roi, trésorier général de France, seigneur de Com- 
preignac et du Mas-de-Lage, deux moulins à blé, moulant l'un à 
seigle, Tautre à froment, appelés de Pontabrier.... et bâtiments joi- 
gnants, appelés la Maison des Fournier, la maison vieille, haute 
et basse..., joignant Tétang appartenant au dit seigneur, et la 
maison des hoirs de feu Gabriel Pontabrier » (1). 

En 1742, il avait « quatre meules, deux à seigle, une à broyer le 
chanvre et Tautre à piler le millet », et il appartenait à M* Joseph 
Blondeau, seigneur de Corapreignac. 

Sur la porte d'une des maisons de ce mouhn l'on voit encore les 
armes des Benoit : d'azur au chevron d'or accompagné de trois 
tnains bénissantes d'argent. 

Prassigout. — Sept maisons, sept ménages, trente-cinq habitants. 

Puy-Lariotte. — Une maison, un ménage, six habitants. — 
Habitation isolée sur la rive droite du Vincou, en face du bourg. 

Puy-Martïn. — Cinq maisons, cinq ménages, dix-neuf habitants. 
— A l'ouest et dans les dépendances de ce village existe une 
curiosité naturelle, que le voyageur aperçoit en suivant la route 
de Thouron. Un chêne, d'une grosseur ordinaire, porte à son 
sommet un bouleau fort \igoureux. Au-dessus de la tête du 
chêne, s'élance le tronc blanc du bouleau et ses branches s'élèvent 
à une grande hauteur au-dessus du chêne sur lequel vit ce 
parasite. 

Put-Mélier. — Six maisons, six njénages, vingl-six habitants. 

Puy-Menibr. — Trente-trois maisons, trente-trois ménages, 
cent quarante-deux habitants. — La route de Compreignac à 

(I) Terrier de Compreignac. 



MOV^fiflAPHIB DB OOHfllBIGHAGi &33 

Saiût-Sympborien passe dans ce village, mais, quoique coiisli*ailè 
depuis plus de vingt ans, ses deux extrémités restent encore à lairè. 

Pierre-Etienne du Puy-Ménier fde Podio Mameriij prétendait 
avoir des droits sur la chapelle de Gourrieux, qui fut donnée à 
Aareil entre les années 1147 et li89 (1). 

Guillaume du Puy-Ménier vendit, avant 1304, trois'setiefs moira 
quarte de rente à Pierre des Gars sur le mas du Vieux-Bassac^ 

Louis Faulcon était seigneur du Puy-Ménier et de Mantiat m 
1472. Les armes de cette famille sont : écarteié, aux /** ^ 4* d'atur 
à la croix d'wr; aux 2* et S* d'azur à trois fewrs de <m d'$r et Prois 
tours dont deux d'argent et une d'4»r. 

Le château du Puy-Ménier fut détruit, peut-être pendant la 
guerre des Ajaglais, mais toutefois il était ruiné lorsque cette terre 
passa, par acquisition, de la famille Faulcon à la famille Barny en 
1583 (2). Un peu plus tard, le fief du Puy-Menier fot acquis 
d'Antoine Barny, avec Compreignac, par Martial Benoit (3). 

Saint-Roch. — Une maison, un ménage, cinq habitants. — 
Vers la fin de septembre 1630, un voyageur de nom et d'origine 
inconnus, descendu à Thôtel des Trois-Ânges, à Limoges, y 
mourut de la peste qui ravageait, cette année-là, l'Europe 
entière. Ge fut l'origine de la contagion qui dépeupla cette ville 
et ses environs. S'il faut en croire les Annaks, elle emp^orta, 
« tant dans la ville que dans la Gité, aux faobourgs et la banlieue, 
20,000 personnes ». On pratiqua de grandes fosses au cimfetière de 
Saint-Cessateur, où furent jetés en hâte et sans les égards accou- 
tumés, les corps, bien souvent privés de cercueil, car les ouvriers, 
comme les fossoyeurs, ne suffisaient pas au funèbre travail. 

Compreignac et ses environs, après Limoges, furent des pre- 
miers atteints. Dès le mois d'octobre, cette peste y exerçait des 
ravages effrayants, 

Pierre Mesnager, réfugié dans sa métairie de Beaune, écrivait 
que dans certains villages, « il n'est demeuré vivants ni hommes, ni 
femmes, ni petits enfants. Le dégât fut grand notamment du côté 
de Grandmont, aux villages appelés Glou, Puy-Garsault, Péret et 
autres », situés sur la limite orientale de la paroisse de Gomprei- 
gnac, mais dans celles de Saint-Sylvestre et d'Ambazac. 

Le curé de la paroisse a écrit sur le registre des actes de sépul- 
ture : « Mémoire soit, que depuis le quinziesme octobre, l'année 



(1) Gartirltire d'Aurieil. 

(S) Voir cet acte d'acquisition aux Documents, 

(3) Voir cet acte d*acqaiaition, en 1597^ aax Documenta». 

T. xxxvu. 10 



334 80CIÊTÂ AECBÉOLOGIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

1630, jusqu'au quinziesme janvier auprès 1631, il en est mort au 
village de Montagut dix-huit tant petits que grands, et sont morts 
de la contagion. » 

Et un peu plus bas : « Soit mémoire que en Tannée 1631, depuis 
environ le mardi gras, jusqu'à la fin du mois de juing de la dite 
année, il en mourut de la contagion, tant au village de La Jante, 
Planchevieille,'Lavaud-Fieuret, que Compreignac ; il y en est mort 
de la dite maladie quatre-vingts ou environ. » 

Enfin, ceux qui restaient encore, voyant leur impuissance à com- 
battre cette peste, firent un vœu, et promirent de bâtir une cha- 
pelle à saint Roch, si le mal cessait. 

Leurs prières furent exaucées. A la suite d'une procession faite 
le 16 août, fête de saint Roch, la peste cessa, en effet. Par recon- 
naissance, et pour accomplir leur vœu, ils bâtirent la chapelle de 
Saint-Roch, qui a subsisté jusqu'à la Révolution. 

Les habitants de nos jours, oubliant le vœu et la reconnaissance 
de leurs pères, ont laissé tomber cette chapelle. Sur son emplace- 
ment la table de granit qui formait son autel est toujours à sa 
place; à côté se dresse une croix de bois autour de laquelle on voit 
encore prier, le jour de Saint-Roch, quelques pèlerins venus des 
paroisses environnantes. 

La Roche. ~ Dix maisons, dix ménages, quarante-cinq habi- 
tants. — Ce lieu est appelé La Roche-de-Boussac, ou de Bassac, 
dans une reconnaissance du 13 novembre 1554 pour messire 
Léonard Barny, licencié ès-lois, juge ordinaire de la ville de 
Limoges et seigneur du fief noble du Mazet de Compreignac. 

La Rode. — Une maison, un ménage, six habitants. — L'étang 
de La Rode est aussi traversé par le Vincou. Ce dernier forme une 
très pittoresque cascade en franchissant la chaussée de l'étang. 
Le moulin a été reconstruit en 1889. 

Le Sauvage. — Une maison, un ménage, huit habitants. 

La Vauzelle. — Quinze maisons, quinze ménages, soixante-dix- 
huit habitants. — La Chambre des fées, située à l'est et à quelque 
distance de ce village, n'est autre chose qu'un immense rocher, fai- 
sant partie de la montagne, sous lequel il existe une cavité de peu 
d'étendue. 

Vedrenne. — Le mas de Vedrenne avait été acquis par Pierre 
des Cars, de sire Robert de Résé, chevalier, à une époque incon- 
nue, mais antérieure à 1304. La famille Benoit, de Limoges, le 
posséda ensuite. Par acte du 7 janvier 1403 (vieux style), Etienne 



monograpbik de gompreignag. 232^ 

Benoit donne à réglise de La Drouille-Blanche, paroisse de Bonnat, 
une rente de six setiers de seigle sur son domaine de La Vedrenne, 
paroisse de Gompreignac (1). 

Les champs ont gardé le nom de Vedrenne, mais il ne reste aucun 
bâtiment. Au milieu d'une terre cultivée on trouve un souterrain- 
refuge de répoque gauloise ; il est en partie comblé, et ce qui en 
reste est utilisé comme cave. Auprès, et non loin de la rive du 
Vincou, est une fontaine dite de Saint-Martin, à côté d'une croix, 
où les habitants du voisinage vont quelquefois prier pour obtenir la 
guérison de leurs malades. 

Vénachat. — Dix maisons, dix ménages, quarante-deux habi- 
tants. — Les tenanciers de Vénachat, le 26 octobre 1873, « dé- 
clarent devoir une rente foncière annuelle et perpétuelle à sire 
Antoine Dubois, bourgeois et marchand de Limoges, et à dame 
Barbe Boyol, veuve de feu M« Pierre Dubois, élu, quand vivait, au 
haut pays de Limousin, pour et au nom et comme tutrice de ses 
enfants et du dit feu M* Pierre, et comme ayant les droits cédés du 
sieur de Thouron (2) ». 

V1EU.LEVILLE. — Treize maisons, treize ménages, soixante-et-un 
habitants. — « D'après la tradition du pays, il existait jadis 
dans cet endroit une ville très vaste et très peuplée qu'on appelait 
Perey, dont l'enceinte se prolongeait jusqu'à un autre village nommé 
Ville-Bert. » Cette tradition, rapportée par M. Duroux en 1812, 
paraît déjà suspecte à M. Martin, membre correspondant de la 
Société d'agriculture, sciences et arts de la Haute- Vienne en 1816. 
Et ce n'est pas sans raison. En publiant la dissertation de ce der- 
nier, le comité de rédaction de notre Société archéologique témoi- 
gne le désir que des recherches plus profondes soient faites sur ce 
sujet. Je puis lui donner entière satisfaction. 

La tradition de l'existence d'une ville de Peyré ne se trouve pas 
seulement à Gompreignac, mais dans toutes les montagnes de nos 
contrées, et pour ce canton encore plus particulièrement dans le 
groupe qui s'étend sur les communes de Cieux, de Vaulry et jusqu'à 
Blond. J'ai visité, sans en omettre aucun, tous les lieux où une tra- 
dition quelconque plaçait cette ville. Or, je n'ai rien trouvé que 
des amas de pierres assez considérables, que les laboureurs sont 
obligés de sortir de leurs champs pour faciliter le passage de la 
charrue. Ces pierres sont entassées sur les limites des cultures. Si 
dans le pays le mot Peyré a un sens, il ne peut pas désigner autre 

(1) L. GuiBBRT, BuUetin de la Société archéologique, t. XXIX, p. 998, 

(2) Terrier de Gompreignac. 



f^ SOCIÉTÉ AEQBÉOLOeniQS BT BfSTOMQUB DU LlVOtJSlIf. 

chose que ces aœas de pierjdôs bïliteb^ qui à'èàt jamais étô 
emplofées ims aucune eonstnictieâ. 

Quant à la ville de Peyré indiquée près de VieiUeiriHe-, elle 
aurait occupé tout le triaof le que forment lès villages de lA Jaole, 
YieiHeville ei ViUeberU Or> ce dernier villâjge est à 6 kilomètres 
des deux premiers^ et Goiapreignac se trouva au cailteu de èe iariàst' 
gle. « Une ville aussi vaste que Tannons M. Duroux, ayant existé 
à eaviroH deux myriamètres de limoges^ est un fdt historique d*aQ^ 
tant plus extraordinaire quo Torigine de Uetoges sepeMant dans 
la nuit des temps, il est difficile de se persuader que deux grandes 
villes ont existé à la même époque et à si peu de distance Fime de 
r**t*ei(l)*. 

h Bst iMtile de ^'arrêter plus longuëiâent à cette prétendue 
tradittoû qtie rtéîi n'appiife, et qui îtt doit suï-tôttt sbh ortcitté âti 
mot Vièilieviltè. (iwaht à rattfeléimetéd'e feè nWt'gè, elle êèt trè*>eia- 
tiVe^ dAt les pîeites avec quelques riioùluîr'es qu'ob J troiiYe encore 
ai>partièùtieht à des portes ou à de^ fenêtres du Ivi^ et bïéknie du 
tsii* siècle. 

ViLLEBERT. — Quinze maisons, quinze ménages, soixante-seize 
habitants. — M. Marliii, dans son rapport à la Société d'agricul- 
tûrè, sciences et arts de la âautè- Vienne (â^, dit que ce nom est 
composé de deux mots celtes ; fii ou Guii, aoù sont venus mtté, 
village, etde -Ôer, qui signifie : 1* clair, limpide; 2* illusWey célè- 
hre^ et il conclut que Villebert veut dire ville illustre, ville célèbre. 
En acceptant k signification des deux mots celtes, et eii tenant 
compte de la position topographique de ce lieu, je proposerai une 
étymologie plus modeste, mais qui semble plus vraie, villebert est 
placé sur le versant oriental d'une montagne, dont le sommet, à 
485 mètres au-dessus du niveau de la mer, domine tout le pays qui 
s'étend entre la Couse el le Vincou. En prenant le mot Ber dans 
le sens de clair, ïimpiàe, Villebert indiquera un village placé sûfMn 
sommet élevé et clair. tJn grand noihbre de lieux placés daùls des 
positions semblables s'appellent Clair-Mont, ou Clenntoht. 

Ce C[m confirme encore cette étymologie, c^est que la tùotitâgûe 
(elle-même porte le nom de ^eux-Bert, et qu'on ne peut pas soUger 
à faire de ce sommet aride une montagne illustre et célèbre. 

Entre les villages de Villebert et Nèpoux, dans une terre labou- 
rée, oùronreûcontre d'autres débris de constructions romaines, se 
trouvent cinq grandes dalles de granit, sur lesqûelïes ûnè ïigole 

Kl) Bumtih de la Sodéîé etroMéôhiiitie dé lÂmù^et^ U ViU p. t38. 
[i) Année 181 S, p. 50. 



MOlKHIMPni DB OOIIIIBIIGNAO. §3? 

de 30 centimètres de large est taillée longitudinalement. Elles 
devaient paver l'avenue d'une habitation romaine, dont il ne reste 
pas d'autres traces. On en signale d'identiquement semblables dans 
des ruines romaines, à Poitiers (1), et au village du Mas, commune 
d'Àzerables (2). 

(I) Bulletin monumental^ t. XL, p. 179. 

(t) Mémoire des Antiquaires de VOueet, t. XIX, p. S41. 



938 SOCIÉTÉ ARGBÉOLOGIdnE BT HISTORIQUE OU LIMOUSIN. 

IV 
DOCUMENTS 



ÎÎ9Ô, — Donation^ à Montaigut^ du mas de GoupiUou. 

Notnm sit omnibus Um prœsentibus qnam futuris, quod P... abbas 
Sancti Martini Lemovicensis et conventus ejusdem monasterii dedere et 
concessere in capitulo priorisse et sanctimonialibus de Montegut, roansum 
de Volpilo et ea que manso pertinent, et auum dominlum et decimam, 
lespleitet ea que in manso suo erant eu vestir eu devestir> que omnia erant 
supradicte ecclesie Sancti Martini, tali censu quod supradicte domine debent 
annuatim reddere duodecim sextaria, VI frumenti et VI siliginis, vendenlia 
et ementia, V solides in festo sancte Marie septembris, duodecim sextaria 
debent reddi preposiio de Beuna in cellario de Beuna, et V solidi in nati- 
vitale Domini, salvo jure parrochîonatas ecclesie de Beauna et molendini. Et 
sialiquisdefamilia sanctimonialium ibi decesserit, ad ecclesiam suam repor- 
tabitur et sepelielur, et si forte fortuitu, quod absit, aliquis aliquam vio- 
lentiam saper prenominatis que dominus abbas et conventus eis concesserit 
vellel inferre, dominus abbas et conventus debent jure defendere et sequi 
eas ubi aliquis vellet causidicari ; ita lamen quod dominus abbas, seu ille 
quem roittet ad presentiam Domini Episcopi infra dietam unam, de bursa 
sua faceret expensam suam et nullam prorsus aliam. Hanc donationem con- 
firmavil dominus abbas et totus conventus retinendo sibi V libras accapta- 
menti in mutatione abbatum Sancti Martini. Testes hujus confirmationis 
sunt P. Deveural archidiaconus, Hel. Lamaeza, archipresbiter ; Hel. Daisa. 
B. Olries, Nicolaus deu Cars, P. Laurers, archipresbiter; B. Deboisol, 
Michael, diaconus ; Guido Rangt, Jautiel de Compreiniac, Ymbert de Mon- 
tagut, Â. de Montagut, diaconus, et piures alii. Et ut ratum et firinum 
habeatur, predictus R. {sic) abbas sigillavit sigillo suo et confirmavil 
anno ab incarnatione Domini M** C^" XC<> VI». 

Collation et vidimus a été fait par nous, notaires royaulx, du susdit titre, 
à la requeste de noble dame Suzanne de Sainte-Aulaire, dame abbesse de 
Ligneux, ordre de Saint-Benoit en Pérlgord, laquelle nous a îceluy exhibé 
escrit en une petite peau de parchemin du môme contenu que dessus, sans 
y avoir rien augmenté ni diminué en iceluy, a mesme temps retiré, dont 
lui avons concédé le présent acte nous le requérant, au parloir de la dite 
abbaye, le dixième du mois de novembre 1668. 

(Archives de la Haute-Vienne. — N© 6,703 du classement provisoire). 



XONOGRAPHIB DB GOMPRBIQNAC. 239 



140S. — Fondation d'un service dans l'église de Compreignac par noble 

Pierre Sarcuin, 

Die sepiiina measis septeicbris, anno Domini mlllesimo quadringin« 
tesimo quinto, personaliter cooslitutis nobili viro Fetro Sarazi domicello» 
domino du Nazet, filio nobilis viri Joannis Sarazi domicelli ; videiicet dic- 
tas nobilis Petrus Sarazi de et cum licentià et auctorithate ac speclall 
modo dicii Johanois patris sui scripta agenda esse pro se et suis ex parte 
nnft ; et dilecto in Christo domino Petro Robini presbltero, capellano de 
Compreignac etiam pro se et dicia ecclesia sua de Compreignac et suis suc- 
cessoribns quibuscumque ex parte alterft. Profatus vir nobilis Petrus 
Sarazi domicelns non coactùs, non seductus, nec ab aliquo, ut assernit, 
circumventus, imo gratis et scienier, babens, ut dixit, devotionem\ad 
ecclesiam de Compreignac donatione purâ, simplici et irrevocabili facta 
siquidem inter vives et absque spe etiam illo tempore revocanda dedil, 
divisit, solvit perpeluo penitus et quitavit ; seque dédisse, divisisse, voluisse 
perpetno penitus et quitasse recognovii publicè confessus fuit^dictœ eccle- 
siae de Compreignac, prœdicto Domini Robini presbitero pro ipsa ecclesia 
solemniter stipulanti et recipienti videiicet partem successionum ac tutum 
imo et actionem, qu» et quod ipse domicellus donator babebat et sibi 
coinpeiebat habere et exigere, requirere et sibi compctere poierat et^posset 
qnoquo modo in et super décima du Boscbero, sito in parocbia de Com- 
preignac, item in et super hœredita du Cosdri (?) de La Fonl-Perina, item 
in et super heredita promo (?) sex denarios nionetœ communiter currentis 
siti in burgo de Compreignac, item in et super quasdam domos vocatas du 
Ardoula quas nunc tenet Petrus Perdrigier de Compreignac quartes solides 
renduales monetœ communiter currentis, item in et super locum de La 
Gente siti in parocbia de Compreignac duo sextaria siliginis, ad mensuram 
de Razes, item in et super borto vocato Tort malate, quod nunc tenet 
capellanus de Compreignac, item in et super quamdam cumbam vocalam 
de Gautier unum sextarium frumenti, cum hoc voluit et ordinavit dictus 
Petrus Sarazi domicellus donatorque ; dictus capellanus et vicarius et eorum 
successores, teneantur facere annuatim pro prœmissis superius declaralis, 
datis et transportatis unum anniversarium in eorum ecclesia de Comprei- 
gnac, pro sainte anim» ipsius donatoris et parentum suorum, tam in vite, 
quam in morte, in crastino festi beati Martini biemalis; et quidquid juris 
actionis, proprielatls, possessionis, nominis, dominii, deverii, etc., et 
deveriivit et dictus donator de prsemissis superius datis et declaralis et 
ipsum capellauum per tradilionem notulae prsesentium litterarum, nomiua- 
liter et perpétue invettivit tanquam dominus fundalis et volens et conce- 
dens dictus donator, etc., ut dédit ac dat per tenorem presentium in man* 
datis omnibus personis tenentibus et explectentibus prœmissas datas supe- 
rius et declaratas quatenus de cœtero ut antea solvant, reddant, sibique 
prœbeant et obediant dicto capellano et soccessoribus suis modo et forma 
ac terminis et pro ut sibi domicello donatori solvere reddere, obedire et 



MO soGiÉTi arcbAologiods mr HisroaiovB du limodsin. 

prœbere teneantur et consuecebanl solvere et quitare per presentem idem 
domicellas donator personas et tenendarios prsBmissas donatas tenantes et 
explectentes «oWenda prœmissa eidem oapelUno et suis inecessoribuSf 
sibique parendo et obediendo auper ilUa profatus dicto commissario et 
jurato pro omnibus illis quorum inierest et interesse potest et poterit in 
futurum solemniter stipulanii et recipienti, et promisit dictus oapellaans 
pro se et suis successoribos faeere anno quolibet dietum anniversarium die 
ac termino superius declaratis, et renunciaverunt dictae partes et ùornm 
quolibet pro se et suis omni exception!» roali, fauri, loci et promitentes 
dicte parles, etc., obligaverunt^ etc., et conoesserunt Utteras domlDorum 
ducis Àquitanise et ofiicialis Lemoviceosis in meliori form& ; preseotiboa 
Petro Boscho de Compreignac et Bertolo Imberti fabro de Compreignac, 
testibus ad boc voeatis, signatum Planchons 

Extrait collalionné et vidimus a été fait par nous, notaire soussigné, en 
présence des témoins bas nommés, de Tacte ci-dessus, sur la capie qui 
nous a été présentée par M. François de Grateyrolle, curé de Compreignac, 
demeurant au bourg de Compreignac, laquelle nous avons trouvée conforme 
à la susdite copie, qui a été par lui de suite retirée ; duquel collalionné il 
nous a requis acte, lequel nous lui avons concédé. Ce 10 février t792, pré«> 
sents sieurs Pierre Boysse et Joseph Lageix, cilqyens du bourg de Com- 
preignac, qui ont signé avec nous et ledit sieur curé. Signé : de Gratey-» 
rolle, curé ce Compreignac ; F. Boysse, J. Lageai^ el Luguet, notaire. 

Enregistré à Compreignac, le 46 février 1799, fol. iOQ, case 3, reçu dix 
sols. Signé : J. Martin. 

(Archives de la cure de Compreignac). 



1438, — Hommage rendu par le seigneur de Compreignac à l'épéque de 

Limogea. 

Nos, Petrus de Peyrato, domini nostri régis consiliarius, custosque sigilli 
autentici praafatl domini nostri Fraucorum régis in baylivia Lemovicens 
constitnli, notum facimus uuiversis quod coram fideli commissario nosiro 
dicti quesigilU jurato subscriplo ad hoc a nobis specialiter depulato, et tes^ 
tibus inferius nominatis, personaliter constituas, nobilis vir Petrus Sarrazi 
domicellus, dominus de Compreignaco, qui gratis, scienter, pro se et suis 
recognovit et publiée çonfessus fuit se tenera a Révérende in Christo Pâtre 
et Domino Lemovicensi episcopo domino suo nomine et causa sue 
Ecclesie Lemovicensis in feodum et homagium ligium, cum jaramento fide- 
litatis ea que secuntur. 

Et primo quidqaid ipse domicellus habet tn burgo seu villa de Comprei*< 
gnaco prediclls. Decimam dicti loci, et quidquid habet in manso deu 
Queyreu et de Lacu, videlicet duodecim solidos in prato de Campello et sex 
denarios commande in manso deu Peny. 

item sex denarios renduales quos idem domicellus babet in manso de 
Domars. 

item sex denarios commande quod ip&e domicellus habet in niansQ deu^ 
Clfpeux, 



VONOeiLAFHIB DS COMNtBlQNAO. Î4t 

Item sez denarios eommende in manao deu Cûibi, 

Item septem denarios eommende quoa idem domicellaa habei in maaso 
de Chabanaa. Item super dielo manso habel etiam dictas domieenus uoam 
eminam siliginis annuatim rendualem. 

Item duodecim deDarios rendualea quoa habei ipse domiceHus in daobus 
maasis de Parasoulx. 

Item in mauso deu Neapol septem denarios renduales, in manso de Rupe 
septem denarios eommende. 

Item amplius habet idem domiceHus in dicto manso de Rupe quiaque 
sextarios siliginis, quinque rasos avene, vigenti solidoa et très gallinaa, et 
est takîabiUs dictua ioous. 

Item septem denarios eommende in manso deu Salvage. 

Item decem denarios commande in manso de Gardia, 

Item decem et octo denarios eommende in manso quod babet in platea 
de Compreignaco, in festo Epiphanie Domini et amplius vigeriam et jus 
yigerie de Compreignaco et manso de plenassas que preroissa sita sunt in 
parochia de Compreignaco, et fuerunt quandam Elle Bodoyer prpavi dîcti 
domicelli. 

Item reoognovit amplius tenere item domioellus prefati Domini Reve- 
rendi Lemovicensis [episeopi] granarium suum de Compreignaco, cum 
domibus, viridario et nemoribus dieti deu Ghampforn, sitis inter nemora et 
pascna Prancisci de Manso. 

Item amplius Sorgand et heredes Geraldi Bigaud cum quibus predecea- 
sorea ipsius domicelli consueverunt percipere duos sextarios siliginis ad 
mensaram de Razès et decem et octo solides et octo denarios rendnalea. 

Item domum dicti Rossea, oum bereditagiis et tenentiis suis inqua domo 
percipit idem domiceHus unam eminam frumenti et quatuor solides et sex 
denarios renduales. 

Item cum Emerieo Gerii ac tenentiis et possessionibns s^ia cum que per- 
cipit quatuor solides et unum sextarium siliginis rendualem ad mansnram 
de Razès. 

Item cura Petro de Pomerio cum tenenllis inqno percipit idem domicel- 
lus septem solides et quatuor denarios et unum sextarium siliginis et unam 
eminam frumenti renduales. 

Item pralum de CampeHo quod potest yalere sex solides renduales. 

Item partera suam quam babet in décima de La Rebeyrada que voeatur 
deu Treys et deu Quart, que potest valere anno quolibet octo sextarios sili- 
ginis renduales, vel clrca. 

Item très sextarios siliginis et duos sextarios avene quos habet idem 
domicellna in manso veteri domini Hugonis Fuiconis militis. 

Item cum Petro et Jeanne de Lascoux, qui solebant morari in manso de 
Las Brolbas, cum tenentiis cum quibus percipere consuevît ab antiquo idem 
domiceHus ratione dicti loci de La Brolbas unam eminam siliginis» et 
sexdecîm avene renduales. 

Item quidqnid juris habet idem domiceHus in décima de Cozct quod potest 
valere quolibet anno undecim sextarios siliginis, aut circa. 

Item pratura de Las Mesuras, vel Chantaviella cum suis pertinentiis quod 
valet quinque solides reoduales et très emiuas siliginis renduales. 



94) SOGIÂTÉ ▲iCBiOLOOIQUV ET RISTOMQOB DU LIMOUSIN. 

Item qulnqae sextarios siliginis et quinqae solidos rendaaies qnos habet 
idem domicellus super mansum de Bossae. 

Item vigenti solidos rendnales qaos habet etiam idem domicellus in manso 
de Vielh-Bossac. 

Item unnm rasum avene et unum euroulatum avene et uoum denarium 
super tenutas Marie de Penny de La Vauzelle. 

Item cum qaolibet homine tenente focum in manso deu Honchaad, habet 
ipse domicellns unum rasum et unum cumulatum avene renduales. 

Item pratum deu Eychards si tu m inter nemora de Palustra et de Champ- 
forn, valent decem solidos renduales. 

Item omae jus quod ipse habet et homines sui habent in nemore sea 
foresta de Palustra. 

Item trigenta solidos renduales quos habet in terris et bonis domini 
Guillelmi de Razès. 

Item duos sextarios et emiuam siliginis et très solidos renduales io 
manso de Boscheron. 

Item eminam siliginis rendualem in manso de Las Vauzellas et premissa 
sita sunt in villa et parocbia de Compreignaco. 

Item recognovit tenere idem domicellus a dicto Domino suo jus quod 
habel in décima Gallona quod valet quioque sextarios siliginis renduales 
in eadem parocbia. 

Item bomines qui morantar in manso de Villapalbart scilicet dicti Los- 
monier parocbie sancti Pardulfi cum tenentiis suis, cum quibus percipit 
idem domicellus octo solidos et unam eminam siliginis et sexdecim rasos 
avene renduales et dictum bladum est ad mensuram de Razes. 

Item recognovit tenere idem domicellus a dicto Domino suo lenentiam 
de Lacu cum pertinentiis suis quam excolere solebant heredes Pétri de 
Furno. 

Item cum dictis abbalibus de Lacu decem solidos, unum rasum et unum 
cumulum avene et unam gallinam rendualem ravione teoeure de Lacu, 
sitam intra ecclesiam dicti loci. 

Item 1res solidos renduales apud Vouzela et unum* rasum et unum cnmn- 
lum avene renduales. 

Item apud Podium-Martini quatuor solidos renduales, apud Brolium duo- 
decim solidos renduales. 

Item in nemore de Cumbis Ley Conos duos sextarios siliginis renduales. 

Item in domo religiose prioresse de Monte-Acuto, duos sextarios siliginis 
et septem razos avene, et quatuor denarios renduales. 

Item partem ipso domicello contingentem de nemore de Palustra. 

item quamdam domum sitam apud Compreignacum, cum horto et aliis 
perlinenliis ejusdem domûs^inquasolebatmorari diclus Consul, sitam inter 
ecclesiam de Compreignaco ex parte una, et domum quondam Elle Bodoyer 
domicelli ex parle altéra. 

Item domum in qua solebat raorari antiquilus Elias Bodoyer servieos^, 
cum subterraneis propinquorum dicte domui, site inter domum dictorum 
Lous Sergaus ex una parte, et domum dicti Bocber ex parte altéra. 

Item quoddam pratum vocatum Gharoux et quamdam partiam terre 
absam dicto prato contiguam inter pratum deu Rogers ex altéra. 



MOlfOGIIAPHIB DE GOMPBBIGNAG. 143 

Item medietatem horti Seyra et medielatem horti de Ponte-Aberi. 

Item in domibus dictoram Loas Ardonlats de Gompreignaco undecim 
solidos renduales. 

Item in domibus dicti Pommeyronaud habet ipse domicellus septem 
solidos et quinque rasos avene renduales. 

Item in domibus filii Joannis Lou Mercier decem solidos et unam camu- 
lum avene et unum sextarium siliginis renduales. 

Item domnm qnam anliqaitus solebat tenere et inhabitare dictus 
Cboaffier. 

Item domos quas tenet de presenti dictus Quiquard et hortum contiguam 
domnî qnam tenere solebat Bozo de Gompreignaco, cum horio et aliis per- 
tinentiia dicte domûs. 

Item quatuordecem denarios renduales quos habet idem domicellus in 
tennla dicti Bochet de Gompreignaco. 

Item duodecim solidos renduales quos habet etiam ipse domicellus in 
prato domini Pétri de Quadris militis de Gampo pelo. 

Item apud Nepoz duos sextarios siliginis reusses [renduales]. 

Item sex solidos renduales in domo quam tenere solet Sudraud de Gom- 
preignaco, sila inter domum quondam Elle Bodoyer servientis ex parte una, 
et domum dicti Bocher ex parte altéra, et fuerunt omnia premissa supe- 
rius dicta et narrata diclorum Los Bodeyeri, que premissa superius decla- 
rata ut dictum est, prefatus Sarazi domicellus aceruit se tenere a prefato 
domino suo nomine et causa dicte ecclesie Lemovicensis, proteslans dictus 
domicellus quod si ipse sciât vel sire poossit aliqua alla que sunl vel esse 
debeant de dicto feodo, ea quauto ad sut notitiam perveneriot, a dicto 
domino suo advocabit, et perpétue inlendit advocare ab eodem do- 
mino suo aliqua que comprehendantur seu comprehenderi debeant in 
premissis quod ab alio domino feodo ne moveantur vel moveri debeant, 
supplicans idem domicellus eidem domino suo et ejus oflBciariis quod si ipsi 
sciant vel scire possinl aliqua aliaque sint vel esse debeant de dicto teodo 
suo, ea si placet sibi notificent et déclarent, quia paratus est una cum pre- 
missis ab eodem domino suo advocare et amplius facere quod debebit, et 
siquis excessus vel defectus fuerit in premissis eos sibi placeat suplere. 
Hec aulem acia et recognita fuerunt coram Joanoe Gorteix, clerico fideli 
commissario nostro in ofticioque dicii vigilli jurato subscripio, qui premissa 
loco nostro audivil et recepit, ut nobis fideliter retulit oui super hoc légi- 
time commisimus vices nostras, relalioni cujus nos prefatus custos fidem 
plenariam adhibentes et premissa laudantes et approbantes ac si coram 
nobis in judicio acta fuissent, sigillum predictum auleniicum regium 
lilteris presentibus in premissorum fidem et testimonium duximus appo- 
nendum. 

Daium et actum coram dicto commissario et jurato nostro presentibus 
teslibus ad hec vocatis Stéphane Laborie, alias Doat et Juniano Laborie, 
ejus filio, ville Sancii-Juniani habitantibus, die seplima mensis octobris 
anno Domini millesimo quadringentesimo trigesimo octavo, signatum : 
Corteix, clericus retulit. 

(Terrier de Gompreignac). 



ft44 soci^É ÀRCBAOLMiom Bf BisreKiooB w LiMonsm. 



1458. — Teneur des rentes dues sur le ténement des BoulaVkds^ qui on^ 
ÇtUtrefaist appartenu à la cure d^ Comprel^nac^ et à. présen^t q^fnar- 
tiennent au seigneur du dit lieu^ au moyen de Véch(^çie ^ut a ét4 (ait 
e^tre le dit seifn^ur et l^ dit curé des rentes appartenant à l'église, 
aoec la dtme du dit ténement, appartenant q,% dit seignet^r (2e Cqmr 

Nos oasiQS sîgilli aqteaUci ^^ tM^UyiA Lemovloenai ^o DomljiK) iio^tro 
Fraociffi ref e eonatitoti, ii(a«iii f«elmiis uoiverii^ qxioA corf^ni MeU çoow 
missario noslro in of&cio qoe dicti sigilli regil juralOt inlts^ripi^ka e( (esU^ 
hua inferiua oQminaUa, hoQOPal)iU ei ^cie^Ufico viro Qomioo Guillelmo de 
Sandelis, in legibus Ucenciaio, caoonico ec€)eai8e oalb^ralia LeiQOvicenaia, 
capellano eecleaiarum parochîaiipm de Compreignaco e| de Yalei?^ Lemo- 
vicensis diocesis, pro se et suis suceessoribus pro temppr^ futuro, capel- 
lanis prœdicte eocleaite de Compreignaco. en, uaa parte, et Petro de La 
Vallette, pro Dune eommoreote in hurgo de GompreignaeOy eti^n^ pro se 
et auia beredibas et suooeaaorîbus qqibusciiinque eii alia parte, Prefams 
vero domiDtt» de Sandelia capellanus et r^tor predieioe eeclesiœ de Com- 
preignaco,.,.. acensavit et in amphltheosam tradidit...., Datum et actun 
die 9* menais Martii anao Domini) œillesimo quadri^geqtesimo quî^qua- 
gesimo octavo» 

(Terrier de Compreigoac). 

H72' ^ Acquisition faite par Louis et Antoir^ Dubois, le 2 avril Î4?2^ 
iu $eigneur de Nantiat^ de la rente du Grand^Malagnac. 

Nos eustos aigUli autentici regiî in baillTia Lemoyicensi pro Don^ino 
Bostro Fraoeiffi rege eonsiituti notnm (acimns universis quod coram fideli 
oommiaiario noatro iq offieioque dioti sigiUi jurato subsoripto ad hec a 
nobis specialiter deputato et testibua inferius nominatis personalîter cons- 
tiiutis, nobili viro Ludovico Fulcouis domicello, domino de Puymeqier et 
de Nantiaoo Lemovicensia diocesla pro se et suis heredibofi et sqoeçssonbas 
universia ex una parte, et Peiro de Malagnac, secundo nalQ paroç)^i$B de 
Gompreniaco, tam pro se, qqam pro aitero Pelrq semore, primo qato, et 
alio Petro juniore et ultime nato, Joano^ et Géorgie de llalagqaç fra^ribus 

aois ex parte alia. Et provido viro Antoqio de Bo^eo, burgense et i^er- 

catore dieti oastri Lemovicensi etiam pro aa ejqsqqe lieredibqi e( suoçea- 
soribns, ex parte alia 

(Terrier de Gompreigaae). 



îMi9. *- AcquisUiçn du fief du Puy^-Ménier, 

Sachent tous qu*il appartiendra que par devant )ç notaire royal aoqasigoé 
et les lômoiDS ci -après nommés, îe mercredi S8* jour du mois.de sep- 



«oiraGiiAraiB dc Goii»RBi«i(Ae% W^ 

lévabté 1563^ au bourg de Compreigiiflc-, séo^^tiaHMée de Liinousm^ en la 
Maksdii de Jaeqoes Martin ^ marchand du dit bourg, et environ rhenre de 
hliii heures du matin dn dit jour, furent présente et personnellement 
éublîs en droit Maniai de Roffignat^ énuyer^ sci{$neur de Saanat et du 
CroB de fialledent^ demeurant au chàtoan de Sannat^ paroisse ée Saint- 
liinien^s-Gombes, eénéchanssée de Limousin, faisant et cfentractaat ces 
l^résenieB tant en son nom propre et privé que comme procarenr de 
damioiselle Valérie Faulcou, sa mère, et veuve de feu Ghristopëe de 
KoufiignacH en son vivant écnyer, seigneur du dit Sannat, et père du dit 
Martial de Rouffiguae, et contractant ces présentes comme procureor de 
Jean «le RmifUgnac, son frère, écuyer, sieur de Janaillac, et de di^** Marie 
et Jeanne de fioufttgnacs ses sœurs..^ d'une part^ et honorable Antoine 
Bamy, licencié ès-lois, juge des jnridiotions de Grandmont, Razès et Bes- 
sioes, siear de Gompreignac, d antre part.. Davantage a dit lai appartenir 
on sollar oà paraissent de présent eeriaines vieilles mazures, où soûlait 
être la maison noble du dit fief dn Puy^Ménier; ensemble un jardin, appelé 
THort du Seigneur, lesquels mazures et jardin sont situés dans le village 

dn Puy-Menier Cède, moyennant lé prix et somme de 1,610 écus sols, 

revenant, suivant rordonnanre, à la somme de 4,630 livres tournois. 

Foi et hommage lige àTévèque de Limoges. 

(Terrier ée Gompreignac}^ 



t594. — Eaïtr€Ut du brevet de prédicateur «t awm&nier du Roy Henry 
le Grandy signé de sa propre mcdn^ et contresigné de Af. Forget^ sei- 
gneur de Fresne, secrétaire d'Estast, en faoeur de mesfire Pierre 
Benoisty frère du sieur de Compreignac en Limousin^ docteur de 
Sorhonne^ archidiacre et théologal de l'église cathédrale de Limoges, 
oulgairement appelé à Paris le jeune Benoist^ à la différence de 
René Benolst^ curé de Saint-Eustache, qui convertit le même roy 
Henri le Grand, 

Aujourd'hui, «t jour d'avril an V« HH" XHH, le roy étant à Saint- 
Germain-^n-Laye, sur le récit qui lui a esté fail de bon devoir que messire 
P4erre Beooist, docteur de théologie de la Faculté de Sorbonne, a fait 
d'anuoBcer la pal-oie de Dieu, et voulant à oeste occasion, suivant ses 
mérites Tbonorer de quelque qualité pour estre près de sa personne» 
Sa Majesté lui a accordé la charge et place d*un' de ses prédicateurs et 
anftnosnters avec pcntion de deux cents écus par an à prendre sur son 
espan[ie,ponr cet éffect a commandé les lettres pour ce nécessaires luy 
estre expédiées; et cependant le présent brevet, qu*EHe a voulu signer de 
sa main et fait contresigner par moy son conseiller on son conseil d'Esiast 
et secrétaire de ses commandemenls. 

{Signé) Hbiibi (et plus bas) : Forget. 

l^dit Pierre Benoist, docteur de Sorbonoe, archidiacre et théologal de 
Limoges, estoil frère de Martial Benoist, seigneur baron de GoMpreignac, 



246 SOCIÉTÉ ARCHAOLOGIQUK et HISTOKIQQE DU LHIOOSIR. 

qui estait surintendant des finances pour la Ligne dans les généralités de 
Limoges et de Bordeaux, auquel le mesme roy Henry-le-Grand, après la 
réduction de Paris donna plusieurs beaus emplois, entre autre celuy de la 
vérification de la noblesse avec M. de Marillac qui fust depuis garde des 
sceaux dans la généralité de Limoges, et quelques provinces circonvoisi- 
neSf et ce!uy de Grand-Voyer dans la Guyenne ; en conséquence duquel il 
fist restablir touts les pavés, ponts et chaucées. 11 estoit oncle de la femme 
du sieur du Bernet, qui fust advocat général du Grand Conseil à vingt-un 
ans, président à mortier au Parlement de Bordeaux, premier président au 
Parlement de Provence, et enfin premier président an Parlement de Bor- 
deaux, lequel estant mort à Limoges pendant les dernières guerres de 
Guyenne voulust estre enseveli auprès dudit Pierre Benoist, docteur de 
Sorbonne, prédicateur et ausmosnier du roy. il estoit aussi grand oncle du 
sieur Henoist, seigneur, baron de Compreignac, à présent conseiller au 
Parlement de Bordeaux. Il mourut à Toars, en revenant de Paris en Li- 
mousin, d*où il estoit natif, ayant esté empoisonné dans une maladie par 
un chirurgien huguenot qui crut rendre un grand service à sa religion de 
faire périr un grand prédicateur catholique. 

Le dit sieur Pierre Benoist fuH conguu du roy Henry-le-Grand par le 
moyen de René Benoist, doyen de la Faculté de Sorbonne, nommé à 
Tevesché de Troye, qui convertit le roy, lequel estoit de basse condition 
d^Ângers, voulut passer pour son parent à la faveur de la ressemblance du 
nom, et rendit témoignage à Sa Majesté que pendant le siège et le blocus 
de Paris, il avait toujours fait prier bien à la fin de ses sermons pour la 
conversion du roy, et que quoiquMl fust de la Ligue, il ne i^estoit que pour 
Tintérest de la religion, et non pas par un esprit de faction, ce qui fust 
attesté à S. M. par tous les Parisiens; c'est pourquoy il Tenvoya quérir 
pour luy lesmoigner qu*il luy scavoit bon gré de son procédé, lui promit 
hautement le premier esvéché vacant, et lui donnant cependant le susdit 
brevet, dont il ne jouit pas longtemps, étant mort un an après. 

M. de Mézeray dit (<) que le Roy donna la charge de Grand-Voyer à 
M. de Rosny en Tan 1598. Il pouvait ajouter que M. de Rosny donna sa 
lieuienance à Martial Benoist, sieur de Compreignac, président des tréso- 
riers de France en ladite généralité, lequel s'appliqua avec grande exacti- 
tude à la fonction d'icelle, en faisant réparer tous les ponts, pavés et 
chaussées, à la grande satisfaction des peuples qui se louent encore de 
ses soins et diligence pour cela. 

Le mesme Martial Benoist donna des preuves de son courage à la ba- 
taille de La Roche-rAbeilIe en Limousio, combattant dans Tarmée du duc 
d'Anjou, qui fut ensuite Henry lll, de laquelle rencontre M, Mézeray parle (2) 
l'appelant seulement escarmouche. Il combattit aussi à Rocquemadour 
dans larmée des catholiques, ayant été blessé dans cette rencontre aussi 
bien que celle de La Rocbe-r Abeille; M. Mézeray parle de cette dernière (3). 



(1) Page 1353 de son Abrégé, 

(2) Page 1061. 
^3) Paffe 1192. 



lIONOQBAPHn 1»B COX^RBIGNAC. 247 

H fat aassi dépaté par|Henry IV avec H. de MarlUac, maistre des requestes, 
qui fust depuis garde des sceaux» pour la Térification de la noblesse de la 
généralité de Limoges, lequel roy faisant son entrée à Limoges le caressa 
fort et lui dii qu*il lui fust aussy fidèle serviteur qu'il avoit esié bon et 
sincère ligueur. ^ 

Le roi Henri III ayant mis le sieur de Chambéry pour gouverneur parti- 
culier de la ville de Limoges pour la conserver à son service pendant les 
troubles, parce quUl n*estoil pas assuré du comte de Ventadour, gouver- 
neur de la province, il fit une sortie par Tordre dudit sieur de Chambéry 
sur ledit comte de Ventadour, qui avoit bloqué la ville pour en chasser 
Chambéry, et dans cette sortie il rompit les barricades du comte, fit entrer 
des vivres, et donna si grande espouvanie au comte de Ventadour qu'il se 
relira» ce qui conserva la ville à Henry ill. 

11 fust fait soperintendant des finances dans la généralité de Limoges et 
de Bordeaux et de l'armée de Guyenne par commission du cardinal de 
Bourbon, qui se qualifiait Charles X, et après la mort de ce cardinal le duc 
du Mayne lui envoya une pareille commission en son nom, prenant la 
qualité de lieutenant général de TEsiast et Couronne de France, lesquelles 
commissions sont entre mes mains. 

(Bibliothèque nationale. — Manuscrit français, n® 20,793, folio 289.) 



1597. ^ Contrai d^ acquisition de la terre de Comprelgnac. 

Sachent tous présents et avenir qu'aujourd'hui, seiziesme jour de juillet 
Tan mil cinq cent quatre-vingt-dix-sept, par devant le notaire royal en la 
sénéchaussée du Limousin soussigné, et présents les témoinz bas nommés 
à Limoges en la maison de honorable Monsieur M** Martial Benoist, conseil- 
ler du roi, trésorier de France, général de ses finances au bureau établi 
audit Linnoges, seigneur du Mas-de-PAge, a été présent en sa personne 
honorable M' Antoine Barny, habitant la présente ville, lequel de sa bonne 
volonté et parce que très bien lui a plu et plaît, a vendu, cédé, quitté 
et par la teneur des présentes perpétuellement transporte audit sieur 
H" Martial Benoist, seigneur du Mas-de-l'Age présent en sa personne 
stipulant et acceptant à savoir les seigneuries et fiefs nobles de Com- 
preignac alku du Mazet et du Puymeynier en la paroisse dudit Gom- 
preignac, icelles seigneuries et fiefs, avec tous leurs cens, rentes, 
droits de dixmes, lierceries, métairies, propriétés d*lcelle8, avec tout le 
bétail étant dans icelles, et appartenant audit sieur Barny, étangs, 
bâtiments, bois de haute-futay, bois taillis, guerennes, droits de 
vigerie, péage et toutes autres appartenances et dépendances d'iceluy, 
sans y faire aucune réservation et ce avec tous les droits seigneu- 
riaux de rétention par puissance de fiefs, investiture, droits de lots-et- 
ventes et aultres quelconques dépendants des dites seigneuries et fie£s, 
tous ainsi et de même que tant ledit sieur vendeur ses fermiers, receveurs 
et autres en jouissant et ont accoutumé d*en jouir avec tous, réservé seu- 
lement la rente foncière due sur le village de La Ribière-Doyrat, en la 



148 SOCIÉTÉ ARCBÉQftOaiQI» KT HiBTORIQim HD LIMOUSIN. 

paroisse de Saint-Symphoriea, dépendante de la dite seigneorie de CSoln- 
preigoac pour élre de présent en litige entre ledtt sievr vendeur, tes (e— 
Baaciers dudit village et les héritiers de feu Pierre Massonlaad, vivant 
praeureur au siège présidial de Limoges tous tes droits, cens» rentes, pro* 
priélés, droits'de dixmes et tons grains, laines et agne^x, droit de vige« 
rie, péage, lierceries, malteries, étangs et antres choses en dépendant au 
long désignées et spécifiées et contenues par ta déclaration de tons icevix 
éteriisau pteddtt présent contrat, signé des pariies, témoins et notaire Bon« 
écrits, à laquelle déclaration spécifique en la forme et teneur, par ioelle 
desdUes parties se rapportent, et ce pour jouir par ledit sieur Benoit 
acquéreur de toutes les entières seigneuries de Gompreignac et du Poy- 
menier, et de toutes les choses en dépendant, ainsi qu'elles sont spécifi- 
quement désignées par la dite déclaration comme de sa chose propre «t 
nlnai en disposer à la charge seulement de payer au curé de Gompreignac 
vtngt^'-hnit setiers de seigle mesure de Limoges, de pension annuelle pour 
cause et surfles dixmes qui sont prises sur ladite paroisse de Gompreignac, 
comprenant ;au86i en ladite acquisition les droits de dixmes, de grains et 
vhamielages accoutumés être levés par ledit sieur Barny, ses receveurs et 
fermiers,^sur le bourg et paroisse de Saint-Symphorien acquis par ledit 
sieur Barny, vendeur de Demoiselle Jeanne de Montrocher, veuve de défunt 
seigneur de Saint-Pardoux, lesdits droits de dixme tenus par ledit sieur 
Barny par l'acquisition de la dite Demoiselle, pour la somme de cinq cents 
livres à pacte de rachat ^insi quMl est contenu par le contrat sur ce reçu 
par M' Laurens Dafraisse de Kazès, délivré par icelui sieur Barny audit 
sieur Benoit, ladite vente faite pour et moyennant le prix et somme de 
sept mille six cent soixante-six écus deux tiers, revenant à vingt-trois 
mille francs payables comme ledit sieur Benoit, acquéreur, a promis et s*est 
obligé payer audit sieur Barny et à son acquit et décharge, ^ savoir à aire 
Martial Bayard, héritier de feus sires Jean et autre Jean Bayard ses père et 
frère, aulrement appelés les Thaliayres, la somme de cinq cent soixante^ix 
écus deux tiers revenant k dix-sept cents livres dues, ainsi que le sieur 
Barny a dit ; aussi a dit devoir par obligation à sire Jean Maledent le jeune, 
bourgeois et marchand de la présente ville^ tant en son nom, qu'au nom 
de tuteur des enfanis de feu sire Joseph Maledent, son frère, la sonHue de 
sept cent trente-trois écus un tiers, revenant à vingt-deux cents livres, 
nussi à lui dues par ledil sieur Barny par obligation payable, celle de 
Bayard audit nom dans le onzième novembre prochain, et celle dudit Male- 
dent dans le premier octobre aussi prochain^ outre lesquelles sonimes 
revenant à trois mille neuf cents livres, icelui sieur Benoit acquéreur a 
ycelle payé comptant, réellement et de fait audit sieur Barny, vendeur, 
stipulant comme dessus la somme de mille trois cent soixante-six écus 
deux tiers, revenant à quatre mille cent livres et ce en quart d'écus tes- 
tons, pièces de dix et de vingt sols et autre bonne monnaie^ le tout du 
poid et coing de Tordonnance, dont et de laquelle entière somme de huit 
mille francs après les payements desquels ledit sieur Benoist s*est chargé 
faire vers ledit Bayard el ledil Maledent, icelui sieur Barny s'est contenté^ 
et d'icelle a quitté» comme quitte ledit sieur Benoist acquéreur avecpro^ 



MONOORAPBIB DB COMrRBlGlCAC. 948 

niasse n'en demander jamais, ni permettre êlre demandée aueune chose, 
en jugement ai dehors, et les cinq mille écus sols, revenant A qainse mille 
livres parfaisant le total prix de ladite acquisition, icelai sieur Benoist 
acquéreur a promis et s'est obligé payer audit sieur Barny, vendeur, dans 
trots ans prochains à compter de la date des présentes et finissant au 
même jour et ce pour tous délais : pendant lesquels et durant iceux ledit 
«car Benoist acquéreur a promis et s'est obligé payer audit sieur Barny la 
somme de deux cents écue par forme de jouissance pour chacune desdites 
aonéts, pour la présente au payement desquelles icelui sieur Benoist a 
payé et d'avance audit sieur Barny, vendeur, la somme de deux cents écus 
faisant six cents livres, en mêmes espèces que dessus, dont icelui sieur 
Barny s'est eontenlé et d'icelle a quitté ledit sie»r Benoist pour la pre- 
mière anoée. Et lequel sieur Benoist a promis payer audit sieur Barny par 
avance chacune des deux antres années suivantes pareille somme de deux 
cents écus, à chaque fête de Saint-Jean-Baptiste^ dont commencera la pre- 
mière desdites deux années à la Saiut-Jean-Bapliste procbaioe, et auquel 
tenaps et terme de trois ans faisant par ledit sieur Benoist, acquéreur 
payement de ladite somme de cinq mille écus restant en fond de terre ou 
antrement duement assurée, ladite somme pour Teffet de lia garantie de la 
présente acquisition. Et a, outre ce, le dit sieur Barny promis de fournir 
et délivrer audit sieur Benoist tous litres, livres baillettes, documents et 
enseignements concernant les droits et devoirs desdiles seigneuries 4»t 
choses vendues contenues en ladite déclaration, et ce par iuventaire som- 
maire qui sera inscrit au pied du présent contrat, et desquels icelui sieur 
Benoist se chargera pour en faire exhibition et représentation audit sieur 
Barny toutes fols qu'ils lui seront requis. El en événement que dans 
les susdits temps de trois années ledit sieur Barny ne trouverait 
fonds commodes ou autre due assurance pour recevoir ladite sommé 
de cinq mille écus restante du total prix de la présente acquisition, 
audit cas et jusqu'à cet e£fet il sera tenu de représenter ladite somme 
pour être mise à rintérét entre les mains de marchand, ou autre per- 
sonne solvabie uu profit du sieur Barny, vendeur. Et avec ce, s'est ledit 
sieur Barny, vendeur, devestu et dessaisi desdites choses vendues, leurs 
appartenances et dépendances par la forme qui sont contenues en ladiie 
déclaration contenue au pied du présent contrat, et de tout à investir ledit 
sieur Benoist acquéreur par le bail de la cède des présentes, se constituant 
tenir le tout désormais pour et au nom dudit sieur Benoist, acquéreur, 
lequel a promis et s'est obligé garantir le tout envers et contre tous, et de 
tous troubles, charges, renies, obligations et hypothèques quelconques, 
qu'il a déclaré tant par ledit présent contrat que par déclaration et désigna - 
lion spécifique, contenue au pied dudit présent contrat, et avec pacte de 
même. Et expressément accordé entre les parties, que ledit sieur vendeur a 
promis et s'est obligé faire cesser tout lignagier, que durant l'an et jour de 
retrait voudrait recouvrer les choses vendues par droit de lignagier, à 
peine de cinq cents écus de peine commune, et accordé entre les parties 
sans laquelle ledit sieur Benoist, acquéreur, n'est entendu en la présente 
acquisition, de tout ce que dessus ont lesdites parties et chacune d'elles 
T. xxxvii. 17 



250 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQOË ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

en droit, oy, promis lenir et accomplir de point en point; en défaut de ce 
ont promis amender et payer tous dépens, dommages et intérêts que Tune 
d'icelies ferait ou souffrirait par le défaut de Tauire, et tenir les choses 
susdites, renonçani sur ce à toutes renonciations tant générales que spé- 
ciales par lesquelles pourrait venir contre la teneur de ces présentes, et ce 
moyennant leur serment, par eux et chacun d*eux, sur ce fait, touché les 
heures, et sous obligation et hypoièque de tous et chacun de leurs biens 
présents et advenir à quoy faire et souffrir ont voulu être contraints par 
tous juges, lant royaux que subalternes, à la juridiction desquels se sont 
boumis, à dire, faire, et souffrir oui été de leur propre vouloir et consen- 
tement condamnés par le notaire royal en la sénéchaussée de Limousin ï 
Limoges]soussigné, ainsi qu'a rapporté à nous garde du scel royal auteniique 
établi aux contrats au baillage de Limoges, par ces présentes, de sa main 
signées, à la relation duquel nous foy pléniêre adjouttons, ledit scel auten- 
iique que nous gardons, à ces dites présentes avons mis et apposé. 

Fait audit Limoges, en la maison dudit sieur Benoist, en présence de 
honorable maître IMerre de Douhet, sieur du Puymoulinier, eslu pour le 
roy au présent pays de Limousin, et le sieur Léonard Saleys, bourgeois et 
marchant de la présente ville, témoins. 

Signé à l'original des présentes: Barny, contractant; Benoist, contrac- 
tant; L. Saleyx, présent, et de Douhet, présent. Signé : Vernejoul, notaire 
royal. 

(Terrier de Compreignac.) 



1619, — Acquisition de la justice de Compreignac. 

Sachent tous quMl appartiendra que pardevantle notaire royal soussigné, 
et les témoins sous nommés ont été personnellement établis Révérend 
Père en Dieu M" Raymond de la Martonie, conseiller du roi en ses con- 
seils d'Etat et privé, et évoque de Limoges, pour lui et ses successeurs 
d'une part, et noble Martial Benoit, écuyer, sieur de Compi eîgnac et Mas- 
de-Lage, conseiller du roy, présidcni et trésorier général de France, pour 
lui, ses héritiers et successeurs, d'autre part. Comme soit ainsi que ledit 
seigneur évêque n'ait rien lant en recommandation que d'augmenter et 
accroître par tous les moyens licites les revenus du temporel de son évê- 
ché; ayant trouvé ^ son advcnemenl que sondit temporel était chargé de 
neuf vingt livres de rente annuelle et perpétuelle envers M" les doyen, cha- 
noines et chapitre de Téglisc cathédrale du dit Limoges, en conséquence 
de certains piassages, maisons, jardins et autres domaines dans lesquels ses 
prédécesseurs avaient commencé à bâiir le château épiscopal, comme plus 
cmplement est contenu par les transactions sur ce faites entre ledit sieur 
évêque, doyen et chanoines, en date du 30^ janvier 1555, signées Goubert 
et Palais, il aurait cherché de se décharger et acquitte^ d'icelle rente de 
neuf vingt livres, laquelle intention ayant fait savoir et communiquer aux 
dits sieurs doyen et chanoines, après avoir usé de plusieurs remises et sur 
ce mûrement délibéré, lesdils sieurs auraient voulu et arrêté d'amortir 



MONOGRAPBIR DE COMPREIGNAC. 351 

icellc rente à eux due pour la somme de cinq mille livres, ainsi quMI 
résulte par les actes capitulaires sur ce fait et contrats d'amortissement 
passés par le notaire soussigné, en date du 18* jour du mois de mai der- 
nier. Pour parvenir auquel amortissement, ledit sieur Benoit, pour plus 
grande assurance, se serait obligé envers les dits sieurs du chapitre de 
ladite somme de cinq mille livres, à la prière et requête du dit sei- 
gneur évéque et pour lui faire plaisir, pour laquelle payer et rembourser 
au dit sieur Benoît et par ce moyen décharger Thypothèque qu'il avait sur 
le domaine dudit évéché, ledit seigneur évoque aurait fait proclamer, de 
l'avis desdits sieurs doyen et chanoines, es églises paroisiiales de la ville 
et cité de Limoges, paroisses de Comprcignac, Bcssines, Razès et autres, 
si quelqu'un désirait acheter quelque partie du domaine dudit évéché, du 
moins domageable pour ladite somme de cinq mille livres, en faisant la 
condition de Téglise avantageuse, serait reçu. Lesquelles proclamations 
ayant été publiées par diverses fois aux prônes des dites églises les jours 
de dimanche, des afticbes d'abbondant aux carrefours et lieux publics de 
la ville et cité par un sergent, et étant venue par ce moyen k la notisse du 
dii sieur Benotl, il se serait adressé audit sieur évéque, et lui aurait repré- 
senté qu'ayant su, par lesdites affiches et proclamations qu'il fait faire, 
qu'il est en volonté d'aliéner quelque portion de son domaine, la moins 
commode et fructueuse pour la somme de cinq mille livres, se décharger 
de pareille somme qu'il lui doit pour les causes contenues au contrat sur 
ce fait, et que s'il lui plait de lui laisser la justice que ledit seigneur a 
dans la paroisse de Compreignac, dépendant de la juridiction de Rasés, 
bien que icelle justice ne soit d'aucun revenu et ne rapporte aucun profit, 
mais d'autant que ledit sieur Benoit a dans la paroisse tons les Hefs, cen- 
sives, fondantes et une grande partie des dîmes, inféodée pour la conser- 
vation de ses droits et plus grande autorité, il offre audit seigneur évéque 
de payer à son aquil la somme de cinq mille livres et de décharger l'hy- 
pothèque qui est pour raison due sur tout le domaine de son dit évéché. 
et de plus, pour améliorer la condition de l'églitc, offre de lui donner en 
permutation la justice de Coudât et prévôté de Saint-Lasis [Lazare (?)], des 
mêmes façon et manière qu'il l'a acquise de noble homme Léonard Gay, 
sieur de Nexon, laquelle justice ledit Gay ou ses auteurs ont acquise du 
roi, lors de l'aliénation de son domaine, avec promesse d'icelle garantir 
jusqu'à la somme de mille livres, d autant que ledit domaine du roi est 
perpétuellement rachetable, laquelle lui est grandement commode et assez 
bienséante pour être joignante à la terre et châlellenie d'isie, appartenante 
audit seigneur évéque. Sur lesquelles offres voyant qu'aucunes personnes 
ne se présentaient pour en faire d'autres, ledit seigneur évéque ayant fait 
recherche du rapport et profit que lui rendait ou pouvait rendre ladite jus- 
tice de Gompreignac, et même fait faire des extraits des défaut et amendes 
puis les quinze ans derniers, qui se seraient trouvés ne valoir rien du tout, 
qu'an contraire souvent ies seigneurs évéques, ses prédécesseurs, avaient 
été contraints d'employer de leur revenu pour nourrir leurs officiers lors- 
qu'ils viennent tenir les assises sur les lieux, et pour la poursuite des 
procès criminels qu'il y a quelquefois ; et qu'aussi ledit seigneur évéque 



282 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT filSTOlllQUiC t>U UMOCSIN. 

na aucune renie censive, ni fondalité, maison ou château dans ladite 
paroisse que seulement tiers d*unc dîme appelée de la Ribeyrade, qui peut 
valoir de dix à douze seliers de blé par an, que par ce moyen ladite jusiice 
lui est du tout plus honéreuse que profitable, ayant le tout communiqué à 
son conseil et principalement à Mi*' les doyen et chanoine, de TégUse cathé- 
drale de Limoges, lesquels auraient par acte du 29" jour de mai dernier, 
reçu par Laurent, scribe, trouvé les offres dudit sieur Benoit utiles et 
avantageuses pour ledit seigneur évoque, et baillé avis d*icelles accepter 
comme est contenu par ledit acte. A ces causes est-il que ledit seigneur 
évêque, de l'avis de son dit conseil, doyen, chanoines et chapitre, tant pour 
lui que pour ses successeurs, acceptant lesdiieis offres pour le bien de 
Téglise el revenu de l'évôché, a vendu, cédé, quitté et perpétuellement 
transporté audit sieur Benoit, stipulant et acceptant, tous les droits de jus- 
tice : haute, moyenne et basse, mère et impère, devoirs, juridictions, 
émoi u mens, autorités, prérogatives et autres choses dépendantes de la jus- 
lice de la paroisse de Compreignac, appartenant audit seigneur évêque et 
dépendant de la seigneurie de Razès, consistant aux villages qui s'ensui- 
vent, savoir ce qu'il y a et peut avoir de jusiice dans le bourg dudU Com- 
preignac^ les moulins de Pontabrier, la Rode et Plancheoieille, Chabctnneê, 
Le Mas^ Prassigou, La Roche^ La Vaugelle, Vénachat, Chatenet, 
Montaiguty Montchaux^ Ptiy-Ménier^ Laoau- Fleuret, Népoux, VUlebert, 
Massouoas, Doumar, Bachellerle, Maudant^ et outre les villages de 
Grudet, La Ribière-Doyrat et Las Bordas et Maiaonneuve, lesquels sont 
hors de ladite paroisse de Compreignac, et ce que les tenanciers et habi- 
tants du village de Penny, Beausoleil, Villechenoux, Beaumonl, La Jante, 
Puymarlin, Margnac, possèdent et font valoir dans ladite juridiction de 
Kazès, et généralement tout ce que ledit seigneur a de justice dans la 
paroisse de Compreignac, sans y rien réserver en façon quelconque, si ce 
n*est l'hommage lige que ledit sieur Benoit el ses dits successeurs à l'ave- 
nir seront tenus faire audit seigneur évêque et ses successeurs, en la 
manière accoutumée, à cause de ladite seigneurie dudit Compreignac et 
fiefs joints à icelle, môme ladite justice vendue et échangée sans aucune 
réserve ni exception pour, par ledit sieur Benoit, jouir à Tavenir de ladite 
justice que ledit seigneur évoque a et peut avoir comme dit est dans le 
bourg de Compreignac et villages ci dessus spécifiés, dudit bourg, mou- 
lins, villages ci-dessus mentionnés, comme de son bien propre, sans que 
ledit seigneur évêque soit tenu de faire ladite justice de plus grande étendue 
que comme ses prédécesseurs en ont accoutumé d'en jouir, et en contres- 
change el permutation de laquelle aliénation icelui sieur Benoit, suivant 
ses offres, a quitté et déchargé par ses présentes tant ledit seigneur évêque 
que ses succ(*sseurs de la somme de cinq mille livres, en laquelle il était 
obligé, à sa prière, envers lesdils sieurs doyen et chapitre pour Tamortis- 
sement de la rente de neuf vingt livres par le susdit contrat, et a pronais el 
promet ne lui en demander aucune chofe A l'avenir et le tenir quitte ores 
et pour l'avenir envers lesdils sieurs doyen, chanoines el chapitre, outre 
laquelle somme pour le bien et augmentation dudit évèché « cédé, quitté 
et délaissé audii seigneur évêque, stipulant iH>inme dessus la jusiice haute, 



MOlfOORAPHIK DE COMPREIGNAC. 953 

moyenne et basse, mère, mixte, impère de Gondat ei prévôté de Saint- 
Lazex [Lazare (?)], appartenant audit sieur Benoit, comme ayant les droits 
de noble homme Léonard Gay, sieur de Nexon, qui l'avait acquise, ou ses 
auteurs, du roi, lors de l'aliénation de son domaine, avec tout ce qui peut 
dépendre de ladite justice et prévôté pour la tenir en la même qualité 
qu elle a été acquise par ledit sieur Benoit. Et d'autant que le domaine du 
roi est inaliénable et sujet à rachapt perpétuel, icelui sieur Benoit a promis 
seulement garantir icelle justice jusqu'à la somme de mille livres en cas 
de revente ou rachapt du dit dommaine, sans qu'il soit tenu d'aucune autre 
éviction, dépense, dommages et intérêts que jusqu'à icelle somme. Et 
moyennant ee, ledit seigneur évéque et ledit sieur Benoit se sont respec- 
tivement et réciproquement déveslus desdites justices et s'en sont investus 
Ton et Fautre par le bail des présentes, d'où veut lent qu'ils en jouissent 
des à présent comme à lavenir, promettant les tenir et posséder pour et au 
nom de l'autre, et ledit seigneur évéque a promis porter tout gueriment au- 
dit sieur Benoit pour jouir des choses susdites, tout ainsi que lui et ses 
prédécesseurs en ont joui. Et pour plus grande fermeté et assurance du pré- 
sent contrat, a promis ledit seigneur évoque fournir toutes procurations et 
consentements requis et nécessaires pour parvenir à rhomologation d'ice> 
lui, et ce pardovant M. l'archevêque métropolitain en la cour primace de 
Bourges ou ailleurs que besoin sera, dans trois mois, en bonne et due 
forme, ei, pour ce faire, bailler tout consentement et procuration nécessai- 
res et en ce aussi ledit sieur Benoit sera tenu de fournir les frais qu'il 
conviendra faire pour obtenir ladite homologation. Et a ledit seigneur 
Benoit décliné audit seigneur évoque les titres et pièces concernant la jus- 
tice de Gondat, qui sont : premièrement, un contrat de vente de ladite jus- 
lice de Gondat, fait par le sieur Verdier, trésorier de France et commissaire 
des aliénalious du domaine du roi, a feu Martial Gay^ vivant lieutenant 
général en la présente sénéchaussée, ledit contrat en date du 3 août 1594, 
en parchemin, signé Latreille et Gaston, notaires, au pied duquel est transcrite 
la commission et pourvoir dudit sieur Verdier, commissaire, et copie de la 
quittance de la finance de ladite aliénation, plus le procès-verbal de vente de la 
prévôté de Saint-Lazeix, signé Verdier, commissaire, ei Pradelles, commis 
du greffier, plus Toriginal de la quittance de la finance de ladite aliénation de 
ladite justice de Gondat, pour la somme de six cents livres, signée Heynaud, 
trésorier général de l'extraordinaire des guerres, plus les lettres patentes 
de Sa Majesté, portant la ratification d'icelle vente, signée par le roi en 
son conseil : De Villoutreix, données à Paris, le 6 septembre 1594, avec 
leur enregistrement au bureau des finances, du 17 août 1595, signé Pradel- 
las, plus la prise de possession de ladite justice de Gondat, par ledit sieur de 
Gay, parM<* Martin Veyrier,juge de Saint-Léonard, signé dudit Veyrier et 
Bourdeix, greffier, plus un contrat d*acquisition fait par ledit sieur Benoit de 
ladite justice de Gondat, en date du 20 mars 1643, au pied duquel est la 
ratification dudit sieur de Gay, du 18 février 1619, signé Vernel, notaire, 
plus la prise de possession de la justice dudit Benoit, faite par Guiberl, 
lieutenant de ladite juridiction, signé dudit Guibert et de Darfeuille, greffier, 
en date du 4 juin, au dit an '613. El tout ce que dessus a été stipulé et 



254 SOCIÉTÉ ARCUÊOLOOIQUE ET HISTORIQUK DU LIMOUSIN. 

promis tenir par les sieurs parties contractantes, à faute de ce émaner tous 
dépens, dommages et intérêts et rononcer à tous moyens par lesquels pour, 
raient venir, au contraire, moyennant serment et sous obligations de leurs 
biens présents et futurs avec soumission à toutes cours et de leur consen- 
tement condamnés. Fait et passé en la maison et hôtel dudit seigneur évo- 
que, en présence de honorable M* Simon Palats, juge de la présente cité et 
secrétaire dudit seigneur; et M» Gérald deJayac, procureur au siège prési- 
dial dudit Limoges, témoins à ce appelés le 9* jour du mois de juin 1619, 
après midi ; ainsi signé : Raymond, évoque de Limoges, contractant ; 
Benoit, Palais, présent; de Jayac, présent, et Laurens, notaire royal. 
Dit a été que la cour intérinant les dites requêtes quand à ce, et attendu 
la dite inquisition et consentement du procureur général du roi, a homo- 
logué et homologue les dits contrats d'amortissement de rente, et échange 
des 18 mai et 9 juin 4619, enjoint aux dites parties iceux contrats garder 
et entretenir suivant leur forme et teneur. Prononcé à Bordeaux, en par- 
lement, le 30" mai 1620. Collationné, signé Dufau, et en marge est écrit 
M. Degourgue, premier président ; Raquenaud, rapporteur. 

(Terrier de Compreignac). 

A. Leclkr. 



MONOGRAPHIE 



DU CANTON 



D'ORADOUR-SUR-VAYRES 



Aspect général du pays, — La plus grande partie de ce canton 
est plantée de châtaigneraies qui, avec quelques bois de chêne, 
donnent pendant l'été beaucoup d'ombrage et de fraîcheur au pays : 
son aspect a quelque analogie avec le « Bocage », département de 
la Vendée. De toutes parts émergent de nombreuses collines 
arrondies, au pied desquelles jaiUissent des sources; celles-ci donnent 
naissance à des petits ruisseaux sinueux, et dont les vallons sont 
frais et charmants. Sur le flanc de ces coteaux, quelquefois cou- 
verts de bruyères et d'ajoncs, s'élèvent de nombreux villages que 
la vue découvre plus aisément l'hiver, lorsque les feuilles des 
arbres sont tombées. Les routes, les prairies, les domaines, les 
jardins, etc., sont bordés de haies appuyées sur des troncs d'arbres 
ébranchés ou de toute venue. Le Gabouraud, qui se trouve entre 
Brie et La Chapelle-Montbrandeix, en est le point culminant. Son 
altitude est de 488 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il fait 
partie du domaine de Brie et possède un belvédère, appelé aussi 
lanterne, de 45 mètres de circonférence, d'où la vue s'étend sur le 
Limousin, l'Angoumois et le Périgord. Les rivières alimentent 
quelques étangs sans importance, des forges et des moulins. 

Rivières. — Ce canton est arrosé par plusieurs cours d'eau. On 
remarque : La Tardoire, la Cole, la Vayres, le ruisseau de Brie et 
le Gorret. 

La Tardoire, qui a 100 kilomètres et dont les eaux se perdent 
sur le sol charentais, prend sa source en amont de Châlus. Elle 
est le plus important de ces cours d'eau. Elle traverse le canton de 



256 80G1ÂTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HMTORIQUB DD LIMODSIN. 

Test à l'ouest, a à sa droite Champsac, Oradour, Saint-Bazile, et à 
sa gauche Cussac. 

La Cole, joli ruisseau dont les eaux claires serpentent dans les 
prairies, prend sa source près du Gabouraud. Il fait mouvoir les 
moulins de Grafeuil et de La Bregère, commune de Cussac. De là 
il entre dans le canton de Saint-Mathieu pour se jeter dans la Tar- 
doire, dont il est un affluent de gauche. Il alimente les étangs de 
Bonbon et des Champs. 

Le ruisseau de Brie prend sa source entre La Grange et La Favi- 
nie, commune de Champagnac. Il se jette aussi dans la Tardoire, 
aux forges de la Rivière et est un affluent de gauche. 

Ces trois cours d'eau font partie du bassin de la Charente. La 
Vayres, qui appartient au bassin de la Vienne, prend sa source 
entre Oradour et Beauséjour. Elle va se jeter dans la Graine, qui 
passe à Rochechouart. Elle a donné son nom à Vayres et à Ora- 
dour. Elle entre dans le canton de Rochechouart au lieu dit 
« La Chaise », commune de Vayres. 

Le Gorret prend sa source vers Champagnac et va se jeter dans 
la Gorre. Son parcours est peu étendu dans le canton. La Gorre 
prend sa source près de la gare de Champsac, entre les Pradelles 
et Nailhac. 

Nature du sol. — La plus grande partie du sol de ce canton est 
granitique. Sa partie ouest est argileuse. On y trouve des espèces 
variées de granit à mica et servant toutes à la construction des 
habitations. Près de Forgeas, se trouvent des mamîères assez con- 
sidérables. L'argile sert à la confection des tuiles et des briques qui 
font le principal commerce des villages qui avoisinent la roule 
d'Oradour aux Salles-Lavauguyon. 

Produits naturels du soL — Le châtaignier est Tarbre le plus 
répandu dans ce canton. Il est d'une grande ressource pour le pays, 
car ses fruits sont employés en grande partie à la nourriture des 
animaux. Il est aussi livré à l'exportation une grande quantité de châ- 
taignes et le surplus est consommé par la population locale. Il y a 
beaucoup de chênes, de bouleaux, de cerisiers, de pommiers, dont 
les fruits servent à faire du cidre. L'aulne croit en abondance le 
long dès coufs d'eau. Le peuplier y vient également bien. On y 
cultive beaucoup de froment et de seigle^ du maïs, du sarrasin, des 
betteraves et des topinambours pour la nourriture des animaux. 
On y cultive surtout beaucoup de pommes de terre. 

Il y a quelques grands domaines^ tels que celui de Brie qui a 
800 hectares; celui de Cromière : 200 hectares, etc. 

Le botaniste peut trouver dans le canton : Drosera rotundifùlia 



MONOORAPBII D'0llAD0UII«-8t}R**VAYRES. Stt7 

L; Radiola ImoUes Gmel; Umbilicus pendulinus, D. C; Wahlen- 
bergia heredacea. Bchl ; Digitalis purpursa L ; Ctandestina rectiflcra 
Lam; Polystichum filix-mas. Ro'h; Athyrium filix fcemina; Blech- 
niÊm 9ficans. Sm; parmi les espèces moins communes, citons : 
Hftianthemum guttatum D. C; sous les châtaigneraies: Lobelia 
urens L. Le long des fossés humides, Festuca poa; dans quelques 
champs cultivés, ça et là de rares pieds d'Epipactis latifolia, AU. 
Enfin, Asplenium ruta-muraria L, sur plusieurs vieux murs 
d*Oradour. 

Langage. — Le patois qui est parlé par la population, conjointe- 
ment avec le français, compris de tous, diffère peu des patois qui 
sont en usage dans les autres parties du département. La pronon- 
ciation n'est plus la même; ainsi, vers Limoges, les voyelles sont 
ouvertes, tandis que le contraire existe du côté d'Oradour. 

Moeurs. — Elles ne sont pas très bonnes. La population a des 
goûts religieux, mais moins prononcés qu'autrefois, et sa religion 
est entachée de superstition. Les pèlerinages des Bonnes-Fontaines 
et de Saint-Bazile en donnent un exemple. En ce qui concerne 
l'instruction, la statistique démontre qu*en 1869, le canton d'Ora- 
dour occupait le 96*" rang sur les vingt-sept cantons de la Haute- 
Vienne, soit 78,82 p. "/o des conscrits ne sachant ni lire ni écrire. 

En 1880, il occupe le 23« rang ou 55,85 p. ^/o. 

En 1883, il occupe le 13" rang ou 31,81 p. °}o. 

En 1885, il occupe le 8* rang ou 18,00 p. %. 

Le progrès a donc été grand depuis Tinstitution de Tinstruction 
obligatoire pour tous. (P. Ducourtieux : l'Instruction primaire dans 
la Haute-Viennêy 1886). 

Commerce, — Vente de produits agricoles, volailles, lapins, 
veaux, cochons en quantité et de bonne qualité, bois de chêne et 
de châtaignier. Le 8 de chaque mois, il y a des foires assez impor- 
tantes à Oradour et il s'y fait un commerce considérable de cham- 
pignons, ainsi qu'aux chefs-lieux des communes de Champagnac, de 
Champsac, de Cussac et de Saint-Bazile, qui les exportent à Bordeaux. 
En 1^, la gare d'Oradour seule en a expédié plus de 100,000 
kilogrammes. La gare de Champsac en a mis en mouvement 7,000 
kilogrammes en un jour. Oradour a de nombreux magasins d'épi- 
cerie, de lainages, de quincaillerie ; à signaler aussi deux diar- 
rons. 

Industrie. — Quoique l'industrie ait moins d'importance qu'il y 
a un certain nombre d'années, elle est encore florissante de nos 
jours. Les forges de la Rivière, alimentées par la Tardoire, ont de 



258 SOCliTÉ ARCHéOLOGIQUR ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

nombreux ouvriers, ainsi* que la fabrique de droguets et la mino- 
terie de M. Ferrand, d'Oradour, toutes deux également sur la Tar- 
doire. 

Il se fabrique beaucoup de tuiles et de briques aux Tuilières, près 
d'Oradour, et La Pouméroulie fabrique des ustensiles aratoires 
renommés. 

Institutions. — Le canton d'Oradour-sur-Vayres possède un juge 
de paix, une brigade de gendarmerie à pied depuis 1848 ou 1849, 
un agent-voyer, un receveur de l'enregistrement, un receveur et un 
commis principal des contributions indirectes (Oradour), un per- 
cepteur (Oradour), trois notaires (Oradour, Champsac, Cussac), et 
un huissier. 

Oradour, Champagnac, Champsac et Cussac ont un instituteur 
et une institutrice; Saint-Bazile possède seulement un instituteur. 
Il y a aussi des écoles de hameau à Puymoreau, sur la route de 
Saint-Laurent-sur-Gorre, et à Lachenin, sur la route de Châlus. 
Cussac possède une communauté religieuse dite des sœurs du 
Sauveur et de la Sainte- Vierge, fondée par M"' la marquise do 
Cromières, il y a environ vingt-cinq ans (1). 

Voies de communication. — Une route départementale d<' 
Séreilhac à Mansle, n*» 8, traverse ce canton sur un parcours de il 
kilomètres. 

Les douze chemins de grande communication, qui ont ensemble 
un parcours de 84 kilomètres, sont : xi*> 22 (de Saint-Junien aux 
Trois-Cerisiers) ; n" 40 (de Saint-Mathieu à Saint-Laurent-sur- 
Gorre); n* 42 (de Saint-Mathieu à la station de Bussière-Galanl); 
n*» 33 (de Châlus à Chasseneuilf; n« 34 (de Séreilhac à La Roche- 
foucauld) ; n'» 54 (de Tulle à Chabanais) ; n° 66 (de Gorre à Miallel): 
n*> 73 fde Cussac à Piégul) ; n« 75 (de Dournazac à Oradour); n° 85 
(d'Oradour à La Grue); n* 100 (de Champagnac à La Chapelle- 
Montbrandeix) ; n*» 122 (d^Oradour à Saint-Gervais). De plus, il 
existe 65 kilomètres de chemins vicinaux ordinaires. 

La voie ferrée de Saillat à Bussière-Galant traverse le canton 
du nord-ouest au sud-est, et dessert les gares de Champsac, de 
Champagnac et d'Oradour-sur-Vayres. 

Le trafic de cette voie a été inauguré le 31 décembre 1881. 

Souvenirs et monuments historiques. — 1° Époques préhistorique 
et gauloise. — Quelques haches et quelques outils en silex taillé 

(I) Avant la création des écoles de hameau, les prêtres étaient chargés 
de l'insiruction des enfants dans le chef-lieu de leur commune où il 
n'existait pas d'instituteur ni dUnstitulrice. 



lÉO.NOGRAPHlE D'ORADOUR-SUa-VAYRCS. 259 

ont élé trouvés dans le canton. Le tumalus de Champagnac (détruit), 
celui d'Oradour, celui de Champsac qui était à quelques mètres de 
celui de Champagnac ; le monolithe de Morinas, le demi-dolmen 
de La Tamanie et la pierre branlante de La Jalade-de-Gussac, sont 
des vestiges de cette époque. 11 y avait un dolmen à Oradour dont 
il ne reste plus trace. 

** Époque gallo-romaine. — De nombreuses tuiles romaines à 
rebord, des tessons de vases, ainsi que des tombeaux, ont élé 
trouvés à Lépinasse (près Saint-Bazile). On trouve également des 
vestiges de cette époque à La Salesse, commune de Champagnac, 
à La Betboule (même commune), où un puits a été découvert, ainsi 
que vers Cussac. 

Moyen âge, — On remarque à Oradour la « Maison Ducombeau » 
et le « Puy-Chevalier » ; à Cussac « le Puy » ; à Cromières « le 
Château ». Il existait aussi un ch&teau au Boucheron, qui était 
l'habitation des comtes d'Oradour. Les Brosses ont aussi un vieux 
château. La « Maison Ducombeau » signalée plus haut, et qui 
existe encore fut donnée en échange par René de La Pisse, écuyer, 
seigneur des Brosses, et Anne de Sausay, son épouse, en 1669, à 
Léonard Morlon, contre une maison appartenant actuellement à 
M""* de Balzac, laquelle maison avait un pavillon aujourd'hui dis- 
paru. 

Le canton d'Oradour-sur-Vayres qui a 9,041 habitants et 12,773 
hectares d'étendue, se compose de cinq communes : Champagnac, 
Champsac, Cussac, Oradour-sur-Vayres et Saint-Bazile. Ces com- 
munes s'étendent du canton (nord) de Sainl-Mathieu au canton de 
Châlus (arrondissement de Saint-Yrieix) qui sont leurs limites sud, 
et elles ont pour limites nord, les cantons de Saint-Laurent-sur- 
Gorre et de Rochechouart, chef-lieu d'arrondissement. Au siècle 
dernier, elles- faisaient partie de l'archiprétré de Nontron, et leurs 
paroisses font actuellement partie de Tarchidiaconé de la Haute- 
Vienne. 

Champagmac. Champainhac {Chronique de Maleu, 1316, p. 90). 
— Époque celtique. — Sur le chemin de Châlus à Rochechouart, à 
2,150 mètres est du bourg de Champagnac, un tumulus détruit 
depuis quinze ans. 

Moyen âge. — Ancienne église, autrefois prieuré de filles sous 
le vocable de saint Paul, fondé vers la fin du xvii" siècle, fut uni eu 
1527 à la mense abbatiale de la Règle (Rép, arch, de la Haute- 
Vienne, par E. Grignard). 

Sainte-Harie-de-Champagnac en 1498. 



960 SOCIÉTÉ AKCBÉ0li061Q!IB KT HISTOBIOUB DU LIMOOSIIC. 

Patron : Saint PanI, apôtre, jadis, Nativité de la Sainte Vierge. 

Gnre : 4,800 communiants; patrons : mêmes saints qae ci*des- 
sas. L'évéqoe de Limoges v nommait en t3i0, Tabbesse de la 
Règle dès iK04. 

Vicairie fondée par Anne de Samalhie (Saint-Mathieu), veuve 
d'Yrieix de Chouly, chevalier, seigneur de Permangle, Champa- 
gnac, gouverneur de la ville et cité de Limoges (le 23 décembre 
1680), pour servir de vicairie à la paroisse; elle fut augmentée par 
Anne de Ferrières, fondée à l'honneur de saint Mathieu. Une 
nomination fut faite par les héritiers de la fondatrice ; Anne-Thé- 
rèse de Chouly Permangle, veuve de Charles-Joseph de Ferrières, 
marquis de Sauvebœuf, baron de PierrebufBère, Aigueperse, Ché- 
ronnac, Congonssac, 1700, 1726. 

Champagnac occupe la partie à peu près centrale du territoire 
de la commune de ce nom ; il est situé sur la rive droite de la Tar- 
doire, au confluent du petit ruisseau de Jouveau, à une hauteur 
moyenne de 308 mètres au-dessus du niveau de la mer. 

« On distingue deux époques et deux styles différents dans l'archi- 
tecture de réglise de Champagnac. L*ensemble est en style roman 
du xii* siècle, et de nombreuses retouches ont été faites dans la 
seconde moitié du xv« siècle. 

» La nef se compose de quatre travées, avec un collatéral complet 
du côté du nord, et deux chapelles latérales du côté du midi. Les 
arcades cintrées qui séparent la nef des collatéraux ont une légère 
tendance à Togive, et reposent sur de gros pihers cylindriques. 
L'abside, semi-circulaire, est voûtée en demi-coupole, au bas de 
laquelle on remarque, du côté du nord, une arcature romane. La 
porte principale, placée à Tangle nord-ouest, date, comme la nef 
et le chœur, de la première construction. 

» Quant aux restaurations du xv* siècle, on les voit : ^* dans le 
mur latéral du nord, dont trois fenêtres ogivales, «n style flam- 
boyant, ont remplacé les étroites baies romanes ; 2° dans les ner- 
vures des voûtes et du collatéral du nord, voûtes malheureusement 
fermées par un mauvais lambris. 

» Le clocher, placé devant le chœur, sur la première travée de la 
nef, est de forme carrée et paraît faire partie de la première cons- 
truction ; toutefois, une longue fenêtre ogivale, ouverte du côté du 
nord, accuse le style du xvi° siècle. 

» Les deux chapelles latérales du sud, en style flamboyant, ontété 
restaurées au xvn* siècle, et, sur un linteau d'une porte, à l'ouest, 
on lit cette inscription : 

LE s' DUMAS MA FAIGT FAIRE. 1618. 



MONOOHaPBIK D^0RAD0UR*8UR-VAYftftà. 26^ 

» Les faits historiques relatifs à cette église sont assez rares; en 
voici un que nous avons pu glaner : 

» En 4679, le 14 mars, le P. Boniface Peyron, prieur du couvent 
des Augustins de Limoges, prononça, dans Téglise de Ghampagnac, 
I*oraison funèbre de Messire Yrieix Cbouly de Permangle, maré- 
chal de logis de la compagnie de deux cents chevau-légers de la 
garde ordinaire du roi, gouverneur de Ja ville et cité de Limoges. 
L'orateur parlait devant le marquis de Sauvebœuf (Charles-Joseph 
de Ferrières), neveu de Tillustre défunt. 

» On peut lire dans les Annales du Limousin, par le P. BoNAVB^- 
TURE (t. III, p. 869), la biographie et les exploits militaires de 
Chouly de Permangle, véritable type du héros chrétien. 

i> Le marquis de Sauvebœuf, qui demeurait alors au château de 
Brie, paroisse de Ghampagnac, avait épousé, en i673, dans cette 
église, la nièce du gouverneur de Limoges, Thérèse de GhouUy de 
Pennangle, qui mourut en 1737, et fut inhumée dans Téglise de 
Ghampagnac. » Labbé àrbbllot. » 

f Semaine religieuse de Limogesy tome II, page 382). 

La grosse cloche porte : s^^ maria ora pro nobis 1748. besson 

RECTOR PARRAIN FRANÇOIS JUDE SEIGNEUR DE LA RIVIÈRE. — MARRAINE 
DAME MARIE GENEVIÈVE DE VASSAN.... MARQUISE DE MIRABEAU, REPRÉ- 
SENTÉE PAR JUDE DE LAUBANIE. 

La petite cloche porte : ego sum quia in tanto regimine pr/Evalui 

PARRAIN JUDE DE LAJUDIE, MAIRE; MARRAINE'. DAME DE JAUBERT; PORT 
RECTOR ECCLESIiE, MAI 1826. — FONDUE PAR BONNIN A LA MONNAIE DE 
LUIOGES, dans l'atelier DE M* PARANT. 

Noms des curés que j'ai pu recueillir : Garissot, 1697. — Ghave- 
roche, 1731. — Antoine Delbés, 1735. — Besson, 1748. — Pierre 
Besson, 1762-1763; vicaire, Gabriel Mandon de Forgeas.— Besson, 
1785. 

1763. (1) Gommuniants, 900. 

Sénéchaussée de Montmorillon. 

Patron : l'abbesse de la Règle. 

Décimateur : idem. 

Seigneur : Madame de Vassan. 

En 1698, le marquis de Sauvebœuf avait des possessions dans la 
paroisse de Ghampagnac. 

Au-dessus des portes de plusieurs maisons, j'ai relevé les dates 

(I) Les renseignements relatifs à Tannée 1763 sont empruntés au Mé- 
morial dee oisUes pastoraiee de Mgr d'Argentré^ publiés dans les Chartes, 
chroniques ei mémoriaux (A. Lkaoux, 1886}. 



SÔ2 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE RT HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

ci-après : 1642. — M. 1771. B. — Sur le chambranle d'une che- 
minée, ouvragé en losanges : 1704. — Sur une poutre soutenant 
le plafond d'une cuisine : l ivde s' bESNOCHES et bonvev davbanie 

MA FC LE FA. 1700. 

Des dévotions ont lieu chaque année à Champagnac, le jour de 
la Saint-Pierre, qui est en môme temps le jour de la fête patro- 
nale. Les pèlerins se rendent à diverses sources, y prient, y trem- 
pent les lèvres, et y jettent môme souvent quelque menue monnaie. 
Un grand nombre d'entre eux font le tour d'une croix de bois qui 
se trouve à l'intersection de deux chemins, prennent des morceaux 
de cette croix avec la pointe de leur couteau, et déposent en 
offrande des épingles, qu'ils enfoncent dans le bois. — Ces dévo- 
tions, môlées de superstitions, sont très goûtées des habitants de 
la contrée, et se renouvellent à Saint-Bazile, le 2 février, ainsi que 
le 24 juin de chaque année, aux « Bonnes fontaines », commune 
de Cussac. 

Des foires mensuelles ont été établies au chef-heu de la com- 
mune de Champagnac, en avril 1879. — Elles sont fixées au 15 
de chaque mois. 

Cette commune, qui a 1,8S4 habitants et une étendue de 2,446 
hectares, comprend les villages suivants : 

Beaubaty. 

Bethoule (La). — J'y ai trouvé des éclats de silex, un morceau de 
hache néoUthique, des tuiles romaines et une quantité de tessons 
de vases de toutes dimensions. 

Boissonnie (La Chapelle). 

Brise-Bois (Bas du Mas). 

Braconnerie (La). 

Brie (château), j Château d'Ambrie (Cassini 1744. Moyen âge). 

Brie (domaine). | Sur la petite route de moyenne conununica- 
tion, entre Châlus et Cussac, ancien château construit au commen- 
cement du XV" siècle, sur l'emplacement de l'ancienne maison 
seigneuriale de ce nom, qui existait en 1470 et qui appartenait à la 
famille Boschand de Brie et qui relevait de la vicomte de Roche- 
chouart. 

Il se trouve situé sur le versant septentrional du Mont Puycon- 
nieux, sur le chemin de Champagnac, au village de Veimpère, à 
4 kilomètres du chef-heu de la commune. Il dépendait autrefois de 
la province du Poitou. 

En 1484, Jean Boschand de Brie, écuyer et conseiller du prince 
d'Albret, capitaine des forteresses de Châlus et Courbefy, obtint de 
Jean, vicomte de Rochechouart, l'autorisation de bâtir et édifier, au 
lieu noble de Brie, une maison forte de tours, tourelles, créneaux, 



llONOGRAt»BtK D^ORADOUR-SOR-VAYRKd. ^63 

mâchicoulis, ponUevis, fossés, etc. — Cette autorisation lui fut 
confirmée, le 11 décembre 1500, par François de Rochechouart, 
avec garantie contre tous troubles et inquiétudes. —Cette construc- 
tion fut terminée en 1625 et prit le titre debaronnie, haute et basse 
justice de Champagnac. En 1574, la terre et baronnie de Brie 
passa au seigneur de Neuvillards par la mort du dernier màle de 
la branche aîné des Boschand ; en 1657, elle fut aliénée et vendue à 
Yrieix de Chouly Permangle, marié à Anne de Saint-Mathieu : 
morts sans enfants. — Ils léguèrent cette terre par moitié à Yrieix- 
Junien de Chouly Permangle et à Marie de Permangle, leur neveu 
et nièce. Celle dernière épousa le sieur Perrière de Saulvebœuf, 
duquel est descendue, par les femmes, la famille de Mirabeau. 

En 1681, un partage provisoire régla les droits des deux familles 
et en 1692, 1700 et 1711, tous les biens appartenant à Yrieix- 
Junien de Chouly Permangle furent saisis à la requête de nom- 
breux créanciers, sur les sentences rendues par Thôlel de Paris et 
la sénéchaussée de Montmorillon; ces biens furent successivement 
administrés par des curateurs nommés par le Parlement de Paris. 

L'autre partie de cette terre fut jouie par la famille Ferrières 
de Vassan-Sauvebœuf, de laquelle descendait Marie-Geneviève de 
Vassan, marquise de Mirabeau, mère du fameux Mirabeau, Tora- 
teur président de l'Assemblée constituante. Elle fit sa résidence 
à Brie de 1770 à 1787 et mourut à Paris en 1794. 

« Marie Geneviève de Vassan, issue du mariage de Anne-Thérèse 
de Ferrières, marquise de Sauvebœuf, baronne de Pierrebuffière, 
avec Charles, marquis de Vassan, en 1719. — Epousa, en 1723, 
Victor de Riquettis, titré, en 1743, marquis de Mirabeau, comte 
de Beaumont, vicomte de Saint-Mathieu, et porte : d'azur à une 
bande d'or, accompagnée en chef d'une demi-fleur de lis de Florence, 
défaillante à droite de même, et fleurie d'argent, en pointe, de trois 
roses aussi d'argent posées en bande, » 

En 1794, tous les biens de la famille de Mirabeau furent séques- 
trés et saisis; ils furent vendus le 27 décembre 1808 à l'audience 
des criées du tribunal de Rochechouart. — M. Bouland, avocat à la 
Cour impériale de Paris, s'en rendit adjudicataire; en 1820, il en- 
treprit la restauration du manoir détruit en juillet 1793 et dont il 
ne restait qu^ les murailles. 

11 existait dans la cour du château une chapelle-oratoire voûtéiî 
avec arêtes et ogives, et construite en 1312 par Guillaume Boschand 
de Brie. 

On peut voir, dans le pavillon central, un escalier fort beau, en 
spirale, donnant accès à toutes les chambre.^ du château. A ciiaiiuc 
palier des voussures et ogives. 



^64 SOGIBTÉ AKCHÉOLOOIQUB KT HISTOHIQOB DU LIMOUSIIV. 

Uae chambre, qui se trouve au sommet du donjon, porte encore 
le nom de « Chambre des Pucelles ». Deux Yieilles caves et la cui- 
sine sont voûtées. 

Deux cheminées en pierre de taille méritent d*étre signalées, 
mais les armoiries qui les ornaient ont été détruites pendant la 
Révolution, ainsi que celles qui devaient exister dans les diverses 
parties du château. 

Au-dessus de la porte d'entrée, sur le granit, on peut lire Tins- 
cription suivante qui est en creux : 

CASTELLUM BRIE 

ANO DOM 1484 

iGDIFIGATVM 

ANC 1793 VASTATVM 

ANNO 1845 CVRA ET OPERE 

STEPHANI V BOYLAND 

RESTITVTUM. 

Brie (Etang de), i90 mètres de longueur, 7S de largeur et 
460 mètres environ de circonférence. 

Champs (Les). 

Chandos. 

Chapelières (Les). 

Chatinaud (Chez). 

Etang (L^), 

Favinie (La) lEp. moderne]. — Ancien manoir mentionné par 
Cassini sous le nom de Fayne. 

Font du Loup (La). 

Genêts (Les). 

Got du Hazet. 

Grange-Neuve. 

Grateloube. 

Jarrosses (Les). 

Jaurie (La). 

Judie (La). 

Lacaux. 

Lachaud. 

Landes de Lachaud. 

Loges (Les). 

Loutre. 

Maisonniau (Le). On y a trouvé des substructions et des 
tuiles romaines. 

La Martinie (La), chapelle. 

Mazet (Le). 



ItONOGRAPHlR O'ORADOUR-StJB-VAYRBS. S65 

Meilbaudoax. 

Mondoux (Les). Ruines d'une ancienne forge construite vers la 
fin du xvn* siècle sur le petit ruisseau de Brie et détruite en 1818 
par une inondation. (^Rep. archéologique de la Haute-Vienne, £. 
Grighàrd). Martinet, fer doux de première qualité et acier corroyé. 

Négrelat. 

Permangle. Ancien manoir et fief de la sénéchaussée de Limoges, 
mentionné au rôle officiel de 1605 et désigné par Gassini sous le 
nom de Petit-Permangle. 

Pouge (La). Possédait, en 1617, une chapelle en ruines. 
(Vatssiéab, Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en lÀmousin, p. 46.) 

Poteau (Le). 

Pressoir de Brie. 

Puy La Paye. 

Puy (Le). Souterrain-refuge. 

Règle (La). 

Renaudie (La). 

Rifière (La) [Ep. moderne]. — Magnifique tréfilerie qui a acquis 
de la renommée par la qualité des produits de sa fabrication, 
(importance en 1878, 1,170 tonnes). Elle fut construite, en 1836, 
sur remplacement de deux forges qui dataient de la fin du xvii* siè- 
cle et dont les aciers furent exclusivement employés, en 1796, à la 
fabrication des sabres {Rép. arch., E. Gr[gnard). M. Bouillon, ingé- 
nieur mécanicien, en est le propriétaire et a fait bâtir non loin de 
Tusine un joli eh&teau qu'on aperçoit de la ligne ferrée. 

Il existe encore une habitation fortifiée devant dater de la fin 
du XVI* siècle, époque de prospérité pour Tindustrie métallurgique. 
C'est un logis à pavillons carrés. 

Rochet (Le). On y trouve des éclats de silex. 

Salesse (La). Nombreuses tuiles romaines & rebord. 

Soulat (Chez). 

Tamisac (Le). Ancienne cure. 

Valade de Brie. 

Vauperie (La). 

Vialle (La). Souterrain refuge découvert le 39 juin 1889. 

Champsàc ou Chànsàc. — Campus Sacer (Nadaud, p. 16i). Chan- 
sat, Senier coût. 1691. D. Tassin, 1630. — Jaillot, 1719. — Occupe 
la partie à peu près centrale du territoire de la commune de ce 
nom. Hauteur moyenne : 327 mètres au-dessus du niveau de la 
mer; près de la source du ruisseau de la Monnerie, sur le chemin 
dit Grande-Pouge, de Rochechouarl à Châlus. 

Époque celtique. — A 58 mètres du tumulus de Champagnac 
(alias)y se trouve un tumulus appartenant à cette commune. Il a 

T. XXXVII. 13 



266 SOCIÉTÉ ARGHéOLOGiQUE ET RIStORlOtlB DU LlMOUSlk. 

une circonférence de 45 mètres sur 3 mètres 50 cenlimètres de 
hauteur. Suivant une opinion très répandue, il aurait servi, avec 
celui de Champagnac qui a disparu, de délimitation entre cette 
partie du Limousin et les anciennes dépendances du Poitou. Ces 
deux lumuli sont appelés <' Mottes de Jouveaux » par les gens du 
pays. Des fouilles pratiquées par M. Masfrand, de Rochechouarl» 
le 3 avril 1889, ont amené la découverte de vieilles poteries, de 
clous et de nombreux ossements parmi les cendres du foyer. 

Jusqu'à ce jour, ces vestiges de Tépoque celtique étaient resti- 
tués tous deux, soit à Ghampsac, soit à Champagnac par les 
divers auteurs, mais j*ai acquis la certitude que la limite de nos 
deux anciennes provinces se trouvait entre les deux tumuli. 

Moyen-âge, — Ancienne église fondée dans le courant du 
\m^ siècle, était sous le patronage de Tévéque de Limoges en 4565. 
Ce prieuré qui avait une certaine importance, était, en 1761, un 
des bénéfices dépendant de la communauté d'Uzerche. 

11 y avait une infirmerie de lépreux eu 1274. {Rép. arch., 
E. Grigmard.) 

Cure : 1,400 communiants. — Patron : Décollation de saint 
Jean. L'évéque de Limoges nommait les titulaires en 4500, etc. 
L'église de Champsac (longueur 27 mètres; largeur 6 mètres 
50 centimètres dans œuvre) est de style roman. Le chœur, mal 
reconstruit, supporte, comme le transept, une voûte surbaissée, 
semblable à la voûte d'un four. Le clocher, en pierre, qui se dres- 
sait autrefois sur les piliers du transept, a été démoli. — On Ta 
remplacé par un clocher en bois, situé au fond de la nef, et pour 
lequel on a construit quatre énormes et affreux piliers en maçon* 
nerie. Il a fallu, pour bâtir ces piliers, supprimer une tribune que la 
superficie très insulTisante de Téglise rendait pourtant indispensa- 
ble. C'est vers 1845 ou 1850 que ces aetes de vandalisme incons- 
cient furent commis. Avec les meilleures intentions du monde, on 
dépensa beaucoup d'argent pour tout gâter. A ces fautes, on 
ajouta celle d'ouvrir dans le pignon qui sert de base à Taxe de 
l'église, une grande porte carrée, véritable porte de grange. 
C'était d'autant plus inutile qu'il existait déjà pour cette petite 
église deux portes sur le côté sud, donnant sur la place publique : 
l'une, au milieu, bâtie en plein cintre et portant la date de 1646 ; 
l'autre, du style du xiii* siècle, au fond de l'égh'se, servait et sert 
encore d'entrée principale; elle est surmontée de la date 1628 et 
d'un écusson complètement détérioré, sans doute en 1793. Ces 
deux dates ne peuvent qu'indiquer des époques de restauration 
partielle. Les chapelles du transept sont très peu profondes. 



MOlfOGRAPHIB d'ORADODR-SCR-VAYRBS. 867 

UaDcienne voùle de la nef, dont la poussée des épaisses murailles 
latérales atteste Texistence, a été remplacée par un plafond plat. 
Le clocher actuel, carré à sa base, a une flèche octogonale. On vient 
de le couvrir en ardoises. Un bénitier^ tout d'une seule pièce, en 
pierre, de 70 centimètres de hauteur et de 1 mètre 20 centimètres 
de diamètre attire seul Tattention dans cette église, dont les nom- 
breuses relouches lui ont ôté son caractère architectural primitif. 
La cloche porte les inscriptions suivantes : sangte joannes 

BAFTISTA ET SANGTE FIACRl ORATE PRO NOBIS. ^ A ÉTÉ PARRAIN MESSIRE 
FRANÇOIS COUSTIN, GHEVAUER, SEIGNEUR DU MASNADAUD. MARRAINE : 
DAHOISELLE YSABEAU DE GAMÀIN, ÉPOUSE DE JEAN DE BRIE, ÉGUYER, 
SEIGNEUR DE MONTEGUERRE. — ESTANT SINDIGS : M'* JEAN NADAUD, 
M'* ET W JACQUES BUISSON, CORDONNIER, M'*" BARBE, NOTAIRE ROYAL. 
l'an de GRACE 1628. — NOBLE M'* FRANÇOIS DE BRIE, DOCTEUR EN 
THÉOLOGIE, CURÉ. — PIERRE CHARPENTIER M* A FAfTE. 

Le 16 juillet 1587, Marguerite de La Rochefoucauld, veuve du haut 
el puissant seigneur Claude de Bourbon, comte de Busset, seigneur 
de Ghàlus, etc., fit marché avec François Limosin, peintre de la 
ville de Limoges, « pour peintrer es églises Lageyrac, Dournazac, 
La Ghapelle-Montbrandeix^ Champsac et Pageas une ceinture 
au dehors et au dedans des dites églises, avec les armes du dit 
seigneur ». Ces armes sont : semé de France à une bordure en 
devise de gueules, au chef d'argent chargé de la croix et des croiset- 
tes de Jérusalem f Nobiliaire , I, 266). 

Noms des curés que nous ont donné les registres paroissiaux 
ou les archives départementales : 

Vers 1573. Jean Texier, chanoine de la cathédrale. 

En 1628. François de Brie. 

En 1663. Pinot, curé de Chaussât. 

1671. Nadaud, curé de Champssat. 

1671 à 1692. Descordes Léonard, prêtre, curé de Champsac. 

1673. Dupré, vicaire. 

1676-1677. Jean Ondouze, vicaire. 

1677. E. Roche, vicaire. 
1678-1679. Raby, vicaire. 

1678. Mailhot, vicaire. 
1679-1680. Navéne, vicaire. 
1680. Guingnaud, prêtre. 
1681-1682-1683. Durand, vicaire. 
1684-1685-1686-1687. B. Nayne. 
1688-1689-1690-1691. Gibot. 
1691-1692. Dumas, vicaire. 
1692 à 1698. Destermes, vicaire. 



^68 SOCIÉTÉ AACliOLOGIQOfe St H1ST0RIQUK DU LÏMOUStN. 

1698 à 1731. Destermes de Chérade, curé de Champsact, mort le 
S mars 1731 à soixante-sept ans. 
1731. Laplaigne, curé. — Manet, Yicaire. 
1732 à 1735. Lamy, vicaire, 
1763. Cosse. 

1763. Joseph Gérald, curé. — Pierre Châtenel, vicaire. 
1763 à 1765. Rayer. 

En 1787. Lemaçon. — Antoine Lemasson, curé de Champsac, 
fut déporté pendant la Révolution. — « Mgr d'Argentré ». 

(1763). Communiants : 800. — Sénéchaussée : Limoges. — 
Patron : Tévéque. — Seigneur : le curé. — Gentilhomme : M. de 
Châteauneuf. — Décimateurs : le curé, le comte de Bourbon- 
Busset, le commandeur de Puybonieux et M. du Mas-Nadaud. 

En 1664, 1666, 1669, nous voyons que M. Barbe était notaire 
royal de Champsac. — En 1667, 1669, 1672, 1673 et 1677, 
M, Chambon, notaire de Champsac. — Pierre Nicolas vivait en 
1708-1709. 

La commune de Champsac est arrosée par la Tardoire, dans la 
direction S.-E. au N.-O., sur une étendue de 1,700 mètres, et par 
la Gorre, dans la direction du S. au N. 

Le nord de la commune est aussi arrosé par le petit ruisseau 
de Cabaret, qui sort de Tétang de ce nom et qui va du S.-O. 
au N.-E. 

La population de cette commune se compose d'agriculteurs et 
de journaliers. Il y a un grand nombre de petits propriétaires qui 
cultivent eux-mêmes leur modeste fonds de terre, qui leur donne 
tout juste de quoi vivre. Outre qu'ils sont mal logés et nourris, ils 
se livrent à des excès de différentes sortes, qui paraissent être la 
cause d'un affaiblissement physique qui a été remarqué et auquel 
il y aurait lieu de donner quelque attention. D'où vient, par exem- 
ple, qu'il y a deux ou trois ans le conseil de révision ne pril pour 
le service militaire que deux conscrits sur dix? Celle année 1889, 
m'assure- l-on, il en a pris quatre sur quinze? 

L'étang de Champsac est long de 150 mètres. Sa largeur est de 
80 mètres en moyenne et sa circonférence de 300 mètres. 

Cette commune, qui a 1,529 habitants et 2,394 hectares d'éten- 
due, comprend les villages suivants : 
Bas-Mady. 
Bousséroux. 
Boussilles. 
Bramefort. 
Branchie (La). 
Brisebois (Chez). 



MONOORAPHIB o'ORAPOUa-SUR-VAYRIS. S69 

Ghandeaui. Des pièces en argent espagnoles de Ferdinand-le- 
Gatholique et dlsabelle y ont été trouyées. 
Ghandeaux (Landes de). 
Glaretis (Les). 

Courrière (La). Près de ce village, à environ 300 mètres du 
bourg de Champsac, s'élève une petite chapelle carrée, d'une 
construction simple et primitive. Un vieil autel vermoulu, une 
statue de saint Roch en font tout Tornement. Cet oratoire est 
bâti sur une élévation de terrain, au milieu de chênes et de châ- 
taigniers, dont le frais ombrage rend ce lieu fort agréable. La tra- 
dition raconte qu'une dame, propriétaire du village de La Cour- 
rière, voyant tout le bétail de ses domaines atteint d'une maladie 
contagieuse qui le décimait chaque jour, et reconnaissant Tim- 
puissance des moyens ordinaires pour le guérir, eut recours à 
saint Roch. Elle fit le vœu de bâtir en Thonneur du saint une 
chapelle et de lui donner tout le terrain environnant qui forme la 
charmante petite colline couverte aujourd'hui de vigoureux châtai- 
gniers, et elle lui demanda, en retour, de ramener la santé dans 
ses étables. Elle fut aussitôt exaucée. — Telle est l'origine de ce 
pèlerinage. — Mais à quelle époque cette faveur insigne fut-elle 
accordée à la foi de la pieuse dame? Est-ce il y a environ deux 
cents ans, comme on le présume? On ne saurait le dire. On ne 
peut davantage faire connaître le nom de cette fervente chrétienne : 
la tradition populaire ne l'a pas conservé et aucun document 
n'existe qui puisse le faire découvrir. 

Croix (La). 

Cros. 

Curmont. 

Dougneix (Le). 

Elie (Chez). 

Elie (Chez). 

Epinas (L'). 

Gorre (La). 

Grateloube (souterrain-refuge). 

GrauUler. 

Gubfliou. 

Juandoux (Les). 

Jouveaux (tumulus). 

Jadie (La). Il y avait un seigneur de La Judie. 

Lande (La). 

Landou (Le). 

Lussac. 



370 SOCIÉTÉ ARCBÉOLOGlat'B ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

Maurie(La). 

Mazardie (Ep. moderne). Ancien manoir mentionné par Gassini, 
1764. 

Mas du Puy. 

Maison-Neuve CLa). 

Messac. 

Monnerie (La). 

Moulin-de-Cros (Le). 

Moulin-du-Sage (Le). 

Nailhac. 

Parades. 

Petavigne (La). La famille Nicolas avait fait des acquisitions dans 
ce village. En 1663, Barrière, notaire royal de Ghampsac. En 
1662, Devillevaleix, notaire de Lageyrat. 

Achats de biens situés à La PeytavignectàDounier, appartenant 
aux frères Jean et Pierre Bugeaud : 582 h. 101 (14 avril 1662) et 
800 h. (novembre 1663). 

Plaisance. 

Pressonas. 

Roche (La). 

Soude-Vieille. 

Therme (Le). 

Verdier (Le). 

Vergnolle (La). 

Vigne (La). 

GussAC. — Au nord du territoire de la commune de ce nom, sur 
le plateau qui domine les rivières de la Tardoire et du Bandiat 
(nord), à une élévation moyenne de 362 mètres au-dessus du 
niveau de la mer. — Traversé par la route départementale n* 8 de 
Mansle à Limoges et par le chemin de grande communication n"" 22 
de Saint-Junien aux Trois-Gerisiers. 

Moyen âge, — Ancienne église fondée dans le courant du xv* siè- 
cle sous le vocable de saint Pierre; relevait en 1470 du prieuré de 
Saint-Jean de Gole; passa en 1531 sous le patronage de Tévèque 
de Limoges et fut cédée à Tabbaye de Solignac en 1631 ÇRep. arch., 
E. Grignard). 

Gure : 1,800 communiants. — Patron : Saint Pierre-ès-liens. — 
Par un jugement du vendredi avant LéPfar^ 1252, il fut déterminé 
que les bourgs de Gussac et de Marval, avec les paroisses, vigue- 
ries, etc., seraient au vicomte de Rochechouart, sauf les homma- 
ges que le vicomte de Limoges y avait. fHist. de la Maison de Ro- 
chechouart^ p. 87, t. II). 



MONOGRAPHIE d'ORADOUR-SUR-VATRES. S71 

L'église de Cussac est en style roman, mais elle a subi des modi- 
Tications à différentes époques. Bâtie en forme de croix, son clo- 
cher octogonal repose au centre sur quatre piliers carrés formant 
les angles intérieurs de la croix. Le chœur est surmonté d'une 
voûte à plein cintre. Les chapelles collatérales, ont des voûtes à 
ogives, et le dessous du clocher forme également une voûte à 
ogives, dont les rainures accusent nettement Vindinato capite. 
Cette église a été incendiée, mais je n'ai pu me procurer la date 
de ce sinistre. Lorsque le dallage en a été refait par les soins du 
curé actuel, des tombeaux ont été mis à jour et leurs pierres ont 
servi en partie à ce dallage. Il existait encore, à Tintérieur de 
Féglise, il y a quelques années, un lambris bleu, daté de 1610 et 
signé : FAURE, charpentier. 

La plus grosse cloche porte : parrain : armand-hippolyte-astolphe 

RENAUD DE BERMONDET. — MARRAINE *. d'*^ HORTENSE DE BERHONDET. 
l'an 1781. 
La plus petite porte : thérése a été pondue en 1856 par les soins 

DE MM. PUTBOYER, MAIRE, ET BERTHET L^ , CURÉ. PARRAIN *. FRANÇOIS 
PUYBOYER M. P. — MARRAINE : CLÉMENTINE DE TRYON DE MONTALEMBERT, 
MARQUISE DE CROMIÉRES. — TÉMOINS : MM. DUVOISIN, ADJOINT, ET COHADE, 
VICAIRE. — FAITE A SAINTES PAR LANOAILLE, DUMAS ET PEIGNEY. 

Noms des curés fournis par les registres, paroissiaux : 

En 1655, Foussille. — En 1666, Simon Vireton. — En 1700, 
Descubes. — En 1717, Chauny. — 1735-1737, Jean-Baptiste 
Robert, vicaire. — En 1751, Noël Reygondaud, curé, mort à 
soixante ans, remplacé par Goursaud. — 1752, Godet, vicaire. — 
1762-1782, Jean Goursaud, curé. — 1763, Nénert, vicaire.— 1784» 
de Râteaux de Vaux. — 1830-1835, Léonard Deschamps, curé de 
Cassac, où il mourut. 

1763. Communiants : 1,000. — Sénéchaussée de Montmorillon. 
— Patron : Tévéque. — Seigneur : M. .de Bermondet de Cro- 
mières. — Décimateurs : le curé, M. de Bermondet, les dames de 
Bûubon et M"* de Vassan. — Gentilshommes : M. de Bermondet, 
H. Guilhol du Doucet. 

On signale des souterrains à Cussac. 

Encastrées dans le mur de certaines maisons, j'ai remarqué des 
moulures en granit, représentant des têtes humaines, et qui doi- 
vent provenir de l'église ou de Tabbaye de Bonbon ; un de ces 
modillons forme une triade bien conservée et a dû servir de con- 
sole à une statue. 

La commune de Cussac, au chef-lieu de laquelle se tiennent des 
foires le 24 de chaque mois, a 2,097 habitants et une superticie de 
3,170 hectares. — Elle se compose des villages suivants : 



972 SOCléTÂ ARCHÉOLOGIQUE ET BiSTOklQUB DU LIMOUSIN. 

Arbre (L') du Faux- 

Arsac. 

Bénéchie (La). 

Berthussie (La). 

Boubon. — Borboninm (titre de 1247), Bobonium (Testain de 
Guy-Foucaud du 29 juillet 1302), Bo6wm*Boubon, Bibio (Nadaud, 
p. 166), Boubon-les-Nonnaiiis. 

Moyen âge. — Ruines d'un ancien monastère de Tordre de 
Poûtetrault, établi en 1106 par le célèbre Robert d'Arbrissel, fon- 
dateur de cet ordre, et Pétronille de Chamillé, première abbe&se 
de Fontevraull. En 1119, Pierre de Montfrebœaf, seigneur de la 
terre de ce nom, située à quelque distance de Boubon, sur le ter- 
ritoire de Marval, Ithier Bernard et Aymeric Brun, dotèrent cette 
maison naissante, connue sous le nom de Notre-Dame de Boubon. 
Ce monastère, un des plus anciens de France, fut détruit par les 
Anglais et reconstruit par les soins des seigneurs de Lastours et 
de Pompadour, dont les armoiries réunies figuraient, ayant 1789, 
à rentrée de l'église, avec celles des seigneurs de Peyrusse et des 
Gars, qui lui firent plusieurs dons. L'église du monastère était 
celle de la paroisse; elle fut supprimée par ordre royal du 24 août 
1829. On remarquait encore, dans les derniers temps, sur quelques 
voûtes de la basilique, les armoiries des bienfaiteurs de rétablis- 
sement {Rep. arch., E. Grignard;. La Révolution de 1789 a dé- 
truit presque en entier ce monastère, ainsi que le pensionnat 
salarié affecté à TéJucation des filles. Cette maison, tenue par des 
religieuses de la communauté, jouissait d'une grande et ancienne 
réputation. On y voit encore le cloître, formé d'une suite d'arca- 
des. — Un des côtés du clottre porte encore les armes des sei- 
gneurs des Cars. 

Dans le Pùuillé de Nadaud, on lit : Boubon. — Prieuré de filles 
— ordre de Fontevraull. — Patron : Assomption de la Sainte- 
Vierge. — La prieure est élective et triennale. Etienne, seigneur 
de Magnac, Pierre de Montfrebœuf, Itier Bernard et Aimeric 
Brun avaient donné ce lieu à Fontevrault en 1H9. [GalL 
christ, nov., t, II, col. 1316), Gérault de Salis et son compagnon 
Robert d'Arbrissel y établirent la régularité en 1106. (Marténe, 
Amplissimat coll. t. IV, col. 994). Renée de Bourbon, abbesse de 
Fontevrault, envoie à Boubon sept religieuses qui y furent intro- 
duites le 18 septembre 1S28, reprirent possession de ce monastère 
et y mirent la réforme. Jean Bermondet, chanoine et chantre de 
l'église de Limoges avait ce prieuré en commande et jouissait de 
tous les revenus; il fut obligé de le quitter par arrêt du grand 
Conseil du 26 mars 1539. 



MOKOGRAPBIR D*0nAD013R-SUR-VAYRBS. 273 

Gare régulière dômembrëe de Cussac. — 170 commuûiants. 
L*abbesse de Fontevrault nommait les titulaires en 1682, 1689, 
puis ce fut la prieure et les religieuses de Boubon, du consente- 
ment de Tabbesse, à partir de 1700. 

Saint-Jean-de-V Habit élàii un oratoire ou chapelle en 1471. — 
Il eut aussi le litre de vicairie. — Patron : Saint-Jean-Porte- 
Latine. — La prieure de Boubon nommait un titulaire en 1S18, 
avec Tabbesse de Fontevrault 1672-1675. {Fouillé de Nadaud.) 

Amand Fouguel, curé en 1763, religieux de Tordre de Fonte- 
Trault. — Communiants : 86. — Sénéchaussée : Montmorillon. — - 
Patron : Les religieuses de Boubon. — Décimateurs : Les reli- 
gieuses de Boubon. — Seigneur : M. de Permangle. — La com- 
munauté compte, en 1763, quinze religieuses y compris les sœurs 
conterses qui ont pour directeurs : Amand Fouguet, curé ; Robert, 
curé de Vayres, et Morand, ancien curé de Javerdat. 

Le village actuel était autrefois chef-lieu de commune et avait 
le titre de Bourg. Il fut réuni avec ses dépendances au territoire de 
Cussac, par ordonnance royale du 24 août 1829. Située à une hau- 
teur moyenne de 466 mètres au-dessus du niveau de la mer, c'est 
la partie la plus boisée et la plus montagneuse de la commune de 
Cussac. Il existe quatre étangs qui avaient été concédés en pro- 
priété au monastère. 

Un missel, haut de 52 centimètres, plusieurs livres de prières et 
un curieux manuscrit provenant de Tabbaye de Boubon se trou- 
vent entre les mains de divers particuliers. 

Boubon (Moulin). 

Bregère (La). 

Bregère (Moulin de la). 

Breuil (Le), Brolium. (Deloche, introd., p. cui). 

Moyen âge. — Ruines d*une ancienne chapelle, détruite en 1740- 
{Mep. arch.y £. Grignard.) 

Broulie (La}. 

Cbambinaud. 

Champs (Les). 

Châtenet (Le). 

Crémières (Moyen âge). Château parfaitement conservé, à 1,500 
mètres du clocher de Cussac, et dont Torigine parait remonter à 
une haute antiquité. C'était, dit Allou, une des places les plus im- 
portantes de cette partie de Tancien Poitou. Il fut assiégé et pris 
parles ligueurs en 1586. Ceux-ci en furent chassés quelques temps 
après par le capitaine Puymoulinier, commandant les troupes de 
limoges, et furent repliés sur Saint-Viclurnien. 

Propriété héréditaire de Tancienne et illustre famille de Ber- 



S74 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

mondet. Les construcUons actuelles de ce château ne remontent 
qu'à la seconde moitié du xv* siècle. Elles se composent d'un 
corps de bâtiment à gauche duquel se trouvent deux tours, dont 
Tune est de forme octogone et dans laquelle on accède par un 
escalier en pierre formé de quatre-vingt-deux marches et en spi- 
rale, conduisant dans les divers étages du château. Dans la plus 
grande tour, on remarque des voûtes percées à chaque étage, lais- 
sant passer la corde de la cloche. — Ce château n'avait aucune 
ouverture au rez-de-chaussée. — La cour d'honneur, remarquable 
par ses dimensions, est entourée de bâtiments qui commencent et 
se terminent de chaque côté par une tour. Autrefois cette cour 
était divisée en deux par un mur et des fossés qui défendaient l'en- 
trée de côté et au nord, où on voit encore la trace de ces fossés. 
L'épaisseur des murs atteint seize pieds et elle dissimulait par 
places des galeries ou souterrains-refuges. Un de ces passages 
existe encore. Les autres ont été comblés il y a environ soixante 
ans, lorsqu'on a pratiqué les ouvertures des fenêtres actuelles. 
Pendant la Révolution de 1789, la démolition du château fut décidée 
et commencée par la grande tour dont la hauteur a été réduite d*un 
tiers, dit-on. — Elle atteint encore soixante-six pieds d'élévation. 
La grande salle à manger est remarquable par sa belle voûte à 
grosses rainures ogivales. On y a encastré dans le mur deux 
médaillons en marbre blanc de 40 centimètres de diamètre 
intérieur, représentant des têtes d'empereurs romains, à peu près 
de grandeur naturelle, qu'on a pris pour des sculptures antiques, 
et qui ne sont probablement qu'une contrefaçon de la Renaissance, 
importées d'Italie au xvi« siècle. Les têtes sont de proBl et l'une 
d'elle a pour exergue : avrelio ; c s : imperator. Les cheveux 
sont bouclés et courts, comme les portait Marc-Aurèle, mais 
il est diflBcile d'admettre que ce médaillon appartienne à ce 
dernier empereur, qui est mort en 180 de J.-C, puisqu'il est du 
même travail que le second, qui porte en exergue, gravé en creux : 
IMP. c. M. Q. TRAiANvs DEciv. — Imperatop Cœsar ou Caïus, Messius, 
Quinlus, Trajanus, Décius, et est de Trajan Dèce, mort en 251. 
On comprendrait plutôt que le premier médaillon nous donne les 
traits d'Auréiien, sous une couronne radiée, mort en 275 de J.-C, 
et qui vivait par conséquent en même temps que Trajan Dèce. 
Cependant je n'admets pas encore ce nom d'Auréiien pour ce 
médaillon, puisque celui-ci porte en exergue avrelio : c^esar et 
qu'Aurélien n'avait pas ce titre. — Ces considérations démontrent 
surabondamment que nous sommes en présence de deux bas-reliefs 
d'un travail précieux, mais ne datant nullement de l'époque ro- 
maine, comme on paraît le croire généralement. 



MONOGRAPHIB O^ORADOUR-SUR-YATRBS. 27S 

La chapelle est de date plus récente que le château. Elle avait 
été dëtéroriée pendant la Révolution, mais elle a été restaurée. 
L'aatel en bois sculpté est très ancien. 

La terre de Gromières passa dans la maison de Bermondet par 
le mariage de Jehan de Bermondet, qualifié noble chevalier, 
seigneur du Boucheron, Oradour-sur-Vayres, Panazol et Saint- 
Laurent-sur-Gorre, avec damoiselle Isabeau de Selve, tille de 
Jehan de Selve, seigneur de Gromiëres, Viilers-le-Gastel et de 
Duysson, premier président du Parlement de Paris, et de Cécile 
de Bnssy, le 15 novembre 1626. 

Une tradition fait descendre la famille de Bermondet de Gro- 
miëres d'un chef égyptien venu en Aquitaine au temps des 

Romains Les armes de cette famille sont dans la troisième 

salle des croisades à Versailles. 

Le moine de Tabbaye de Saint-Martial de Limoges qui raconte 
le passage de Gharles VU dans cette ville, nous dit que Martial de 
Bermondet, consul de la ville de Limoges, eut Thonneur de rece- 
voir le monarque à sa table, après lui avoir fait un beau discours 
qu'on écouta avec plaisir. 

Pierre de Bermondet, seigneur du Boucheron, de La Quintaine, 
Panazol, Pennevayres et Saint-Laurenl-sur-Gorre, conseiller du 
roi et son lieutenant général en la sénéchaussée du Limousin, 
ayant eicité la jalousie de François de Rochechouart-Pontville, 
celui-ci le fit assassiner. 

Le 2 avril 1513, le seigneur de Pontville, qui passait pour être un 
peu jaloux, était parti pour la chasse, selon son habitude, lorsque 
M. Bermondet de Cromières vint lui rendre visite; il fut reçu par 
la vicomtesse en l'absence de son époux. M. de Gromières avait de 
très belles mains, et justifiait, sous tous les rapports, la réputation 
des Bermondet, depuis longtemps surnommés les beaux Cromières. 
Prié de s^asseoir à la table de la vicomtesse, 11 ne crut pas pouvoir 
décliner Thonneur d'une pareille invitation. Le vicomte n'arrivant 
pas. Ton se mit à table, et M. Bermondet partit un peu avant le 
retour du seigneur. A son arrivée la dame lui fait part de ce qui 
s'est passé, et des regrets de M. de Gromières de ne point l'avoir 
rencontré; elle lui parle avec enthousiasme de l'élégance du mar- 
quis, de la beauté de ses mains, du plaisir que lui a fait éprouver 
sa visite. M. de Pontville écoute avec impatience les éloges donnés 
au visiteur; le venin de la jalousie s'insinue dans son cœur, lui 
trouble l'esprit. Il sort brusquement, ordonne au chef du poste 
militaire de faire monter à cheval Anizi, Lachapelle, Indant et 
lienègre, s'élance avec eux, aiguillonné par la colère, atteint sur la 
place de Saint-Laurenl-sur-Gorre M. de Gromières, qui l'ayant 



276 SOGIÉTi ARCHÉOLOGIQUE IT BISTOIIIQUR OU LIMOUSIN. 

aperçu, s'avançait avec politesse pour le saluer, fait un signe à ses 
cavaliers, et Tinfortuné magistrat tombe sous leurs poignards! Le 
farouche vicomte descend alors de cheval, coupe une main de sa 
victime, la place dans une boite, revient à Rochechouart, entre 
dans la chambre de son épouse, couvert de poussière et de sang, et 
lui présente Thorrible trophée en disant : ^ Madame, voici Tobjel 
de votre admiration, de votre idolâtrie!... C'est la belle main du 
marquis de Cromiëres I...La pauvre femme s'affaissa brisée, anéantie 
par ces paroles, qui la frappaient lourdement au cœur, une à une, 
comme les coups d'un lourd marteau. » 

Fier de son exploit, satisfait sa double vengeance, le vicomte se 
retira. Mais sa joie ne fut pas de longue durée. La justice qui, 
dit-ôn, marche pour les puissants avec un pied boiteux, eut des ailes 
pour lui. Saint-Laurenl-surGorre et Rochechouart relevaient du 
Parlement de Paris, qui rendit (25 juin 1813), un arrêt par lequel 
les cinq meurtriers furent condamnés à être décapités, savoir : 
« François de Rochechouart-Pontville en la ville et place publique 
de Limoges, et sa tête mise au bout d'une lance sur la porte de 
ladite ville par laquelle on va de Limoges à Rochechouart, et son 
corps pendu au gibei dudit Limoges. Lesdits Anizi, Lachapelle, 
Indant et Lenègre, au lieii de Saint-Laurent, où le meurtre avait été 
commis; leurs corps pendus au gibet. Les biens de François de 
Rochechouart situés en pays de confiscation, confisqués, et s'ils 
n'étaient pas en pays de confiscation ledit Rochechouart condamné 
à trente mille livres, et chacun des autres à deux cents livres. 

» Condamné en outre ledit Rochechouart en trois mille deux 
cents livres de dommages intérêts envers la veuve de Pierre de 
Rermondet de Cromières et envers Jean Petit, curateur de ses 
enfants mineurs, outre la provision de douze cents livres ci-Klevant 
adjugée, et la rente annuelle et perpétuelle de six cent quarante 
livres parisis assise sur les seigneuries et héritages appartenant 
audit de Rochechouart, les plus prochains de la terre et seigneurie 
de Boscheyron et ses appartenances ; 

» Condamné ledit de Rochechouart à payer la somme de douze 
cenfs livres pour être employée à bâtir une chapelle en Téglise de 
Panazol où ledit Rermondet de Cromières a été inhumé. » (^Histoire 
de Rochechouart, par Tabbé Duléry). 

Au moment de la Révolution, la terre de Cromières appartenait 
au marquis Philippe-Armand de Rermondet de Cromières, mestre 
de camp de dragons. Il avait épousé, le 27 août 1775, Marie- 
Hortense Moreau. Le contrat fut signé à Versailles par Leurs 
Majestés et la famille royale. Les sœurs de la jeune marqaise 
étaient la comtesse d'Agout, la comtesse de Gauville et la mar- 



IlONOGRXPBIR d'oRADODB-SUR' VAYREd. 2T7 

quise de Saporla. Elle était créole et les nègres et les négresses 
qui étaient à son service la suivirent à Cromières où leur vue 
faisait sensation dans nos campagnes limousines. 

Les armes de la famille de Berroondet de Cromières sont : 
d'azur à trois mains gauches de carnation, appaumées, posées 2eti. 
Couronne de marquis. Supports : deux lions, 

La propriété de Lambertie, commune de Doumazac, fut vendue 
le 28 juin 1828 au marquis de Cromières. C'est aux héritiers de 
celui-ci qu'elle a été achetée, en novembre 4875, par M, le mar- 
quis de Lambertie, de Cons-la-Grandville, qui relève les raines du 
château. 

Cromière (Etang). Longueur, 280 mètres; largeur moyenne, 
100 mètres et circonférence : 770 mètres. 

Châtre (La). 

Fayolas. 

Forigetas. 

Fontanelle (La). 

Forêt de Cromières. 

Gaboureau. 

Genetle (La). 

Gipouloux. 

Grafeuil. 

Grafeuil (Moulin). 

Guionnie (La). Des éclats de silex y ont été trouvés. 

Jalade (La). Pierre branlante à 50 mètres de la Tardoire. 

Jaladeaux (Les). 

Magnigne (La). 

Mas (Le). 

Mazaurie. Non loin de ce village et au milieu de bois de châtai- 
gniers ou autrefois il n'existait ni route ni chemin, se rend chaque 
année, le 24 juin, une foule d'habitants de la contrée ainsi que 
d'étrangers. Des tentes abritant des auberges en plein vent ainsi 
que des cafés s'élèvent de toutes paris ; des jeux, des bals s'impro- 
visent C'est la frairie des Bonnes-Fontaines. Une prairie qui se 

trouve sur la lisière des bois, et dans laquelle coulent quelques 
sources ou filets d'eau, reçoit la visite des pèlerins .qui font leurs 
dévotions autour des « fontaines », simples mares où Teau boueuse 
croupit. — Une de ces fontaines a le don de guérir plus spéciale- 
ment la goutte, et les autres ont la propriété de guérir les autres 
sortes de maladies. — On voit des gens convaincus, faisant couler 
l'eau dans la manche de leur habit, en levant le bras de telle sorte 
qu'après avoir mouillé le corps, elle puisse retomber le long des 
jambes. D'autres lavent leurs plaies ou leurs sabots, d'autres enfin 



Î^S SOCIÉTÉ ARâDÊOLOÛlQUK ET HISTORIQUE DU tlMOUSlN. 

recueillenl Teau miraculeuse dans des flacoD3 et la boivent sans 
être le moins du monde dégoûtés. 

Il y a aussi à cette frairie un marchand de cheveux. 

Monnerie (La Petite-). Sur la Tardoire. — Ancien moaliD qui 
appartenait à la famille de Cromières. En 1870, M. Ferrand, fabri- 
cant de droguets, y créa une usine qui occupait, il y a quelques 
années, jusqu^à cinquante ouvriers. Aujourd'hui, une trentaine 
d'ouvriers suffisent, en raison du ralentissement général des affaires. 

(Monolithe ou pierre branlante, détruit il y a cinq ou six ans). 

Négrelat. 

Pellegerie (La). 

Piégut, 

Puy (Le). Ep. moderne. — Ancien manoir mentionné par Cas- 
sini en 1764, à 1 kilomètre deCussac. — Ce château, incendié en 
partie en 1834, avait une toiture, un pavillon à cul-de-lampe et à 
mâchicoulis du xiv" siècle. — Une tour de 2 mètres 60 centimètres 
de diamètre intérieur se trouve à Tangle ouest ; elle possède une 
fenêtre et une meurtrière. On voit des vestiges d'une tour avancée 
de forme circulaire à environ 7S mètres du château au sud-ouest , 
une troisième, du même genre, devait exister à 300 mètres au 
nord-ouest, car on a trouvé des substruclions de forme circulaire, 
dont les matériaux, qui étaient très solides, ont servi à empierrer 
la route. — Au-dessus d'une porte d'entrée, on voit une date de 
reconstruction : 1658. — Sur des pierres, on voit des écussons et 
des fleurs de lys lapidés. 

Joseph, marquis de Lavergne, propriétaire du château du Puy, 
colonel du régiment de la Fère, meurt à Paris sur Téchafaud en 
1793; sa fille, Marie-Antoinette de Lavergne, épouse au château du 
Puy, en 1812, René, baron de Gageac. Son beau-frère, Auguste de 
Lavergne, meurt sans enfant au Puy, qui échoit à sa pelite-nièce, 
Pauline d'Hugonneau de Boyat, qui épouse Félix Oudot de Dain- 
ville. 

Puymoroux. 

Reille (La). 

Ribières (Les). 

Soumagnas. 

Termenières. 

Vergnolas. 

Villageon (La). 

Oradour-sur-Vayres. — Oratorium. Ancienne église fondée en 
1098 sous le vocable de saint Christophe, patron (Smpuc, t. IV, 
p. 782). Communiants : 2,700. — Cure en 1262 et siège de Tarchi- 



kOKOORAPHIB d'ORADOCB-SUR-VAYRRS. ^79 

prêtre de Nontron, qui y était annexé en 4531. — Saint-Christophe 
de Vayres en 1262, de Vaires en 1311 . — En 1280, Gérald de Mau- 
mont, qni avait reçu de Marie, vicomtesse de Limoges, le château 
de Ghâlus, eut un démêlé avec Aymeric de Rochechouarl, à cause 
du bourg d'Oradour, dont chacun revendiquait la justice et la pro- 
priété fBoNÀVENT., t. m, p. 892). Â celte date, Oradour est appelé 
Burgus Oratorii (Chron. anonyme de Saint-Martial, ap. Duplës- 
Agier, p. 117) 

L'ëvêque de Limoges v faisait les nominations en 1499, 1514, 
1548, 4531, 1555, 1560, 1572, 1573, 1575, 1576, 1579, 1617, 1647, 
1674, 4744, 1762. 

L'archiprétré de Nontron prit possession dans l'église de Saint- 
Etienne de Nontron, le 28 novembre 1555, le 29 dans l'église 
paroissiale de Saint-Jean de Vaires et dans celle d'Oradour, près 
Vaires. Même cérémonial pour les prises de possession en 1556. 
Le 45 juin 1860, il prit en ojitre possession de Saint-Georges de 
Vaires, qui était bien fort ruiné. — Autres prises de possession en 
1571, 1573 et 1578. 

Communauté de prêtres fondée par Jean de Bermondet, bache- 
lier ès-droit, curé du dit Oradour et archiprélre de Nontron, par 
son testament du 6 juin 1531, reçu par Malribus, Boudeau et Fon- 
lanaud, patrons de la communauté. — Les héritiers, puis leurs 
successeurs, en nommaient les titulaires fPouillé de Nadaud). -— 
En 1614, le commandeur de la commanderie de Puybonieux levait 
des rentes sur les paroisses de Champsac, Champagnac, Oradour- 
sur-Vayres; et celui de la commanderie de Saint-Junien en levait 
aussi sur la paroisse d'Oradour-sur-Vayres (Vayssiêre, Ordre de 
Saint-Jean de Jérusalem, p. 112-114). 

En 1698, le marquis du Masnadeau avait des terres dans la 
paroisse d'Oradour-sur-Vayres. 

En 1735, nous trouvons que Jean de Veupeyre, notaire d'Oradour- 
sur- Vayres, est décédé à Thôpital de Saint-Yrieix à l'âge de quatre- 
vingts ans. 

Marguerite de Limoges, dame de Saint-Laurent, fille de Guy, 
cinquième vicomte de Limoges, épouse d'Aymeric VIII de Roche- 
chouart, seigneur de Mortemart et de Pérusse, eut en héritage les 
forteresses et villes de Gorre, Oradour, Cussac, Cussaret, Champ- 
nier, la forêt de Tren et la moitié du domaine de Marval (1242). 
(Hist. de Rochechouart, par Tabbé Duléry.) 

Simon, fils d'Aymeric IX et de Jeanne de Tonnay-Vivonne, 1303, 
était vicomte de Rochechouarl, seigneur de Sainl-Laurent-sur- 
Gorre, de Saint-Auvent, d'Oradour-sur-Vayres, de Brigueil, de 



180 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTOIIIQUK DU LtXOtlSlN. 

SaiaUCyr, de Cognac, de Gorre, de Champagnat, de Ghaillac et 
autres lieux fHist. de Rochechouart, alias). 

En 1763, Pierre Soury, curé d'Oradour; Laurent Brissaud, 
vicaire, et Jean Soury, frère du curé. — Communianls : 2,000; 
sénéchaussée : Montmorillon ; patron : l'évéque; seigneur : M. du 
Mas-Nadaud; décimateur: M. Tarchiprôtre ; gentilhomme : H, de 
Bemy. 

Chapelle au grand cimetière en 1513-1669. 

Oradour(Ziuper«tacttm)(?). Occupe la partie S.-O. du territoire 
de la commune de ce nom. — Sur le plateau qui domine la rive 
droite de la Tardoire. Sur la route départementale de Ghabanais 
à Tulle. — A la source des rivières de Vayres et de la Grenne ; elle 
est arrosée par la Tardoire dans toute son extrémité sud, dont la 
direction est de Test à Touest. Hauteur moyenne, 357 mètres au- 
dessus du niveau de la mer. — Eglise paroissiale aujourd'hui dé- 
truite. — Le sanctuaire et le chœur étaient en style roman ; la nef 
et les chapelles latérales dataient du xV" siècle. — - La chapelle de 
la Sainte- Vierge, qui était en style gothique flamboyant, avait des 
arcatures remarquables. — Aujourd'hui, cure de 2* classe, érigée 
par décret impérial du 28 août 1808. 

Le 6 octobre 1872, les deux vieilles cloches de Téglise d'Oradour- 
sur- Vayres, Tune étant fêlée et l'autre trop petite, ont été descen- 
dues du clocher pour être remplacées par trois nouvelles sœurs, 
fondues par MM. Dulat et Jérôme de Paris. — La plus grande, du 
poids de 930 kilogrammes, avait pour inscription : bénite par 

M. p. TEVUER, ARCHIPRÊTRE DE NONTRON, CURÉ D'ORADOUR S VAYRES; 
PARRAIN : ANNET-FRANÇOIS COUSTIN DU MAS NADAUD, COMTE D'ORADOUR- 
S-VAYRES. — MARRAINE : MADELEINE DE BERMONDET, COMTESSE DE 

BUSSET. PIERRE VIRTON, J. DUPTIN, FAULT J. MORETON, DE BEACUEV, 

MARC BARRON, FONDEUR, L'AN 1714. 

La plus petite, du poids de 52 kilogrammes, portait : parrain : 

CHARLES DE LA PlSSE-GABRIEL. 1613. 

Les trois nouvelles cloches, bénites par Ms' Duquesnay, évoque 
de Limoges, le 22 janvier 1873, pèsent : Tune 925 kilogammes; la 
deuxième, 655 kilogrammes et la troisième, 492 kilogrammes. Elles 
ont coûté 8,500 francs. 

Sur la première, on lit : parrain : m. Mathieu fougeron-laroche. — 

MARRAINE : m"* EMMA LAUBANIE. 

Sur la deuxième : parrain : m. joseph-emile moreau. — marraine : 
m"* marie ferrand. 

Sur la troisième : parrain : m. pierre descubes. — marraine : 
M^** marie besse. — Après les noms des parrains et marraines, se 
trouve inscription suivante sur chaque cloche : 



MOffOGRAPHIK D*ORADOUR-SUR-VATRSS. 3SI 

DBSJAGQUES, CHANOmi HOIfORAIlUS, GUHÉ DOYEN; EDOUARD LAUBAniE, 
DOCTEUR MÉDECirf, MAIRE ; FORESTIER CHAMBONIHAUD , PRÉSIDENT DE LA 
fabrique; AUGUSTE MARGILUUD, JULES FOUGERON-LAROCHEt SECRÉTAIRE; 
LÉONARD DUGOMBEAUi LÉANDRE UUBANIE. 

La nouvelle église fut commencée le 11 mars 1878. La bénédic- 
tion de la première pierre n'eut lieu cependant que le ^ avril sui- 
vant, en présence de plus de 3,000 assistants. — Elle fut livrée au 
culte le 30 octobre 1879, et enfin consacrée par Vl«^ Blanger, évo- 
que de Limoges, assisté de M»' Rougerie, évéque de Pamiers, en 
présence de 40 prêtres et d'une foule immense. 

En faisant les fouilles pour la construction de la nouvelle église, 
on a trouvé différents objets, tels que vases en terre cuite, grains 
de chapelets en jais et des monnaies, dont une pièce de 6 livres de 
Louis XVI, frappée à Pau et datée de 1786, qui autorisent à penser 
que les prêtres et les notables du bourg ont été enterrés à 
proximité de Vancienne église, jusqu'à une époque rapprochée de 
la nôtre. 

Une hache celtique en silex a été trouvée près d'Oradour. 

Le bourg est sillonné par des souterrains-refuges. On voit encore 
rentrée de Tun d'eux dans la tranchée du chemin de fer qui avoi- 
sine la gare, et qui passe sous le champ des Gluzeaux. 

Par arrêté du préfet, transmis par Odon de Lestrade, sous- 
préfet de Rochechouart, l'adjudication de deux arbres peupliers 
plantés sur la place d'Oradour est ordonnée (5 janvier 1816). Le 
prix de vente sera employé à faire faire une croix, qui sera placée 
sur la place, au-devant de l'église : Léonard Desliat, boulanger, 
s'est rendu adjudicataire pour la somme de 37 francs. 

Gomme habitations du moyen-âge, on ne trouve plus dans le 
bourg que la maison Ducombeau (dite Château).. 

Noms des curés que j'ai pu retrouver : 1606, Teuliet, vicaire ; 
1624, Moreau et Jalade, vicaires; 1631-1632, Blanchon, vicaire; 
1633, Morland, sacristain; 1637, Mandon et Blanchon, vicaires; 
Berchenain, sacristain; 1647-49, Bayle, curé; 1674, 1676, 1677, 
1680, 1683, 1684, 1688, 1691, 1692, 1694, Paul Dubois, curé, mort 
en 1710; Hayraud, vicaire; 1688, 1692, 1694, 1696, Faure, vicaire; 
1687, Guéry, vicaire; 1690, Dubois, vicaire; 1691, Lemasson, 
vicaire; 1698-1699, Delauge, vicaire, mort en 1701, à l'âge de 
vingt-neuf ans; 1710, Pierre Teuiller, archiprêtre, mort le 28 oc- 
tobre 1738, à rage de soixante et un ans, a remplacé Dubois ; 1712, 
Rousseau, vicaire; 1714, Fault, vicaire; 1718, 1716, 1717, Groizet, 
vicaire; 1718, Pierre Berchenain; 1719, Par veau, vicaire; 1720, 
Audoyn, vicaire; 1721, 1730, Mazeyraud, vicaire; 1722, Désisle, 
vicaire; 1730 à 1743, Gharon, curé; 1732 à 1734, Rey (Jean); 
T. xxxvn. tè 



Zki 80CIRTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTOEIQUE DU LlMOUSlfl. 

1734, Roche, vicaire; 1744, 1748, 1760, 1789, 1761, Bussière, 
curé, mort en 1762, à soixante et un ans; 1744, Brandy, vicaire; 
1746, Longeaud de Charbonnière, vicaire; 1748, Blancheton, 
vicaire; 1781, Puyjolet, vicaire; 1783-1788, de La Brunie, vicaire; 
1789, Albin, vicaire; 1761, Nénert, vicaire; 1762, Nénert et Bris- 
saud, vicaires; 1762, 1769,1778, 1777, 1779, 1791, Soury, curé, 
précédemment à Châlus, installé le 29 avril 1762; 1767, Soury, 
Duvernet, vicaires; 1769, 1777, 1779, 179i,Brissaud, vicaire; 1782- 
1804, Jupile de Lagrange, curé; 1804, Laurent, vicaire; 1827, 
Tournois, vicaire; 1828, Barnyde Romanet, vicaire, et Courtaud; 
1830, Malhieu, vicaire, et Ruchaud; 1832, Roche, vicaire; 1834, 
Pailler, vicaire. 

Le 8 octobre 1738 a été enterré dans l'église d'Oradour, Jacques 
Longeaud, prêtre, âgé de quarante ans, en présence de Élie Rou- 
coules, curé de Saint-Jean-de-Vayres ; Pierre Judde, curé de Saint- 
Pierre-de-Vayres ; Antoine Delbés, vicaire de Champagnac, et 
Jean-Baptiste Robert, vicaire de Cussac (Reg. paroissiaux). 

La commune d'Oradour, qui compte 3,484 habitants, a une " 
superficie de 3,910 hectares. Une foire assez importante se tient 
les S de chaque mois au chef-lieu, dont la fête patronale a lieu le 
28 juillet. La commune comprend les villages suivants : 
Ages (Les) 
Anvers. 
Arcis (Les). 
Barbarie (La). 
Barotttie (La). Moulin. 
Beauséjour. 
Bizardies (Les). 
Blancher (Chez). 
Bordex (Les). 

Boucheron (Le). Eglise de fief dans les premières années du 
xvn* siècle. — Le neufvième décembre mille sept cent vingt-un, a 
esté baptisé dans l'église paroissiale d'Auradour-sur-Vayre par 
moy soubsigné, damoiselle Marie-Françoise-Henrie Coustin, fille 
naturelle et légitime de Monsieur François-Annet Coustin, comte 
d'Auradour et seigneur de Blanac et autres places, et de dame 
Jeanne-Henriette de Beynac, sa femme, laquelle est née le vingt- 
huit du mois de novembre, au château du Boucheron. Le parrain 
a esté Monsieur François Coustin, marquis du Mas-Nadaud, et 
mareine dame Mariane de Bermondet, qui ont signé avec moy, 
par. .... reverendissime père en Dieu. Signé : François-Pierre de 
La Guérinière, abbé général de Tordre de Grandmont ; de Coustin 
Masnadeau, Marie-Anne de Bermondet. (Reg. paroissiaux). 



MONOGRAPHIB D*0RADOIIR-SUK-VATRKS. 283 

Bougerie. 

Boaroazeaa. (Chapelle détruite en i64â). Feldspath. 

Bregères (Grandes). Pierre-borne avec date de 1789 et P. U. B. 

Bregères (Petites). 

Brosses (Les). Gh&teau. 

Ghalards (Les). 

Chantallouette et Baffecoen. 

Ghandos. 

Chapelle (Les), près de la Petite-Côte. — Chapelle da Roazaud 
(roseau en français), en 1645. Détruite. (Pouillé de Nadaud). 

Ghàlenet (Le). 

Ghenin (La). Ecole de hameau fondée en 1880. Tumulus. 

Chouettes (Les). 

Cimetière (Le Bas). 

rx>ntie (La). 

Côte (La). 

Cure-Bouteille. 

EcubiUon (L'). 

Elysée (U). 

Fiateau (Chez). 

Fougeras. Tumulus que j*ai fouillé. 

Frais (Les). 

Fressignas. 

Gardelles (Les). 

Gros-Bos(Le). 

Lacroix (Chez). 

Lsjout. 

Lande (La). 

Lande (La), ou Chez-Mizet. 

Lauzanne. 

Linge (Chez Le). 

Manvin. 

Masseix (Le). Souterrain chez un nommé Chambon. Monolithe 
détruit pour empierrer la route. 

Maison-Neuve (La). 

Maurie (La). 

Haurinas. Monolithe sur une colline dominant la Tardoire. 

Monnerie (Grande). 

Montagnies (Le). 

Morelle (La). 

Moulinasse (La). 

OUières (Les). 

Palaines (Les). 



i%À SOCIÊTé ARCgÈOLOdiqUR 17 lit«TOMQt)E DO UllOOSltf. 

Parade. Tuiles romaines. 

Planitaud. 

Point (Le). 

Pommier (ChezJ. 

Ponly (Le). 

Poulueix. 

Pouméroulie (La). Les Registres paroissiaux mentionnent une 
nombreuse famille de La Pouméroulie, de 1712 à 1792., 

Pouze (La). 

Puychevalier. Fief ayant appartenu à la famille de Bernis. Habi- 
tation des comtes d'Oradour. 

Puymoreau. Ecole de hameau. Il y avait autrefois une tuilerie. 

Rivaiidon (Le). 

Serve (La). 

Tamanie (La). Demi dolmen renversé, où je n'ai trouvé que 
quelques débris de charbon de bois et un morceau de tuile romaine 
à rebord. L'hôpital du Dorât et les prêtres de la llission, de 
Limoges, avaient des rentes sur ce village au xvm* siècle. En 1719, 
existait un sieur Virthon de La Tamanie. 

Therme (Le). 

Tronchaise (La). 

Tuileries (Les). Deux tuileries en activité datant de deux siècles. 

Vents (Les Quatre). 

Vergues (Les). 

Villeneuve. 

Villotte(La). 

Saint-Bazile. — Alias Saint-Baseri, — Basilidis en 1404, 1476, 
ce qui semble dénoter Saint-Basilide et Saint-Nabor. Saint-Basilide 
en 1311. Sanctus Basilicm eu 1475. Oratorium Saint-Basilu^Chron. 
de Maleu, 1316, p. 90). Cure : 390 communiants; palran : saint 
Biaise, martyr. 

Ancienne église construite dans le courani du ix* siècle (?). Le 
prieur de Saint-Jean-de-Cole y a fait les nominations. L*évéque de 
Limoges les fait depuis 1475. Elle fut donnée en bénéfice à Vab- 
baye de Beaulieu en 894; fut sous la dépendance, de Maumont, 
1322, et reçut en 1531 le patronage de Tévéque de Limoges. Vicai- 
rie de Saint-Basilide fondée par Jordain, prévôt-curé de Champniers 
qui vivait en 1300. (Rép. arch., E. Grignard). (Pouillé de Nadaud). 

La voûte de Téglise est en style gothique. Les arcs et les arêtes 
retombent le long des murs sur huit pilastres ménagés dans Tépais- 
seur du mur. Sur chacun de ces pilastres, à l/intersection des 
arêtes, se trouve un écusson dans lequel on remarque en relief un 



MONOOIAFHIB D*ORAD0UR-SUR*VAYRBS. 985 

aigle éployé. Sur les huit contreforts extérieurs se trouvent les 
indnies écussons. Il n*y a qu'une seule travée. 
La cloche porte : ^ l'an 1611. Sous la mairib de m' ges Léonard, 

J*ÀIETE BENITE PAR M' GhENOUX; MON PARRAIN A ETE M. L. LeCLEC, E VA 

marraine, om* Jeanne Boulesties. La porte d'entrée est de style 
OgivaL ÀU'dessuB d'elle se trouve une rangée de moulures frustes 
figurant des têtes humaines et des têtes d'animaux. En guise de 
clocher, un mur triangulaire s'élève au-dessus de la porte princi- 
pale h une certaine hauteur, et au centre, environ, a été ménagé un 
espace où se trouve placée la cloche à laquelle on aboutit par une 
échelle abritée par un petit toit. 

Faute de presbytère, il n'y a pas toujours eu à Saint-Bazile de 
réaident. Le dernier était le curé Chiroux. En 1721, Goustin du 
Mas-Nadaud était baron de Saint-Bazile. 

Gibot, curé en 1704. 

Pierre Judde, curé en 1762-1763. Gommuniants : 260; sénéchaus- 
sée de Montmorillon ; patron : Tévôque; décimateur : le curé et 
M"' de La Reille; seigneurs : M. du Mas-Nadaud et M. de Ber- 
mondet. 

1793. — François-Léonard de Belair, curé, né en 1739 ou 1740, 
mort sur les pontons le 13 août 1794, à Tâge de cinquante-cinq ans. 
Avait été nommé curé en 1772. 

La Tardoire forme la limite naturelle de la commune de Saint- 
Bazile au sud. Le chef-lieu en occupe la partie Est, et se trouve 
situé sur un plateau, à droite de la Tardoire, à une hauteur 
moyenne de 295 mètres au-dessus du niveau de la mer. 

La fête patronale de Saint-Bazile a lieu le 2 février de chaque 
année, jour de la Purification. Des dévotions sont faites ce jour-là 
par les gens du pays et des départements voisins qui y viennent en 
foule. Après les prières d'usage, pendant lesquelles les pèlerins 
brûlent des cierges, on se rend à une fontaine qui a, m'a-t-on dit, 
la propriété de préserver les animaux des maladies. Aussi voit-on 
les pèlerins jeter dans la fontaine des petits paquets renfermant de 
la laine, du lard, des plumes d'oiseaux et même des œufs! Une 
fois les dévolions accomplies, les pèlerins festoient, dansent et sou- 
vent même boivent plus que de raison. 

Cette commune, qui a 527 habitants et 858 hectares d'étendue, 
comprend les villages suivants : 

Abbaye (U). 

Bacherat. 

Baron (Le). 

Besse (La). Restes de tour. 

Bethoule (La). 



286 SOCIÉTÉ ARCHÉ0L06IQUB ET HI8T01IQDK DU LIMOUSIN. 

Côte (La). Cimetière actuel de Saint-Bazile. 

Epinasse (L'). Cimetière gallo-romain découvert en 1887. J'y ai 
recueilli des outils en silex et des tessons de poterie romaine ayant 
appartenu à des vases divers, tels que dolium, patères, etc. Quel- 
ques morceaux sont en poterie samienne à dessins en relief. 

Forgeas ou Les Forges. (Forgetas, Nadaud, p. 164). Moyen âge. 
Restes d'un ancien prieuré sous Tinvocation de sainte Quitterie, 
martyre d'Espagne; 22 mai, fondée au commencement du xiv* siè- 
cle. La chapelle tomba en 1751. Relevait en 1352-1604 du prieuré 
du Chalard, passa sous le patronage de Tévéque de Limoges en 
1679 et fut ruinée en 1751. Existait en 1783. Chapelle appelée du 
Loup. (Fouillé de Nadaud). On signale une marniëre considérable. 
Carrière de blanc d'Espagne. Il y a aussi un étang, mais sans 
importance. 

Forgeas (La Tuilerie de). 

Laubanie. Ep. moderne. Ancien manoir mentionné par Cornuau 
en 1782. (E. Grignard, Rép. arch.). Etang sans importance. 

Maison-Neuve (La). 

Maison-Neuve (La Tuilerie de La). 

Maison du Ruisson. 

Moulin-Neuf (Le). 

Pairie (La). 

Pont (Le). 

Poulier (Le Grand). 

Poulier (Le Petit). 

Vanoermarcq. 



DOM PRADILHON 



Pradilhon (Jean-Baptiste) naquit à Eymoutiers en 1640. D'après 
les actes paroissiaux qu'a consultés M. Alfred Leroux, il fut baptisé 
le 24 décembre ; il était fils de. maître David Pradillon, sieur du 
Champaufaure (1). 

Une note de ces mômes registres nous apprend que Pradilhon, à 
peine âgé de dix-huit ans, c'est-à-dire le 15 février 1658, entra 
dans la congrégation des Feuillants, réforme de Tordre de Cîteaux, 
fondée à la fin du xvi* siècle par Jean de La Barrière. Il fit son 
noviciat dans Tabbaye de Feuillens, située dans l'ancien diocèse de 
Rieux, à dix lieues de Toulouse (2), abbaye qui a donné son nom à 
la Congrégation. Il prit en religion le nom de Jean-Baptiste de 
Sainte-Anne. 

Dom Pradilhon a été oublié dans la Biographie universelle de 
Michaud et dans la Biographie générale du docteur Hoefer. Toute- 
fois il en est fait mention dans le grand Dictionnaire de Moréri 
(supplément de 1749, et dernière édition, en dix volumes, de 1759). 
Une courte biographie, tirée des manuscrits de l'abbé Vitrac, a été 
publiée dans les Annales de la Haute-Vienne de 1813 (p. 117). On 
lit dans cette dernière notice que J.-B. Pradilhon, après avoir fait 
d'excellentes Humanités, réussit dans toutes ses études, et môme 
dans les arts d'agrément. 

Son mérite et ses vertus rélevèrent aux premières charges de 
son ordre. Il fut élu quatre fois abbé général de la Congrégation 
des Feuillants. Une première fois, à l'âge de quarante ans, en 1681 
(on sait que l'élection de l'abbé général avait lieu tous les trois 

(<) Inventaire des archives communales d^ Eymoutiers, p. 93. 
(S) Aujourd'hui La Bastide de Feuillans, canloa de Hicumes, arron- 
dissement de Muret (Haute-Garonne). 



388 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

ans) ; une troisième fois en 1696, et une quatrième fois en 1699, 
deux ans avant sa mort. Il avait de grands talents pour le gouver- 
nement monastique et pour la direction des âmes. On fait Téloge, 
dans son épitaphe, de sa science et de son habileté ; on célèbre 
ses vertus, sa foi, sa piété, sa douceur et son zèle. 

n était fort veinsé dans notre histoire et dans la connaissance des 
généalogies, surtout en ce qui concerne les grandes familles nobles 
du Limousin. Paléographe habile, travailleur infatigable, il a fait 
des recherches dans les archives de la plupart des abbayes et des 
monastères du Limousin. Peu soucieux delà renommée, il envoyait 
le fruit de ses recherches à des savants de Paris, à Gaignières, à 
Baluze ; il fut notamment le collaborateur de Charles d'Hozier, 
pour les généalogies des grandes familles de France. 

« Homme d'un rare mérite », dit Vabbé Nadaud. Son portrait 
est dans la salle des Feuillants de Limoges (1). 

Une note de M. Alfred Leroux nous apprend que « dom Pradilhon 
a été, concurremment avec Léonard Bandel, le correspondant de 
Gaignières en Limousin. Les extraits d'actes qu'il communiqua h 
ce savant se retrouvent aux tomes CLXXXIII, GLXXXIV et 
CLXXXVI de la collection Gaignières, à la bibliothèque nationale. 
Ces communications portant le nom de leur auteur, on peut affir- 
mer, d'après la nature et l'origine des pièces, que dom Pradilhon 
visita et exploita, à Limoges, les archives du chapitre de la cathé- 
drale, de l'abbaye de Saint-Martial, de l'abbaye de Saint-Martin, 
du couvent des Cordeliers » ; en dehors de Limoges, les archives 
du chapitre d'Eymouticrs ; et dans le Bas-Limousin, les archives de 
Tulle, d'Uzerche, Bonlieu, Treignac et Glandiers. 

Quelques-unes de ces communications sont datées : 1683, 1687, 
1689, 1690 et 1691. 

Dans les quatre années suivantes, dom Pradilhon fut en corres- 
pondance avec Baluze. Nous devons à M. Emile DuBoys la trans- 
cription de plusieurs lettres adressées par lui à ce savant, et qui 
sont datées de Limoges, de Tulle et de Bordeaux. 

Baluze, qui travaillait alors à ses Vies des papes d'Avignon, ayant 
écrit à dom Pradilhon, le 5 janvier 1692, pour lui demander quel- 
ques renseignements sur le cardinal Audoin Albert, neveu du pape 
Innocent VI (Etienne Aubert), dom Pradilhon lui répondit, dans 
une lettre datée de Limoges, le 16 janvier suivant, « qu'il avoit 
beaucoup de plaisir à obliger une personne de son mérite et qui 
travailloit si utilement pour le public. » « Je fais des recherches, 

(\) Mém. mss„ l. IV, 3» cahier, p. 469. (Mss. appartenant à M. Emile 
DuBoys). 



DOM fflADILRON. ^89 

ajouta-t^il, pour servir à la généalogie des maisons nobles de cette 
proTiace, et voicy ce que j'ay d'Albert. Cette famille est sortie d'un 
lieu nommé Le Mont^ paroisse de Beissac, dans la terre de Pompa- 
dour ». Puis il cite dirers actes relatifs à cette famille. 

Baluze ayanl répondu le 39 janvier suivant, dom Pradilhon lui 
envoie de nouveaux détails sur la famille du pape Innocent VI, et 
11 termine par ces paroles : « Gomme j'ay beaucoup de mémoires 
de différentes familles de la province, j'ay sans doute plusieurs 
choses qui appartiennent à nos cardinaux ; si j'en avois les généa- 
logies entières, je vous les envoyerois volontiers, mais je n'ay 
encore que des parties informes, et pour vous ayder utilement, il 
faudroit estre à Paris, car une conversation de demi-heure vaut 
mieux que cent lettres; mais je ne sçais pas quand je pourray faire 
ce voyage, » 

Dans une troisième lettre, datée de Limoges (12 mars 1692), il 
donne encore des renseignements sur d'autres membres de la 
famille Albert. 

Dans une quatrième lettre, datée de Limoges (4 avril 1692), dom 
Pradilbon annonce à Baluze l'envoi des trois volumes in-folio du 
P. Bonavenlure Saint-Amable qu'il a achetés pour lui au prix de 
12 livres (brochés), et il dit que « dans cet ouvrage, il y a beaucoup 
de simplicité et peu de jugement, mais d'assez bonnes matières 
pour l'histoire du pays, sans que l'auteur cite d'où il les a puisées. 
Le premier tome est tout pour l'apostolat de saint Martial contre 
M. de Launoy et autres ; le deuxième est la vie de saint Martial, où 
il a mis plusieurs actes des fondations des églises et des monastè- 
res; le troisième est en forme A* Annales de la province où il y a 
bien des curiosités ». 

En réponse à une question de Baluze, dom Pradilhon dit que « la 
terre de Tranchelion est près de Pierre-Buffière, et le château est 
situé dans le faubourg de cette ville. « J'ay remarqué, ajoute-t-il, 
que les anciens seigneurs de Tranchelion se nommoient indiflférem- 
vaeniDmie Trancaleone, o\x Dns Castri-inferioris de Petra-Bufferia. 
Cet usage était assez commun dans le xm* et xiv® siècle; j'en ay vu 
de mesme àPompadour et à Gimel, où des gentilshommes se disent 
Dus Castririnfetiam de Pùtnpadorio, de Gimello.,, C'estoicnl de 
nobles vassaux des grands seigneurs, possesseurs du chasteau prin- 
cipal. D 

Dom Pradilhon ajoute à sa lettre le tableau généalogique de la 
famille La Garde de Tranchelion, qui manque dans le Nobiliaire de 
Nadaud. 

La cinquième lettre, datée de Limoges (19 juin 1692), débute 
ainsi : « Monsieur, j'ay esté longtemps sans me donner l'honneur 



â90 SOCifcTÂ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LTMOUSIK. 

de vous escrire, à cause d'une attaque de goûtes qui m^a tenu près 
de deux mois ; je vais revoir vos lettres, et respondre aux articles 
qu'elles contiennent. 

» Lorsque mes pieds seront plus affermis, je verray les tom- 
beaux des cardinaux de Chanac et d'Argfeuille 

» J'ay donné un mémoire à un chanoine-sindic de Saint-Eslienne 
pour le testament du cardinal de La Porte; il m'a promis de le 
chercher, et je le presse tous les jours par les raisons que vous me 
marqués; mais à vous dire le vray, je n'ay pas bonne opinion du 
succès. Ces Messieurs se sont rendus si difficiles à communiquer 
leurs titres qu'ils en sont i-idicules. Cependant cela desrobe bien 
des connessances à l'histoire, car on tient que ce thrésor est bon ; je 
vous promets de ne point perdre de temps à presser sur cet article. 
» J'espère mieux réussir pour celui du cardinal de Chanac, dès 
que je pourray voir mes amis de Saint-Martial. 

» S'il est vrayque Petrus de Pipemo^ prevost d'Esmoutiers en 
1293, ail esté fait cardinal en 1298, il aura succédé à un autre car- 
dinal dans ce bénéfice, qui estoit Petms de Capella. 

» A l'esgard de Guillelmus de Roffiliaco, prévost d'Esmoutiers, 
j'ay dans mes extraits qu'il estoit prevost en 1369, et je ne crois 
pas m'estre trompé; je remarque dans quelque catalogue que j'ay 
dressé des chanoines de Saint-Estienne qu il en estoit chanoine en 
1332, 1341. Phisieurs de ses prédécesseurs estoient prevosts dEs- 
moutiers et chanoines de Limoges en mesme temps. Je trouve ce 
mesme Guillaume de Rofflliac officiai de Limoges et vicaire de 
i'évesque dans des hommages rendus à Tévesché, sans date. 

» Dans ce dernier voyage d'Esmoutiers, j'ay trouvé la carte des 
anniversaires de cette église, et comme on les devoit célébrer pour 
l'an 1598. J'en ay pris copie, parce qu'il m'a paru fsicj des anni- 
versaires fort anciens et jusques à l'evesque de Limoges, Turpin 
d'AubussoD, ce qui peut prouver l'antiquité de cette église. 

» Puisque vous travaillés sur le cardinal de La Porte, vous devés 
sans doute sçavoir tout ce qui le concerne; je ne laisse pourtant 
pas de vous offrir le catalogue des chanoines qui assistèrent à son 
élection. Il y en a vingt-sept dont vingt sont des plus nobles famil- 
les de la province. » — Suit un texte sur cette élection tiré des ar- 
chives de Saint-Etienne. 

A cette lettre est joint le tableau généalogique de la famille de 
Chanac. 

Il n'est pas douteux que Baluze, qui fit paraître l'année suivante 
(1693) ses Vies des papes d'Avignon, a utilisé dans son ouvrage les 
notes savantes que dom Pradilhon lui a envoyées sur les cardinaux 
Limousins. 



DOM PRADILHOIf. 291 

La sixième lettre est datée de Tulle, 26 août 1694. Elle com- 
mence ainsi : 

« Monsieur du Verdier m'a montré dans vos lettres les marques 
de votre souvenir. Je viens, Monsieur, vous faire mes remercie^ 
ments et vous assurer que rien dans la vie ne me peut estre plus 
agréable que d'avoir quelque part d'un honneur qui est recherché 
par tous les honestes gens du siècle. » 

Après quelques notes historiques sur certaines familles du Bas- 
Liaiousin, il termine ainsi : « Je ne veux pas finir sans vous remer- 
cier de tous les honneurs que je reçois de M. votre frère et de 
M. du Verdier, parce que j'ay l'avantage d'estre de vos amis. Il y 
a mesme deux grandes et belles niepces qui veulent y prendre 
part. L'aisnée surtout me conte avec plaisir mille et mille obliga- 
tions qu'elle vous a, et les impatiances où elle est de vous voir. Je 
m'asseure qu'elle vous en aura de plus essentielles dans quelque 
temps : elle les mérite asseurement, estant aussy bien faite qu'on 
peut le souhaiter. 

» P.'S.— Je partiray dans la semaine prochaine pour aller faire 
une longue résidence à Bordeaux. » 

La septième lettre est datée de Bordeaux, 5 janvier 1698. Elle 
débute ainsi : « Le renouvellement de Tannée m'avertit. Monsieur, 
que je dois vous rendre mes devoirs et me renouveller dans le 
souvenir d'une personne que j'honorerai toujours parfaitement. » 
Dom Pradilhon mourut à Paris, dans le couvent des Feuillants 
du faubourg Saint-Honoré, le 25 septembre 1704, âgé de soixante 
et un ans, et fut inhumé dans le monastère de Saint-Bernard* 
Piganiol de la Force, dans sa Description de Paris, rapporte l'épi- 
tapbe dont ses confrères ont honoré sa mémoire et orné son tom- 
beau : 

Ad immortalem vitam proficisc6ns, 

Mortalilalis sarcinam hic deposuit 

ReTerendissinitts Pater 

D. Joannes Bapiisia A Sancla Anna PradilloD, 

Pairia Lemovicns. 

Yir in multis egregias, 

Qaem qaater in praesulem sibi elegerat 

Tota Congregatio Fuliensis ; 

HuQC ad magna natum majoraqae spirantem 

Frontis houos et totius corporis habilus 

Arguebani. 

Dignam tali hospilio animam 

Non una vlrtas, non una ornabat scientia, 

Maxime quœ viram decet alioram moderamini invigilantem, 

Pides recta, sincera pielas, pradens religionis zelus, 

Temperala justiiiœ finibus mansuétude, 



19S SOCIÉTÉ ARGHéOLOOIQVK ET HI8T0RIQUV DU LIMOUSIN. 

Divinaram, Hoinanarumqot Legum 

Perilia singularis; 
Aaimorum quamounque in pariem 

Vellet adducandorum, 

Arte proreas alupend pollebat : 

Gujus exercends dexteritaiem 

Et industriam plerique suavitalem omnes 

Admiratî sunl. 

Nullus facile assequetur 

Obiil Yll. kal. oelob. anno Uomiiii M. OCCI. 

iCUlissue LXI(l). 

iPITAPHE DE DOM PHADILLOM. 

Partant pour la vie immortelle» 

Le très révérend père 

Dom Jean -Baptiste de Sainte^ An ne Pradillon, 

né en Lfmoasin, 

Déposa ici le fardeau de la mortalité. 

Homaie disiiogué en beaucoup de points, 

Que toute la GongrégaiioD des Feuillanla 

Avait élu quatre fois pour boq général; 

La majesté de son front et tout son extérieur 

Nonlraienl qu'il était né pour de grandes choses 

Et qu*il pouvait aspirer au plus haut rang ; 

Plus d'une vertu, plus d*une science 

Ornaient son âme digne d*un tel corps. 

il avait surtout ce qui convient à un homme appelé à veiller 

Sur la conduite des autres; 

Une foi droite, une piéié sincère, un zt\e religieux plein de prudence, 

Une douceur tempérée par les règles de la justice, 

Une habileté peu commune dans les lois divines et humaines; 

11 avait un art merveilleux [pour diriger les esprits] là où il 

voulait les conduire; 

La plupart admiraient son habileté, 

Tous admiraient sa douceur; 

Nul n^atleindra ftieilement [ua pareil modèle]. 

Il mourut le Vil des calendes d'octobre, Pan du Seigneur MCCI, 

k l'âge de LXi ans. 

On a de lui : 

1° Praxis jum Puliêtisis, Paris, Josse, 1676. Nous ne connaissoDS 
aucun exemplaire de cet ouvrage (2). 

(I) PiGANiOL DE LA FoRCS, OescHpHon de Paria, U H, p. 383 et 384. — 
MoHÉRi, Supplément de 1749, t. II, p. 304. 

(t) Praxis juris prp coogregatione B, Martini FuliensiSi 1675 (Nadaud, 
Fouillé /ïw., p. 36). 



DOtl PRADILHON. 293 

2" Histoire de la fondation des religieuses Feuillantines à Tou- 
louse, etc. — Bordeaux, 1696; Paris, 1699. 

Cet ordre des Feuillantines, fondé par Jean de La Barrière en 
1588, s'établit d'abord à Montesquieu-Volvestre, puis se transporta 
à Toulouse, dans un monastère du faubourg Saint-Cyprien. 

3* La Conduite de dom Jean de La Barrière, premier abbé et ins- 
tituteur des Feuillens, durant les troubles de la Ligue, et son atta- 
chement au service du Roy Henry III, par un religieux feuillant. A 
Paris, chez François H. Muguet, M D. XCIX, in-12. 

Nous lisons dans le Supplément de Moréri, 1749 : « Cet ouvrage 
contient une critique de ce qu'a écrit sur ce sujet Jean Le Labou- 
reur, dans ses Additions aux Mémoires de Castelnau, » 

Nous possédons un exemplaire de cet ouvrage. 

4® Des mémoires manuscrits, cités par l'auteur du Supplément de 
.Ifor^'^ imprimé en Hollande en 1716. Il est cité également dans 
l'ëditioa de 1733, t. VI, article Souillac, 

L'abbé Arbbllot. 



Dom PradilloD avait dédié son Praxis juris Fullensi» k Pierre Régie r, 
abbé des Penilkants du monaslère de SaiDl-Marlin-Iôs-Limoges. 

(Voir Nàdaud, Mém. ma., 1. 1, p. 167. ^ Lcgros, Abbayes du Limousin, 
|>. H9}. 



L'ABBÉ OROUX 



Oroux (Etienne) naquit à Saint-Léonard le 14 septembre 17Î0; 
il était fils d'Etienne Oroux et de Marguerite Lafont (1). Doué d^une 
aptitude rare, et unissant à beaucoup de facilité un grand amour 
du travail, il fit, avec une distinction marquée, au collège des 
Jésuites de Limoges, ses cours d'humanités, de rhétorique, de 
philosophie et de théologie. M^ Jean-Gilles de Coëtlosquet ayant 
pris possession du siège épiscopal de Limoges en 1740, Tabbé 
Oroux soutint en présence de ce prélat une thèse publique, qu'il 
lui avait dédiée, et qui lui valut les témoignages les plus flatteurs 
et des applaudissements universels. Cette thèse embrassait tous les 
traités Ihéologiques, tant dogmatiques que moraux. La justesse de 
coup d'œil et la précision de langage que l'abbé Oroux montra dans 
l'exposition des principes, la force et la solidité avec lesquelles il 
développa ses preuves, la netteté de dialectique qu'il déploya dans 
la solution des difficultés qui lui furent présentées, frappèrent 
l'évéque de Limoges, qui devint le protecteur du jeune théologien; 
et, quand l'abbé Oroux fut ordonné prêtre, ce prélat se l'attacha 
en qualité d'aumônier (2). 

En 1758, Mp" de Coëtlosquet fut appelé à la cour pour l'éducation 

(I) a Le U septembre HiO, j'ai baptisé un fils légitime du sieur 
Etienne Auroux (sic), et de Marguerite Lafont, sa femme; lequel était nà 
à quatre heures du matin dadit jour; on lai a donné le nom d'Etienne. 
Son parrain a été Etienne Lafont, sieur d'Epagne, et sa marraine de- 
moiselle Marie Ouroux {sic), lesquels ont signé avec nous : E. Lafont, 
Marie Oroux, Fahgbaud, prêtre, chanoine de Saint-Léonard, par ordre de 
M. le curé. (Registres de la Mairie de Saint-Léonard). 

(î) ViTRAC, Dict, me. 



l'abbé onoux. 295 

du duc de Bourgogne, et cette année même il se démit de son évô- 
ché. Il emmena avec lui Tabbé Oroux, et il s'en servit utilement 
dans Fexercice des fonctions très honorables, mais difficiles et 
délicates, qu'il avait à remplir. Après la mort du duc de Bourgo- 
gne (1760), ce même prélat fut successivement précepteur des 
autres fils du dauphin, du duc de Berry (depuis Louis XVI), du 
comte de Provence (Louis XVIII) et du comte d'Artois (Charles X). 

Pendant son séjour à Versailles, l'abbé Oroux trouva le temps de 
composer de savants ouvrages. En 1759, il datait de cette ville un 
article adressé aux Mémoires de Trévoux; l'année suivante (1760), 
il dédiait à la reine, Marie Leczinska, sa Vie de saint Léonard : il 
était alors chanoine de l'église de Saint-Léonard deNoblac; mais 
les fonctions qu'il remplissait à la cour le dispensaient de la rési- 
dence. Il fut plus tard nommé chapelain du roi, et pourvu de 
Tabbaye de Fontaine-le-Comte (1) en Poitou (1774). Quatre ans 
après, il dédiait au roi Louis XVI son histoire de la chapelle du 
roi sous ce titre : Histoire ecclésiastique de la cour de France, 

En quittant Versailles, vers 1775, l'abbé Oroux vint habiter sa 
ville natale. Le 24 juin 1778, iî présidait, en l'absence de l'évéque de 
Limoges, la brillante cérémonie de la clôture de TOstension (2). Il 
mourut à Saint-Léonard, dans une maison qui est aujourd'hui 
annexée à l'hospice, le 7 septembre 1786, à l'âge de soixante-six 
ans et il fut inhumé le lendemain dans le caveau des chanoines, situé 
derrière le chœur de l'église de Saint-Léonard (3). 

(1) Et non pas Fontenay-le^Comte, comme le disent Tabbé Vitrac, la 
FeuUle hebdomadaire, etc. L*abbayc de Fonlaine-lc-Comte, à deux lieues 
sud-ouest de Poitiers, donnait un revenu de 3,000 livres. 

(8) VU de saint Léonard (1863), p. 139. 

(3) Le môme jour (8 septembre) an susdit («786), a été inhumé au tom- 
beau du chapitre vénérable mcssire Etienne Oroux, prôlre, abbé commen- 
(lalaire de Fontaine-le-Gomte, ancien chapelain du roi, chanoine honoraire 
de Saint-Léonard, décédé hier (7 septembre), rue Aumônlère, âgé d'envi- 
ron soixante-six ans et muni des sacrements de TËglise. Ont assisté au 
convoi : M' messire Mathieu Lafont, prêtre et chanoine de Saint-Léonard 
et Jacques Martin, curé de la Chapelle. 

Lafond, chanoine ; Farge, vicaire ; Martin, curé de la Chapelle. 

Dans le procès-verbal d'apposition des scellés sur la maison où décéda 
Tabbé Oroux il est dit que « ledit Oroux était en pension depuis environ 
onze ans (4775), chez la dame veuve Lanouaille et ne possédait en pro- 
pre aucun meuble, mais seulement des effets {sic), » Septembre 1786. 

(Archives départementales, fonds du Présidial. — Note communiquée 
par M. Alfred Leroux, archiviste.) 



i9^ SOCIBTft ARCRÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

Des vieillards qui l'avaient connu nous ont parlé de ses qualités 
aimables, de la douceur de son caractère, de son enjoûmenlet de 
sa bonté. Il n'était pas seulement recommandable par sa vaste 
érudition > mais encore par sa piété et par la pratique des vertus 
chrétiennes et sacerdotales (1). 

On a de lui les ouvrages suivants : 

1*» Histoire de la vie et du culte de saint Léonard du Limi)usin. — 
Paris, chez J. Barbou, 1760, un vol. in-12. Au mois de Juillet 1760, 
l'abbé Oroux eut l'honneur de présenter ce livre à la Reine, à Mon- 
seigneur le dauphin, à Madame la daupbine et à Monseigneur te 
duc de Bourgogne (2). 

Cet ouvrage, accompagné de savantes dissertations et suivi de la 
liste des prieurs de Noblac, est fait avec méthode, et accuse de 
grandes recherches et une érudition de première nmin. D est tou- 
tefois à regretter que la critique y règne souvent aux dépens de la 
piëlé, et que l'auteur, prenant Baillet pour modèle, ait négligé le 
récit de nombreux miracles qu'avaient rapporté des écrivains 
dignes de foi. 

2o Histoire ecclésiastique de la cour de France. — Paris, [rapri- 
merie royale, 1778, 2 vol. in-4". — Le 8 mars de cette année, 
Fabbé Oroux, qui était alors chapelain du roi et abbé de Fontaine- 
le-Gomte, fut admis à l'honneur de présenter cet ouvrage à Sa Ma- 
jesté (Louis XVI) et à la famille royale (3). 

Cet ouvrage, encore plus que le précédent, annonce une éru- 
dition de bon alqi. L'abbé Oroux fait l'histoire de la chapelle du 
roi depuis le règne de Pépin jusqu'à la fin du règne de Louis XV. 
Il y parle de tout ce que nos rois ont fait pour la religion, et donne 
de très curieux détails sur leurs aumôniers, leurs confesseurs, etc.; 
en un mot, c'est l'histoire des rois de France au point de vue 
religieux. Un autre écrivain, Guillaume du Peyrat (4), avait traité 
ce sujet en 164S; mais l'abbé Oroux, tout en profitant des recher- 
ches de son devancier, l'a surpassé et a fait un ouvrage d'un 
mérite supérieur. 

3<» Une lettre sur le lieu de naissance d'Adémar, moine de Saint- 
Gybard et de Saint-Martial, datée de Versailles, le l'"' décembre 
1759, et insérée dans les Mémoires de Trévoux, à la fin du second 
volume de janvier 1760. Celte lettre est anonyme; mais l'abbé du 



(4) Legeos, Dict. ms„ p. 357. 

(5) Nadaud, note manuscrite. 

(3) Feuille hebdomadaire^ année 1778, p. 50. 

( i) VHUtolre ecclésiastique de la cour ou les antiquités et recherches de 
la chapelle et oratoire des rois de France depuis Clovia /«', in-fol. 



L*ABBÉ OROUX. 297 

Mabaret, compatriote de Tabbë Oroux, nous en fait connaître Tau- 
teur dans un article sur Adémar (1). 

^"^ Ufi fueUt ouvrage manusc^rit qu^ npus avçns yi| à la biblio- 
thèque du séminaire de Limoges, et intitulé : Remarques sur le 
propre des saints du diocèse de Limoges. On s'est servi beaucoup de 
cet ouvrage pour Tédition du d^r^ier bréviaire limousin, imprimé 
sons l'épiscopat de Monseigneur d'Argenlré, en 1783. Les légendes 
de Saint-Martial, de saint Rorice, de saint Vaast, etc., sont de la 
composition de Tabbé Oroux. Il ,Bt insérer dans ce dernier bré- 
viaire la fête de plusieurs saints du diocèse, qui ne se trouvaient 
pas dans le bréviaire précédent, publié en 1736. Il est fâcheux que, 
sous iUoAiienfie de ia mauvaise xjribqi^e ifui doucait à jceUe épo- 
que, il ait enlevé à quelques légendes la poésie et la piété qui en 
faisaient l'ornement. 

îi^ Un livre d'offices et de prières, et un processionnal à l'usage 
de la compagnie royale des pénitents bleus de la ville ^e Sajnt- 
Lèo^nard^ 2 v.ol. inl2, imprimés à Limoges, chez P. Chapoulaud, 
en J784. Cet ouvrage ,ne fut tiré qu'à 200 exemplaires. 

On trouve dans la Feuille hebdomadaire de Limoges (2) le résumé 
d'un sermon de l'abbé Oroux prononcé dans la chapelle des péni- 
tents bleus de Saint-Léonard, le 13 septembre 1777. à l'occasion 
de la réception dans la co^mpagnie, à Toulouse, de Monsieur, Jrëre 
du roi (depuis Louis XVIII). 

La Biographie universelle et le pictionnaire historigue ,de Feller 
ont oublié Tabbé Oroux. L'auteur de la Vie de saint %éof\ard et de 
Y Histoire ecclésiastique de la cour de France méritait d'être traité 
avec plus de justice. Nous e^péro^ que.çqt^e lacune sera comblée 
dans une future édition de la Biographie universelle, 

'L'abbé Aabbllot. 

(1) MimolreB pour fcrolr à la future édition du DiciionnaXre de 
Moréri, ms. de la bibliotbèqac du 'Louvri;, article Adémar. — Examen 
critique des dictionn, hist., de Barbier. — Paris, 4820. 

{%) FeiUlfe h^bdom. du U jiepteipbre 4777. 



T. XZXVIK 30 



ËIOGRAÎ>HtES LIMOUSINES ET MARCHOISES 



III. 

LÉONARD NADAUD. — JACQUES DUROUX. — BARNT DE ROMAMET 
CH.-niC. ALLOU. 



Nous continuons par ces quatre noms (1) la série de biographies 
que nous avons commencée dans le précédent Bulletin avec J.-B. 
Chorllon, Léonard Albert, J.-B. Tripon, Emile Grignard, Aug. Bos- 
vieux, Jean et Léonard Bandel, François Marvaud. Si nous fixons 
notre choix uniquement sur des historiens et des archéologues, 
c'est que nous voudrions donner une base aussi large, aussi solide, 
aussi achevée que possible à cette Bibliothèque historique de la 
Marche et du Limousin que nous préparons depuis longtemps, et 
dont le tome I verra le jour dès qu'il trouvera un éditeur de 
bonne volonté. 

LÉONARD NADAUD. 

Léonard Nadaud naquit à Limoges le 3 juillet 1714 et mourut au 
Châtenet (paroisse de Feyliat), près Limoges, en juin 1767 (2). Il 
était frère puîné de Tabbé Joseph Nadaud, si connu en Limousin. 
Tous deux étaient fils d'un tapissier de Limoges (comme M. Guibert 

(1) Nous aurions désiré y joindre celui de Joullietton, rhistorien de la 
Marche. Mais les renseignements que nous possédons sur lui sont encore 
trop sommaires. Nous serions reconnaissant aux personnes qui voudraient 
bien nous aider à les compléter. 

(2) a Le 4 juin 1767 est mort le R. P. Léonard Nadau (sic) et a été 
enterré le 5* à 40 heures du matin. Ont été présens à son enterrement les 
soussignés : F.-J. Lassagne, sacristain; Vidal, étudiant ; Jouidanon. » 
{Registres des sépultures des RR, PP, Dominicains de la oiUe de Limo- 
ges à la date. Arch. départementales de la Haut«-Vienne, série H, 

registres mortuaires des communautés de Limoges). C'est donc à tort que 
le Nobiliaire du Limousin (t. IV, p. 471) donne la date de 1764. 



BIOGRAPHIES LIMOUSINES BT MARCHOISES. 999 

Ta prouvé récemment] (1) ; tous deux entrèrent dans les ordres et 
loos deux s^occupërent d'études historiques. Aussi les a-t-on sou- 
vent confondus, dès le commencement de ce siècle. Mais tandis que 
Joseph appartenait au clergé séculier, Léonard fut membre de Tor- 
dre de Saint-Dominique qui le réélut plusieurs fois prieur. 

Nous n'avons à nous occuper ici que de Thistorien. Le Nobiliaire 
de la Généralité de Limoges (3) nous apprend qu'il fut archiviste de 
révéché de Limoges, mais lui fait beaucoup trop d'honneur en 
disant que Léonard « est considéré [par qui donc?] comme un des 
fondateurs de la paléographie, cette science qui n'existait pas 
encore ». Le vrai fondateur de la paléographie est dom Mabillon, 
qui lui consacre tout un chapitre dans son De re diplotnatica^ paru 
en 1681. 

Le Nobiliaire nous dit encore que « le plus important des ouvra- 
ges de Léonard Nadaud est VInventaire raisonné des titres de 
Vévéché de Limoges^ deux beaux volumes in-folio que conservent 
les archives de la Haute-Vienne » (3). L'indication est exacte, mais 
incomplète, car ce laborieux chercheur est aussi l'auteur d'un Invenr 
taire des titres de l'abbaye des Allois, qui porte la date de 1760 (4), 
et de celle Liève des maisons et bancs charniers de Vhôpital général 
de Limoges qui figure, avec la date de 1764, dans notre Inventaire 
des archives du dit hôpital sous la cote D., 4. 

A ces trois ouvrages, il convient d'en ajouter un quatrième, ce 
Pouillé du diocèse de Limoges, qui porte la date de 1773, mais qui 
contient beaucoup d'additions postérieures. M. l'abbé Lecler Ta 
édité sans nom d'auteur en 1886. En examinant récemment l'In- 
ventaire des titres de Vévéché de Limoges, M. Lecler a reconnu, à 
n'en pouvoir douter, l'écriture fine et réguHère du Pouillé ma- 
nuscrit. L'attribution ne peut donc faire doute. La date de 1773 
prouve seulement que Nadaud n'a point mis la dernière main à 
celte œuvre. 

Cet ouvrage a le mérite de constater l'état du diocèse en 1773; 
mais il est loin d'offrir tous les renseignements historiques qu'on 
en attend. On y cherche vainement la liste des compagnies de péni- 
tents et autres confréries du temps, la date de fondation des prieu- 

(I) Bulletin de la Société archéologique du Limousin^ t. XXXVI, p. 296. 

W T. IV, p. 471 . 

(3) Aatremeal dit le Liore des hommages de Véoéché de Limoges, 
Comme il est dédié à Mgr Duplessis d'Argentré, évoque de Limoges, nous 
pouvons affirmer que cet inventaire est postérieur à 1758 et antérieure 
4767, date de la mort de l'auteur. 

(i) Archives départementales de la Haute-Vienne, n° prov. H., 6,496, 
petit in-folio. 



300 SOCIÉTé ARCHÉOLOGIQUE ET Rlf^l-O^lQbR DO LlkoOSlk. 

rés, îiôpîlâuîL et collèges. ïl tïê seïttWe pàfe tjttiê imttifû HfMktA 
aU ïrô*ùvé en «on frère Tafde que tdtH-d eût pu Itti prêter. 

Nons terminerons cette courte nolîce ^ Vepw>dHiaaittt Ml mt 
lettre de Léonard NadantI (\ne M. Ï.-B. €haitepevàî ta^te «i lOBl 
récemment commnniquée. Elle provient duchartrier de M~ fle 
Gay de Nexon : 

Madame, vous ne ierés guères contente Ôe moy; c'est Titie *irtfnli?ra^ 
que 7e p&rtage arec vOus, cat je sforê ibrt mécontent de nfoi-méimc. A la 
première occasion qtre vém me fourbisses <Ae vous marof^er mon Mè, je 
seit;nfe dn liés. Je [tie] vous envoyé pas Inolls 'totfttes les noGtes qoe j'«i 
s^nr Mil. De toy ct^alhchier (i). il ne me passe ^èresde liestai»em oi 
contracta de mariages. Mon frère est plus Ardenl que moi dans leur recher- 
che. Je lui écris et lui demande ses nottes sur les deux famiUea. Je 
souhaitte fort qu'il ine mette en même de vous fournir ^[uelquc 
chose de plus intéressant que le mémoire cy inclus. Je vous prie d'èlro 
toujours persuadée que je suis à vos ordres. Si vous croyés avoir cliés 
vous quelques pièces utiles dont le dëpouillement vonspar*tfttrolp Oifecilc, 
le tnoindre signe de votre part me suffira et je n'atfrai point d'àfci^e plus 
[fressanle que celle-là, parce qu'elle m'aidefra à (vous) volts faire iij{fÔ«rle 
respect avec lequel j'ai Phontïeur "d'èire, Uadame, votre très hoÉible «ft 
très obéissant serviteur. 

F. Nadaud, 
de Vordre àes F. F. P. P. 
Limoges, 45 août l76B. 

Voulés-vous bien permettre Toffre de mon respect à V06 Messieurs et 
Demoiselles. 

JACQUES DUROUX. 

On sait fort peu de chose sur Jacques Duroirx. "Né 'Vers 1740, h 
Saint-Pardoux près Dessines, suivant les uns, plus prol)abletnelît à 
Limoges, comme d'autres Taffirment, 11 aida ddm Coï flans ses 
recherches érudites et s'intitula plus tard, de ce cheï, ëlfeve du 
savant bénédictin (2). C'est sans doute à la demande de *flom Col 
que Duroux compirlsa e!t classa les richeîs archiver de rhôjiital 
général de Limoges. Nous avons déjà signalé cette partictflarilé (3) 

(\) Les Gay de Nexon étaient alors en procès contre M. de Verneuil, 
qui avait nommé à leur pféjuUiée un ^boursier au collègte Hfe 4ft Varche, 
fondé à Paris par un Gallichier au xvi« siècle. 

(3) D)an8 l'article des Annatês de la EFatt^-Vierme, t|ttlî nous citons 
plus loin. 11 est quelquefois appelé féodtste dans quelques actes du temps- 

(3) Voy. notre notice sur les Institutions charitables en 'léte de 

V Inventaire des Archioes hospitalières de la Hkitite-Vèènne (p. 11 et art. 
^., 30), et notre étude stir les Chron^uetirs et Tiisio riens du Umùosin 
(p. 57). 



9IOa|^FHUS LtMOUSiNfiS ET MARCHOi^S. S^\ 

^( ri^P^lé S^ )ei9 aosily»^ de Dupoux subsistent $ar Teniirqil de$ 
cbeiRÎses doQlil babillait soigneusement chaque parchemin. 

Lorsque le comte d'Artois reçut le Limousin et les provinces voi- 
sines en apanage (1773), Duroux obtint ou peut-élre acheta le titre 
de secrétaire du prince. Au début de la Révolution, il était Tbomme 
d'affaires des Derocard de Monisme, qui lui vendirent leurs biens 
avant d'émigrer. Aux environs de 1792, nous le trouvons secrétaire 
du comité de Constitution de Limoges, et plus tard président du 
district de Bessines. Quand les Derocard rentrèrent en France, 
Duroux, se considérant comme simple engagiste, leur restitua tout 
ce qu'il stvait pu conserver de leurs biens, « ce dont on ne lui sut 
aucun gré », si nous en croyons la tradition. Il habitait alors 
Grossereix (commune de Beaune). Plus tard, il acheta un petit 
domaine à Saiqt-Pardoux, devint maire de la commune en 1817 et 
y mourut en septembre 1824 dans la plus grande gène (1). 

Quelques apnées après la reconstitution de la Société d'agricul- 
ture de Limoges (qui est de 1801), Duroux en devint membre cor- 
respondant et s'occupa dès lors activement de l'œuvre historique à 
laquelle son nom est resté attaché (2). 

En voici le titre exact : 

Essai histoiuque sur ul sénatorerie de limoges, orné de gr^^vures 
représentant les anciens monuments de la ci-dpvant province du 
Limousin. Dédié à M. le baron de l'Enupire Louis Texier-Olivier, 
membre de Iq, Légion d'honneur, préfet du département de la 
Haute-Vienne et président de la Société d'Agriculture, des Sciences 
et Arts du même département, par M. J" Duroux, correspondant de 
la môme Société. [Pius est patriœ fada referre labor. Ovid. Trist. 
L. 2. 1 Prix: 6 francs 78 centimes broché. || (Armoiries de l'empire) 
I A Limoges, chez Martial Ardant, imprimeur-libraire, rue Ferrerie, 
1811. — (Petit in-4° de v-297 pp., plus un certain nombre de 
feuillets non cbiÇrés et quatre planches gravées par De Crossas.) 

L'ouvrage fut annoncé dans les Annales de la Haute-Vienne 
(n^du 16 avril 1811) par un assez long article dont certaines erreurs 
ne sont pas sans surprendre. L'abbé Joseph Nadaud, curé (Je Tejjac 

(1) Nous avons publié son acle de décès dans le Bulletin de la Société 
arcJ^QlogUims du Limouain, t. XXXill, p. 91. Nous devons à M. Balmet, 
de Limoges, quelqu£s-uns des renseignements qui précèdent. 

(2) 11 9 au^si rédigé en !81î, pour la Société d'agriculture de Limoges, 
un mémoire, resté manuscrit, sur des antiquités découvertes à La Jante, 
VieiUeville et Vilbert (commune de Compreignac), — et«i I82t, dans les 
Annaieê de la Haute-Vienne^ une rectification (que noufi n'avons pu 
retrouver) à quelques passages de la Peêcription des monumenf» de la 



30) SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

(+ 1775), y est confondu avec son frère le dominicain Léonard 
Nadaud (f 1767). Le comédien antiquaire Beauménil (f 1788)^ 
y est appelé Duménil. Preuves de la rapidité avec laquelle s'ou- 
blient certains détails dans la tradition orale. 

Un feuillet intercalaire des Annales de la Haute-Vienne contenait 
le curieux avis que voici : 

Avis. — Messieurs les Maires sont prévenus que M. le Préfel ayant 
rintention de leur passer dans le budjet prochain le montant de Texein- 
plaire qu'ils recevront de VEssai historique^ ils n'oublieront pas d'en 
faire un article particulier dans leur budjet. Ils remettront aux piétons le 
montant dont est question, afin qu'il parvienne directement au bureau des 
travaux publics de la Préfecture de la Haute-Vienne. 

Ce n*est pas la seule preuve d'intérêt que le baron Texier-Olivier, 
alors préfet du département, ait donnée à Duroux. Il invita les 
maires de la sénatorerie, c'est-à-dire des trois départements limou- 
sins, à transmettre à l'auteur, « sous le couvert de M. le Préfet de 
la Haute-Vienne », les renseignements historiques qu'ils jugeraient 
bon de communiquer. Ces renseignements devaient former un 
supplément à l'ouvrage de Duroux. Il y a lien de croire que les 
communications ne furent pas abondantes, car le supplément 
annoncé ne fut jamais imprimé. Quant aux avances faites aux com- 
munes, nous serions curieux de savoir ce qu'elles produisirent. 
Nous nous représentons difficilement la municipalité d'Azat-le-Ris 
ou de Saint-Nicolas votant l'achat de pareil ouvrage. Un bon 
manuel des maires eût bien mieux fait leur affaire. 

Duroux exprima fort légitimement sa reconnaissance au baron 
Texier-Olivier en lui dédiant son Essai historique. La dédicace 
exprime ce regret oiseux que Clovis n'ait point vécu dix siècles 
pour le plus grand bonheur des Lémovices, victimes de « l'ambi- 
tion effrénée de l'orgueilleuse Albion ». La dédicace se continue 
par réloge du bon Henri, « le vainqueur et le père de ses sujets », 
et s'achève par un panégyrique ampoulé du digne successeur de 
Charlemagne et de son épouse Marie-Louise. 

Ce début trahit déjà dans Duroux un esprit médiocre. La suite 
de l'ouvrage ne dément pas ce jugement préliminaire. Il s'intitule 
modestement, il est vrai. Essai historique, mais l'essai est manqué : 
ce n'est qu'une chronologie d'événements tirés non point des 
sources, mais des chroniques manuscrites du xvn* siècle, de Bona- 
venture de Saint-Amable et du Laboureur. 

L'auteur clôt son œuvre au moment où le Limousin est réuni à 
la couronne. Il remplit les cinquante dernières pages du volume 
par des listes de dignitaires limousins et des dissertations archéo- 



BIOGRAPHIES LIMOUSINES ET MARCHOISES. 303 

logiques qui n'ajoutent rien à ce que Ton savait déjà. Il a cepen- 
dant ce mérite de faire plus de place à rarchéologie que Saint- 
Àmable, son prédécesseur, et, le second en Limousin, de joindre au 
texte la représentation de quelques monuments. Rien par contre 
sur les institutions du pays, rien sur les grands fiefs, presque rien 
sur le clergé ni sur sur le tiers état, rien non plus sur Tart ni sur la 
littérature du Limousin. On pouvait attendre mieux de l'homme qui 
avait si consciencieusement étudié les archives de Thôpital, qui 
avait aidé dom Col dans ses recherches, qui affirme avoir puisé à la 
bibliothèque impériale et dans les différents dépôts d'archives du 
Limousin, qui cite Baluze, le Gallia christiana et tant d'autres 
ouvrages non moins recommandables. Comme l'a fort bien dit Bos- 
vieux, « Duroux s'est contenté, pour la partie qui concerne la Mar- 
che, de reproduire presque textuellement le travail deMallebay de la 
Mothe, en le tronquant de loin en loin par quelques suppressions 
insignifiantes » (1). On en pourrait dire autant de la partie qui 
concerne le Limousin en tant que tirée de Bonaventure de Saint- 
Âmable. 

Quant au style, il est à la hauteur de l'œuvre : terne et souvent 
incorrect. Duroux ne se doute point cependant de son insuffisance, 
car il termine son livre par ce satisfecit : « Puisse notre essai être 
aussi agréable à nos concitoyens en sortant de nos mains, qu'il 
Ta été sous la plume de son auteur ». VEssai de Duroux est incon- 
testablement très inférieur à VHistoire de la Marche, que Joullietton 
publia quelques années plus tard. 



BARNY DE ROMANET (2). 

J.-A.-A. Bamy de Romanet naquit à Limoges en 1782, d'une 
famille bien connue dans notre ville. On ignore où se firent ses 
premières études, mais on croit qu'il les acheva, comme ses deux 
frères puinés, au collège de Vendôme, réorganisé vers 1796 et fort 
à la mode sous le Directoire. Il ne put échapper à la loi du recru- 
tement et fit sans doute quelques-unes des campagnes de Napoléon. 
En tous cas, il fut incorporé, sous Louis XVIII, dans les Gardes de 
la Porte, et en 1821, âgé seulement de trente-neuf ans, il s'inti- 
tulait, « ex-commandant du dépôt de l'armée royale de France en 



(<) Rapport au Conseil général de la Creuse^ 1863, p. 5. 
{t) Nous devons à robligeance de M. le chanoine Tandeau de Marsac 
les renseignements biographiques qui suivent. 



304 SOCIÉTÉ Aftc^éOLOGiQtJE ^T fri^o^i(t<rr. tits Likovsiv, 

Belgique » (1). — Èh sôrittdè, nou5 ite siioni pi'èMquë rîdi dé là 
pttmibre partie de ^st cafrrlè^ë. 

En quittartt lé service n/riUtâife, Bàriït ^e Èèmariét revint â 
Limoges, éù il fconsacfa iëé lolsirà à fêttidé et iifûi spéciëleiflent 
k celle de rKistoirè. GTesi alôi^s qu'il cofri^dfsa l'otlVW^e que ùcfùs 
élàttinërans (oiit à i'hètii'e. 

Bâriiy dé Rdmânet s'ê<âM Hé dtec le chanoine Labiche de Rei- 
gnefort, qui est connu eh Limousin par quelques publications d'édi- 
flcëtioii auWftt que d'hiàtoire. Vers 1828, sous Tinfluerice Ati celle 
amitié^ ÏJarny de Rotnanet se décida à entrer ati gt^and téminaire 
de LiiiiOges pioui* j faire qtielques études dé théologie. Il atslît alors 
eriliroîl quarante-trois aîhi. Ordonné prêtre au bout de quelques 
âbriéesi lî fui nônimé silccessivement à là cure de Saint-Bonnet 
près Bellac, puié à celle de Vaury, qu'il occupa de 1830 à 18SS. 
beveriu tieiix, il Sollicita Tin poste de repos et fut liommé à la ciï^e 
de Saint-Martiii-dé-lussac (arr. de Rochechouart), où il resta 
Jusqtl'en 1858. Il mourut six ans plus tard, en 1864, aumôùier dé 
rhôpital de Saint-Junien, âgé de auatre-vingt-deux ans. 

Son Histoire de Lithogeè et du Haut et Bns-Liniomin est titii lirre 
de* plus singulier^, mais des moins réussis. L*idée mère en est 
excellente. Bàrny rompt résolument arec rhistoire-batèille pour 
s'occupëi- àvaiit tout des institutions, de la pt-oductioii économi- 
que, des hKfetirs et des coutumes, c'est-à-dire de ce qui est le fond 
méttië de la civilisation. Le livre I (138 pages), après trois dotirts 
chapitres sur les Lémovices et la fondation de Llthogesi trëite des 
productions naturelles du Limousin, de la population, des maladies 
endémiques, du langage, de la religion, des juridictions de tout 
genre, de l'administrâliôti publiqtie, de l'agHéullure, du commerce 
et de l'industrie. Le livre II (167 pages), s'occupe de la nourriture, 
du vêtement, de l'habitation, des divertissements, du mariage, de 
rèducation, des professions, des superstitions, etc. Au livre ÎII 
seulement (189 pages), il est question des événements mémorables 
qui se sont passés dans la province et des monuments qui s'y 
rencontrent. Un court chapitre est consacré aux anciennes sei^ 
gneuries du Limousin, aux hommes illustres et à un « coup d'œil 
sur les arts. » Ce coup d'œil semble d'ailleurs destiné uniquement 
à compléter ce qui a pu manquer au chapitre sur l'industrie. 

Comme on le voit, le plan du livre peut fort bien se justifier. 
L'auteur étudie d'abord le sol, pilis les institutions publiques, 
ensuite les institutions privées, en dernier lieu les événements et 

(I) te litre n*est pas fort clair pour nous. 11 semble se référer à î^ohga- 
nisalion de l'émigration royaliste penianUiesCént-Jours. 



les édifices. S'il vivait encore, Barny de Romanet s'occuperait avec 
prédilection de sociologie. 

Le malheur est que, pour remplir an si beau cadre, il eût fallu 
une érudition de première main que Barny ne possédait pas et 
dMfyàvi'ai dife, il lie tentait pas le besoin. La connaissance des 
tetteâ lui faisant défaut, il se contenta de piller Salnl-Amable, 
Bàliizei la Statistique de la Haute-Vienne de i808, Duroux, Juge 
Saint-Martin, etc. 

La somme des renseignements réunis sur le Limousin étant assez 
itiinime, Barny prit chaque sujet ab ovo, remontant aux Gaulois, 
aoi Romains, aux Francs avec César, Tite-Livc, Grégoire de 
Totirs^ — ou bien les traita pour d'autres provinces, sans plus se 
soucier du Limousin. L'un de ses chapitres est intitulé : Ordres de 
cketalerie institués en France, un autre : Anciens revenus de la 
Couronné, un autre encore : Histoire de la cuisine française. De la 
curiosité, Barny de Romanet en a certes beaucoup ; de la méthode, 
point; Son livre est le résumé de lectures aussi variées qu'étendues, 
mais aussi peu appropriées que possible au sujet qu'il se proposait 
de traiter. La trai0 mine à exploiter pour lui, c'était ces livres de 
raison, ces registres de famille que l'on commence aujourd'hui 
d'éditer. A leur défaut, il eût mieux valu garder sur certains 
sujets un silence prudent. 

Il y a dans cet ouvrage quelques bévues amusantes. Duroux 
s'était appuyé sûr les Acta SS, August. pour prouver qu'à une cer- 
taine époque Limoges était désigné sous le nom de Lemovica. 
Baray ne èottiprit point la signification de cette référence et écrivit 
en cdhfiance que « saint Augustin (Acta SS.J désigne Limoges sous 
le nom de Lemovica » (p. 44)! 

Avons-nous le droit d'être sévère pour Barny de Romanet? 
A lire sa préface, nous voyons qu'il se proposait uniquement 
d'inëlt*aire et d'amuser les « gens du monde ». Or, ceux-ci 
ne sont guère difficiles en général, et Barny, qui les renvoyait à 
de graves autorités, put leur paraître digne de toute confiance. Mais 
Barny a élevé une autre prétention : celle d'avoir « tiré la plu- 
pari de ses matériaux des chroniques manuscrites les plus estimées 
et des registres [également manuscrits] de l'hôtel de ville de Limo- 
ges. » Qu'il les ait feuilletés, nous n'y contredisons pas. Qu'il en 
ait pris quelque^ détails, c'est fort possible. Mais qu'il en ait faitune 
éludé assez approfondie pour s'en approprier la substance et, 
^dmme il te dit, pour <c désarmer la critique sur le fond du tra- 
vail ») c'est lit «ine exagération que nous nous dispenseroas de 
qualifier. 



306 SOCltri ARCflÉOLOGIQUS KT BJSTOhIQUI DU LIMOUSIN. 



CHARLES-NICOLAS ALLOU. 

Les Mémoires de la Société des antiquaires de France ont publié, 
en 1844 ou 1845 (1), une bonne notice biographique sur cet 
ingénieur archéologue, notice qui est due à la plume de M. Beau- 
lieu. Nous la mettrons à contribution, en la rectifiant et en la 
complétant sur quelques points. Puis nous essaierons de déter- 
miner l'origine et le mode de composition de la Description des mo- 
numents de la Haute-Vienne, qui est, pour nous Limousins, le prin- 
cipal titre de M. Allou à notre souvenir. Nous terminerons par 
quelques remarques sur les mérites et les défauts de cet ouvrage. 

Charles-Nicolas Allou n'appartient point au Limousin, puisqu'il 
naquit à Paris le 18 novembre 1787. Il sortit de TÊcole polytech- 
nique en bon rang et, après quelques hésitations, entra à TEcole 
d'application des mines, qui était alors établie à Moutiers, en Savoie. 
Il y passa deux ans, tout occupé d'études métallurgiques et de 
recherches géologiques. A sa sortie, vers 1810, il fut nommé ingé- 
nieur ordinaire des mines à Poitiers, plus tard à Limoges (1814- 
1821), puis au Mans et enfin à Angers. A Limoges, Allou avait 
connu M. de Martignac, alors procureur général. C'est sur sa 
recommandation qu'il fut appelé à Paris en 1829, avec le titre 
d'ingénieur en chef de deuxième classe et la charge d'inspecter les 
travaux souterrains du département de la Seine. Vers 1838, déjà 
ingénieur de première classe et membre de la Légion d'honneur, 
Allou entra dans le Conseil supérieur des mines. Ce fut la dernière 
étape de sa carrière. Il mourut le 7 octobre 1843, après plusieurs 
années de cécité et d'atonie morale autant que physique, causée 
par l'excès de travail. 

C'est qu'en effet, à ses occupations professionnelles Allou en 
avait joint beaucoup d'autres, non moins absorbantes pour lui, quoi- 
que purement désintéressées. II aimait la science et voulait contri- 
buer à ses progrès et à sa diffusion. Son premier ouvrage fut cette 
Description des monuments de la Haute-Vienne que nous examine- 
rons plus loin : elle parut en 1821 et fut récompensée d'une médaille 
d'or par l'Académie des inscriptions. En 1828, il publia un Essai 
sur runiversalité de la langue française, dédié à Andrieux, qui 
obtint de l'Académie française une mention honorable. En 1835, 
1836 et 1837, il donna, dans les Mémoires des antiquaires de 
France, des fragments d'un Traité qui l'a occupé jusqu'à la fin de 

(I) Nouv. série, l, VIII, p. 31. 



BIOGKAPBISS LIMOUSINES BT MAIICHOISBS. 307 

sa vie, sur les armes et les armures du moyen âge (1). C'était son 
OBUvre de prédilection et il n*a épargné ni temps, ni voyages, ni 
argent pour la mener à terme, sans avoir pourtant cette satis- 
faction. 

Allou était membre résidant ou correspondant de plusieurs socié- 
tés savantes : la Société d'agriculture de Limoges, la Société des 
antiquaires de France, dont il devint successivement secrétaire, 
archiviste et président; la Société de Thistoire de France, la Société 
de géographie, la Société philotechnique, TÂcadémie de Bordeaux, 
celle du Brésil, la Société des antiquaires d'Ecosse et celle de 
Londres. Il a collaboré aui Annales des mines, à la Revtie encyclo- 
pédique, au Bulletin universel de Férussac, qui parut de 1823 à 
1830, à Y Encyclopédie des gens du monde, à V Annuaire de la Société 
de l'histoire de France (1837), où il a inséré le catalogue des ma- 
nuscrits du grand séminaire de Limoges (2), aux Mémoires de la 
Société des antiquaires de France, où il publia entre autres articles 
fnouv. série, I, 272) une « Note au sujet d'une peinture sur verre 
de Limoges » (le vitrail de Jeanne d'Albret); à l'Annuaire du dépar- 
tement de la Haute-Vienne, où il inséra trois rapports sur l'ex- 
ploitation des mines d'étain de Vaulry (années 1815, 1818, 1820). 
— Limoges et le Limousin lui attribue une « Bibliographie limou- 
sine, 1837 », que nous n'avons pu retrouver ni dans les Nouvelles 
éphémérides de Limoges ni dans la Revue du Centre, qui sont de 
cette année là. Il s'agit peut-être du catalogue des manuscrits du 
grand séminaire (3). 

Nous allons exposer maintenant, en nous aidant d'un dossier des 
Archives départementales de la Haute- Vienne (série T), par suite 
de quelles circonstances la Description des monuments a pris nais- 
sance et par quelles voies elle fut menée à terme. 

(I) Ces fragmenls furent inlitulés : Etudes sur les casques du moyen 
âge, 

(9) Ce calaloguc a élé reproduit dans le Bulletin de la Société archéo- 
logique du Limousin (1803, t. Xlll, 210), sans qu'on ail renvoyé à la pre- 
mière publication. 

(3) En 1850, le ministre de Pintérieur ayant demandé une note sur la 
pierre de Châlus, dite de Richard-Cœur de-Lion, qui était menacée de 
déplacement, ce fut M. Allou qui rédigea la réponse. — L'Académie des 
inscriptions ayant remarqué dans la Description des monuments,,, la 
mention d'une ancienne exploitation de mines d'étain découverte en 4813 
à Vanry (Haute-Vienne) par M. Alluaud, ce fut naturellement M. Allou 
qui, en sa qualité d'ingénieur des mines, fut chargé de rédiger sur 
cette découverte un mémoire étendu, qui fut communiqué à l'Académie 
en I8il. 



908 SOCIÉTÉ ARdttÉOLÔ&IOUB KT HlflTORfOUK ft« LIMOUSIN. 



Au mois de juin 4810, uiie circulaire du Ministre de Hntértcur 
dem«indait à tous les préfets de France des renseignements sur les 
châteaux, abbayes et autres édifices remarquables de leurs dépar- 
tements respectifs, ainsi que sur les faits historiques pouvant s'y 
rattacher. Il s'agissait de préparer le grand ouvrage que méditait 
Alexandre de Laborde sur les monuments de la France (1). Bien 
que la circulaire du ministre ait été transmise aux sous-préfets du 
département, la préfecture de la Haute-Vienne ne donna point 
suite à cette demande. Le 16 avril 1817, Laine, alors ministre de 
rintérieur, fit adresser aux retardataires (il y en avait bien d'autres) 
une lettre de rappel. Avant de la transmettre à ses subordonnés, 
le Préfet de la Haute- Vienne, M. de Barrens, écrivit en marge ces 
mots : « Faire des recherches. Prendre des renseignements, en 
demandera plusieurs personnes et particulièrement à M. de Redon, 
de Coussac-Bonneval. Dans la réponse à son Excellence on pourra 
indiquer M. de Redon comme le savant du département avec 
lequel on peut correspondre sur ces divers objets » (2). 

Parmi les sous-préfels de la Haute-Vienne alors en fonctions, îl 
s'en rencontra un qui prit à cœur, dès le premier moment, de 
satisfaire aussi abondamment que possible à la demande du minis- 
tre. C'était M. Gondinet (3), de Saint-Yrieîx, où ses ancêtres avaient 
fait souche depuis au moins trois siècles. Dès le 2 mai, il envoyait 
sa réponse à la Préfecture, en se bornant d'ailleurs à signaler les 
monuments historiques de son arrondissement. Son collègue de 
Rochechouart en fit autant. Mais le dossier ne se compléta pas et 
pour cette raison ne fut point expédié à Paris. Le Ministre s'en 
étant plaint en avril 1819, l'enquête fut reprise. Seuls encore les 
sous-préfets de Saint-Yrieix et de Rochechouart répondirent par 
des mémoires plus développés que la première fois, sous la date 
des 27 juin et 3 août. Les arrondissements de Bellac et Limoges 
manquant toujours, soit qu'on ne trouvât point de collaborateurs, 
soit que les engagements pris n'aient pas été tenus, on n'expédia 
rien au ministère. Celui-ci, à la date du 27 novembre 1819, adressa 
au Préfet une troisième lettre de rappel, où il est question pour la 

(<) Lea monuments de la France parurent de 1816 k 1826, io-folio. 
Nous n'avons pu vérifier dans queUe mesure le Limousin y est représenté. 

(2) Nous ne savons rien de ce M. d^ Redon, qui n*étail sans doute qa'ua 
amateur. 

{B) Est-ce le même que Adolphe Gondinet, auteur d*un Coup d'œil eur 
les progrès de la cioUisatlon en tBZ7% qui parul à Paris en 18i8. 



k14GllilP«m LQiOlISIltES 8T MA«GB0l8fiS. 309 

pTMrière fois de TAcadémie des faiscniptiofis « chargée 4e faire un 
traraii tor les antiquités nationales n (1)« 

Le Préfet (c'était maintenant M. de Casiéja), écrivît en marge : 
« Appeler M. Attoii, lundy à onze heures chez moi ». Le vCAe de 
notre archéologue comaience donc pour nous à cette daie; mais il 
fèsuUe d'autres lettres qu'il étaii ohargé depuis q«el4[ue temps 
déjà, sous te contrôle d'une commission spéciale, de rassembler et 
de GMrdonMfr les résultats de reaqaôte commencée ea 4817. 
Au bout de trois mois, M. AUou présentait s^u travail q«i ne 
«omptttftt pas moni6 de 210 pages grand in<folio, d une écrHore 
serrée. II fut soumis à Texamen d'une commission de la Société 
d'ÂgiicnHmre (i) et, après avis favorable formulé ^r Maurice 
Ardant (3), adressé par voie hiérarchique à l'Académie ^es ins- 
criptions et belles lettres. 

Les développements donnés à ce travail sont tels qu'on peut 
déjà attribuer à l'auteur l'intention de transformer en u-ne œuvre 
personnelle les indications sommaires qui lui avaient été deman- 
dées pour M. de Laborde. 

Quoiqu'il en soit, l'Académie fit examiner à son tour le mémoire 
d'AlIou par une commission composée de Petit-Radel, Walckenner 
-et deLaborde et, dans sa séance du 6 octobre 1890, se plut à recon- 
naître le zèle de l'auteur, tout en regrettant que sa critiqae ne fut 
pas toujours assez sévère en ce qui touchait l'attribution d'âge des 
plus anciens monuments. Elle chargea même le Ministre de trans- 
mettre à l'auteur, à titre d'encouragement, le témoignage de sa 
satisfaction. Le Préfet avait fait mieux encore en allouant à AIIou, 
au commencement de 1820, une somme de 1,200 fr. qui devait le 
défrayer des voyages entrepris pour lever le dessin des princi- 
paux monuitients et dresser une sorte de carie archéologique de la 
%aute-Vienne(4). 

An dire du comte de^astéja, la flatteuse approbation de l'Aca- 
démie des inscriptions remplit de joie « le jeune et laborieux culti- 
vateur des sciences et des lettres » qui avait nom Allou. Il voulut 
même s'en rendre plus digne en enrichissant son manuscrit de 



(1) Derrière rAeadémic, c'est toujours le comte de Laborde qu'il faut 
voir, si nous ne nous trompons. 

»(i) Composée de MM. de Roulhac, de Vaucorbcil, Bachelierie, Oachez, 
6ardel« AHuaud. 

(3) Ce mémoire figure au dossier de la série T. Il a d^ailleurs été imprimé 
en *téte^dic>lB Beacription des monuments et, en partie, dans V Annuaire 
de la Haute-Vienne de 18âi. 

(4; Voy. la ieUre préfectorale du 16 mars 1820 au dosaier cité. 



3^0 SOCIRTi ARCBÂOLOGIQUI BT HISTORIQUB OU UMOQSIII, 

tous les renseignements qu'il avait recueillis depuis la première 
rédaction et en se livrant à de plus amples recherches. Celte rëso- 
lulion est sans nul doute la raison de la nouvelle enquête qui fut 
aussitôt instituée par voie administrative dans toute retendue du 
département. On adressa aux sous-préfets (31 janv. 1821) un 
exemplaire de Vlnstrtiction pour la recherche des antiquités , que 
venait de dresser le sous-préfet de Thionville, et on les chargea, 
quelques mois plus lard (3 mai), de faire remplir par les maires 
de chaque commune un questionnaire détaillé. 

Nous n'avons retrouvé de cette enquête que des résultats partiels, 
relatifs aux communes de Tarrondissement de Bellac. Pour les 
arrondissements de Limoges et de Rochechouart, il ne subsiste que 
quelques lettres insignifiantes, mais il est certain que, dans le 
premier de ces deux arrondissements, M. Allou s'était chargé lui- 
même de la besogne. Quant à l'arrondissement de Saint-Yrieix, ce 
fut encore M. Gondinet qui se chargea de fournir les renseigne- 
ments demandés, dans un long et très soigné mémoire qui figure 
au dossier. 

Nous ne saurions dire dans quelle mesure Allou profita des 
résultats de cette seconde enquête. Il ressort de quelques lettres 
du préfet que Fauteur était fort pressé de mettre son travail au 
jour. Le prospectus qui l'annonce au public est, en effet, du 
1" mars 1821 (1), et nous savons avec certitude que la Description 
parut avant la fin de l'année (2). Or, le mémoire de M. Gondinet 
porte la date du 14 avril 1821 (3), et les réponses des maires sont 
pour la plupart de la fin de la même année on du commencement 
de l'année suivante. Allou ne les attendit certainement pas. Il n'y 
perdit guère d'ailleurs, car la plupart d'entre elles sont négatives. 

Le Prospectus contient, sous une forme un peu différente, les 
déclarations et les explications que l'on trouve dans Y Avertissement 
du volume. Mais il contient de plus un paragraphe final qu'il est 
important de recueillir : 

La publication simultanée de cet ouvrage [la Description., .] et des dessins 
qui sV rapportent (et qui composeront environ vingt-cinq feaiUe& in-folio) 
lui eut prêté, sans doute» beaucoap d'intérêt; mais, en raison des frais 

(t) Il y a lieu de croire qu*à cette date l'impression était à peine com- 
mencée, bien qu'on annonce la publication pour le mois de juillet. On 
promet, en effet, environ 300 pages. Or, le volume en compte xii-37a. 
Les éditeurs se trompent rarement de cette manière. 

(2) lien est question dans le Bulletin de la Société d'agriculture de 
1812. 

(3) Il a été publié dans le Bulletin Soc, arch. du Limousin, VI i, 157. 



ÙOOIUPHIBS LIMOUSiifES BT MARCHÔISBS. 34 i 

assez considérables qu*elle entraînerait, on n'a pas cru devoir s*y décider. 
Si cette Description, rédigée d'ailleurs de manière à n*avoir pas besoin 
du secours des fi|cures, est accueillie avec quelque bienveillance, Tau- 
teur a le projet de publier, immédiatement et au moyen d'une seconde 
souscription, des dessins lithographies et, par conséquent, d'un prix mé- 
diocre. 11 les accompagnerait d'un texte, qui permettrait également de les 
isoler du premier ouvrage. 

Pour ne poinl augmenter le prix de Touvrage (1), Allou n'a 
donc point publié Talbum de dessins qu'il avait projeté de joindre 
à la Description des monuments. C'est grand dommage, car les cro- 
quis sont bons (2) et nous eussent peut-être préservé de voir en 
1837 quelques-unes des vilaines planches lithographiques de 
Tripon. Il est vrai que Léonard Albert commence, juste à ce mo- 
ment, son recueil de Vues pittoresques et monumentales du Limou- 
sin (3). Mais cette publication, beaucoup moins étendue que celle 
que projetait Allou, a été si mal conduite commercialement, qu'on 
n'en connaît aujourd'hui aucun exemplaire complet. 

Nous avons cru instructif de tirer du dossier Allou à peu près tout 
ce qu'il contient (4). Outre que nous savons maintenant de quelle 



(4) C'est encore le prétexte qu'Âllou donne ailleurs. Mais la hàle 
d'en finir pour vaquer aux nouveaux devoirs qui lui incombaient par sa 
nomination au Mans fut peut-être pour beaucoup dans cette regrettable 
détermination. 

(t) Acquises vers 4845 par la Société d'agriculture de Limoges pour la 
somme de 600 francs, elles ont été cédées par elle à la Société archéolo- 
gique en 4857 (Voy. à ce sujet le Bull, Soc, arch. du Limousin, Vil, 30, 
et XXXYI, 246). 

(3) Nous avons conjecturé, dans notre notice sur Léonard Albert {BuHe- 
tîn^ XXXVI, S68), qu'Allou était pour quelque chose dans cette publi- 
cation. La preuve fait malheureusement défaut. 

(4) Le dossier contient en outre : lo des Notes sur le vieux château de 
Châlusset, ms. non signé de 7 pages, in-4o; 9» un Rapport de M. Ardant, 
secrétaire de la Société d'agriculture, sur une dissertation de M. Martin 
qui traite des antiquités trouvées à La Jante, Vieilleville, Vilbert, com- 
mune de Compreignac, lue à la séance du 5 février 4817; o<^ la Dissertation 
elfe-méme en double exemplaire (elle a été imprimée dans V Annuaire de 
la Haute-Vienne de 1813) ; 4<' une correspondance entre le préfet de la 
Haute-Vienne et le baron de Ladoucette, président de la Société des Anti- 
quaires de France, au sujet de prétendues fouilles qui auraient été faites 
près de Saint-Junien. Le président ayant par la même occasion demandé 
des renseignements sur les monuments, inscriptions, médailles, usages et 
dialeclcs du départementi le préfet lui répond en lui adressant un exern- 



maftièf e la Description des imnimeUs de la Haute-Vienne (ùi eo«i.* 
posée, nous avons pris «ne vue neUe ëes déd)u(â des .èl«de€ bdcMo- 
logiques à Limoges (1) et eonslaté une fois de {>lus qiie, ea ce 
domaine comme en beaucoup d'autres, Timpulsion prefiiière e&l 
venue de Paris. ïl nous resie à examiner la valeur de Touvrage en 
question. 



L'abondance ,des renseignemenls y est oojosidérable. AUou a 
recueilli et utilisé aoj^i-seulement tout ce que }\)i mi fQ.iiroJ aes 
cailaboratears wonymes (il ja'en j)omme pas un seul, noa point 
même M. Gondinet), mais.ce ^ue contenaient les nPié.moire$ des deux: 
Robert, encore inédits, les calleotions manuscrites de Nadaud eJL^^r 
Legros, les portefeuilles du dessinateur feawinesnil., la Feuille heb- 
domadaire et les calendriersTannuaires de la seconde moitié du 
xvm* siècle. Celte abondance ne nuit pas à la clarté; elle témoigne 
en toul cas d'une force d'assimilation assez rare e.q ces mati.ères 
chez un mathématicien de profession. 

Malheureusement les erreurs de faits ne manquent pas ; les attri- 
butions sont très souvent fautives, et mainte légende a été repro- 
duite qu'il eût fallu passer sous silence. AUou accorde d'ailleurs au 
témoignage de Beauraesnil une valeur qu'il ne saurait avoir. Pour 
tout dire, il a fort peu de critique et point de doctrine. Il comprend 
les édifices des trois derniers siècles sous la rubrique Mimumewt^ du 
moyen âge, et consacre, bien inutilement, 50 pages à 'l'histoire pro- 
prement dite. Ces défauts sont patents. Mais quand on songe que 
cette Description précède de dix années les premières publications 
de M. de Gaumont, qu'elle est d'un homme nullement .préparé par 
ses études antérieures à ce genre de travail et qu'elle .ouvre chez 
nous la série des productions de cette sorte, on est obligé de conve- 
nir que le résultat est aussi satisfaisant que possible. Si J'on ne 
peut en faire honneur à M. Allou seul, puisqu'en somme cet 
ouvrage est une œuvre de collaboration (la première quk>n ait vue 
en Limousin), cette remarque importe assez peu pour le jugement à 
porter sur lelivre môme. Son mérite fut aussitôt reconnu de tout le 



plaire de la Description d'Alloa à la date du 27 janvier iai3,ipreuve indér- 
niable que Touvrage avail effectivement paru en ASii ; 5^ un dOHsierreLa- 
Uf au mémoire sur les antiquités de Limc»gds, présenté à TAcadémie des 
Inscriptions par Maurice Ardant (f899). 

(1) Que Orent les départements de la Creuse et de la Gorrèze pour 
répondre à la demande de rinslilut? Nous ne sommes pas en oietHire de 
le dire, mais la recherche mériterait d'être faite. 



BIOGRAPBIRS LIMOUSINES ET XARCHOISBS. 313 

monde, et c'est peut-éire à cela qu'il convient d'attribuer la rareté 
des travaux d'ensemble, qui se constate chez nous sur ce domaine 
depuis cette époque jusqu'à l'Exposition rétrospective de 1886« 
Celle-ci a véritablement renouvelé en Limousin les études d'ar- 
chéologie provinciale inaugurées par ÂUou. 

AUred Leroux. 
i4 décembre 1889. 



T. xxxvii. 9t 



DEUX 

CORRESPONDANTS LIMOUSINS DE BALUZE 

leUres inédites de Pradilhon de Saiote-lnne el de I. dv Verdier 
(1692-1695) 



Parmi les innombrables correspondants de notre célèbre com- 
patriote, nous choisissons aujourd'hui (soin et objet doublement 
chers à notre cœur) deux enfants du Limousin, intéressants à 
des titres divers, quoique le nom du second n'ait guère franchi 
les limites de sa province : nous voulons parler du religieux feuil- 
lant Pradilhon de Sainte-Anne, qui eul, au xvii* siècle, un certaia 
renom comme généalogiste, et contribua beaucoup aux recher- 
ches et aux travaux de d'Hozier, — et de M. du Verdier, neveu de 
Baluze, conseiller au présidial do Tulle. 

Le second volume de la Biographie limoitsine, contenant la 
lettre P, n'ayant pas paru, et, selon toute probabilité, n'étant 
pas près de paraître ; d'autre part, la Nouvelle biographie générale 
ayant i^efusé toute mention à Pradilhon, nous croyons devoir 
reproduire ici le court mais précis article que lui a consacré lo 
vénérable Moreri (édition de 1759), où Ton trouve tant de choses 
qu'on chercherait vainement ailleurs : 

« Pradillon (1) (dom Jean), religieux feuillant, étoit d'Esmou- 
tiers en Limosin. Il entra jeune dans la congrégation des Feuil- 
lants, où son mérite l'éleva aux premières charges. Il fut quatre 

(i) Moréri écrit Pradillon, mais nous allons voir par la signature auto- 
graphe de Pradilhon que son nom doit être écrit avec un A. 



D80X GORRSSPONXIANTS LIMOUSINS DB BALUZB. 315 

fois général de sa congrégation. 11 avoLt de grands talens pour le 
gouTeroement monastique, et il étoit fort versé dans notre his- 
toire et dans la connoissaace des généalogies. Nous ne connois- 
8ons que deux ouvrages de lui, le premier intitulé : Praxis juris 
FuliêTms;lesecimA, en françois, sous ce titre : La conduite de 
dom Jean de La Barrière, abbé et instituteur des Feuillans, du- 
rant les troubles de la Ligue^ sous Henri IIL — A Paris, 1689, in-12. 
— Cet ouvrage contient une critique de ce qu'a écrit sur ce sujet 
Jean Le Lat)oureur dans ses auditions aux mémoires de Gastel-- 
eau. Dom Pradillon est mort à Paris le 25 septembre 1701, âgé 
de soixante et un ans. Ses confrères ont honoré son tombeau 
d*une épitaphe, que M. Piganiol de la Force a rapportée dans sa 
Description de Paris, tome II, pages 383, 384 » (MoRÉai, édit. de 
1759} (l). 

Le second correspondant est Charles-Antoine Melon du Yerdier, 
conseiller au présidial de Tulle, qui fut pourvu, en 1701 ou 
1702, nous apprend notre confrère, M. René Fage, dans l'inté- 
ressante introduction des Lettres inédites de Baluze à M, du Yer- 
dier, publiées dans le Bulletin de la Société des Lettres, Sciences 
et Arts de la Corrèze (4' livraison de 1882 et année 1883), d'une 
charge de receveur des tailles à Ne vers et mourut le 18 décembre 
1725. Parent déjà de Baluze, M. du Yerdier épousa, en 1683, 
après une vive opposition de Tévôque de Tulle, Mp" Humbert 
Ançelin, une fille du frère de Baluze, M'^» Perrine Baluze. 
M. Fage, dans son introduction aux cent treize lettres par lui 
publiées, a mis en relief, avec de nombreux détails, les relations 
de Baluze avec sa famille et spécialement avec M. du Yerdier. 
Les lettres de Baluze, publiées par M. Fage, et dont les originaux 
font partie d'une collection particulière, vont de Tannée 1682 au 
6 novembre 1700. 

Celles des deux correspondants du savant diplomatiste, toutes 
autographes, que nous ofi'rons aujourd'hui à notre Société, ne 
sont malheureusement pas nombœuses, mais il faut considérer 
qu elles se rapportent à un espace de temps peu étendu, trois ans 
(1692-1695). Deux de ces lettres, celles extraites du volume 208 



(*) Bb corrigMnt nos épreuves, notons qae notre savant président, 
M. i*abbé Arbellot, a lu à la Société archéologique du Limousin une notice 
sur Pradîllion» dans U séance môme où notre travail était par lui présenté 
^ noire Société. 



dl6 SOClétÉ ABCâiOLOGlQUB ET HISTORIQUE Dt) UMOUSIN. 

àes Arvioireê, nous ont été signalées par notre savant confrère, 
M. Clément-Simon, que nous prions d'accepter tous nos remer- 
ciements. 

Les lettres de Pradilhon, au nombre de sept, nous donnent les 
résultats des actives et patientes recherches d'un généalogiste et 
d'un chercheur infatigable. Elles contiennent de nombreux et 
précieux renseignements sur de grandes familles du Limousin et 
leurs terres, lesquels ont le rare mérite d'émaner d'un homnae 
digne de foi, « fort versé, rappelons le mot de Moréri, dans notre 
histoire et dans la connoissauce des généalogies », et d'être 
basées sur des documents authentiques qu'il serait assez difficile, 
sinon impossible, pour la plupart, de retrouver aujourd'hui. 
Nous voyons successivement passer sous nos yeux les grands 
noms, connus et honorés dans les annales du Limousin, des 
d'Albert ou Aubert, de La Jugie, Lagarde de Trenchelion, de 
Chanac, etc., etc. Nos lettres, nous avons la prétention de le 
croire, apporteront une forte contribution à rétablissement de la 
généalogie des plus grands noms de notre pays, et serviront 
à combler bien des lacunes et à rectifier bien des erreurs pou- 
vant s'être glissées dans les ouvrages des généalogistes limousins 
ou autres, notamment le Nobiliaire de Nadaud. Nous laissons le 
soin de ces rapprochements et de ces rectifications à ceux de nos 
confrères plus versés que nous dans les généalogies limousines. 

Faisons seulement quelques petites remarques. Il est intéres- 
sant de lire (lettre II; l'appréciation de Pradilhon sur Touvragedu 
P. BoNAVENTURE DE Saint-Amable, Histoîre (U Saint Martial, « où il y 
a beaucoup de simplicité et peu de jugement, mais d'assez bon- 
nes matières pour l'histoire du pays, sans que l'auteur cite d'où 
il les a puisées. » 

Relevons (lettre V) des lettres du chancelier Duprat, signalées 
par Pradilhon dans les papiers de la famille de l'Estang, don t 
deux membres furent évoques de Garcassonne, l'un, Christophe 
de l'Estang, du 24 septembre 1603 au U août 1621, et l'autre, 
Vital de l'Estang, du U août 1621 au 28 septembre 1652 {An- 
nuaire de la Société de [histoire de France pour tannée 1848, 
p. 138, n«* 73 et 74). 

Les lettres de du Verdier ne se rapportent qu'aux deux années 
1694 et 1695. Elles traitent, commue celles de Pradilhon, surtout 
de généalogies. A côté des questions ardues s'y rattachant, on 
aime à y retrouver ces doux épanchements de famille, ces entre- 
tiens si pleins de cordialité qui font le charme de la correspod- 
dance publiée par M. Fage. Nous voyons souvent reparaître, 
sous la plume du correspondant de Baluze, cette intéressante 



DEUX gorhespondants limousins de baluze. 347 

'Agure àe Mimi, Teafant de du Yerdier, doat Baluze fut le par- 
rain et dont on a soin de lui donner des nouvelles avec une 
scrupuleuse attention. On aime encore à retrouver dans nos 
lettres ces souvenirs charmants à l'adresse de la famille du finan- 
cier Yillault, avec laquelle Baluze avait mis du Yerdier en rela- 
tions étroites. On ne peut s'empêcher de sourire à ce passage de 
la lettre première du neveu de Baluze : « .... Je me sers de cette 
occasion pour vous envoyer une coeffure que j'ai faite faire icy 
pour présenter à Madame Villault ou quoy que ce soit à M"" ses 
filles : ce qui m'embarrasse, c'est qu'il n'y en a qu'une, et, comme 
elles sont deux, il en faudroit une autre ; mais outre que je n'ai 
pas pu en faire faire une autre à faute de fil et d'ouvrière, c'est 
que je suis bieu ayse de sçavoir plutost si elle est à leur 
gré, etc.... » 

Enfin, disons en terminant que les lettres de nos deux corres- 
pondants de Baluze ont entre elles une certaine connexion basée 
sur le lien commun et Tidentité des sujets traités. Pradilhon 
cite à l'envi du Vordier, qui, de son côté, mentionne et rappelle 
plusieurs fois le nom du savant feuillant. 

Emile Du Boys, 



318 SOCIÉTÉ ÀRCHÉOLOGIQCI ST BlSTORIQUI DO UHOUSIN. 



LETTRES DE PRADILHON. 

i. — pradilhon a baldze (1). 

Monsieur, 

Pour satisfaire aux demandes de vostre lettre du 5 de ce mois, 
j'auray l'honeur de vous dire qu'il u'y a dans Glandier aucun 
vestige de l'eaterrement de père et mère du cardinal Âudoya 
Albert, ni aucun mémoire de cela dans les titres et obituaires de 
cette maison, j'ay vu des mémoires qui nomment Guy Albert et 
Marguerite de Livron (2) père et mère de ce cardinal, mais je ne 
suis garand que de ce que j'ay extrait moy mesme sur les titres 
qui ont passé par mes mains : le voicy Monsieur et je vous le 
donne avec plaisir, en ayant beaucoup d'obliger une personne de 
vostre mérite, et qui travaille si utilement pour le public Je fais 
des recherches pour servir à la généalogie des maisons nobles de 
cette province et voicy ce que j'ay d*AIbert. Cette famille est 
sortie d'un lieu nommé le Monty paroisse de Beissac dans la terre de 
Pompadour (3). Il y a à Glandier des actes d'un Stephanus Alberti 
de Pompadorio clericus uxoratus en 1265 et 1273. Il est a présu- 
mer que c'est l'ayeul du pape; en 1305, Ademarus Alberti de 
Pompador; celuy la peut estre le père du pape, mais l'un et l'autre 
n'est que conjecture, sans preuve. 

En 1331, Guido Alberti agit comme procureur dni Stephani 
Alberti fratris sui legum doctoris. Voila donc Guy frère du pape, et 
père d'Audoin et autres frères. J'ay vu des actes d'un Guy Albert 



{{) Armoires^ vol. 211, fol. 66. L*adresse manque. 

(9) Au sujet de la famille de Livron, qui existe encore en Limousin, 
une note de la page 336 du tome II de VHistoire du B eu-Limousin^ par 
Harvaud, est ainsi conçue : c La maison de Lioron^ originaire de la Cham- 
pagne, se fixa en Limousin dans les premières années du xiv« siècle. 
Elic de Livron prenait le titre de seigneur d'Âyen et d'Objat en 4341. Son 
fils épousa, en 4362, Marie, fille du seigneur de Saint-Exupéri. Antoine de 
Livron hérita de sa mère, Marie de Pompadour, de la seigneurie de la 
Rivière, et épousa Marguerite de Noailles vers Tan 1413. • (Rosier, 
généalogie de cette maison.) 

Voir ce que dit Pradilhon, lettre III, sur Torigine de cette famille. 

(3) Yoy. ce que nous disons plus loin (lettre IV), de la terre de Pom- 
padour, 



DEUX CORRESPONDANTS LIMOUSINS DE BXLUZC. 319 

en 1328 qui prend la qualité de domicelhu et je crois bien que 
c^eel le fi^re du pape, par lequel on doit commencer la généalo- 
gie. Je tix>uv« que ce Guy est père d'Âudouyn Arnaud et G. 
Dans un contract par lequel Audoin, evesque de Maguelone (1) et 
Arnaud son frère, doyen de Saint- Yrieix, enfans de Guy Albert, 
chevalier, acquièrent des seigneurs de Pompadour, en 1352, la 
seigneurie et justice du lieu de Mont pour les enfans de leur 
defunc frère G.> il est à remarquer que ce G. est nommé Galterus 
dans cet acte, et mesme dans les autheurs qui parlent de luy, 
cependant je suis persuadé que c'est une faute et qu'il s'appeloit 
Guy comme son père ; je n'ay point vu l'original de ceste vente, 
mais seulement une copie qui met Galterus tout du long. J'ai 
vu un contrat original dans lequel Eugo Alberti tlectus et confir- 
matuê Albiemis traite par procureur pour un certain bien avec 
Contoria Coiheli l'elicta Guiianis Alberti junioris militis, que je 
crois estre ce mesme G. peradu cardinal Audoyn et dont les 
enfans sont Petrus, HitgOj Guillelmus^ Stephanus, Guido et Galiena^ 
nommés dans le contrat d'acquisition des seigneurs de Pompa- 
dour, de 1352. (Vous conessés de ceux la Hugues, evesque d'Alby 
et Estienne cardinal, je trouve que Guillaume continua la famille), 
Guy acheta la baronie de Peyrat en Limosin, de la maison de 
Hochechouart-Mortemar en 1364, et fust seigneur de Bulbon du 
coslé d'Avignon ; on dit que ses enfans moururent sans suite. 
Guillaume Albert fust seigneur de Monteil le Dégelât, la Roche- 
labeilie (2), Bré, Murât et autres terres, on luy donne pour 
espouse Isabel de Rochechouarty dont je n'ay pas vu la preuve. 
Il fust père d'Estienne Albert, seigneur des terres susdites et de 



(1) L'Annuaire de la Société de VHistolre de France pour l'année 1848 
mentionne parmi les évéques de Maguelone (ensuite Montpellier), p. 134 
^1, Arnaud II de Verdale, 20 avril 4339; «3 déc. 135Î ; ZS, Audoin 
Auhert, 25 déc. 1352 ; 15 février 1353. 

(2) La Aoche-rÂbeille, à 30 kilomètres de Limoges, arrondissement de 
Sainl-Yrieix. Ce village est célèbre, on le sait, par la bataille qui y fut 
livrée le Î4 juin 1509, entre l'armée royale commandée par le due d'An- 
jou, et celle des protestants commandée par Coliguy, et dans les rangs 
de laquelle faisait ce jour -là ses premières armes, Henri de Bourbon, 
depuis Henri IV. 

11 faut voir au sujet du combat de La Rocbe- l'Abeille, un mémoire très 
complet de M» d'Hennin, alors capitaine au 5® régiment de hussards, 
inséré dans le tome V du Bulletin de notre Sociélé, mémoire intitulé : 
Aperçu sur les opérations de la campagne de 1569, dans la Saintonge, le 
Pérlgord et le Limousin par les armées catholiques et protestantes, et 
plus particulièrement sur le xfombai de La Roche-VAbstUe {Hle'\\enne}. 



310 SOCléri ABCHÉOLOOIQUB ET BISTORIQUI OU LIMOUSIN. 

Rochedagoux, qui eust pour femme Marie de Gbaslut, dont viDt 
Gilbert Albert, gui espousa Catherine de Gbazeron ; ils eurent 
pour fils Jacques Albert, gui testa en 1445 et mourut sans enfans, 
partageant ses biens entre Galherine de Gbazeron, sa mère, et sa 
femme Antoinette de la Tour, fille d'Agne de la Tour, baron 
d'Oliergue et d'Alix de Yendat. Celte Antoinette se remaria avec 
Jacques de Bourbon, seigneur d^Aubigay et de Carency. Voila, 
Monsieur, ce que j'ay des Albert par actes, je puis aussy vous 
fournir la fondation que fist dans son église Arnaud Albert, 
arcbevesque d'Auch, frère du cardinal Audoin de dix chapele- 
nies sous le nom de Saint-Martial, Tacte est fort long et beau, 
avec ceste clause : volumus quod de patria nostra Lemovicenti taies 
clerici institiAantur et cœteris pariinu aliis preferantur; on m'a dit 
que ces chapelenies vallent à présent 500 " de revenu, et sont à 
la collation de Tarchevesque. Si par hasard, Monsieur, vous avés 
quelque conoissance d'un Thomas Albert qui aiourut gouverneur 
du Pont-Saint-Esprit environ Tan 1454, et de qui il peut estre 
fils, faites moy la grâce de m'en informer. Je vous offre très 
volontiers tous mes mémoires des familles ou vous travailierte, 
je n'ay rieu de celles de Monterue. 

Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et Iris 
obéissant serviteur. 

F. Jean-Baptiste Paadilhou, 

Religieux feuillent. 
A Limoges, le 16 jaDvier 4692. 



II. — PRADILHON A BALUZE. SdUS date (t). 

Monsieur, 

J'estois à la campagne lorsque la lettre que vous m'avés fait 
rhoneur de m'escrire du 29 janvier est arrivée icy, et je ne suis 
revenu que depuis peu de jours. 

Comme il est certain que le frère du pape Innocent (3) s*appel- 

(1) Bien que cette lettre ne soit pas datée, nous la plaçons ici parce 
que son contenu se rapporte immédiatement au sujet de la lettre I. Elle 
répond, on le voit par les premières lignes, à une lettre de Baluze da 
39 janvier, laquelle répondait elle-même à notre lettre 1 du 16 janvier 
1699 au sujet des d'Albert, Notre lettre II doit donc selon toute vraisem- 
blance, être placée entre février etladate du 43 mars que porte la lettre III. 

(3) Armoires^ lettre S«, fol. 41. 

(3) Innocent VI, pape le 18 décembre 135), mort en t362. 



DKUX CORRESrONDAKTS LIMOUSINS DE BALUZB. 321 

lait Guy Albert et qu'il estoit père d'Audoyn et d*Arnaud, si 
vous avez preuve que Marguerite de Livroa estoit sa femme, 
cette flliatiou sera bien prouvée. La veate faite, en 1352, par les 
seigneurs de Pompadour à Audoyn et Arnaud Albert nomme 
leur père Guy, leur frère Gautier et les enfans de leur frère 
coname je vous lay mandé. 

llyaun acte du 7 juin 1331 par lequel noble Pierre Brun, 
chevalier, faisant pour noble Gancelin de Pierrebufifiière, vend 
certains cens et rentes, Guidoni AlberU parochiano de Beissaco 
ut procuratori discreti viri dni Stephani AlberU legum doctoris fra- 
tris dicU Guidonis. Voilà les qualités qu'ils prennent en cet acte. 

Vous avés sans doute plusieurs actes qui vous marquent les 
différents estats d'Rstienne Albert; celuy que je viens de mar- 
quer y servira ot en voici encore deux autres : 

Helias Folcatidi domicelltu et Bergia de sancto Roberto ejus uxor.,. 
veruUderunt dno Bosoni de Turre capellano sancti Pétri de Fursaco ut 
procuratori dni Stephani cardinalis Claromontensis septem libras 
renduaks,., die lune post festum sancti Johannis Baptistx 1342. 

Anno 1361 die penultima Martii nobilis vir Hugo de Castris domi- 
eeUus dicec, lem. vendidit venerabili et discrète viro dno Petro Las- 
Uyria decretorum doctori ut procuratori ss'^^ patris Innocenta 
papœ YI quindecim sextaria siliginis et triginta solides rend,,. 

S'il est certain que le frère du cardinal Audoin s'appelloit 
Gautier, je me seray trompé dans ma conjecture, en voulant que 
ce soit le mesme qui est appelé Guido Junior, dans l'acte passé 
par Hugues Albert eslu d'Alby, et, en effet, je ne vois pas qui 
peut estre ce Guy Junior^ car de dire que ce soit le frère du pape 
qui aurolLesté marié en deuxième noces avec cette Comtors Cothet 
le temps n'y repugneroit pas, mai pourquoy l'appeler Junior? 
Gela ne peut aussy convenir à Guy neveu d'Audoin et qui est 
nommé entre les enfans de son frère, car nous savons que ce 
Guy a vescu longtemps, et ât testament le 8 septembre 1370, et 
laissa Hermeseude, dame de Bulbon, près Avignon, sa veufve. 
Il faut donc s'il vous plaist scavoir certainement et d'original si 
Gautier est le véritable nom du frère d'Audoyn cardinal, Voicy 
l'extrait de Tacte : 

Constitutis nobili Petro Bruschardi domicello condomino de Jumi- 
Ihaco Petragorensis diœcesis ex una parte et R^^ pâtre dno Bugone 
Alberti electo confirmato Albiensi tanquam privata persona; ipse 
nobis Petrus Bruschardi dixit quod habebat supei* hospitio dicto 
d'Atbiarts quod quondam fuit Heliœ Cotheti domicelli et modo est 
nobilis dn^ Comtorix filiœ et hxredis dicti quondam Hélix Cotheti 
et quœ fuit uxor dni Gutdonis Alberti Junioris militis nuper de- 



3)9 SOCliTB AftCBiOtOGiQUB BT flJST01ll<)0K DU LIBOUSIN. 

funcU videlicet ûentuM solidQs renduaUs quot Béndiiii décto 

domino Hugoni aeiumaptid VUlamnomm supra poniem Rhadani 

cUra capellam sU B^nedieti a parte Vilianova.». 

Moa extrait n'a point de date, je ne scaU si c'est par oubly ou 
qu'il n'y en eust pas dans l'acte, quoiqu'il en soit vous poavés 
le suppléer a peu près à cause de la qualité que prend Hugues 
Albert, d eslu et confirmé d'Alby, car il ne vous est pas difficile 
de trouver la date de sa consécration. 

Gomme j'ai beaucoup de mémoires de différentes familles de la 
province, jay sans doute plusieurs choses qui appartieanefit à 
nos cardinaux, si j'en avois les généalogies entières, je vous les 
envoyerois volontiers, mais je n'ay encore que des parties 
informes, et pour vous ayder utilement il faudroit estre à Paris, 
car une conversation de demi-heure vaut mieux que cent 
lettres^ mats je ne sais pas quand je pourray faire cd voyage. 
Gepandant je continuée vous offrir ce qui dépend de moy, estant 
toujours avec respect, Monsieur, votre très humble et très obois- 
sant serviteur. 

F. Jean-Baptiste Pradilhon. 

111. — pradilhon a baluzb (1). 

monsixur, 

Il ne faut pas douter que Marguerite de Livron ne fust femme 
de Guy Albert fràre du pape. Le temps auquel vivoit Goiutor 
Gothet pourroit faire croire qu'elle seroit la deuxième femme du 
mesme Guy^ si elle ne s'appeioit veufve de Guy le jeune. Ge qui 
détermine assés â croire que c'est un autre Guy frero de Gautier 
et d'Audoyn et dont nous ne conessons pas la suite. 

Il est bien certain que la maison de Livron est issue du Limô^ 
sin quoique M. d'Hozier, dans la généalogie de cette famille, la 
marque originaire du lieu de Livron en Daupbinôet trausplaatèe 
en Limosin proche de leur terre de Vart. Le P. Garme déchaussé (S) 
rapporte cette généalogie dans son troisiesme tome de YHigtoire 
de saint Martial^ page 527. J'en ai aussi beaucoup d'actes. 

Depuis la dernière letire que j*ay eu l'honeur de vous oscrire, 
j ay trouvé des actes d'un noble Estienne Albert, seigneur de 

(l) Armoires, vol. 498, f* 39. 

(^) Bonaventore de Salnl-Amable, dont nous parlerons à la lettre soi* 
vante. 



vwox c<mitKtF(mt>AiiT8 LiMOOsnra dc baluzk. 31 

Brenil ei de quelques villages dans la paroisse de La Meize, près 
Lia RochelabeiUe, de Taa 1540 et enviroa. Gomme la branche 
aisnée des Albert estoient seigneurs de La Hochelabeille par acqui- 
sition qu'en fisiGuilIaume^filsde Gautier, l'an 1557, il est à pré* 
snmer qu'Esiienue Albert vivant en 1540, dans ce voisinage, est 
isflu de quelque cadet ; je tascheray d'en trouver quelque chose 
de plus. 6u7 Albert, seigneur du Bulbon, ayant eu Elzear et 
Jean, ses enfans, comtes do Lyon, on pourroit trouver là des aou- 
velles de la famille, supposé qu'en ce temps on fit exactement les 
preuves comme on les fait a presant. 

. J*oubliois de vous marquer que ce nouveau Estienne Albert, 
dont le testament est de l'an 1547, avoit espousé avant Tan 153!, 
Marie de Brie, fille de Jean, seigneur de Brie et de Jehanne 
d'Hautefort, laquelle Marie de Brie avoit espousé en premières 
nopces Antoine de La Garde, seigneur de Trenchelion. Vous 
Bcavés mieux que moy quHl estoit de ces seigneurs de La Garde, 
près de Tulle et issu d'Aymeric de La Garde qui espousa Theri- 
tiere de Trenchelion, Tan 1364, et qui estoit neveu d'Estienno 
de La Garde, archevesque d'Arles et cardinal. Je crois avoir de 
quoy fournir toute la descente de cet Aymeric Jusques à Tettinc- 
tiou de la branche, qui arriva en 1574. 

Je voudrois bien scavoir de quel pays estoit Guillaume de 
Champeauz, èvesque de Laon qui, l'an 1423, baptiza le dauphin 
depuis roy Louis 1 !• et de quelle province il estoit, pour dier- 
oher quelque vestige d'une Petronilla ou Panilla Ghampcella, 
femme de Thomas Albert, depuis Tan 1414 jusques en 1454. 

Jesuis toujours avec respect, Monsieur, votre très humble et 
très obéissant perviteur. 

F. Jean-Baptiste Pradilhon. 
A Limoges, le f 9 mars 1699. ' 



IV. — - Pradilhon a Baluze (1). 

MOKSIBUR, 

Je suis toujours disposé à satisfaire à vos demandes autant 
que je le pourray. Yoicy donc les responses à votre dernière 
leUre. 

J'ay acheté le livre du P. Bonaveuture, carme déchaussé, il y 

(J) Armoires, vol. 408, f» <5. 



324 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

a trois volumes in-fol. (1), je vous donneray advis du jour que je 
lesfairay partir et de l'adresse pour les retirer, et de la personne à 
qui il faudra donner 12 livres qu'ils coûtent ; ils sont en blanc f 2), 
afin que vous les fassiez relier a vostre façon (3), vous scaurés 
bien juger de cet ouvrage, où il y a beaucoup de simplicité, et 
peu de jugement, mais d'assès bonnes matières pour Thistoire 
du pays sans que l'auteur cite d'où il les a puisées (4), le pre- 
mier est tout pour l'apostolat de saint Martial contre M. de Lau- 
noy et autres ; le deuxième est la Vie de saint Martial, où il a 
mis plusieurs actes des fondations des églises et monastères. Le 
troisième est en forme d'annales de la province où il y a bien 
des curiosités. S'il vous prend envie de voir ce livre en attendant 
le voslre, vous le trouvères dans notre bibliothèque de Saint- 
Bernard de Paris. C'est moy qui l'y ay mis. 

La terre de Vart (5) est dans le Bas-Limosin ; je ne scaurois 
vous dire précisément à qui elle appartient, vous le scaurés 
mieux par Tulle, qui doit en estre assés proche. 

La terre de Trenchelion (6) est près de Pisrrebuffiere, el le 

(1) Rappelons que le premier volume parut à Clermont, en i676, et les 
deux autres à Limoges, en 1683 et 1685. 

(S) En blanc ; nous dirions aujourd'hui brochés. Cette expression était 
très employée au xvu« siècle; nous ne la voyons pas figurer dans ce sens 
au Dictionnaire de Liltrô. 

(3) On sait que Baluze, qui était un des bibliophiles les plus délicats de 
son temps, comme Ta si bien fait remarquer M. Delisle (Biblioth. deVEcok 
des chartes^ t. XLIII, p. 253), donnait tous ses soins aux reliures qu*il fai- 
sait faire pour lui-même. 

(4) Ce jugement d'un savant limousin sur Touvrage le plus important 
d'un auteur non Limousin (Bonaventure de Salnt-Âmable était né à Bor- 
deaux vers 1610), mais qui a acquis droit de cité en Limousin comme 
nous allons le voir, est intéressant à rapprocher des autres jugements 
sur VHlstoire de S oint- Martial^ réunis avec tant de discernement 
et de juste modération par notre savant président dans la notice quUl a 
consacrée à Bonaventure de Sainl-Amable dans le BuUetin de notre 
Société, t. XXV (1877). Puisque nous en avons l'occasion, répétons avec 
M. l'abbé Ârbellot que <^ le P. Bonaventure, quoique étranger par sa nais- 
sance au Limousin, a conquis, par ses recherches et ses publications, le 
droit d'être compté parmi les hommes illustres de notre province. En 
rendant d'éminents services à notre histoire locale, il a bien mérité de sa 
patrie d'adoption ». 

(5) Dans la lettre précédente, Pradilhon nous dit cependant que la terre 
de Vart était à la famille de Livron. 

(6) Rappelons à propos des La Garde de Trenchelion qui s'y trouvent, 
qu'il serait intéressant de consulter au sujet des maisons nobles ou des 
Armoiries limousines, en général, un charmant petit manuscrit dépendant 



DEUX GORK1SPON0ANTS LIMOUSINS OK BALUZE. 3S5 

chasteau est situé dans le fauxbourg de cette ville ; j'ay remar- 
qué que les anciens seigneurs de Trenchelion se uoinmoint indif- 
féremment dns de Trancaleone^ ou dns Castri inferioris de Petra 
Bufferia (i). Cet usage estoil assés commun dans le xiu^ et xiv« 
siècle, j'en ay vu de mesme à Pompadour (2) et à Gimel (3), où 

de la succession de M. Eugène Ardant, imprimeur-éditeur à Limoges. Ce 
recueil, que nous avons mentionné déjà dans notre élude sur Siméon 
Du Boys, un magistrat érudit du xvi* siècle ; Siméon Du Boys, lettres 
inédiles publiées et anotées par Emile Du Boys, Paris, Picard, 1889, 
avec notice biographique par Auguste Du Boys, ce recueil, disons-nous, 
d'armoiries limousines a été écrit, dessiné et colorié par un Lamy, phar- 
macien à Limoges en 1655. 

(4) Nous tenons à rappeler que « la famille qui portait le nom du châ- 
teau de Pierre-Buffière, était, suivant M. AUou, Monuments de la Haute- 
Vienne, Paris, 1824 , p. ^94, une des principales de la province, et dispu- 
toit aux seigneurs de Lastours le titre de premier baron du Limousin, » 
« Celte terre, continue M. Allou, devint à une époque déjà ancienne, une 
propriété de la maison de Sauvebœuf; elle passa ensuite dans celle de 
Mirabeau, qui en jouissoit encore à V époque de la Révolution ». 

Nous a>ons souligné ces derniers mois, en voici la raison : 

Le Dictionnaire encyclopédique de l'Histoire de France, par Ph. Le 
Bas, et, après lui, la Nouvelle Biographie générale^ qui rapporte le fait, 
s'expriment ainsi au sujel d*un épisode de la jeunesse du grand Mirabeau, 
d'après ses Mémoires, publiés par Lucas de Montigny {Nouo. Biogra- 
phie générale^ t. XXXV, col. ^^i, note 3) : « Mon rude fils, écrivait [le 
père du grand orateur] au bailli de Mirabeau, est enfin en résidence bien 
appropriée à ses mérites; j'ai voulu lui donner la dernière façon par Tédu- 
cation publique, et je Tai mis chez l'abbé Choquard. Cet homme est roide 

et force les punitions dans le besoin » a Son père, ajoute la note, 

Tavait fait inscrire sous le nom de Pierre Bufflère, afin qu'un nom 
habillé de quelque lustre ne fût pas traîné sur les bancs d'une école de 
correction. » (Mémoires de Mirabeau, t, 1, p. 276). 

11 est intéressant, on le voit, de rapprocher ce nom de collège de la pos- 
session de la terre de Pierre-Buffière par les Mirabeau, car on le voit 
aussi, le marquis n'avait pas donné à son fils un nom d'emprunt absolu- 
ment imaginaire. 

(2) Le marquisat de Pompadour appartenait encore au xvir siècle au 
marquis d'Haulefort aujourd'hui arrondissement de Périgueux (Dordo- 
gne). Voy. le Mémoire de M. de Bcrnage, intendant, sur la Généralité de 
Limoges, publié et annoté par notre confrère M. Leroux, dans le bulletin 
de notre Société, t. XXXII, 1885, p. 241. 

Du Mémoire de M. de Bernage, nous possédons, à la suite d'Auguste Du 
Boys, une copie portant la date de 1700, que n*a pas connue M. Leroux, et 
qu'il faut joindre par conséquent aux neuf copies mentionnées par lui dans 
le préambule de la publication de ce mémoire, loc. cit., p. 150. 

(3) Au XVII® siècle, la baronnie de Gimel, toujours d'après le Mémoire 



396 SOGliîi ARCBftOLOdlQUB tT ftlKTORlQUB ^^ U|IOD8llf. 

des gentilshommes se disent dn$ Castri inferioris de Pwwpêdmio, 
de Gimello c'estoint des nobles, vass^us des grands sei- 
gneurs possesseurs du cbasteau principal. Trçncbelion a toujours 
'relevé du baron de Pierrebufdère ; M. Martin de La BasUde, 
conseiller de Limoges, l'acheta de feu M"" de I4nars à qui il 
apparlenoit de son chef, et Ta donné en partage a un de ses cadets 
qui en porte le nom et sert à l'armée dan9 la compagnie des 
chevaux légers. 

Vous m*obligerés de m'envoyer ce que vous avés de Taneien 
Trencbelion. Je vous envoyé le nouveau de la Camille de La Garde, 
ils prennent indifféremment les deux noms dans leurs actes, 
mais beaucoup plus celuy de La Garde; je ne connais que cette 
branche directe, il peut y avoir des collatéraux qui me sont 
incognus, soyés seur que j'ay preuve de tous ces degrés, extraite 
sur actes originaux ou en bonne forme, je ne vous l'envoyé 
points car cela est long. Cependant, si vous en avés bonne envie, 
je prendray mon temps pour le copier. J'en fairay de mesme 
pour les Epitaphes des cardinaux de Ghanac et d*Arfeuilbe, il me 
semble que le P. carme les rapporte dans son deuxième tome. 

J'avois confondu Estienue de La Garde, archtfvesque d'Arles, 
avec Aymeric de La Garde, cardinal de Clément VI en 1342, si 
je ne me trompe. 

Je suis, Monsieur, voslre très humble et très obéissant servi- 
teur. 

F. Jean-Baptiste Pradilhok. 

A Limoges, le 3 avril 169?. 
Suit le tableau annoncé de Trencbelion : 

Tableau généalogiqub db la fabcillb I^a Gardb db TaBNCHBLiOff. 

Noble et paissant seigneur Bernard de La Garde, seigneur de Pelis- 
sane Ozede, conseigneur de Mondragon, 1* cspousa N.; 3«, en Tan 1349, 
cspousa Gonslance de Rialh, belle-mere de son fils cadet. 

Estienne de La Garde ^ frère de Bernard^ archevesque et prince d* Arles, 
«36Î. 

N. et P. Aymeric de La Garde^ chevalier, espousa l'an 4864, Marie de 
Trenchelion^ fille et héritière de Guillaume, seigneur de Trenchelion. 

Jean de La Garde, cadet, espousa en t36l, Sicclette, fille de Philippe 
Astraud, seigneur de VeUheron et de Conêtance de /2ûbA. 

de M. de Bernage (édit. Leroux, Ufid.^ p. 237, n° 30], appartenait à Mil. de 
Leotillac (Lentillac, arrondissement de Figeao (Lot), près Saint-Céré). 



DKOX CORRRSPONDANTS LIMOUSINS DE BALUZB. 3S7 

QuUtaume de La Gardey seigneur de TreDebelioD. 

Sa mère luy fit donation de tous tes biens du Limosin, l'an 14ti, j^ar 
acAe passé à Avignon, du consentement d'Aymerio son mary. 

Ce Guillaume espousa Tan 4 4M Yolande Fouehier, fille de N, et P., sei- 
gneur de Sainte-Fortunade ; il vivoil encore en 1440. 

Pierre, dont il y a des actes en 14i0. 

Pierre de La Garde^ seigneur de Trenchelion ea 1444, fit testament 
Tan 1900. Je n*ay pas trouvé le nom de sa femme; il eût les enfans suivans : 

Antoine de La Garde, seigneur de Trenchelion, espousa Marie de Brie» 
fitte de Jehan, seigneur de Brie, et de Jehanne d'Autefort ; elle se dit 
veufve de luy eu 1526. 

K« et P. Feueaud de La Garde^ seigneur de Trenchelion, estolt Taisné. 
Hort sans alliABce ; il lesta en 1505. 

Jean de La Garde, chanoine de Saint-Yrieix, 1381. 

Ant.Qifie 2^ de La Garde ^ seigneur de Trenchelion» Tourdonnet... ,., 
chevalier de Tordre du Roy, gentilhomme de sa Chambre^ lieutenant de la 
compagnie du duc de Guise et gouverneur de ce duché, espousa, en I56J, 
Françoise d'AiUy, fille d'Antoine d'Ailly, seigneur de Picqueny, vidame 
d*Amiens» et de Marguerite de Melun. Antoine testa en 1&70 et sa femme 
en 1)69(1). 

Haut et puissant seigneur François de La Garde^ soigneur de Trenehe- 
lion, mort, en 1675, avant son mariage, dont le eontract estoit passé avec 
Jehanne de Pierrebuffîère. 

Jacques de La Garde^ prevost de Sainte-Croix de Pierrebuffîère en 
1536. 

Charles de La Garde, mort sans alliance. 

Jehanne de La Garde, héritière de Trenchelion, par la mort de ses 
frères, avoit espousé auparavant François de Montroux, gentilhomme de 
la maison du Roy. 

Françoise de La Garde espousa François de BouUnars^ gentilhomme de 
la maison du Roy. 



V. — Pradilhon a Baluzb (2). 

A Limoges, le i9 juin 1692. 
MONfilEUQ» 

J'ay esté lo»g temps sans me doiiner riioœuF de vous eaerire, 
à cause d'one attaque de goules qui m'a tenu près de deux mois; 
je vais revoir vos lettres et respoiidre aux articles qu'elles con- 
tienueut. 

(1) Voy. Antoine de La Garde de Tranchelyon^ gouverneur de Guise [f 15701, et Françoise 
dtAiUy [f «M^; Uêkt ptm^ tombale en tégliae de Guiêê [leUre de c« goweroeur m duc de 
GuiM], dans le t. VI II (1881), p. 48, de la Thierache, Bulletin de la Société arehéologiqUù de 
Venins (Aisne), par M. Léandre Papillon. 

(î) Armoires^ vol. 198, f^ 43. 



3âB SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE RT BISTORIQUR DU LIHOUSIR. 

Lorsque mes pieds seront plus aSermis, je verray les tombeaux 
des cardinaux de Chanac et d'Argfeuille (!)• 

Je vous envoyé l'extrait des preuves de la généalogie de 
Lagarde-Trenchelion. J'ay bien plusieurs actes sur chasque de- 
gré, mais je crois que ceux-là suffisent pour prouver la descente 
et filiation. 

J'ay donné un mémoire à un chanoine sindic de Saiat- 
Estienne pour le testament du cardinal de La Porte (2), il m'a 
promis de le chercher et je le presse tous les jours par les raisons 
que vous me marqués; mais à vous dire le vray, je n'ay pas 
bonne opinion du succès, ces messieurs se sont rendus si diffici- 
les à communiquer leurs titres qu'ils en sont ridicules ; cepan- 
dant cela desrobe bien des conessances à l'histoire, car on tient 
que ce thresor est bon, je vous promets de ne point perdre de 
temps à presser sur cet article. 

(1) Rappelons que ces deux tombeaux se trouvaient, avant la Révolo- 
tion, dans Téglise de Saint-Martial de Limoges. 

Mentionnons sur la famille de Chanac un intéressant travail de 
M. Emile Fage, dans le Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts 
de la Corrèse^ livraison d'octobre à décembre 1882. M. Fage cite les 
sources où il a puisé, notamment Baluze et les manuscrits de M. Louis- 
Théodore Juge, déposés à la bibliothèque des archives de la Société. 

 la suite du travail de M. Fage, dans le même numéro du Bulletin 
mentionné, se trouve la savante notice de notre vice-président et ami, 
M. Guibert; sur le Tombeau du cardinal de Chanac^ notice qui avait déjà 
paru dans le Cabinet historique en 4882. 

(2) Raynaud de La Porte (l'abbé Vitrac^ Mémoires mes., écrit Renaud), 
né à Allassac (Corrèze) vers le milieu du xiu® siècle, successivement cha- 
noine de Limoges, archidiacre de Combrailles, chanoine du Puy, évêqae 
de Limoges, 15 novembre 1294, archevêque de Bourges, 4346, enfin 
cardinal en 13S0, mourut à Avignon en 1325. Il faut voir au sujet du 
cardinal de La Porte une ample notice, offrant de Tintérét, publiée par 
M. Armand de La Porte, de la Société archéologique et historique du 
Limousin, dans le Bulletin de notre Société, t. îl, 4861, p. 139-191. 
M. Tabbé Arbellot, dans son Mémoire sur la cathédrale de Limoges, pu- 
blié dans notre Bulletin^ t. 111, 1848, avait déjà très bien montré le zèle 
déployé par Raynaud de La Porte pour Tavancement des travaux de notre 
cathédrale. « En 4332, dit M. de La Porte, nous le voyons faire son testa- 
ment (Duchesne, Nadaud), dans lequel il fonde une vicairie dans la 
cathédrale de Limoges, à la chapelle de la Vierge, une autre à Allassac, 
et son anniversaire dans toutes les collégiales, abbayes, prieurés et 
couvents du diocèse où il était né, et qu'il avait gouverné si longtemps 
avec amour. » 



DEQX CORRESPONDANTS LIMOUSINS DB BALUZB. dî9 

J'espere mieux réussir pour celuy du cardinal de Ghanac (1), 
dès que je pourray voir mes amis de Saiot-Martial. 

S'il est vray que Petrus de Priperno, prevost d'Esmouliers en 
1293, ait esté fait cardinal en 1295, il aura succédé à un autre 
cardinal dans ce bénéfice qui estoit Petrus de Capelia. 

A l'esgard de Guillolmus de RoffUiaco^ prevost d'Esmou tiers, 
i'ay dans mes extraits qu'il estoit prevost en 1369, et je ne crois 
pas m*estre trompé; je remarque dans quelque catalogue que 
j'ay dressé des chanoines de Saint-Eslienne qu'il en estoit cha- 
noine en 1332-1 34i. Plusieurs de ses prédécesseurs estoint pre- 
vosts d'Esmoutiers et chanoines de Limoges en mesme temps; je 
trouve ce mesme Guillaume de Hof&iiaco, officiai de Limoges et 
vicaire de Tevesque, dans des hommages rendus à l'evesché, 
sans date. 

Dans ce dernier voyage d'Esmoutiers, j'ay trouvé la carte des 
anniversaires de cette église et comme on les devoit célébrer pour 
Tan 1598, j'en ay pris copie parcequ*il m'a paru des anni- 
versaires fort anciens et jusques à l'evesque de Limoges, Turpin 
d'Aubusson, ce qui peut prouver l'antiquité de cette église. Or, 
entre ces anniversaires il y a un endroit : ann. dai. Pétri 
de Cella cauonici et en un autre : ann. dni Pétri de Gella 
cardinalis ; examinés s'il vous plaist si vous trouvères quelque 
vestige que cet homme ait esté cardinal, et pour vous approcher 
de son temps il y a un acte de 1305 où est nommé Robertus de 
Cella domicellus nepos Pétri de Gella cauonici. 

Puisque vous travaillés sur le cardinal de La Porte, vous 
devés sans doute sçavoir tout ce qui le concerne ; je ne laisse 
pourtant pas de vous offrir le catalogue des chanoines qui assis- 

(1) Gaillaume de Chanac, d*abord moine à Saint-Martial de Limoges, 
fui abbé de Saint-Florent de Saumur. Voy. sa biographie dans les Hom- 
mes illustrée du Limousin, 11 fat fait cardinal en 1371 par lo pape 
Grégoire XI, limousin d'origine. 

Nous relevons, dans une lettre de Baluze à du Verdier, datée de 

eux ans avant notre lettre, ce passage : a ... Je receus ces jours passés 
le testament de Guillaume de Ghanac, cardinal, qui m'a esté envoyé de 
Tabbaye de Saint-Florent de Saumur. » 

Le testament du cardinal de Chanac est daté du 29 décembre 4384 (le 
cardinal mourut le 30). M. Guibert, dans sa notice, en a donné la traduc- 
tion, en partie du moins, a Ce testament, dit M. Guibert, qui a été du 
reste publié par Baluze (Vitœ Pap. Aoen.^ Il, 9S2), existe aux archives de 
)a Haute-Vienne, mais en deux fragments : la première partie se trouve 
dans la liasse no.2957 de Tancien classement provisoire, la seconde 
forme Tarticle 9237. » 

T. xxxvn, S^ 



330 SOCIÉTÉ ARCUÉÛLOGIQUI «T BISTOHIOOB DU LIMOUSIN. 

tereut à sou eslectiou. Il y a en a vingt-sept dont vingt 8Qut dos 
plus nobles familles de la province, coname Neuvi)le, Barry, 
Rochechouart, Gornil, La Chapelle, Lastours, Maumout, Noalhe, 
Chasieauneuf, Béchade, Maiemort, Rançon, Pierrebuffière, 
Ornhac, et à la fin il esl dit : « Raynaldus de Porta archidiaco* 
nus Combralise Gapellanus dui PapaB a praedictis electus 
episcopas anno 1394 per viam compromissi publicante eleclio- 
uem Gerardo de Malomonte uno ex compromissariis, cum PetiD 
de Castronovo, G. de Ornhaco, P. Maleu, et Uterio de Barrio die 
lanse in quendena festi omnium sanctorum atqne ut citius pera- 
geretur eleclio dalum tautum spatium eligendi, quamdiu dura- 
ret una candela accensa. Praadictus Raynaldus erat tantum 
diacouus. » Je crois que cette petite remarque tous plaira, elle est 
tirée des archives de Saint-Estienne par main seure. 

J'ay retiré le cayer 6. Q. qui manque au 3* tome de YHiiîoire 
de Saint-Martialf vous le recevrés par la première occasioa favo- 
rable. 

Je ne sçais rien de Calmefort-sur-Creuse, je m'en informeray. 

11 se peut faire qu'Antoine de Tranchelion, abbé de Saint- 
Genou, fut vicaire gênerai du cardinal de Prie, mais il ne faut 
pas pour cela confondre les familles de Prie et de Brie. Celle de 
Prie est très considérable et de grands seigneurs, je ne sçais pas 
précisément la province de son origine, je la crois du costé de 
France, si vous voulés connestre cette famille, vous la trouvères 
à la fin du 2* tome de ï Histoire généalogique de France de Mes- 
sieurs de Sainte-Uarlhe^ de la première édition, qui est, si je ne 
me trompe, de Tan 1628, car je n'ay point ici les livres pour véri- 
fier. M<"* la mareschale de la Mothe-Houdancourt est la dernière 
du nom de Prie (1). 

Pour la maison de Brie, elle esl du Limosin et la terre qui 
leur a donné le nom est dans le vicomte de Rochechouarl (2). Ce 
sont de simples gentilhommes. Cette terre entra dans 1^ qaaison 
de Meillars avec une fille de Brie à la fia du siècle passé; mais 
elle en est sortie par vente. 

Ma lettre est desjà trop longue et vous en serés fatigué, j'ay 



(4) Loui«e de Prie. 

(9) Rappelons que la vicomte de Rochechooart formait une cnalave 
poitevine en plein Limousin. V. l'édit. du Mémoire de Qerqage par 
M. Leroux, qui avec raison a inséré deux extraits concernant cette enclave 
d'un Rapport au Rog^ par Colbert de Croissy, en 1664, et du Mémoire 
Bur la province de Poitou, par l'intendant Maupeou d^^bleiges, i69S 
(fiaM. du Limousin, t. XXXII, p. 259-261). 



DSU3Ç GOBRE^fONDANlfS LlBIpUÇINS DE BALCZE. 331 

vpula réparer le teiqps perdu duraat ma mals^die et vous n^^y- 
quer le respect avec lequel je suis., voBtre, etc. 
[La siguature est cachée]. 

GÉNÉALOGIB DB GHANAG. — BALUZB, ArmoireS, VOL. 198, FOL. 45. 

Chanac, — Guillaume de Change, H8|. 

Pierre et Quy de CtiaDaç, ffères, damoiseaux, 4256. 

Aymard ç| Lj^nar4 d^ Gbanac, damoiseaux, 1265. 

Dulcia Robert, femme de H. de Cl^anac, fait testameat Tan 1265. 
Allassac. 

AUassa. — Pierre de Chaaac, damoiseau, espousa Halais Foucher: elle 
fit testament le vpndredy après saint Martin d*hiver, T^n 1280, estant 
veufve. Ensevelie au couyentd'Allassac. 

Guy. — ^eguine, espousa Pierr^ de Nq^h- 

N...\ religieuse aux AUois. 

Alemende, espousa Belles de Tulle, chevalier. 

Pierre de Chanac, chevalier d*Alassac, espousa Dauphine, testa le 
i7 may 1306. Eijterré avec sa mère. 

Almodie, espousa Pierre Arnal. Son sceau burelé de s. p. à un lion 
brochant. 

Guillaume, professeur es-loix, archidiacre ^e Paris, 1318-1324, obit 
1335. 

Guy de Chanac, chevalier, seigneur du boupg aux Chablons et de Chas- 
teaufort, espousa Isabel de Monlbcron, sœur de Robert de Montberqn, 
chevalier; il teste 1348, 12 août. 

Doulce de Chanac. 

pilberl, moyne. 

Bertrand, prevostde Saint-Viance. 

Bertrand, prevost de Sainte-Marie. 

Guillaume, evesque de Paris. 

^Uarde, religieuse. 

Bertrand Fouques, evesque de Paris, et Bernard, destinés par le (es- 
tameql du père à estre moines. 

Helie de Chanac, chevalier, espousa Galienne, fille de Gérard de Venta- 
dour, chevalier, selgnepr de Donzenac, par contrat de 1338, 14 novembre. 

Guy, deuxième aîsné, espousa Eustache, fille de Bernard de Gomborn, 
par contrat de 1318, U juillet. 

Son père Bernard. 

Robert, doyei) de Beauvais, chanoine de Paris. 

Guillai^me, moine et chefcier de Saint-Martial. 

Fouques, moine de Saint-Martial. 

Pemard, chanoine de Paris et de Meaux. 

Denise et Dauphine, religieuses à Saint-Pardoux. 

So^ye^aine, religieuse de la Règle; Comptors, espousa Louys de Sey- 
del, damoiseau, ^n\i% de Millaria en Poitou. 



332 sociiié archéologique et historique du LikouBitf. 

Jolienne de Chanac, espousa Bertrand de Favars, damoiseau, fils de 
Bertrand de Favars, chevalier, <348, 3 may; 2* espousa en <365 Ran- 
nulfe-flelie de Pompadour, chevalier. 

Blanche. 

Guy de Chanac, chevalier, Bis d'Helie et de Marie de Chaslus, vivant 
en 4368. 

Félix de Chanac, fils de Guy, 1401-1440, seneclial de Limosin. 

Monteruc. — N. d« Louise de Monleruc, femme de N. Jehan de Roffi- 
nhac, chevalier, 42 octobre 1443. Pomp. I. 

Chaalus. — Le iO mars 1368. Testament de N. d' Marie de Chasias- 
Marchez, fille de N. et p. s. Milhard, seigneur de Chaslus, Marchez, et sa 
femme, d'Archambaud, vicomte de Comborl, Agnès de Mailhac, sa mère ; 
Jchanne de Chaslus, sa sœur; le prieur de Benevent, son oncle, ib. 

La Jugie, — Bertrand la Jugie, damoiseau, 4393, 18 octobre, ib. 

Magister Gérard Judicis clericus jurisperitus, 1338, 44 novembre, ib. 

Bernard Judicis praspositus Gapellse gencste, 1348, 3 mars. 

Saint-Martial, — Petrus de S*<* Martiale, domic. diocesis Tulellens., 
1333, 23 Augusti Pompadour. 

Idem 4345 ib nob. et pot., 4350-1353. 

Idem Nob. vir Guillielmus de S^» Martiale domic. dioc. Tutell. 

Item nunc habitor Gastri de Lexeio dioc. Avenionis ib. 1414..., 4 octo- 
bre. 

Guido dnus de S**» Martiale, Fromentallo de Maravalle.... 

Die jovis post festum S^^ Joh<* Baptislœ 4308 cum sigillo ib. 

Guido de S*^ Martiale dnus de Maravallo et Fromentello domicell. 
sabb. ante nativ. domini 1374.... ib. 

Albert. — La terre de Bré, vendue à Guillaume-Albert par M'« Luis de 
Sully, au mois d*aoust 1358, ib. 

Albert. — Dominus Petrus Lasteiria decretorum doctor, ut procurator 
SS™' patris Innocentii Papœ VI émit quosdem seditus in parochia de 
Lubersaco... die penuUmartii 1361, ib. 

Albert, — Relias Foulcaudi domiscellus vendidit domino Bosoni de 
Turre Gapellan, S^* Pétri de Fursaco, ut procurator! domini Stephani, 
cardinalis Claremont. Septem libras renduales die lunae post festum S^ 
Johannis Baptislas, 4342, ib. 

Albert. — Dominus Petrus Bruni miles pro Gaucelino de Petra Buffe- 
ria domicello filiastro suo vendidit Guidoni Alberti parochiano de Bussaco 
et procuratori discret! viri domini Stephani Arberti legum doctoris fratris 
dicti Guidonis domini 1331, ib. 

Pré. — Johes de Biena domicell. filius Pétri de Biena militis émit die 
mercurii post festum S" Barnabaei, 4347, ib. (Ce peut être celui-là dont 
parle le pape en sa lettre de 4360 et non pas un fils de Guillaume Albert.) 

DarfeuUhe. — Nob. et pot. dominus Elzearius miles dominus Baronia- 
rum de Gramato et de Therminis (Caturcen. dioc.}... vendidit magistro 
Johanni Fabri clerico de rupe Adulphi Claremont dioc. ut procurati nob. 
et pot. {Albert), — Domini Stephani Alberli domini Montilii degelaii rupis 
Adulphi Claromont. dioc. el de Murato Lemovic. diœc. et Dominas Mariae de 
Caslucio ejus conjugi ca quse sequuntur in terra de Murato scilicet , 



DEUX COhRESPONDAiNTS LIMOUSINS DE BALOZS. 333 

proui per nobilem Ademarum de Agrifolio ipsius venditoris predecesso- 
rem faerunt quondain acquisita a domino Arcambaudo vicecomite Corn- 
bornii anno 1340 die 9. junii et dictus dominus Elzearius de Agrifolio de 
iis investivil nob. et pol ... Virum Gilberlum Aiberli militem dominum 
de Rupeapis fîlium emaocipatuin dictorum conjugum die 90 aag. 4407. 
(Monceaux). 

lyArfeaUle-Malessec. — Hugo de Agrifolio miles, dominus Baro de 
Gramato Caturcensi dioc. et Pelra de Malessec domicell. Dominus de 
Malessec Tutell. dioc. testes, anno 1473. iaug. (Turenne) Dominus Ademar 

de Agrifolio miles. Dominus de Gramato facit homagium vicecomiti 

Turenne pro Januari 1350, ib. 

Johannes de Agrifolio senior domiscell. filius emancipatus nob. Ade- 
.mari de Agrifolio domini de Gremato. . . . fecit homagium <366, ib. 

Nob. Elzearius de Agrifolio domicell. dominus de Gramalo, Caturc. dioc. 

filius et haeres universalis nob et pot. dominus Johannis de Agrifolio 

facit homagium 1396, ib. 

Guido Judicis domicell, ib. 1350. 

Dominus Gérard La Garda, domic. facit hom. 4384, ib. 

Dominus vir Bertrand de Gardia, miles. Dominus de Dommorio et con- 
dinis de Estivalis, dioc. Tutell. facit hom. 4335, ib. 

Nob. V. Guillelmus La Garda domic. loci de Sancto Amantio Claromont 
dioc. facit homagium 1445, ib. 

N. vir Petrus de Sancti Martiali domiscell dominus de Duiglaco et de 
Solenha facit homag., 1415, ib. 

N. Y. f^etrus de Sancto Martiale domicell. dominus de Duiglaco et de 
Solenha facit homag., 1445, ib. 



VI. — PfiADILHON A BaLUZB (1). 

A Tulle, le 26 aoust 1694. 

Monsieur du Verdier m'a monstre dans vos lettres les marques 
de votre souvenir; je viens, Monsieur, vous en faire mes remer- 
ciemens et vous asseurer que rien dans la vie ne me peut estre 
plus agréable que d'avoir quelque part d'un honneur qui est 
recherché par tous leshonnestes gens du siècle. 

Je n'aygueres travaillé icy faute de besoigne; j'ay vu seule- 
ment plusieurs cèdes originales, et dans une j'ay trouvé le traité 
de mariage entre Estienne de L'Estang et Louise de Juyé, père 
et mère de M. de Carcassonne ; j'ay prié M. du Verdier de vous 
en envoyer copie, et vous verres la différence des qualités dans 
cet acte original et dans celuy qui fust produit pour les preuves 
du commandeur des ordres du Boy. 

(1) Armoires, vol. i08, f» 330. 



s: 



334 SOGIÉTft ARCËÉOLOfitOl^t ET HIBtORtQUft DtJ UllOtlSllf. 

Je me Bouviëhs Hùe dans ces preuves de M. de GdreaBMdue il 
y a des lettres du chancelier Dupral, qui traite db nëVeil Bstieiihl^ 
de L'Eslang; je tie scais qu'elle petit eslre leur àlllaûcé, mais il 
m'est venu eu pensée que le chancelier pourroit eôtrô issd Û'htt 
Ëslienne Duprat, notaire de Tulle, il y a un peu plus de aeùs 
cent ans ; voicy mes conjectures : j'ay trouvé une alliance eatre 
les buprat et L'Ëstang, Tuu et l'autre demande a ses frères sa 
portion des biens de sa mère qui s'appelle Catherine 8oloy(6i et 
dit qu'il est a presarit habitant a Aurillàc ^a Auvergnie^ cela 
approche du pays d'où estoit le chancelier. J'avoue que cela est 

eh de chase, mais qui peut donner lieii a d'àUtt^s découvertes. 

e bife souviens aussi que M. le baron de Puget Vôulolt fort trou- 
ver Torigine de ce chancelier dans les Duprât, de Tôulousô, qui 
y estôienl notaires en 1300. 

Le pays de Toulouse me fait ressouvenir de quelque chose qui 
vous divertira. Peut estre avés vous vu Thisloire des Albigeois 
composée depuis quelques années par le père Benoist Jacobin (t). 
Cet autheur a ajouté depuis peu deux petits volumes (2), dans 
l'un il a inséré la généalogie de la maisoii de Fresals qui ne vous 
est pas incognue. Il dit que Simon de Fi*esals es^ousà une 
fille de là maison de Besse, petite lûépce du ^ape Olement Vl, 
et le prouve par un fort bon acte qu'il a li'oilvô é Montàtibaû. 
Ors comme ce Simon de Fresals estoit seigneur de Beautbrt 
dans les Cevennes (ses descendans possèdent encore cette terre à 
presant), ce bon père a conclu que Grégoire XI, qui portait le 
nom de Beaufort, estoit fils de Simon de Fresals, seigneur de 
Bcaufort, et de cette Besse. Il fonde son sentiment sur le nom 
de Beaufort, et sur ce que Grégoire est appelle neveu de Clé- 
ment VI, comme issu de sa niepce ; que dites vous d'une si belle 
découverte ? dont Messieurs de Turenne ne luy auroint pas obli- 
gation si elle estoit bien fondée. 

J'ay en main tous les titres de la maison de Sainte-Fortunade. 
Il me semble que rien n'y est afferact a votre histoire de Tulle, 
il paroist que cette terre estoit toujours possédée conjointement 
par les seigneurs du nom de Tulle et de Fouchier ; je ne scais 
point l'origine de ce nom de Tulle, je trouve seulement qu'entre 
1520 et 1530 un Pierre d'Artonse, damoiseau, fils d'Ëbrard 
d'Artense, chevalier, se dit seigneur de Sainle-Fortunade, comme 

<1) L'ouvrage du P. Benoit, FTistoire deà Albigeois et des Vàudois, 8 vol. 
'\n-\% était encore assez récent à la date de notre lettre. Il iiVâil paru à 
Paris eu 1691. 

(2) Suite de l'Histoire des Albigeois. — Toulouse, 1693. 



BKIfS QOl\RK8fONDA!fT8 LIII0061NS DE BALU». 336 

donataire de Gaillaume de Talie (la terre d'Artense est dans le 
Quercy), dont il prend le nom dans la suite. Après Tan 1400, 
Marie de Tnllë, héritière, espousa le chef des Fouchiers et reunit 
toute la lerre ; a la un du siècle passé, Bonaventure, seigneur de 
Lâvaur, grand père de M" de Sainte-Foriunade d*apresant, 
espousa rhéritiere des Fouchiers. Si cela vous est nécessaire, je 
voue donneray cette suite plus ^exactement, vous pouvés en dis- 
poser comme de toutes mes autres recherches. 

Je ne veux pas finir sans vous remercier de tous les honneurs 
que je reçois de M. votre ft*ere et de M. du Verdier, parceque j'ay 
l'avantage d'estre de vos amis. Il y a mesme deux grandes et 
belles niepces qui veulent y prendre part. L*aisnée sur tout me 
coote avec plaisir mille et mille obligations qu'elle vous a, et 
les impatiances ou elle est de vous voir. Je m'asseure qu'elle vous 
en aura de plus essentielles dans quelque temps ; elle les mérite 
asseuroment estant aussy BSbu faite qu on peut le souhaiter. J'ay 
rhonneur d'estre. Monsieur, très parfaitement vosire très humble 
et très obéissant serviteur. 

Fr. Jean-Baptiste Pradilhon. 

Je partiray dans la semaine prochaine pour aller faire une 
longue résidence â Bordeaux. 



Vil. — Pradilhon a Baluzb (l). 

J. M. A Bordeaux, le 5 de Tan leO.'i. 

Le renouvellement de Tannée m'avertit, Monsieur, que je dois 
vous rendre mes devoirs et me renouveller dans le souvenir d'une 
personne que j'bonoreray toujours parfaitement. 

Je ne puis vous donner autre chose touchant les Duprat, de 
Tulle, que ce que j'ay desja eu l'honneur de vous mander. Celte 
idée m'est venue sur les alliances des Duprat et L'Eslang, 
familles assës médiocres a Tuile, et sur ce que le cardinal Duprat 
escnvoit au père de M. de Carcassoue, et le qualiûoit de neveu, 
au moins «'iî en faut crere la production de cet evesque qui <)st 
d'ailleurs très défectueuse comme je vous l'ay mandé. 

Je n'ay point l'histoire du P. Benoist, jacobin, touchant les 
Albigeoiô. Je l'ay vetle a Toulouse; les jacobins du fauxbourg 

(1) L'adresse manque. — Armoires^ Vol. t08, f^ SSt. 



336 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE BT BISTORK^CI DU LIMOUSIN. 

Sainl-Germaia qui sont de sa province vous en dilx>nt des nou- 
velles, l'acte portant l'alliance des Besse et des Fresals est dans 
un petit tome séparé, et ajouté à son histoire des Albigeois. 

Je vous envoyé ce que j'ay des Fouchers et prouvé par actes. 
Cette famille est bien plus ancienne comme il paroist par les 

cartulaires de Tulle, Uzerche Ils ont toujours esté consei- 

gneurs avec ceux du nom de Tulle jusques à l'union des deux 
familles, il peut y en avoir plus que je ne dis, mais ce que je vous 
donne est certain et prouvé. 

Si ce que j'ay du nom de Tulle peut estre utile à votre his- 
toire, je vous Tenvoyeray, aussy bien que tout le reste des 
familles de ce pays-la, dont j'ay quelque connoissance. 

J*ay remarqué dans le cartulaire de Tulle un Donarelli qui est 
appelle bastard d'Aymar, vicomte restaurateur de l'ancienne 
famille noble des Donnereaux, de Tulle, que je cognois depuis 
1260. Les anciens se nommoint tous Donarelli au singulier, et 
les derniers ont mis leur nom au plurier, en françois, des Don- 
nereaux (1). J'ay l'honeur d' estre. Monsieur, vostre très humble 
et très obéissant serviteur. 

F. Jean-Baptiste Praoilhon. 



LETTRES DE DU VERDIER. 



I. — DU VERDIER A BALUZE (2). 

A Tulle, le 90 may 1694. 

Vous aves sans doute receu. Monsieur, les 29 11. 12 s. que 
vous avies avancé pour M' le curé de Saint-Julien. Depuis 
ce temps-là M' vostre frère m'a dit que M' le curé de Saint- 
Pierre vous devoit le prix du coffre ou esloint les livres. Si vous 
aves la boulé de me faire scavoir à quoy il monte, je le luy de- 
manderay, et ne feray pas compte avec lui du port que cela ne 

(4) Ce passage servira d'important complément à la note très laconique 
mise par M. Fage sous le nom de M. des Donnereaux, dans une des lel- 
Ires par lui publiées, du 10 juin 1694 {Bulletin de la Société des Lettres, 
Sciences et Arts de la CorrèsSy livr. janvier-mars I88J, p. 166, note 1), 
et ainsi conçue : • M. des Donnereaux appartenait à une famille d*origme 
limousine. » 

(a) Baluze, Armoires, vol. 808, f» 289. 



DKUX COBKESPONDANTS LIMOUSINS DE BALUZB. 337 

soit fait, il vous manque aussy ce que vous avez donné pour l'em* 
balage, mais je ne peux faire compte de Tun que je ne sache l'au- 
tre; prenez la peyne de me Tescrire. 

En lisant vostre livre des papes d'Avignon, j*ay remarqué que 
dans la page 855 et 856 des notes, vous dites que Nicolas de la 
Jugie mourut sans enfans, cependant, j'ay son testament du 
26 mars 1374 dans lequel il institue Isabelle son aynée, pour son 
héritière, et luy substitue en cas de décès sans enfens Eleonor sa 
cadette, et eu cas de décès de toutes deux sans enfens substitue 
plusieurs de ses nepveux graduelement de Tun à l'autre, à la 
charge de porter nom et armes, et Tun des substitués est de 
Puydeval (i), comme vous aves remarqué, car en 1402 j'ay uu 
acte par lequel uu Jean de Puydeval s'apelle de La Jugie. 

Vous avez aussy obmis, que ce Nicolas avoit deux sœurs, une 
mariée à Puydeval, et l'autre abesse de la Règle, il est vray que 
vous faites mention de celle de Puydeval; il y a encore quelqaes 
autres petites réflexions que je n*ay pas encore bien digérées, et 
que je vous envoyeray si vous le trouvez bon. Je crois, Monsieur, 
que vous ne serez pas fasché que j'ay pris la liberté de vous 
escrire cecy. 

Je ne répons pas à une lettre que j*ay receu de M' de Jayac(2) 
pax* ce Courier, n'ayant rien à lui escrire de nouveau après ce 
j'ay mis dans votre lettre de jeudy dernier. 

Je suis surpris que M' d'Aix n'ayt pas repondu à la manière 
honeste dont vous avez parlé de sa famille dans votre livre (3), 

(1) Voy. la Monographie du château de Puydeoalj par M. René Page, 
dans le Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèxe^ 
3* livraison de 18S3, juillet-sept. (avec tirage à part). 

(2) Il s* agit de Léonard de Jayac, chanoine de Reims, qui fut légataire 
de la Bibliothèque d'Antoine Faure, notre savant compatriote, laquelle 
fut achetée par la Bibliothèque royale et remise en 1701. (V. L, Delislb, 
Cabinet des manuscrits^ t. I, p. 320 et t. HI, p. 369.) 

Nous trouvons, en effet, dans une des lettres publiées par M. Fage, où 
il est très souvent question de M. de Jayac, cette mention : J'ay aussy 
monstre à M. Jayat ce que vous m*escrivez qui le regarde, il vous en re- 
mercie. Il a esté en Limousin pendant le voyage de M^ TÂrchevôque de 
Reims. Il est de retour depuis lundi dernier, «c Bulletin de la Corrèze^ 
f883, p. 570. » 

(3) Daniel de Gosnac, nommé à Tarchevêché d'Aix en 1687, préconisé 
senlemcnt en 1693, et mon en 1708. 

Voyez la Notice que M. le comte Jules de Gosnac a mise en tête de Té- 
dition qu'il a donnée pourra Société de V Histoire de France, 1852, 8 vol. 
in-8o, des Mémoires de Daniel de Cosnac. 

Du Verdier fait allusion aux notes de Baluze dans son ouvrage, publié 



33^ SOClStlfc AKGRÉOLOGIQUB ET BlSTORl'QOB OU LIMOUSIN. 

mais oe n'edt pad d'aujourd'huy qUtô Toug d«t)9z ^V6(r que ce 
n'est pas un homme capable de boaaeB réS^xions. 

Gomme le commis de M' Jaucea luy envoyé aujoahl'huy uû 
ghos ^aquîBt, jo me sers de celle occasioa pour vous envoyer une 
CDifFbre que J'ay faiie faii-e icy pour pi*eseater à Madame Villaull, 
ou quoy que ce soit à Mesdemoiselles ses fiUes, oe qui m*em- 
barrasse, c'est qull n'y eu a qu'une» et comme elles soal d^ux^ 
il en faudroil une autre, mais outre que je n'ay pa« pu «n faire 
faire une autre à faute de fil et d'ouvrière, c'est que je suis bien 
ayse de sçavoir plutost si elle est à leur gré, affin que si elte ue 
plait, j'en fasse faire une autre, et si elle ne plait pas, ou qil'elles 
y IrouveiU du deffaut, qu'elles me le fassent sçavoir, et en quoy 
on doit corriger l'ouvrière ; si elles envoyoint de beau fil, je leur 
fairois faire de plus bel ouvrage. Accomodez sli vous plait la 
chose, comme vous jugeres à propos, et si elle est à leur gré, j'en 
envoyeray bientosl une autre (1). Yostre fiUot vous baise les 
mains, car il peu déjà vous faire ce compliment, et je suis U)Ujours 
avec respect, Monsieur, voslre très humble et Ires obeissaût ser- 
viteur et nepveu. Duverdibr. 

Après ma lettre escrite et cachetée, on m'a dit que le prevosté 
de Favars vaquoit, on dit qu'il est de la collation de l'abbé de 
Beaulieu (2), c'est à une lieu de Tulte, quoy qu'il ne vaille guère; 
cependant on prétend qu'il pourroit valoir beaucoup, je vous en 
donne avis pour servir ce que de raison. 



ÎI. — DUVERDIBR A BaLUZE. 

AtttUe, leS^jaln^rti. 

Je vous envoyeray sans faute, Monsieur, par le premier cour- 
rier, l'argent que M. le curé de Sainl-Pierre vous reste, des ijne 
je le retireray entre cy et ce temps là. 

à Paris^ en 4603^ sous ^e titre : VUœ Paparum Aœnionenèitun^ col. I<M9- 
107S et U43, H48. 

(I) Tout ceci se rattache à la dentelle limousine, au poiai de TtUe, 
^ai eut à la fin du xyii» siècle une si grande vogue, et auquel s'intéressa 
tant le patriotisme local de Baluze. Voir à ce sujet les intéresants détails 
donnés par M. Fage dans son introduction précitée, p. 543-545. Voyez 
alasi la Notice mr le Point de Tulle, par le même, BMetin de la Société 
des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, 4888, t. IV, p. 417. 

{%) Voyez ee que nous en disons à la note % de la lettre suivante. 



DKOX COftRKBPONbANTS LlSlOU8tN$ D8 tALUZB. 399 

On est a^rès à collàtioùnBk' bd titreâ de Puydeval; J'ëà Aj Ait 
coliationer déjà quatre qtie J'aVois copié, j^ëir M. le curé d*Orlhac, 
proûtaut d'un jour de séjour qu'il fit en ce pays la sepmaine der- 
nière, je luy fis mesme relire deux fois le mot de Leniveridj dont 
Colin de la Jugie eslôil seigdeur, pour voir si je m'estois trompé, 
car vous mettes dans vos notes qu'il estoit seigneur de la Vineria 
et il y a trouvé comme moi de Leniveria. 

Quand ces actes seront parâchtevés, je vous les envoyeray. 

Mon petit Mimi se porte bien, il vous baise lès mains. 

M. Baluze est à Gorreze pour secourir M. Plàsàe(l) qui est Tort 
mal; peut estre ne reviendra-t-il pas d'àujourd'huy. 

Je suis toujours et avec respect, Monsieur, vostre très humble 
él très obéissant serviteur et nepveu. 

DùVBRDIBR. 

L'avis dé Favars est inutile, cela dépend de Tàbbé de Heau- 
lieù (2), (Jùi est dfe là maison de Saidt-Viance [S) y et qui y a 

(1) 11 s'agît selon toute apparence du chevalier Fiasse, dont il est ques- 
tîob dans une lettre de Balaze à Duverdier, publiée par tt. Fage {ÉuîL 
de la Société des lettres, sclencea et art» de ta Corrèze, liSS), p. )S7), 
lettre du 18 mars 1690 : « .... Je crois que M. le chevalier Plasse sera à 
Roebefôrt lèrsq^ie vous y artiverez, et il vous fera voir to^ites choses bien 
aysément. » 

(î) Arrondissement de Brive (Corrèze), « petite ville sur la Dordogne, 
à Teitrémité da diocèse », dit le Mémoire de Beraage^ édit. Leroux, toc. 
cU,f p. 184, n** 4. Le mémoire menlionne que Beaulieu possédait, au 
xvii* siècle, une abbaye de Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. 
Voy. au sujet de cette abbaye la courte notice de M. Tabbé Roy-Pierre Btte, 
))Qbliée dans Buïletin de la Société historique et littéraire du Bas- 
LImottaûi, 1. 1 (seul paru, deux livraisons), 1857, p. 47; et au tome X, 
p. i67, de notre BuUetin, le compte-rendu par M. d'Hugues, du cartnlaire 
de Tabbaye de Beaulieu et la savante préface de la publication dé ce 
eartvdaife •pay* M. Mkïîmin Deloehe, de Tliastilut, dans ta OoUectioa des 
IXocument» inédits, 4859. 

(3) Saint-Viance, arrondissement de Brive (Corrèze). « La terre de 
Saint-Vianee, nous dit le Mémoire de Bernage (Lehoux, p. 940) appartient 
[xvii* siècle] au marquis de ce nom, qui s'appelle Phiiix. U a servy autre- 
fois avec distinction et se retira à cause d'une blessure qu'il reçut en 
Catalogne, servant sous M. dé ^Ifond. Sa Majesté Ta gratifié d'une pen- 
sion de I ,"^0 livres. * 

M. Leroux ajoute en note : « Charles Phiiix de Saint-Yiance n'est pas 
autrement connu que par ce passage. Son sixième frère, Louis Phelip, 
mentionné plus loin, fut gouverneur du château de Cognac et mourut en 
1716, à l'âge de quàtre-viogl-deux-ans. Le commandeur de l'ordre de 
Malte s'appelait Jean » {NobU. de la génér.). 



340 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET BISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

pourveu; et mesme M. de Tulle a déjà doané soq droit à M. de la 
Farge, eo cas que le bénéfice dépende de luy. 



III. — DUVERDIER A BaLUZE (1). 

Je vous escrivis demieremeat, Monsieur, que M. l'abbé de la 
Farge, chanoine de cette église, avoit esté pourveu du prevosté 
deFavars par M. deTuUe, et que le curé de Favars avoit esté 
pourveu par M. de Saint-Viance, abbé de Beaulieu. Je ne sçay 
s'ils ont pris possession, mais je m'en informeray. 

Je repondray à M. de Jayac par le premier courrier et lui feray 
tenir sou argent par la première voye qui me tombera en main, 
si non je prendray une lettre de change pour Paris ; au reste, 
vous pourres luy dire par advance qu'il s'est trompé quand il 
croit qu'on luy a fait payer toutes les décimes de 1693. Car le 
mot de quotité qui est dans la quittance que j'ay donnée ne veut 
dire qu'une partie du total, joint qu'il y a dans la quittance 
la quotité dont il pouvoit estre tenu, et s'il avoit calculé l'argent 
que j'ay receu, il verroit bien qu'il ne se monte que cela pour sa 
part. 

J'ay deux titres fort anciens, un du samedy ante ascensionem 
Domini anno miUesimo ducentesimo nonagesimo nono, et l'autre 
deux ou trois ans après; un desquels est un hommage rendu à 
Rigual, seigneur de Sarran, pour le village de Salvanes, par uq 
nommé Guillelmus Judei parrochianus de Serran^ et l'autre ud 
rachat dudit village fait par un certain Jacques d'Anguoilesme, 
comme estant au lieu de Guillaume Judei, Je vous escris cecy. 
Monsieur, pour vous dire que j'ay conjecturé que ce GuilUlmus 
Judei pourroit bien estre de ces messieurs de La Jugie^ à cause 
de la proximité du lieu de Sarran et d'Eyren, les deux paroisses 
estant presque limitrophes, et du nom de Judeus à Judicis ou de 
Jitdicia, car la difierence de les exprimer en latin vient de la ma- 
nière dont chacun des notaires le concevoit, et pour expliquer en 
bon limosin le mot de Judseus, on dit encore Jusio et Judicia, 
Oojugio, ce qui n'est guère différent. 

Si ces titres pouvoint vous servir, je vous les envoyerois volon- 
tiers, mais vous n'y trouvères que cela qui fusse pour vous. 

(4) Cette lettre n'est pas datée, mais elle doit être placée immédiatement 
après la précédente, car son début a le môme objet que la fin de la lettre 
du 3 juin 1694. 



DfeUX COnRltSt>ONDANtS LIUOCSINS DE ËALUZB. 34 1 

Si je voulois exprimer ea bon et vieux limosia Guillelmus 
Judei, je dirois Guillaume de Jusio, ce qui se raporte beaucoup 
au mot de Jugie. 

Je vous envoyé une lettre que Mademoiselle Louise (1) m'a 
envoyée pour vous. 

Vostre flllol se porte bien, grâces à Dieu; il est si plaisant 
el paroit avoir déjà tant d'esprit que c'est un petit miracle de le 
voir. 

Je ne sçay coment mesdames Villault auront trouvé la coefuro 
ny si elle sera bien conservée, je voudrois pourtant bien sçvaoir 
coment elles sont contentes de cet ouvrage. 

Je suis toujours, avec respect, vostre, etc. 



IV. — DUVBRDIER A BaLUZE (2). 



A Tulle, le 5« aousll694. 

J'ay donné ordre. Monsieur, pour avoir coppie des provisions 
du prétendant au prevosté de Favars, mais il y a deux jours 
qu'il a paru une autre personne qui est venue demander un visa 
sur une provision de Rome, admise, m'a-t-on dit, sur la rési- 
gnation du dernier titulaire ; j'en auray copie de mesme et vous 
envoyeray le tout. 

Le chanoine de Fraysse se porte bien a présent, mais son 
grand aage et quelques faiblesses qu'il avoit eues, faisoint crain- 
dre pour luy. 

Nous avons trouvé parmy les papiers que j'ay fait voir au P. 
Pradilhon le contrat de mariage d'Estienne L'Estang avec Louise 
Jugé. J'ay cru que vous ne séries pas fasché de l'avoir et je le 
copie pour cela; il est de l'an 1539 et il paroit par la que ces Mes- 
sieurs estoint de petite extraction et d'un costé et d'autre, car un 
Linet apoticaire y traitte pour MM. de Jugé, comme tuteur de 
Sebastien de Jugé, et du costé de L'Estang, il prend la qualité 
d'advocat en parlement de Bourdeaux. 

Je viens de recevoir vostre lettre et m'acquiteray avec plaisir 
de ce que vous m'ordonnes a l'égard du P. Pradillon. 

{{) Louise Baluzc, nièce de riiislorien el belle-sœur de du Verdier, 
cette intéressante personne à qui était destinée une émeraude que 
Baluze avait fait acheter par Tabbé Boyer (lettre publiée par M. Page, op, 
eU., p. 495 du BuU, de la Corrèze de 1883). 

(î) Armoires, vol. «98, f«> 49, 



34i SOCIÉTÉ AflCflÉOLQQfVtUfe ^T aiST0^1(^U9 DU L|VOUSlN. 

Jç r^u4^^y coqpte à M. da <[4yac de c^ que vous a)'^scri¥és 
tQl^çI^ftnt le prevosté (le SâiDt-@^Wa({Qi|r^ mais je prQi3 q^i'qp ^ 
trompe de dire qu'il vaut 700 livres ; il seroit boq ^]\q yoiis iq^ 
m^nda^siés d^qs quel epdroit e^t situé le l^eneâce de Bf. 0e 
Jayac, de quelle nature il est, et de quel revenu, c^f p^u| eçtre 
trouvepQit-il à permuter p}us aysément si on le scavoit, et on luy 
dQuneroit de meilleures instructions pour cella. 

 propos de permutation, M. de Faussebrune qui a eu la tréso- 
rerie de TuUe^ en vertu de son induit, veut ou (loit vQulqir s'en 
deffaire; si quelquun de vostre cognoissance i^voit uq petit \)ene- 
fice simple à luy donner, je pense qu'oq aqroit son droit ^sses 
facilement, le bénéfice vaut 7 ou 800 livres et est logé ; j'avois 
pensé que si M. Tabbé Muguet vouloit se fixer en ce pays il 
pourroit permuter le bénéfice que vous luy douâtes et qui est de 

peu de valeur, comme vous me dites, avec [déchiré] 

Vous y penserés, «t M. de Jayac qui connoit ce M. de Fausse- 
brune vous dira qui i\ est. 

Il a vaqué icy depuis peu un petit bénéfice de 40 escus dont la 
collation appartenoit a feu M, de Glermont de Castehiau ; on dit 
que M. de Sessac comme substitué y a nommé, cependant on 
prétend qu'il n'a pas droit, car ou dit que la substitution luy est 
contestée et que M. de Bonzi y a droit; je ne scais cella, comme 
vous voyes, que confusément, il s'appelle le prieuré de Mon 
Camp, ordre de Saint-Benoit. On vint hier demendar un visa à 
M. de Tulle dans le temps que j'eslois avec luy pour ce boa^fice 
sur une provision de Rome, et oeluy qui le demanda dit qu*il 
avoit une provision de M. de Sessac aussy, m^is qu'on luy avait 
conseillé d'en prendre une do Rome. Il vaque par la mort, d'un 
certain M. Dudrqt, cy-devant pure de MercfBur, et mort à Guise 
depuis le mois d'avril à ce qu'on assure, c'estoit son pays uatal. 

Mon petit Mimy vous présente ses respects. 

Je suis toujours avec respect, Monsieur, vostre, etc. 



V. — DUVERDIER A BaLUZE (I). 

A ÎMlle, le 19'ao4Stl694. 

J'ay trouvé un acte. Monsieur, p^riniy les papiers de Puydeval 
qui est passé entre Denis de Puydeval et Marc Groing, çpmoie 

(I) Armoires, vol. 198, f» 33. 



DEUX CORRESPONDANT^ LIKQUSINÇ DE BALQZS. 343 

procureur de Giles de Malesec, seigneur de Chastelus de Tau 
1512, au sujet de la Constitution dotale de Blanche de Malesec, 
mère de Denis, sœur de Qiles, et fille de Pierre de Malesec, sei- 
gneur de Chastelus, dans lequel la vente de la seigneurie de 
Malesec est éjnpuqée faite p^r )e dit Giles à Jean do Neufville; 
ainsi, Monsieur, il y a apparence que nous devinerons où est ce 
lieu de Malesec dont vous aves esté en peyne, car je m'en infor- 
meray à ceux qui ont soin des affaires de M. de Neufville pour 
scavoir si elle est encore dans les dependences de la terre de 
Neufville. 

Cependant si vous aves quelque habitude du costé de Gueret, 
vous pouvés scavoir de Messieurs de Chastelus, qui demeurent 
dans ces quartiers, des nouvelles de cette famille ; il y a un 
Gomendeur de Chastelus qui est homme de mérite, je m4nfor- 
meray aussy de mon costé de ce que je pourray découvrir de 
cela; c'est apparament ce qui a donné lieu à Terreur de ceux 
qui font venir ce cardinal de la Marche, parce que la famille de 
Chastelus, qui est celle de ce cardinal, habite en ce pays-là. 

J'ay fait une réflexion sur vostre livre qui a esté du goût du 
P. Pradilhon ; c'est que vostre table est faite sur les noms de 
baptême (1), ce qui la rend malaysée, au lieu que si vous l'avies 
faite sur les noms de famille elle seroit très commode, car tout 
le monde scail, par exemple, le nom de Malesec, mais peu scavent 
que ce cardinal s'appeloit Guy; ainsi quand il faut chercher ce 
cardinal, il faut feuilleter toute la table ou scavoir qu'il s'appe- 
loit Guy ; je crois que vous agreeres que je vous fasse part de 
cettR petite reflexion. 

Mimy vous présente ses respects ; il fait tellement la guerre a 
l'avis de Verdun que vous me donnâtes pour luy il y a deux ans, 
qu'il commence a finir. 

J'attendois le courrier pour fermer mon paquet, mais il ne 
vient pas. 

Je suis, etc. 

(4) Au xvn' siècle, les noms de baptême avaient une importance pré- 
pondérante pour rétablissement des tables dans Tordre alphabétique, car 
nous relevons dans une lettre de La Monnoye que nous publions en ce 
moment dans le Bulletin du Bibliophile (depuis le dépôt de notre manus- 
crit à Timpression, cette lettre a paru dans le Bullet'n^ livraison de juillet- 
août 1889, p. 350} : a Dijon, le it mars 1695. Vous voulez bien, Mon- 
sieur, que je vous demande des nouvelles de votre santé et de ma 
procuration. Comme en vertu de mon nom de batéme, je suis à la lettre 

B [Bernard], je dois estre des premiers payés >• (Bibliolb* nation., 

Nouo, acquiait, franc,, vol. 563, f> 106). 



344 SOCIÉTÉ ABCHÉOLOGIQUE CT HISTORIQOB DU LIMOUSIN. 



VI. — DUYERDIBR A BALUZB (1). 



A TuUe, le 40» septembre 4694. 

J'ay pris parmy les papiei-s de Sainle-Fortunade, Monsieur, 
un vieux parchemiu de Tao 1419 qui coatient une assemblée 
tenue en ce temps là dans la cathédrale de Tulle par diverses 
personnes de qualité du Limosin pour lever la somme de 24000 11. 
sur le Limosin pour chasser les Auglois du chasteau d*Aubero- 
que et d'autres chasteaux qu'ils teuoient en Perigord et dans le 
voysinage, sur la resolution qu'il en avoit e^té prise par les sei- 
gneurs de Ventadour, de Comborn, de Peyrusse, de Maumont, 
de Faucher, etc. J'ay cru que vous ne seriez pas fasché d'avoir 
une copie de ce titre, et c'est pour cela que je Tay retenu. 

Le prevost de Saint-Salvadour est en province, j'ay prié une 
personne de s'informer de luy vaguement s'il voudroit permuter 
avec un bene&ce qui seroit plus près de luy et de donner un 
estât de son contract de ferme; il m'en doit rendre compte dez 
qu'il viendra en ville, je ne luy ay nommé personne, si le béné- 
fice estoit à M' de Jayac, je lui ferois donner un bon fermier, 
mais on me dit qu'il ne vaut pas 300 11. à M. le prevot, quand 
j'en seray mieux eclaircy je vous en dirai davantage. M. le pre- 
vost de Pompadin fut installé hier en sa charge de président, on 
fit valoir dans sa présentation ses alliances dont vous faites men- 
tion dans voslre livre. 

Mimi vous fait ses petits compliments et je suis toujours avec 
respect. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur 
et nepveu. 

DUVERDIBB. 

Adresse : Monsieur, Monsieur Baluze, à Thostel Golbert, Paris. 



VU. — Ddverdier a Baluze (2^. 

A Tulle, le 14 avril 1995. 

J'ay donné à M. vostre frère, Monsieur, une partie des titres 
de Puy-de-Val, pour les mettre dans un paquet qu'il a dessein do 

(4) Armoires, vol. 308, f« . Î93. 
(2) Armoires, vol. 808, f« 291. 



DBUX C0ERS8t>0NDANTS LIMOUSINS DE BALUZB. 345 

douaer à M. Gaye (1), (}ui part demain pour Paris avec M. Tévé- 
que, vous y trouverez le testament de Nicolas de la Jugierdu 26' 
mars 1374, le mariage de Jaques de la Jugie, de Tau 1313, le 
mariage de Marie de Puydeval avec Raymond de Bouchiac, du 
2^ aoust 1352, et le mariage d'Eymard de Puydeval, du 12* juil- 
let 1426. J'y en aurois mis davantage, si M. Gaye eust voulu 
s'en charger; je vous prie, dès que vous les aurez copiés, de me 
les renvoyer par la première voye assurée qui se trouvera. 

Mimy vient de charger M. Gaye de vous faire des compliments, 
il alla hier en pleine rue attaquer M. de Tulle, à qui il dit fort 
hardiment qu'il le prioit de faire ses besemains à son parrain, 
M. de Tulle le ât arrester et prescher au milieu de la rue, ce 
qu'il fit de bonne grâce, il a mille boutez pour luy et le caresse 
partout où il le trouve, aussy bien que M^^* Descerleaux, sa 
niepco, qui ne manque pas de le faire porter dans sa chambre 
quant il va à Sainte-Ursule, cela me fait plaisir de voir qu*il 
soit aimé de tous ceux qui le voyent, et je vous le mande parce 
que je sçay que cela vous en fera. 

Je suis toujours avec respect, Monsieur, vostre très humble et 
très obéissant serviteur et nepveu. 

DUVERDISR. 



(1) Au sujet de M. Gaye, nous trouvons dans les notes de M. Page (/oc 
cit. p. 194, note \) cette simple mention : « M. Gaye, compatriote de 
Baluze et de du Yerdier. » 



T. xxxvu. Î3 



iNVENTAlRB 

D'ETIENNE AUDEBERT DE FONMAUBERT 

A BEI-LAC (Hauxe-Vienne) 



En 1741, mourait à Bellac « M* Estienne Audebert, avocat, con- 
seiller du roy en ce siège et son procureur à la police de celte 
ville (1) ». 

On fit aussitôt Y « inventaire des meubles et effects », « dans les 
trois maisons sises en cette ville », à la demande de la veuve et 
des enfants. Cet acte, sur papier timbré, de forraat in-folio^ forme 
un cahier de 94 pages. J'ai fait cadeau de l'origioal à la Société 
archéologique du Limousin, à qui j'offre maintenant des extraits 
avec un conmientaire, car une partie seulement mérite d'être repro- 
duite. 

(1) « Item, ledit sieur Âudebert de Fonmaubert nous a représenté les 
provisions de procureur du roy en la police de celte ville, accordées par 
Sa Majesté audit feu sieur Audebert, son père, donné à Versallle le douze 
avril Tan de grâce mil sept cent, signé sur le reply : Par le roy, Remy, 
et ensuite est écrit : M^ E^sjjienney dénommé aux présentes lettres^ a esté 
receu en testât et office y mentionné et fait le serment accoustumé, juré 
fidélité au roy, suioanl Varrest de ce jour à Paris en Parlement, le oingt- 
clnq mai 1700 ^ signé : Dutillet. Et lesquelles provisions ont estées enre- 
gistrées au bureau des finances de la généralité de Limoges, le dix février 
mil seplcentdeux, signé: Daché, greffier; auxquels provisions sont joint 
la quittance de finance du trésor royal accordée audit feu sieur Audebert, 
pour ledit office de Procureur du roy de cette ville, montant la somme de 

deux mille livres Plus les provisions anciennes et nouvelles et antres 

pièces ce concernant de l'office de conseiller du roy au siège royal de 
cette ville, par luy acquis des héritiers de François de la Coudre, sieur 

des Ouchéez Item la sentence de réception faite en la susdite charge 

par ledit sieur Audebert au présidial de la Marche, à Guéret » (p. 49-50). 



INVRNTAIIIK D*iTlBNNK AUDBBSRT D£ FOHIIAUBBI.T. 347 

Etieime eut quatre femmes, comme il résulte des contrats (}e 
mariage : Marguerite Charon (1689), Glaire Buissûn, Marie Marot 
(1696), et Jeanne Brucbard de la Pcqnélie (1738), qui est quaMâée 
«< donnataire et douairière ». 

Ses frères étaient : François Audebert, mort eu 1705 et « Charles 
Audebert de la Borde, garde de Sa Majesté », décédé en 4734. 

Ses enfants sont au nombre de quatre : Gervais Audebert de 
FoiiHiaubert (1), « lieentier ez Mx »; Françoise, qui résidait « à 
Poitiers au couvent des dames religieuses de Notre-Dan^ dudit 
Poietiers, paroisse de Saint-Didier »; Marie-Ignace, ?eligieusa au 
même couveiU ; et Marie-Glaire, « fille mineure du second mtriage 
avec dame Glaire Buisson », fille elle-même de Jeaa-Bvaptiste Buis- 
son, avocat, sieur de Vaugelade (â) et de Marie Nouique. Fr^çoise 
se dt représenter par <c messire Léonard Géuébrias, prêtre, prieur 
delAgudet », moyennant un acte passé par « Darbaui et DecressAC, 
notaires royaux gardes scel à Poitiers » ; Marie, par le même, 
c< son parent germain » et « curateur ». 

L'inventaire fut long, on y employa près de trois mois. L'exper- 
tise fut faite par « M* Léonard Bessonneau, sieur des Gorces, 
bourgeois de la ville du Dorât ». 

La maison habitée par le défunt était sise à BeUac, « grand'rue », 
» paroisse Notre-Dame ». Dans le « cabinet, atenant àuacoin de la 
salle », étaient les « papiers » : on rouvrit avec une « def femeUe (3) 

(4) Etienne et sa fille Marie signent Audebert tout court, Iç fiJs aîné 
Servais ajoute 4 son nom de Fonmaubert^ qu'il orthographie Fomolfert, 
tandis que le notaire écrit plus correctement Fontnaubert et ei^coption- 
nellement Fonmauber. 

Q Item deux sacs remplis de papiers concernant les titres et documents 
du lieu de Fonmaubert » (p. 85). 

(2) «t Item, deux grosses d'acquisition du moulin de Yaugetlade, la 
première consentie par François Génébrias, marchand, au proffit de Pieric 
Buisson, greffier, en date du vingt-six septembre mil six cent quarente-six 
et la seconde consentie par Françoise Mallebay, veuve de feu Jfacques 
Génébcias, an proffit dudit M^ Pierre Buisson, en datte du vingt-quatre 
novembre mil six cent quarenle-sepi » (p. 01). 

(3) Clef femelle est employé partout par les serruriers pour désigner 
celle dont le canon est percé, par opposition \ la cUj mâle, dont le canoji 
est plein. 

te Compte de Vœuore de la cathédrale de Chartres^ en 14J^^ dit indif- 
férenuneot clef creuse o.u forée : « Pour 3 clefs pour les 3 huis du cuer 
de l'église, dont Tune d'icelles est creuse. Pour une clef creuse ppvr une 
des portes de Téglise. Pour une clef forée de Thuys par où l'en descend 
dessoubsi les cloches. Pour une serrure et uue clef forée, mi^e et ^sise 
en une des fenestres de la tourelle de chappilre n (^uZf. arc^' du Com» dfi$ 
Xrao. hiet.^ 1889, p. 48, 49, 83, 90. 



;U8 SOCIÉTÉ ARCoéoLÛÛlQUE BT B18T0RIQCS DU LIMOUSIN. 

et uzée par le bout » et Ton y trouva des contrats d*acquisition, 
de vente, d'arrentement, d'échange, de transaction ; des mémoires, 
des pièces de procédure, de signification, de désistement, d'investi- 
ture, de consignation, de ferme, de déclaration, arpenlement, etc. 

Parmi les « titres » et « enseignements », les suivants ont un 
intérêt local et généalogique : 

1581. Testament de Jean Charon, « procureur du roy ». 

1676. Testament de « M" Pierre Charon, novice aux Feuillants 
de Saint-Honnoré à Paris », tous les deux frères. 

1695. c< Partage des domaines et effets mobiliers des successions 
de deffunts M* Livier Marot, sieur de Nerboneau et dame Francoyse 
Guérinet, son épouze ». Le frère de Livier était « Charles Marot, 
prêtre, curé de Saint-Pierre de Bougon », qui partagea en 4695 
avec « demoiselles Françoise et Marie, ses sœurs ». Françoise Gué- 
rinet était fille de « M" Pierre-François Guérinet, sieur des Combes 
de la Ville Dieu de Comblet, paroisse de Saint-Easne (1) » (p. 32). 
Françoise Marot épousa « M" André Brie, advocat en parlement, 
juge sénéchal de la terre et seigneurie de Pamproue » (p. 33j (2). 

1710. Testament de Joseph Charon, « sieur de la Borde, con- 
seiller du roy, son procureur au siège royal de cette ville » (Bellac), 
enfermé « dans une cassette, couverte d'écarlate, garnie de petits 
doux, fermant à clef ». 

1710. « Item un acte de vente, concernant le plassage d'un ban 
en Téglize de cette ville par Pierre et Jean Papon, marchands bou- 
chers et autres, en faveur dudit sieur Estienne Audebert, en date 

du vingt-deux octobre mil sept cent dix , auquel est joint une 

grosse d'acte du trente un mars mille sept cent onze, passé entre 
M" Jean de la Coste, curé de Saint-Sauveur et Notre-Dame dudit 
Bellac et autres sieurs prêtres et fabriciens de lad. églize, portant 
fondation de vingt sols par chascun an à la fabrique de lad. église » 
(p. 38). 

1719. « Item un acte double, soubz signature privée, passé entre 
la Révérende dame de Boismorin, supérieure du couvent des reli- 
gieuses de Notre-Dame de la ville de Poitiers, avec dame Marie- 

(4) Saint-Eanne, canton de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Pamproux cl 
Bougon sont dans le môme département. 

(«) II est encore ailieurs(p. 33) question du Poitou, a Partage privédedeux 
petites portions de jardins, sictuées à la Villedieu en Poitou, entre Icd. 
sicur Audebert et François Chabot» (1714).— « Ferme consentie par Icd. 
sieur Estienne Audebert à François Chabot, sicur de la Barotinière» (4717). 
— « Reconnaissance de deux boisseaux fromant de rente par Michel 
lîrssau, meusnier du moulin du Petit Ratel, paroisse de la Mothe Sainte- 
Héreie, en faveur dud. sieur Audebert » (1794). 



INVBNTAIRB D^ÉTIENNE AUOEBRRT DE FONHAUBERT. 3i9 

Ignace Audebert et led. feu sieur Estienne Audebert, son père, en 
date du quatre juin mil sept cent dix sept, concernant la prise 
d'habit et profession de lad. dame Audebert; ensuite duquel acte 
privé est une quittance de la somme de trois mille livres pour la 
dotation monacalle de lad. dame Audebert en date du trois juillet 
mil sept cent dix-neuf » (p. 36). 

1720. « Inventaire, attaché par deux épingles ». 
« Item, s'est trouvé des mémoires concernants Tusage des billets 
de banque, ayant inclus un bordereau écrit de la main dud. feu 
sieur Estienne Audebert, comme il a remis au bureau de M'Estienne 
notaire, pour la somme de mil sept cent cinquante livres de billets 
de banque » (p. 51). 

« Item, un livre de raisons, relié en parchemin, contenant quatre 

vingt-trois feuillets et un demy , commençant : Table des procès 

de la maison ». (p. 53) (1). 

« Item, un livre journal dud. feu sieur Audebert, commençant sur 
le premier feuillet de Tenveloppe : Sit nomen Domini benedictum; 
ensuite est un chiffre mil sept cent dix et au dessoubz écrit de la 
main dud. feu sieur Audebert : Papier journal des ventes et achapts 
des bestiaux des maitéries, comtes des métajers, fermes » (p. 28). 

« Item, un autre livre ou mémoire, commençant par ces mots : 
Registre des procès de la maison » (p. 29). 

« Item, un autre livre, relié en parchemin, contenant deux cent 
trente-six feuillets, concernans les Receptes des rentes dues à la mai- 
son » (p. 30). 

« Item, un livre relié en parchemin, contenant recours à la table, 
Mémoire journalier, avec la table cy placée à costé de chasque arti- 
cle en particulier, pour les réparations, acquêts, marchés, contes, 
prêts, sallaire de loyers domestiques, contracts de mariage, naissance 
d'enfans, déceds de mes ancestres et parents et autres affaires; de 
tout quoy il y a une table de chasque article au commencement et 
à la fin du livre qui renvoyé à chasque pages suivant ses dattes ou 
indictions séparément pour esviter la confusion du journal ; plus 
des fassons de toilles, des quittances, créances, arats » (p. 37). 

« Item, un autre livre relié en parchemin, contenant au premier 

feuillet : Papier journal, concernant toutes les affaires de Marie 

Audebert, ma fille, héritière de feue dame ClèreRuisson, mon espouze, 

iia mère » (p. 38). 

Je viens maintenant à l'inventaire proprement dit, dont j'aurai 

(4) « Tous les sacz des procès qu'avons heu contre la ville sont dans 
mon coffre, à Bourdeauxj()(GuiBERT, Le Livre de raison des BaluMe^ p. 67, 
année 1601). 



350 SOGlàTB ARCHÉOLOGIQUE ET DISTOAIQUB DU LIMOBSIN. 

soin de numéroter tous les articles pour rendre plus faciles les réfé- 
rences. 

1. Ouvertu(*e faile d*un armoire estant enclos dans ledit cabinet, y 
avons trouvé vingt-trois louis d*or, de chascuns vingt-quatre livres et dix 
écus dé chascuns six livres, revenant à la somme de six cent douze 
livres (p. 27). 

2. Dans la chambre haute de lad. maison, ayant vue sur la rue, oh led. 
feu sieur Àudebert en son vivant couchoit, deux pistollets de Forets (IJ, 
qui ont esté estimés à la somme de dix livres. 

3. Item, un livre appelle Bareame^ relié en veau^ demy uzé, qui a esté 
estimé à la somme de vingt sols (p. 98). 

4. Nous nous sommes portées au grenier de lad. maison, au dessus de 
la salle d'icelle, au cabinet en entrant à main droite, (un armoire) à deux 

batans et ouverture d'icelluy faite avec sa clef, s'y est trouvé.: une 

douzaine et demy de draps de toillé de brin (2), my uzées, une dou- 
zaine et neuf servietes et une napede toillc ouvrée; le tout my uzé, eslimé 
à cidquente livres. 

Stir ritiâlant s'est présentée lad. dame Jeanne Bruchard, veuve aud. 
sieur Àudebert, qui a vendiqué cinq draps pour lict de toille de brin pres- 
que neuf, comme luy appartenants, lesquels elle a pris et retirés 

5. (tem, ledit armoire à deux batans, avec une serure et sa clef, presque 
neuf, estimé à la somme de vingt livres. 

6. Plus s'est trouvé dans led. grenier cinquante huit servietes fines, 
dont partie sont uzées et trouées et l'autre partie à demie uzée ; plus dix 
neuf napes 6nes, aussy plus que demie uzécs; plus cent deux servietes 
de toille grosse d'étoupes (3), plus qu'à demy uzées; plus six draps de 
toille de brin, plus qu'à demy uzés ; le tout eslimé à la somme de cent 
livres. 

7. Plus onze draps pour lict dé grosse toillé my uzée et onze napes, 
aussy de grosse toille; estimé à yingt livres. 

8. Plus huit draps et neuf napes de toille de brin, fortes (4) antienes, 
servants d'ornements lors des processions à port du très Saint-Sacrement 
et pour les morts ; doivent rester dans la maison comme immeubles, à 
cause de ce n'ont estée estimées. 

9. Plus huit chemizes d'homme fine fort uzées et dix neuf de toille de 
ménage ; douze cols ou cravates, six petits mouchoirs de cotton ; un habit 
complet de draps d'Albœuf (Elbeuf) my uzé, deux mauvais habits de came- 
lot complets, un mauvais manteau (5) d'écarlate, une robe de chambre de 

(1) De U fabrique du Forez, de Saint-Etienne. 

(2) ff Une douzaine de serviettes de brin commun, ayant chacune une aune de longueur et 
une demi-aune de largeur » [Compte de Vahb. de La Couronne, 1626). 

(3) « Cinq poches de toille d'estoopé, prisées ensembles vingt soulz tournoya » (/mo. de 
QuermeUn, 1585). 

(4) L'orthographe du notaire est très fantaisiste. Ce n'est pas toujours celle du temps, mais 
bien d*nn ignorant de la grammaire. Je l'ai respectée, quoiqu'elle ait surtout un caractère 
personnel, non susceptible d'intérêt. Il faut rétablir fort oncienneM. 

(>) En 1607, Baluze acheta ■ douze ou quinze escus », « un manteau de velours », à Pam 
pour R M. le lieutenant général » (Guibert, Le Livre de raison des Baluze j p. 63). 



INVENTAIHK d'ÉTIKNNC AUDRBBRT DB FOXHAUBRRT. 351 

caltnatide my fizée,Qne robe de palais avec un bonnet carré; le toai estinîé 
à. la somme de quatre vingt seize livres. 

10. Plus un ehapeau assés bon, un autre my uzé, deux peruques assez 
uzées, deux pères de bas, les souliers dud. feu et un grand manteau de 
draps, façon de Saint-Félix, le tout plus que my uzées ; estimé le tout à la 
somme de dix (ivres (p. 40-li). 

44. Nous sommes remontés dans le grenier cy devant commencé à 

inventorier, dans lequel y est un coffre, à main droite en entrant... 

Ouverture faite dud. coffre par sa clef dont nous nous sommes chargés, s'y 
p$l trouvé, en grands bassins, plats, assietes, le tout d^étain moitié fin et 
Vautre commun, la quantité de deux cent quarante deux livres, qui a esté 
estimée le tout à la ^omme de deux cent seize livres doaze sols. 

42. Plus un service de corbeilles ou petits paniers dorés, pour servir à 
un dessert, estimés à la somme de cinq li\res. 

43. Plus vingt deux livres de pelotons et eschevaux de fil de brin, estimé 
à treize livres et quatre sols. 

14. Plus un habit et jupe de damas couleur citron à reis rouge, my uzé; 
un autre habit et jupe de tafelas d'Angleterre, aussy my uzé ; une mau- 
vaise veste de sole à fleurs d*or, boutons et botonières d'or; plus quatre 
mourceanx d'étoffe de soie fort ancienes à fleurs d'argent, avec un lan- 
beau pour une manche et une écherpe de taffetas fort uzée et anciene ; 
tout quoy on a jugé ne devoir estre inventoriés comme estant les habits de 
deffunte dame Claire Buisson, hors la veste et quatre mourceau d'étoffe. 

45. Item, le coffre dans lequel toutes les susd. choses se sont trouvées, 
my uzé, avec sa serrure et clef, estimé à la somme de six livres. 

46. Item, s'est trouvé dans led. grenier, un bassin d'étaîn à servir à un 
malade, une seraingue et un petit bassin d'érain; tout quoy a esté estimé 
à la somme de trois livres. 

17. Plus s'est trouvé dans led. grenier deux grands coffres et un petit, 
tous troués et percés, sans clef ny serure, qui ont esté appressiés à la 
somme de quatre livres. 

(8. Ce fait, ouverture a estée faite d'un autre coffre et exa- 
men fait de ce qui s'y est trouvé, consiste à plusieurs anciens papiers à 
demy pouris et consommés ; lesquels, à cause de leur ancienetés et après 
examen fait d'iceux, les parties ont jugés ne les devoir employer autre- 
ment au présent inventaire. Led. coffre ayant esté reffermé par sa clef, ... 
déclaré fort ancien, uzé, a esté appressié à la somme de dix sols (p. 49-43). 

19 A esté procédé à la continuation du présent inventaire par les 

meubles qui se sont trouvés dans la salle de lad. maison, qui consistent en 
un lict, garnv d'étoffe verte, avec son chaslict, lict de plume, pesant soi- 
xante deux livres; un matelat, pesant douze livres; une couverte, une 
courtepointe de soie ; plus une tapisserie en verdure, composée de sept 
pièces, quatre grandes et trois petites ; un grand miroir à cadre doré dont^ 
la glace est entierrement tachée: plus douze chaises, garnies demoquetes; 
quatre fauteuilles, deux de tapisserie et deux de moquet; plus deux che- 
nets garnis de cuivre (4), un soufftei; plus six chaises de paille et un fau- 

1) « Plus deux chenet» de fer battu, recouverts de cuivre, sur le Taiz desquels sont deux 



.:51 SOCIÊTé AS€BÉOLOGlQVB ET HISTORIQUE DO LIMODSIN. 

teuil ; plus deux tables et un pliant, un mauvais tapis, une cuvete el un 
pot à l'eau de faiance ; le tout esiimé, avec les rideaux des deux feoes- 
ircs, de toille de ménage^ à la somme de quatre cent quarente livres- 

90. Et d'illec nous sommes allés dans la cuisine,... où s'est trouvé an 
lict, garny d'une mauvaize étoffe rouge et son chaslict, un Uct de plume 
avec son taverssier, pesant quarente -six livres ; une paillasse et une cou- 
verte ; plus un cal^inet de bois de serizier, deux tables, quatres chaises de bois, 
trois de paille et deux escabeaux, deux chenests de fert; plus cinq flam- 
beaux de cuivre, desquels il y a un de cassé; trois grands étaodron (1), 
trois marmites de fonde, une mauvaise poissonnière, un écbaufe-lict (2), 
trois casseroles, une tourtière, deux mauvaises lèchefrites (3). une cafe- 
tière et un pomier (4) de fertblanc, une culière de pot de fert, un tourne - 
broche avec sa broche (5) ; tous lesquels meubles ont esté estimés à la 
somme de cent trente livres. 

31. Plus s*est trouvé dans ladite cuisine en plats, atsiéstes, cutllières, 
pot à Teau, esvière et autres vaisselle, le tout d'étain (6) du pins commun, 
quatre-vingt-deux livres estimées à la somme de soixante-treize livres. 

22. Et d'illec sommes entrés dans une petite entichambre, estant à 
costé de ladite cuisine, où s*y est trouvé une petite couchète, aiant an 
mauvais lict, une mauvaize couverte et bois de chaslict et une paillasse ; 
qui a esté aprésié à la somme de deux livres. 

23. DMllcc sommes montés dans la chambre que oc<'.upoit ledit feu sieur 
Âudebertetla dame son épouze, au devant d'icelle qui a vue sur la rue 
publique, où s'est trouvé : un lict, garny d'une mauvaize étoffe rouge, 
avec son chaslict; un lict de plume, pesant soixante livres; un matelat, 
une couverte, une courte -pointe, une mauvaise tapiserie de Bergame(7) 
toute déchirée, neuf chaises de pailles, deux tables et un mauvais tapis, 
un bois de couchète avec un petit matelat, puis un cabinet de bois de 
chesne, un miroir à cadre doret, deux mauvaizes chaises à bras, plus 
deux chenests garny de cuivre, deux rideaux de fenestre de toille de 
ménage; le tout estimé à la somme de cent trente-cinq livres. 

94. D'illec sommes entrés dans dans Tentichambre, estant à costé de 

■Utnes d'enfants, aussi de cuivre, portant les armes : l'un de trois raUins et Vautre de raisin 
et croix de BiéruscUem mi-partis » {Inv. d'un bourgeois de Nevers, 1608). 

(1) a Ung caudron cocquet, ung couldron noir » (/no. d'un bourgeois de Toumaif 1527). — 
« Deux autres chaudrons de fer. m (/nv. de Ch. Thiret, 1621). 

(S) a Ung chauffeUt d'argent. Pour la façon et doreure dudit chauiTelit » {Compte de 
René d'Anjou, 1455;. — « Une paielle à rescauffer lit » {Inv. d'un bourgeois de Tournai, 1527). 
— a Un chaufelict ». {Journal de J. Péconnet, 1660, op. Bull, de la Soc. atch. de la 
Corrèxe. t. VI II, p. 339). 

(3) ff Trois leschefrites de fer, compris une petite ». (/nv. de Ch. Thiret, 1621). 

(4) Ustensile pour faire cuire les pommes. 

(5) <f Une bioche à rôt de fer, avec le tournant et la roue de bois ». {Inv. de Ch. Thiret, 

(6) • Item la vesselle d'estain ». (/no. de Quermelin, 1585). Voir pour le dénombrement de 
cette vaisselle, Soil, On inventaire de 1527, p. 30-31. 

(7) « Une aultre pièce de Upisserie de Bergame, couleur violet et noir. Une autre pièce 
de tapisserie, aussy de Bergamme, semé de fleur de lys. garny de toilles, toute les dites piè- 
ces de Upisseries estant sur les dites tables » (/no. de Ch. Thiret, 1621.) Voir sur les tapissiers 
en Berçamef au xvn* siècle, les Mém. de la Soc, arch, du Midi, t. XIV, p. 71. 



INVENTAIRE O^ÉTIEffNR AODEBERT DR FONMAUBERT. 353 

la susdite cy devant inventoriée. S*y est trouvé un iict garny de ses ri- 
deaux de droguet tain en jeaune, my uzé, garny de son Iict de plume, 
mathelat pesant cinquante-huit livres, sa paillasse et un bois de chasiict 
coupé et un petit paire de cabinet à deux batans et un tiroir fermant à 
clef et un fauteuil de paille; le tout estimé à la somme de soixante livres. 

S5. D*illec sommes montés dans un grenier ou galletas, estant au haut 
de ladite maison ayant vue sur la rue publique, dans lequel s*est trouvé : 
un rouleau de droguet, contenant vingt-quatre aulnes; puis un autre rou- 
leau de toille d*étoupe, contenant quarante-neuf aulnes; plus soixante 
livres de gros fil d'étoupes en échevoaux ; plus vingt-cinq livres de fil de 
brin, aussyen écheveaux; plus vingt livres de laine nete, plus quatre-vingt 
douze livres d^autre laine sale, plus soixante-seize livres de gros til, et 
dix'huit livres de brin, le tout en pelotons. Le tout ayant été appressié 
par lesdits sieurs arbitres à la somme de cent quarante-huit livres. 

t6. Et d*illec sommes descendus dans Tétage ou chambre estant au- 
dessus de récurie, où s'est trouvé une table et un coffre fermant à clef, 
lequel a esté estimé avec ladite table à la somme de six livres. 

97. D^illec sommes allés dans la buanderie de ladite maison, où s\ est 
trouvé deux cuvier de terre, avec un grand pot de fonte, vulgairement 
appelé Aottte, estimé à la somme de dix livres. 

iS. Et d'illec à une petite chambre estant au-dessus de ladite buan- 
derie, où s^est trouvé un petit bois de chasly, coupé en couchète, avec une 
garniture de sarge verte plus qu'à demy uzé, un petit matelal de laine, 
la pailliasse, une petite table; le tout estimé à la somme de vingt-sept 
livres. 

â9. Dlllec dans la cour de ladite maison, où s'y est trouvé deux cochons, 
qui ont esté estimés à la somme de cinquante-huit livres. 

30. b*illec sommes entrés dans Técurie de ladiUe maison, où 8*est 
trouvé un poulain servant d^aras, une vieille jumant et un jeune cheval, 
d*flge d'environ six ans ; le tout apressîé avec les pmois à la somme de 
quatre cent soixante livres. 

31 D*illec dans Tétage estant au-dessus de la cave de ladite maison, 
s y est trouvé deux paniers manequins, un petit salloir et quatre janbons, 
estimés à la somme de douze livres. 

39. Et d'icetle sommes descendus dans la cave de laditte maison, dans 
laquelle s'y est trouvé deux banques de vin vieu et deux de nouveau, du 
crut de ce pals; le tout estimé à la somme de quatre-vingt-dix livres. 

33. Lesdits sieurs arbitres ont déclarés y avoir dans ladite cave huict 
fuis de banques et un fut de pipe (I). 

3i. Ce fait, nous nous sommes conduits dans la maison appellée che 
Loubard, estant au devant la susdite rue entre deux, dans le bas de 
laquelle s'y est trouvé un tonneau à couler environ cinq banques, huit 
fûts de pipes et cinq de banques très mauvais. 

35v Plus un saloir, ayant deux petits lars (â), qui n'ont pas pu eslre 

(i^ H Huict futailles de pippes i> {Inv. de Quermelin, 1585). 

(2) a Un grand et on petit charnier contenant plusieurs porcs de lard n {Ino. de Cl. Ga$' 
coing, xvii* s.}. — « Plus an charnier neuf a \^Inv. de l'abb. de La Couronne, I6S6). 



354 sOGitrfi AncnéoLoeiQeB et historioce t>o LtMd'tsiN. 

Yallablemettt pesH^ aprébeDdant que par le remuement ils oê se gftUsSént 
et sur le récit qni en a esté fait par les domestiques, peuvent pezer la 
quantité de cent livres de lars ; estimé avec ledit salloir à la somme de 
trente-cinq livres. 

36. D'illec, en montant dans Tétage estant au-dessas du degré, s y est 
trouvé un petit moulin de fil d'archal, à passer bled, plat, plus que my 
uzé, estimé huit livres. 

.37. Dlllec dans le galletas de ladite maison Chez Laubard, dans lequel 
s'est trouvé un câble de corde, plus que my uzé, estimé à la somme de 
cinq livres. 

38. Plus, s'est trouvé dans le mémegalletas environ trente quintaux de 
foin, estimé à la somme de trente livres (p. 44-48). 

39. Et de suite et sans autre divertissement, lesdits sieurs Audebert 
de Fonmaubert, Génébrias et arbitres se sont portés avec nous au i>oàrg 
de Lagudet, dans la maison y appartenant en particulier audit sîeur de 
Fonmaubert, dans laquelle s'y est trouvé ce qui suit : 

Premièrement, dans la chambre haute de la dite maison de Lagudet, à 
droite en entrant, un lit de phzme et son traverssin et mathelas de laine, 
pesant le todl ensemble soixante-dix-neuf livres ; son bois de chalict ; une 
couverte de laine, plus que my uzée et une garniture, toute utée et trouée, 
d*étofifc couleur maron. Le tout a été apressié à la somme de cinquante- 
six livres. 

40. Item, un autre lict pour domestiques, pesant avec ses toilles qua- 
rente-quatre livres, estimé à dix-huit livres. 

41. Item, un cabinet de bois serizier fermant à quatre batans; deux 
petites tables, une ovale et l'autre carrée ; deux chaises de bois, un Mau- 
vais fauteuil ; le tout estimé à vingl-uûe livre. 

4î. Item, deux chesncts de fert, pesant à trente livres, un échauflPe lict, 
un petit miroir, un poilon (i), un cuillière à pot, une broche de fert à routir, 
neuf mauvaizes assiesles de fayance, trois pols-à-l'eau de fayance, un 
' chandelier de cuivre ; le tout estimé à la somme de sept livres. 

43. item, quatre draps de grosse toille, deux de gros brin, estifné à 
douze livres. 

44. D'illec, dans la chambre à gauche en montant, s'y est trouvé un lict 
et son chevet de plume, pesant cinquante-quatre livres, en mauvaize 
plume ; un mauvais bols de chalict et un mourcean de garniture fort usé ; 
estimé à seize livres. 

45. item, dans la môme chambre y a esté mezuré dîx-neof septiers de 
bled fromant nouveau et quatre septiers deux quarts de petit fromant 
moindre que celluy cy dessus, aussy du nouveau ; le tout, mesure de cette 
ville, estimé à la somme de cent soixante livres. 

46. Dans la môme chambre s'y est trouvé deux cent livres de chanvre 
breyé et dix-sept livres de fil de gros, qui a esté appressié à la somme de 
vingt-quatre livres. 

47. item, s'est trouvé, tant dans la première chambre cy dessus inven- 
toriée que dans deux greniers plantés au haut de la dite maisoft, la quan- 
ti; « Quatre petis poilon» d'arato » {Inv. de Fr. de La TrémoiÙe, IMÎ). 



llfTIHTAlK D*lkTIBlfNB AUDBBBRT DE FOimAUBËtlT. 355 

tité de treate setitiers bled noir. . . . , appressiés ioixante-qtïifaze litres. 

iS. D^illec, dans la chambre basse en entrant à droite de la mftme mai- 
SMS et serrant de cuisine, un lict de grosse plume, pesant cinquante 
livres, deux mauvais bois de cbaslict, un petit cabinet ; deux mauvais 
ebeanets de fer, pesant trente-deux livret; une table longue ; deux mau- 
vais pots de fert, qui lie peuvent servir estant cassés ; une poille et un 
poilon ; le tout fort uzé et estimées le tout ensemble à la somme de vingt 
livres. 

40. D^illee, dans une autre petite chambre estant 2i costé, s*est trouvé 
deux petits mauvais licts pour domestiques, pesant les deux, en très mau- 
vaize plume, quarente-quatre livres et un ceiton ou sie, ce qui a esté 
estimé joint à la somme de dix livres (p. 61 , 6t). 

90. Ouverture a esté faite du cabinet ey-devant commaqcé, dans lequel 
est un petit étage: sur les baisses (t) d^icelluy s'est trouvé en cuillières, 
fourchetes et gobelets, le tout dVgent, huit marcs et trois quarts d*onces. 
Plus a esté raporté par ledit sieur de Fonmaubert une cullièrc et une 
fourchete, aussy d^argent, qu'il a dit pour remploy de ce que le feu sieur 
son père luy donna lors de sa séparation et qui ont estées pezées et ce 
sont trouvées monter trois onces et demy, revenant le tout joint à la 
somme de quatre cent cinq livres neuf sols. 

5i. Plus s'est trouvé six flanbaux de cuivre ou élain blanchy, plus que 
my uzés, avec des mouchetés et garniture de m4me aloy, aussy my uzés, 
et une épée à poignée d'argent; le tout apressié à la somme de quarente- 
deux livres. 

52. Item, l'armoire estant inclus dans ledit cabinet, à deux baians, fer- 
mant à clef, avec les livres qui se sont trouvés sur les baisses du cabinet; 
le tout estimé à la somme de quarentc livres. 

53. Item, au derrière dudit cabinet et par étage séparé s y est trouvé 
deux sceau et un godet, le tout de bois, et dans la boulangerie y atenant 
une met à poitrir pain (2), sans serure, et doux tamis; le tout, plus qu'à 
demy uzé, estimé à la somme de trois livres. 

54. Item, dans ladite boulangerie un petit coffre, sans clef ny serure, 
servant à mettre du son, tout uzé, estimé cinq sols. 

55. Item, dans un armoire à placard, estant dans le mur, du costé de la 
maison du sieur de Vaucourbeil, s'y est trouvé quatre douzaine et demy de 
fayance my nzée et deux saladiers; le tout estimé à la somme de trois 
livres, y ayant plusieurs de fendues. 

56. A esté représenté la veste et quatre lambeaux d'étoffe des habits de 
feue dame Glaire Buisson et qui ont estes estimés à la somme de douze 
livres. 

57. Et sur l'instant ledit sieur Àudebert de Fonmaubert nous a fait 
représenter les meubles qui suivent, qui luy avoient estes donnés lors de 
la séparation qu'il fit au temps de son mariage et qui consistent en un 

(1) Ait, pUnchei. 

(2) « Deux iranda fora pour cuyre le pain et pitance de rostel, une mey à péatrir. une 
petite arche de costé la dicte mey et trois tables plates à faire le pain et pitance » {Invent, de 
l'hôpitaX de Beaune, 1501). 



356 SOCléTÊ ARCHÉOLOGIQUE ET BISTORIQUE DU LIMOUSIN. 

chaslict et une garniture de même couleur, unes paillaisses, coucbète, 
coussin et mathelat, pesant en tout soixante-seize livres, et une courte- 
pointe d'inguiene (indienne); le tout mis et apressié à la somme de 
soixante livres. 

58. Plus, douze mauvaizcs chaises de paille, deux mauvais fauteuils 
garnis d'étoffe verte, une petite table et deux petits chenets de fert; le 
tout estimé huit livres dix sols . 

59. Plus, un bois de couchcte et un petit lict de plume, pesant qua- 
rente cinq livres; deux chenets de fert, pesant trente- deux livres et 
deux petits bacins presque uzés; le tout estimé à la somme de vingt-deux 
livres. 

60. Plus, un grand chodron jeaunc, un bassin d'étain, deux mauvaises 
poilles, une mauvaise mermite, un mortier de fonte, une lèchefrite, un 
passe-purée, un poilon, des mouchetés et portes mouchetés, une cuillère 
à pot et un écumoir ; le tout estimé à la somme de huit livres. 

61. Item, un petit lict, pesant dix-huit livres, avec une mauvaise cou- 
verte; le tout estimé à quatre livres. 

62. Plus, cinquante trois livres de vesselie d^étain, en plats et assiestes, 
estimé quarente livres. 

63. Plus, deux vieux coffres, estimés à la somme de six livres. 

64. Plus, huit draps fins, six gros; quatre napes fines, six autres napes 
de gros; trois douzaines de serviettes fines, trois de grosses. 

65. Finalement, un petit tonneau, coulant environ quatre banques; 
une petite cuve, coulant environ une barrique, et un fut domard, le tout 
trèsuzé (p. 69-71). 

66. Et sur l'instant ledit sieur de Fonmaubert a déclaré qu'il a ouy dire 
que lorsque le sieur son père s'est marié avec dame Claire Buisson et 
après le déceds de d"» Marie Nonique, sa belle-mère, il fut fait inventaire 
du peut de meubles qu'elle délaissât et lesquels ont estes mis et déposés 
dans une des chambres de la maison de Lechaufie, seize en cette ville, 

tout presl l'églize d'icelle A quoy acquicssant, nous nous y sommes 

conduits et nous a esté représenté ce qui suit : 

Premièrement, une table carrée avec un tiroir, quatorze chaises et 
quatre fauteuils, garnis d'étoffe rouge et verte, deux bancs et deux tabou- 
rets (I), un armoire à trois balans, un autre armoire à quatre batans, une 
met à poitrir, un prié-Dieu (2), un vesselicr, un garde-manger, un grand 

(1) « Deux tabourets de toille d'or, damassé d'argent, brodés autour de satin cramoisy, 
avecques passemens d'or et d'argent. Item, ung aultre tabouret de velours vert, entaillé par 
dessus de toille d'or et de vellours cramoisy ». {Invent, de Fr de la Trémoille, 15i2). — 
f( Ung taboret de velours figuré. Ung taboret satin vert, rayé dor, Deui taboretz de 
me^me -toile d'argent Mllanoise). Deux taboretz de velours figuré. Deux taboretz de satin 
gris noir, rayé d'or. Ung aultre Uboret de toille d'argent Milanoise. Ung aultre taboret de 
satin gris noir, rayé d'or. Ung taboret de tapisserie. Ung hault taboret de cbesne. Trois 
haults taboretz. Ung hault taboret. Quatre tabouret* et une chaise non doublés ». {Invent, de 
Quermelm, 1585). — « Deux taborets » {Invent, d'un bourgeois de Nevers, 16(»8). 

(2) a Plus un petit prie-Dieu, dans lequel ne s'est rien trouvé; plus un autre petit prie-Dieu» 
{Invent, du chan. d'Armagnac, 1746). — a La stalle du milieu set a plus élevée que les autres, 
au devant de laquelle sera un prie-Dieu fermant à clef » {Projet pour S. Afathurin de Luçon, 
1774^ — « Un petit prie-Dieu de peuplier » {Invmt. d'Et. Bourot, 1775) 



INVENTAIRE d'ÉTIEKNB ACDRBKRT bfi FONItAVBEBt. 'èù'l 

coffre fermant à clef; ouverture duquel aiant estée faite, il s'y est 
trouvé trente-cinq servietes de grosse loille, six napes et onze draps, aussy 
de grosse toille. 

67. Plus douze livres de pratique de droit et autres, un bois de chasUt 
et deux de couchete, un lict de plume et deux travcrssier, deux horclier 
(oreillers) et un petit maleiat, pesant le tout soixante quatre livres; une 
garniture rouge, composée de deux tours de lict et deux mourceau de 
rideau; trois petits tapis et huit mauvaizes courtes-pointes. Evalué trente 
livres. 

68. Plus un autre petit lapis d*Aubusson; deux fauteuil, garny de 
mouquete (I), deux tabouresls, garny de tapisserie; un lict de plume, 
pesant trente-quatre livres ; un autre lict, avec son chaslict et une garni- 
ture de droguct jeaune et un matelat; ledit lict pesant avec ledit matelat 
cinquante livres; un autre lict de plume et un mauvais matelat, le tout 
pesant soixante-une livres; un autre lict, pesant quarente livres; plus 
trois courtes-pointes fort uzées, quatre couvertes, une table osvalle et un 
tirroir, une marmite, un mauvais échauffelit, deux cbodron, un bassin 
d*érain (9), une lèchefrit, une casserole, une petite lampe à Thuile, un 
livre de la vie des saints, huit chaizes garnies d'étoffe et un mauvais fau- 
teuil; quatre chenets de fert, trois mauvaizes chaises de tapisserie, et un 
garde-manger, sans estre garny de toille (3); une tourtière, deux flan- 
beaux de cuivre, un bois de couchete, et une petite malle, une poile, un 
petit chodron, une petite mermite de cuivre, un couvercle de tourtière, 
un mauvais couvercle de pot de cuivre, un poilon aussy de cuivre, un 
passe pure et une petite culière de pot, le tout de cuivre ; un flasque à 
passer linge, de fer (À); un gril; un chandellier de cuivre, une autre mer- 
mite de fonte d*environ demy sceillée, une broche à routir. Estimé 
soixante livres. 

69. Plus, en plats, assiestes et escuelle, d'eslaing, trente-huit livres. 

70. Trois métier ou ouvroir à toille, dont le nommé Reburat, dit La 
Gallai, tixerant, est fermier de ladite maison de Lechauffie (p. 71-72). 

Je me cootenterai de signaler les greniers de « la maison ap- 

(1) V Inventaire de la sainte Chapelle de Dijon, en 1745, enregistre : « Un tapis et deux 
pentes de moquette ; ung grand tapis de pied, de moquette, lequel se met sur le marche- 
pied du grand autel ». 

(?) «c Une grande chaudière d'airain, à deux oreiUions. Neuf chaudrons d'airain, tant grandz 
que petitz. Une casse d'airain et une petite poésie à queue aussy d'aiiain. Ung petit fourneau 
d'airain avec le courercle, fasson d'Etpaigne. Trois marmittes, avec les couverceaux d'airain • 
{Inv. de Ch. Thiret, 1641). 

(3) Ce mot a deux acceptions : office et meuble, — u Plus, dans un petit garde-manger, 
joignant à la dite cuysine, avons trouvé un petit tyne de boys à faire le pain » {Inv. du xvi* siècle^ 
ap. BuU. de la Soc. arch. de la Corrèze^ t. III, p. 675). — L'inventaire d'un bourgeois de 
Tournai signale, en 1505, « ung garde-minier»; et, en 1534, n un garde-megier». Il est probable 
qu'U hut lire mengier^ le sigle abréviatif n'ayant pas été figuré. — « En la despanse ung 
dressouer, le garde-manger d'auprès. En la cuisine, vers le pavillon, on garde-manger, prisé 
ung escu et demy » /'/hv. de Quermelin» 1585). — « Ung garde-manger, garny de cannevas, 
fermant à clef b {Inv. de Ch. Thiret, 1621). — « Plus un mauvais garde-manger, dans lequel 
ne s'est rien tronvé » {Inv. du ch. d'Armagnac^ 1746). 

14) 11 s'agit évidemment d'un fer à repasser. Cette acception ne se trouve pas dans le 
Qlossûire archéologique. 



358 SOCU^i JliCBtQLOGIQUK KT HISTOAIQVK OC LIUODSlir. 

pellée chez Lauèart », où i*OQ trouve du « bled frooiani », du 
(( bled seigle », de « Torge et baillarge », des « pelHs pois mes- 
lés », des « feuves noires », des «nentines » (lentilles), des « foids 
comme métare pour les domestiqaes et aumosnes pour les pau- 
vres », des « noix » (p. 25 26). Il y a \in « premier grenier en 
entrant, le plus près du degré çjant vue sur la rue publique », un 
(( autre grand grenier estant à coslé et ^ plein piçd du sus(^it » et 
« deux greniers hauts ». 

Les immeubles sont : « la maison appellée chez Laubart >», « la 
maison appelée Lechaufie » (p. 26) ; « au lieu du Puis, paroisse de 
Berneuil », une « maitérie appartenante à la dite d^^* Marie-Glaire 
Attdebert » (p. 64); « une autre maitérie au bourg de Saint- 
Sauveur, appartenante à ladite d^'* Marie-Glaire Audebert » (p. 64) ; 
au même lieu, une « autre maitérie appartenant au dit sieur de Fou- 
maubert nfibidj; au « lieu de La Borde, paroisse deMézière », 
une» maitérie », dont « le feu sieur Joseph Charon » avait pris le 
nom, se faisant appeler <« Charon de La Borde » (p. 84). 

Le cheptel consiste en bœufs, vaches, taureaux (i), juments, 
poulains, cochons, brebis et moutons. « Plus quatre vingt mau- 
vaizes brebis et moutons qui ont la gasle eC dont la majeure 
partie ne vaslenl presque rien » (p. 64). 

Le matériel comprend « une chareste » et tout ce qui sert an 
« pressoir » (2j, tonneaux, cuves, « fûts de pipes », barriques, 
futailles. 

X. Barbier de Montauu, 

Prélat de la maiaoa de Sa SainteH^ 

(1) « Une grand taure », a deux lorrains et une taure » (p. 65). 
(9) « Ung pressouer de chesne. Ung auUre vieu pressouer de chesne » 
(/no. de QuermeUn^ it>8â>. 



INVENTAIRES DU CHATEAU DE COGNAC 

(haute- vienne) 
EN 1794 



Les inventaires de Cognac sont au nombre de trois; le premier, 
le se^l que je put>lie intégralement, est à peu près copié par le 
second, mais en abrégé; le troisième récapitule tout le mobilier et 
en donne le prix. Leur date est « Tan II de la République fran- 
çoise. n 

La « maison » est si considérable qu'elie a plutôt l'apparence 
d'un château. On y arrive par une « allée » et l'on entre par un 
m portail » à « pont-levis ». II existait une « tour », mais elle fut 
« détruite » et « démolie ». Le rez-de-chaussée comprend : une 
« cuisine », avec un « garde-manger » et « office », une « salle » 
avec son « vestibule », un « salon », une « grande chambre »^ deux 
« chambres basses », une « petite chambre », cinq chambres, dont 
use avec « cabinet » et la « chambre de Monsieur », flanquée de 
de«x cabinets, le tout desservi par un <( corridor ». Le bas seul 
était habité ; au premier, on compte cinq chambres inoccupées et 
un « galetas ». Les communs se composent d'une « grange », d'un 
« pavillon », d'un « vollallier », de deux écuries, « grande » et 
« petite », et d'une « cour » avec « puits ». 

Les domestiques souchaient dans la cuisine, la petite chambre et 
les écuries. Un Ut était dressé pour les maîtres dans le salon et 
l'on mangeait dans la salle. 

Le mobilier est fort modeste, à peu près analogue à celui d'Aixe. 
Le propriétaire était le même ; c'est pourquoi les papiers sont res- 
tés au château de Nexon entre les mains 4^ Bt le baron de Nexon, 
qui a bien voulu me les confier , après leur découverte par 
in. Çhampeval. 

Cognac est situé dans la Haute- Vienne, près de Rochechouarl. 
Le château féodal a d'à donner son nom à la commune. 



360 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE KT HISTOhlQUR DU LIMOt'SIII. 



I. 

i. Dans la cuisine : Un lit à quenouille, ayant 3 couvertes de laine, 
dont deux mi-usées et l'autre usée ; une couette de plume, pesant avec 
son mauvais plontif, 30 1.; un traversin garni de plume, pesant 8 1.; an 
matelat garni de laine, pesant 17 I.; une toile de pailliasse usée, un drap 
de toille servant de rideau, sans aucune tringle ni autre ferement; plus un 
matelat garni de laine, pesant avec un petit oreiller garni de plume 44 1.; 
plus une courte-pointe piquée de siamoise à ray(e) bleue assés bonne, 
plus deux draps d*étoupes ; une table longue 4 pieds, trois mauvais bancs 
de bols, une met à pétrir le pain ; un armoire à 4 battans, ayant 3 serru- 
res avec leurs clcfe, dans laquelle il si est trouvé 6 bouteilles en verre, 
un gobelet d^élein, une lampe ou chanet (I), une bouteille de terre» un 
pot-à-renu de terre, un pot de terre dont un bort est cassé, une coupe de 
bois pour faire les fromages, un pot-à-Veau cassé, de fayance ; 9 écuelles 
de terre, 6assietes et 3 morceau(x) de culière, le toutd'étain, pesant 9 1.; 
un grand et petit chandelier d'étein, pesant 3 i.;un pot de terre et un autre 
plus petit, l'un et l'autre ayant leur bordure cassée ; un couloir (î) de lall; 
une petite marmite avec son couvercle, le tout de fonte, le tout pesant 
61. 1/2; un bassin de cuivre jaune, pesant 3 I. i/2; un grand cbauderon 
en cuivre rouge, pesant avec sa barlière 46 1. 4/2 ; plus un autre, de cui- 
vre rouge, pesant 9 1.; plus une galetîère; un pot de fonte, pesant avec 
sa barlière 32 1.; un autre de fonte avec son couvercle, pesant 28 1.; une 
petite marmite de fonte, pesant avec son mauvais couvercle de fert, 7 1.; 
une houH'e (3) de fonte, pesant avec sa barlière 52 1.; un petit cbauderon 
mi-usé, de cuivre rouge, pesant 5 I. 1/2 ; 2 trépieds et un porte-poille de 
fert, pesant 9 1.; une lèchefrite usée, pesant 3 L; 2 écumoir(s), 2 culières 
à tremper la soupe et une petite à arroser la viande, le tout pesant 3 1. 1/9 ; 
un gril et une petite fourche de fert pour ati se r le feu, pesant trois 1. 3/4; 
un tournebroche avec la chaîne de fert, pesant ensemble 15 1. 4/4; une 
pelé de feu, de fer et tras foyer (4), pesant ensemble 7 1.; une grande 
broche à rôtir et une très petite à main, pesant ensemble 8 l.; un poide de 
tourne-broche en pierre, garni d'un anneau de fert; 2 chaînes de cuisine 
en fert (5), pesant ensemble 37 l.; 2 cramaillières attachées dans la chemi- 

(1) « Une lampe ou chanaU m. Voir Chaleil dans le Glouaire archéologique. 

(2) PaBsoire, pour passer le lait après qu'on a trait la vache. 

(3) M. Louis Guibert, à qui je dois l'explication de plusieurs termes locaux, m'écrit : « On 
appelle ouïe ou houle, aoulo, le pot, la marmite. La berle, lo barlé, lo berlé, est l'anse a. 

Du Cange se contenta de cette définition trop peu précise : ■ OUa, genus msis tel meo* 
sur», distinctum ab oUa vulgari ».— « Un grand pot de fonte, vulgairement appelé houle * i/nv. 
d'Bt. Audebert, 1741, n* 27). 

Le livre de raison du Limousin Pierre Esperon (13S4-1443) emploie deux fois le mot 
OUa : a Fac buUire in oUa nova ». « Item, una ola de coyre (cuivre), d'une aelhada (seil- 
lée). » Ces textes sont cités dans le Bulletin de la Soci^é archéologique de la Corréze, 
t. XI, p. 43i, 448. 

(4) « Mot encore en usage pour désigner la pierre ou la plaque de fonte qui forme le fond 
de la cheminée ». (Note de M. Guibert). 

(5) Quelle était leur destination ? Le poids empêche d'y voir la chaînette destinée à tenir la 



INTVflTAlAK DU CHATBAU 0B GOGKAC. 301 

née à une barre de fer^ une teuille (4) de bois, ayant ses cercles de fer 
propre à faire les galets; une table usée, composée de plusieurs mor- 
ceaux» ayant 40bra8se(s) de long; 3 tamis, dont un en soye et les autres 
en crins, assez bon(s); 4 mauvaises palisses (2), un pallisson de paille, 
une coupe de bois, un crible mi-usé, S mauvais dais (3) pour porter les chA- 
leignes, une grêle (4) pour les châteignes, 3 chaises en paille, une salière 
de bois en fauteuil (5), une planche à hacher la viande, 9 mauvaises lan- 
ternes, un dévidoir de bois; un pot de gré(s) ou bulre d*huile, de la con- 
tenance d'un sceau et i/9 ; un bac de bois pour les cochons ; 3 sceaux, 
dont S mauvais et un bon, garnis de leurs ferrures; une pelé en radoit 
hors d*usage, un mauvais taille-pré, un grand cuvier de pierre pour la 
lessive ; une nape de cuisine, ayant une aune et demi, très trouée et usée; 
6 mauvais essuimain, 4 râtelier pour le pain (6) ; 6 mauvaises planches, 
dont 3 au ciel du lit, une au-dessous du lit, une proche le râtelier et Tau- 
tre suspendue ;6 barres de fer, pesant ensemble 44 1.; 4 crochet pesant 
jusque à 69; 3 poêles à frire, dont une grande, une moyenne, une petite, 
pesant ensembleOl. 3/4; S casseroles de fert, pesant ensemble 1 1. 1/4 : S 
petiles casseroles de cuivre, un passe-purée et un plat d'œufs à miroir (7), 
aussi de cuivre, le tout pesant d 1.; S couvercles de fer blanc, un grand et 
l'autre petit, pour couvrir les casseroles ; un souflet de cuisine usé, hors 
d'usage ; un colier de chien, garni de ses pointes (8). 

Michel Léonard, commis pour la préparation du salpêtre, prit les 2 
meilleurs sceaux, une bare de fer, elle pèse 6 1. 3/4, une casserole de fer 
blanc pesant 2 1. 3/4. 

3, Veêtibule de la $ale : Un armoire à 4 batlans et % tiroir(s) au 
milieu, dans le bas il y avoit huit draps de brin en bon état, 3 de boira- 
dis, 3 d*étoupes, 6 napes ouvrées ayant une aune et demi, 43 servietes 
ouvrées, 4 autres servietes ouvrées très usées. 

3. Sale. Un buffet à 3 portes; 5 bouteilles de verre, un pot-à-l'eau de 
fayance, 3 huilliers en fayance, 2 autres en cristal par leur porte-huillier, 
4 gobelets de verre dont un est cassé, une pâtissière avec son couvercle 
en fayance, 5 fourchetes cassée(s} en composition, une culière potagère, 
un salinat de iayance (9), une feuille de fer blanc, une corbeille dans 

qoeae d« la poU«, que l'oa obtarre «neore ea PoHoa. Le second înTentalre fixe le MOf , grâce 
à an acceot; il s'agit de chenets ; • 2 chaînés en fert et une petite fourche pour rengar le fea ». 
(fl) M, Gaibert propose de lire eeuille, t On appelle lou ieillou, le seau où l'on met la pâte 
p«<ir Csire les galau de blé noir. » 

(2) «c Paluton, sorte de corbeille ronde en paille. ■ (L. Gnibert). 

(3) « Le mot dée est ancora employé pour désigner une boite cylindrique, dont le fond est à 
jour » (L. Gnibert). 

(4) Grêlif sorte da orible où l'on agite les châuignas apréa une première ébuUition, afin de 
les débarataer du tan ou deuxième enveloppe (L. Guibert). 

(5) Ces salièr^t ezisUnt encore en Poitou. On les suspend dans la cheminée pour que le 
ael soit toi^ours sec. Leur forme est une boite carrée en bois, arec dossier qui sert â wiq^en- 
dra. Le second inventaire dit : « Une salière faîte en chaise ». 

(6) Ce râtaUer consiste en une planche suspendue au plafond. 

(7) ExpraMion ancora oaltée pour signifier ara/< eut le pUU, 

(8) « Un boisseau ferré, 2 con8erve{s) de fayance, un pichar de terra, des morceaus de 
cible, un paiM-yaréa an cuivra étamé, 2 lanternes, une bardina à laver Las galetas i» (f 
Itweniaire). 

(9) « Une salière de ftiyance ». « Salinat, mot inconnu. Ce doit être une salière. » (L. Guibert). 

T. 3JXXVII. M 



362 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIOUE DU LtMOUSik. 

laquelle il y a une porte-huilièrc de fayance, une lasse à caffel el 2 sou- 
coupes, un moutardier de fayence, une table avec ses tretaux, une autre 
table moyenne sans pieds, une petite table avec son pliant, un fauteuil 
couvert d'élofe verte, 3 fauteuils en paille, 6 chaises en paille i une bas- 
sinoir(e) en cuivre rouge mi-usée, pesant avec son menche 5 1. 1/2 ; 8 
carafes cassée(s) de verre blanc, une cruche de terre vernissée, une bou- 
teille de vere noir envelopée d'une vpcle ; une petite table à pied de biche, 
ayant trois tiroir(s), dont deux fermant à clef; un panier à salade et un 
autre panier servant à porter les bouteilles, ayant 9 cloisons ; une autre 
crache de terre vernissée, ayant sa anse cassée et un cuir servant d'anse ; 
une masse et S coins de ier, pesant ensemble 47 i.; une grande hache 
avec son menche, pesant 6 1. 1/2; une petite avec sou menche, pesant 
3 I.; 2 chenets de fer, pelles à feu et une pincete, le tout pesant avec une 
barre à fer 39 1.; un Dictionnaire latin de Tannée 1765; un guéridon de 
bois, ses bordures cassée(s) ; une râpe à râper sucre (\). 

4. Salon. Un petit lit, ayant une couete, un traversin garni de plume, 
pesant avec leur plonlif raye bleue et grise 35 1.; une paillasse ayant sa 
toille à rayes piles, % malelals garni(s) de laine, pesant avec leurs plonlifs 
en toille 54 1.; une courte-pointe piquée à fleur bleue et rouge, un drap de 
lit boirady, une nape unie très tachée et usée, une servieie ouvrée, des 
ridaux de droguel jaune sans barre ou tringles et sans ciel de lit, 2 trin- 
gles de lit étant dans le dit salon, pesant 16 I.; un pot de fayance, 2 feuil- 
les de feri blanc, une table, 2 petites bares de vitrage, une laquetrise, une 
écuelle de fayance manquant d'une de ses oreilles, 2 chaise(s), uo fauteuil 
en paille, une petite pandule de bois (2), un compas à 3 branches propre à 
niveler la terre des plans, un paquet de fil de fer, une toille d'un fouret (3) 
déchirée; un armoire à 2 battans, dans lequel il s'est trouvé 6i servieles, 
C napes, 2 essuimains, un bissac, des mouchetés, 27 draps de lit, une 
chemise, une coife de gasc, une botte de carton contenant des grènes, une 
serure, 7 bouteilles, un petit peloton de fil de brin, un de fil tord, un de fil 
bleu, 10 pelotons de til de brin ront (4), pesant 4 1.; un grand et un 
petit poid(s) de pendule en plond, une bourse de soye à fleur et un mau- 
vais rubent, un pain de sucre pesant 3 l.; 2 petites boites de saptn, une 
écuelle de terre el demi-livre de fil de ferl, 2 petites clef(s) atlacbée(s) à 
un morceau de bois; une culière de fer percée, pour tremper la soupe. 

5. Petite chambre : un polit lit à lange, ayant une couche, un malelats, 
une paillasse, un traversin, courte-pointe, i drapo, de ses ridaux d'élofe 

(i) « Salle à manger d'antre» hnillier? en verre, une servlete ouvrée, une lertière, 3 plats 

loDg(s) en fayance, de la fleur de soufre pliée dans du papier, une soupierre, 10 plats long(s), 
2 saladiers, t écuelles, i assiettes d'étein, 39 assietes de fayance; une petite t&ble à pied de 
biche; dans un des tiroirs c'est trouvé un canif et 2 fiches de fert, 2 autre(s) table(s) à pied 
Irisé, 3 chaises à bras, 2 paniers d'osiers, un livre portant pour titre : Compte fait. » {f 
Inventaire). 

(2) « Une pendule, avec support d« bois sculpté et verni. » (Inventaire du château de Ram^ 
bouillety 4718). 

(3) c( Le mot fouret, daos nos campagnes, désigne une sorte de filet. » (L. Guibert). La toil« 
aurait donc servi d'enveloppe. 

(4) Roux : « Deux chemises de toile rousse », dit un contrat de CdS (GuÉlon, Vollore, 
p. 185). 



INVENTAIRE DU CEIATEAU DE COGNAC. 363 

verle, soa docier de soye et cotoo à peiis caros (carreaux) blanc et vert, 2 
mauvaises chaise(s) ; un petit placar vis à vis, dans lequel c^est trouvé 
lin plat à barbe, une bouteille, 2 pot(s) de terre, 2 de fayance, un plus 
grand (i). 

6. Dans le colidor : 2 coffres de la contenance de 40 boisseaux de bled, 
Tautre de 4 setiers, ayant une maille pour fermer avec un cadenat qui ni 
était pas, un setier de cendre pour le salpêtre (S). 

7. Chambre basse ou cuisine : une table supportée par deux chaises en 
paille, deux petite(s) palisse(s)» une grande et une moyenne terrine de 
terre, un panier à 4 bouteilles ; 3 pot(s] de terre, lesquels les bord(s) 
sont cassé(s), un entoiioir en bois, nne tardille à placer les fontaines aux 
hariques, nne buge de gré; 6 pots à fleurs (de terre), dont 2 assés grands ; 
un râtelier à mètre le pain, â planches, 6 morceaux de colonnes. 

8. Office : 48 bouteilles de verre noir, un crible, une corbeille sans 
couvercle, 2 pots de terre hors d*usage, un petit vinegrier; une grande 
buge (3) de gré avec son couvercle, de la contenance de deux sceaux ; une 
grande bouteille de verre blanc, une grande fiole, une bouteille et.... cas- 
sées, 2 petis moutardiés de terre; 3 chaise(s) de paille, dont une mi-usée; 
une planche suspendue, 9 assietes de fayance cassée(s) (4). 

0. Dans un petU colidor : une porte neuve détachée, ayant 2 pein- 
tures (5), un renard et un petit crochet; une mauvaise colonne de 7 à 8 
pieds. 

10. Chambre des pomes de terre (6) : 26 cherveis de cbarete en bois 
de fayant, une grande louche d*accassias de 6 pied(s) de long, le tout 
ouvré et bon. 

4 4. Colidor : un râtelier et les bois, deux échelle(s) à main, le tout neuf. 

42. Autre chambre : un mauvais lits de cbarete, un mauvais tomberaud 
sans roues, 2 roues fuiine non ferrée(s), les boutons d*icelle transférés et 
ayant leurs boites; une roue de charete ferrée, manquant d*une chervis (7); 
un support en bois de cuvier, les débris de trois chaises, 2 chèvre(s) de 
charpentier, une pièce de râtelier, une planche (8). 

43. Garde -manger : un garde-manger, garni de ses toilles percées; 
une banque plaine de chaud gâtée en poudre, une pièce de boisure, 
2 pièces de bois courbe et un mauvais madrier. 

4 4. Sur la terrasse : 20 planches de chêne de 8 pieds de long, bois à 
brûler. 



(1) « Petite chambre : 2 morceaux de ridaox jaune, i morican (morceau?) de toille cirée » 
(2* Inventaire). 

(3) • Un moatardier, S soucoupes et 2 tasses, un petit panier contenant de la feraille, de 
la coUe forte » (Ibid.) 

(3) « No bujo^ une huit, vase pour l'huile » (L. Guibert). 

(t) « 0/^Sce : 2 pot(s) de lait, un panier à 4 étages servant à porter les bouteilles » 
fy me). 

(5) Sic pour pentures, 

(6) 11 est curieux de constater cette culture en Limousin à cette époque. 

(7) Quoique l'essieu s'appelle en Limousin charvix, l'expression doit se rapporter ici aux 
rayons de la roue. 

{8) m 3* chambre bcuse : une cruche, 2 pot(s) de moutarde, une carafe, une grande fiole » 
2' inv.). 



364 SOCIÉTÉ ABeBtOLOGIQtm BT BISTÔRIOOB AU LlHODSlk. 

45. Caoeê : I fus de Pirigord vuiée, S ptôees de boh te^viBl d« ims (I), 
un mauvais baril el 9 mau?aise(s) buge(s) à l'huille. 

fÇ. Au oesiibuleée la caoe : À piokes de gré, un pot au htl, on» ban- 
que plaine de chaux en poussière, 4 pièces de boisure; un fus de Périford, 
ayani dn TÎn de péis au deux ller(8) da fus; un fus d'Asgoonois, où il 
y a dp via de péis à moitié fus . 

17. Porte d*antrée : environ 3U0 brkpies, % mauvais manequina sans 
couvercle. 

\ 8. Grande chambre : 9 pièces 4e bois en forme de lias, 51 piancbes 
de différand bois ; un baril ayant A sercles de fer, oonlenant une demi- 
banque. 10 quinlaux de mauvais foin, iO bottes de patile de poix, une 
mauvaise iaaterne, 24 planches bfttarde(s), 6 colonnes, S meavaia tus 
d'Angoumois, une planche à hacher la viande, 10 pièces de boisure ; deux 
mauvaises poélles hors d'usage et une petite marmite de fonte, «NiDqaaat 
d*uB pied, pesant ensemble 5 1. 

49. Autre chambre : Uu baril garni de 4 seneles de fer. 3 pièces de boi- 
sure, la boisure d'un dessus de lit neuve ; on chairt de lit neuf, façon de 
village; un autre châlit ayant une paliasse, garni(e; de sa toille et une 
mauvaise courle-poinle piquée de toile couleur jaune; plus un Ut ayant des 
ridaux vept(s), le tour bleu, one très mauvaise ooorte*pointe pkfiiée de 
(oille grise, un maielai garny de laine pesaai CO l., une mauvaiae loiUe de 
paliasse; plus une chaise de paille, un pot de chambre de fayance sans 
ance; 50 boisseaux et demi de noix, mesure de Saiiit«Jaaien; un mauvais 
dais ou corbeille, un mauvais panier; un boisseau, mesure de Saint-iunien, 
avec sa rasoire, le boisseau ferré; un embauchoir de bottes (3), manquant 
d'un pied ; t coupes ou environ de fèves en gousse. 

20. Autre chambre : Dans le placar qui joint à la cheminée, detni-^Jivre 
d*indigot, 2 mauvaises coiies et un mouchoir de gase, un foureau (3) d'in- 
dienne à fleuF(s) fond blanc avec sa jupe, plus un foureau et jupe de gros 
de Tour(s) (4) couleur de ramenons (5) clair, 3 paires de bas de coton, 
une vielle, une mauvaise poche de ras, ayant une veiigeite (6) pour les 
dents et 5 deniers en cuivre, 3 chemises mi-usée(4) de famé, 2 chemises 
d'home, 2 servieies usée(s), un échevaux de fil retor(s) et un peiotAii ; un 
lit, dont les ridaux d*élofe verte sont mi-usé(s), il ni a qu^uae paillasse 
garnie de sa loille ; sur ledit lU il y a quatre coussins garDi(s) de crin, le 
dessus étant d*étofc soye et coton à raye verte, fond blanc; un fauteuil de 
paille, 3 chaises de paille, une mauvaise table à 4 pieds (7). 

H) Pièces de bois formant chantier sous les barriques. « Le mot est encore employé chextoos 
nos marcbanda de vins pour désigner les pièces de bois servant à l'installation et au maintleo 
en place des barriques et des foudres » (L. Guibkrt). 

(9) Expression encore usitée pour déaignei* la jamb^ de bols, avec pied arUculé, qui s'intro- 
duit dans une botte pour la maintenir dans sa forme : un coin, qu'on enfonce au centre, 
permet d'élargir plus ou moins la tige. 

l'A) ■ Fourreau» Ce mot se dit des couvertures qu'on met sur certains meubles pour les 
garantir de [a poussière... On le dit encore en fait d'habits : des fourreaux de manteaux, des 
fourreaux d'enfants i> {Dictionn. de Trévoux). Ici, le sens doit être corsage, car le compté- 
menl de la robe se trouve indiqué à la suite par ces mots : avec sa jupe. 

(4/ Voir sur le gros de Tours \e tome I de mes Œuvres complètes^ p. 187. 

(5) Ramoneur? Serait-ce un noir clair, noir de suie 7 

(6) Œuv. complètes f t. I, p. 176. 

(7) ■ 7 mauvai8e(s) pantoufle(s} » (2* inv.). 



IlfTBIlTAlBB DU CBATBAU DB C